CHRONIQUES

Salim BACHI

FRANCE / CUBA

Salim Bachi est né à Alger en 1971. Il vit à Paris. Lauréat de plusieurs prix importants, il a publié une dizaine de romans.

La peau des nuits cubaines

2021

Un cinéaste français d’origine maghrébine, est venu à Cuba pour y tourner un documentaire et apprendre à connaître de l’intérieur l’île attirante et méconnue. Ce qu’il voit, ce qu’il filme, est très éloigné de l’image touristique, le Vedado, ses piscines et ses hôtels e luxe. C’est Chaytan, un Iranien exilé, qui l’accompagne, le loge et lui fait partager à la fois ses problèmes, très personnels, les décors quotidiens et la sensualité qui est une des caractéristiques cubaines.

Une succession de beautés diverses inspire le cinéaste qu’il intègre à ses prises de vues : un espace de nature en pleine ville, une jolie fille, un coin de rue. Difficile d’imaginer à qui ressemblera son documentaire, mais il n’est pas douteux qu’il donnera une idée juste de Cuba, au même titre que le roman qui nous fait voyager hors des circuits habituels (et le plus  souvent frelatés), qui nous laisse écouter des Iraniens installés temporairement là mais qui ont assez de clairvoyance pour dire au Français les contradictions de ce lieu et de cette époque qui créent cette vérité multiple si difficile à commenter de façon rationnelle, ne disons pas objective.

La Havane, Cienfuegos, les rues sales et les gens joyeux, ce séjour, parenthèse dans la vie qui semble morne du cinéaste, lui donne l’occasion d’une remise en cause personnelle sur sa conception de l’amour en particulier, ce qui n’empêche pas les brèves rencontres… Ambiance cubaine.

Les décors urbains, anciens palais coloniaux envahis par des arbres qui poussent dans leurs patios et font s’effondrer des murs, sont à l’image des habitants dont les vies sont un mélange de vie luxuriante et de ruine psychique. Le film qui en train de naître sera fidèle à cette ambiance avec, aussi, une nuance désespérée.

Est-ce la sensualité exubérante des filles et des femmes, le climat tropical ou l’atmosphère ? Le cinéaste est bien tombé sous le charme vénéneux de cette Havane miséreuse, colorée et rythmée de musiques, toujours et partout. Est-ce un moment de paradis perdu pour lui, avec cette nature vivace qui renaît en lui, ou un cauchemar de folies qui ont envahi toutes les vies, avec antidépresseurs et sexualité débridée ? Ne serait-ce pas finalement un « grand purgatoire de solitudes » ?

La peau des nuits cubaines, éd. Gallimard, 153 p., 15 €.

MOTS CLES : CUBA / SOCIETES / PSYCHOLOGIE / SEXE / EDITIONS GALLIMARD.

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