CHRONIQUES, ROMAN ARGENTIN

Damián TABAROVSKY

ARGENTINE

Damián Tabarovsky est né en 1967 à Buenos Aires. Après des études en Sciences sociales à Paris, il s’est consacré à la littérature, en tant que traducteur, éditeur, journaliste et auteur de romans et d’essais.

Une beauté vulgaire / Le bon maître

Une beauté vulgaire

2011 / 2022

C’est l’automne, ou peut-être le printemps rue Thames à Buenos Aires. Une petite feuille de platane espagnol se détache de sa branche. Elle va voleter sur 150 pages, découvrant des morceaux de vies humaines ou animales, se laissant porter, remontant jusqu’en haut des bâtiments qui se croient modernes ou faisant du rase-mottes au niveau des ordures abandonnées dans des caniveaux, faisant naître des pensées, mêlant les idées, s’émerveillant d’un changement de couleurs quand le brouillard s’abat sur le quartier. Impossible de savoir si ce que nous lisons est un roman (ce qu’il avoue être), un recueil poétique ou des propositions philosophiques, c’est tout cela, sous la forme de cette errance en liberté de la feuille de platane. Ce que nous lisons est encore bien plus que cela, l’urbanisme, la nouvelle économie et ses conséquences, le détraquement climatique, la linguistique sont les moteurs de pages où l’auteur laisse libre cours à sa pensée. Le dire ainsi pourrait effrayer un lecteur lambda (ce que je suis), ce serait un tort, car rien n’est rebutant dans ces passages sérieux, jamais ennuyeux. Ce qu’il dit de la traduction, par exemple, est lumineux, et les aphorismes semés ici ou là font sourire et frémir : « La pureté est toujours le prélude au fascisme (Hitler était végétarien, peu s’en souviennent) » Ah, ce  toujours !

Côté roman, il y a du Perec (les extraits de vies de gens ordinaires, les précisions matérielles comme les dimensions des objets), du César Aira (les fulgurances « folles » qui sont plus raisonnables qu’elles en ont l’air, la liberté du conteur), d’autres références possibles, mais c’est Damián Tabarovsky qu’on lit, pas une imitation ou un pastiche, il se sert de créateurs qu’il aime et qu’il admire pour faire du pur Tabarovsky.

La petite feuille de platane anonyme et banale qui erre, tombe, remonte et retombe en planant dans cette rue banale de Buenos Aires n’est autre chose que notre destin à tous, destin sans explication, sans raison.

Le bon maître

2016 / 2022

Au début du Bon maître, tout le monde en prend pour son grade : Damián Tabarovsky, ou le narrateur (saura-t-on jamais ?) égratigne dans le désordre Cortázar, Neruda, la musique classique allemande, Charlie Parker et même son défunt ami Fogwill. On le pressent, ce court roman sera pessimiste. Damián Tabarovsky est bien le proche cousin de César Aira et de Copi (tous deux cités nommément) : un humour franchement drôle qui ne cache pas un désenchantement  universel envers ce que nous sommes, misérables mortels.

Ici, le héros de chacun des trois chapitres est un chien, Tato, Martu et Ringo. Eux aussi sont très peu flattés par la description qu’en fait leur maître. À travers les canidés, c’est bien l’humanité qui est visée, attaquée, Damián Tabarovsky énumère ses méfaits, bien réels hélas, les exterminations des  indigènes jadis, les licenciements brutaux récemment, les dégâts organisés contre la nature. Quand il observe, qu’il en parle, le narrateur (qui ne peut être que Tabarovsky, cette foi on en est sûrs) soulève des pans entiers de son  enfance et de sa jeunesse, les années de dictature, les sinistres Falcon, ces voitures qui vous surveillaient en permanence, qui pouvaient vous enlever et vous faire disparaître, et puis les crises économiques qui ne se sont jamais arrêtées.

Trois chiens sont observés par un homme qui est peut-être le bon maître du titre. À propos, qu’est-ce qu’un maître ? Un bon maître ? Nous sommes tous dominés, par la société, par l’économie surtout, pouvons-nous lutter ? Les chiens le peuvent-ils ?

Les pensées, brillantissimes, s’enchaînent, voletant (comme la feuille de platane espagnol de la Beauté vulgaire) du saxo de Charlie Parker à la technique de la pompe à essence ou à l’actualité d’un texte antique, sur rien et sur tout, un tout où tout est si juste.

Le lecteur ne doit surtout pas se prendre plus au sérieux que l’auteur,  l’unique, l’inimitable Damián Tabarovsky.

Une beauté vulgaire suivi de Le bon maître, traduit de l’espagnol (Argentine) par Nelly Lhermillier, éd. Noir sur Blanc, 243 p., 21 €.

Damián Tabarovsky en espagnol : Una belleza vulgar, ed. Mondadori, Barcelone / El amo bueno, ed. Mardulce, Buenos Aires.

MOTS CLES : ARGENTINE / HUMOUR / PHILOSOPHIE / SURREALISME / SOCIETE / EDITIONS NOIR SUR BLANC.

Pour compléter la lecture de ces deux courts roman, on peut, c’est évident, se replonger sur ceux de César Aira, en priorité Le Président, commenté la semaine dernière :

.. ou encore Copi, L’homosexuel, ou la difficulté de s’exprimer, commenté le 25 février :

CHRONIQUES

Mateusz JANISZEWSKI

Deux romans très différents, aux antipodes l’un de l’autre cette semaine, avec un point commun : le passage du Cap Horn et deux croisières problématiques dans le Sud de l’Amérique latine, Le saint du Néerlandais Martin Michael Driessen et Un arc de grand cercle du Polonais Mateusz Janiszewski.

ARGENTINE / POLOGNE

Mateusz Janiszewski est né en 1975. Il est chirurgien, traducteur et écrivain. En tant que médecin, il a participé à plusieurs missions humanitaires en Asie. Un grand arc de cercle est le récit d’une expédition dans l’Antarctique partie en 2015 d’Argentine.

Un arc de grand cercle

Patagonie – océan Glacial – Antarctique

2022

Après un séjour peu apprécié dans une Buenos Aires écrasée par la canicule et en proie à une crise économique elle aussi écrasante, Mateusz Janiszewski, un chirurgien polonais, entame la répétition par un équipage polonais d’un voyage fait en 1914 dans les mers antarctiques, celui d’Ernest Shackleton dont on a retrouvé l’épave qui vient très récemment d’être filmée.

C’est à une bien curieuse poésie que nous convie l’auteur – aventurier : le scientifique ne cesse de pointer son nez, les allusions à la géométrie, à la mécanique, ne manquent pas, et pourtant son regard ne s’arrête pas là : il est souvent acéré (c’est peu dire que ce qu’il a vu de Buenos Aires ne lui a pas plu, la pampa découverte à travers les vitres d’un bus pas davantage), mais une couleur, un accident de terrain inattendu provoquent un éclair de beauté soudaine qui fait naître une pensée sur la place de l’être vivant dans un tel décor ou sur un texte lu jadis. La « symphonie de la vie », ce que recherche Mateusz Janiszewski est-elle à sa portée ? À la nôtre ?

Mateusz Janiszewski est un de ces « aventuriers » modernes dont les « aventures » se transforment en livres, dont l’aventure », soigneusement préparée et encadrée (il faut lire les deux pages qui énumèrent les couches de vêtements avec leurs fermetures velcro !) n’a plus que de très lointains rapports avec ce qu’a dû connaître Ernest Shackleton. On est surpris par son pessimisme général (Buenos Aires est invivable, l’Argentine d’une tristesse infinie, le climat en Patagonie intolérable) et il semble surpris qu’en passant le Cap Horn la mer soit démontée. Le froid dont il souffre est un de ses soucis essentiels. Autre surprise pour le lecteur habitué à ce genre de récits : ici, c’est le « je », la première personne, qui prime. En quoi consistait l’équipage, on ne le saura pas, tout juste le prénom du capitaine, Artur, et de brefs adieux de retour à Buenos Aires. Tout se concentre sur le narrateur.

Et, paradoxalement, ce qui peut apparaître comme un défaut fait l’originalité de ce récit qui va à contre-courant des « normes ». Quand généralement les auteurs se donnent le beau rôle, font ressortir leur volonté de vaincre les éléments naturels et partagent la joie de triompher, Mateusz Janiszewski, lui, décrit ses souffrances, le côté dérisoire de l’expédition entreprise. Il y a de belles pages, la description minutieuse d’un iceberg et de ses couleurs, une poésie accompagnée de citations ou d’allusions à des écrivains qui ont partagé ces émotions, avec en tête Herman Melville dont le Moby Dick a fasciné notre guide, certains connus, d’autres dont nous découvrons les noms et qui sont souvent publiés en français.

Comme en négatif ressort l’aventure vécue presque dans la passivité par Mateusz Janiszewski. Il offre un récit à contre-courant, ce qui fait son originalité.

Un arc de grand cercle. Patagonie – océan Glacial – Antarctique, traduit du polonais par Laurence Dyèvre, éd. Noir sur Blanc, 180 p., 18,50 €.

Mateusz Janiszevski en polonais : Ortodroma, ed. Znac.

MOTS CLES : ARGENTINE / POLOGNE / AVENTURES / POESIE / EDITIONS NOIR SUR BLANC.

Cet article vous a intéressé ? Vous souhaitez être informé des nouveautés en rapport avec l’Amérique latine et la zone Caraïbe publiées en France ?

ABONNEZ-VOUS !

C’est gratuit, il vous suffit d’indiquer (en bas sur la colonne de droite de cette page) votre adresse mail.

Vous recevrez une notification à chaque publication sur AnnA, Americanostra/nos Amériques.

Une autre aventure vécue par un jeune écrivain auw prises avec la nature sud-américaine : le récit de Miguel Bonnefoy, Jungle. Mon commentaire sur AnnA le 25 septembre 2018 :

CHRONIQUES, ROMAN COLOMBIEN

Antonio UNGAR

COLOMBIE

Antonio Ungar est né en 1974 à Bogotá. Il a longuement voyagé et a vécu dans différents pays d’Europe, du Moyen Orient et de l’Amérique. Il est l’auteur de romans, de recueils de nouvelles et de littérature pour la jeunesse et a été lauréat du Prix Herralde en 2010 pour son roman Tres ataúdes blancos / Trois cercueils blancs.

Regarde-moi

2022

Regarde-moi est le journal d’un homme jeune qui vit dans une ville européenne anonyme (semble-t-il, on finira par la reconnaître) et qui note des petits faits de son existence très terne, et surtout les activités qu’il devine dans l’appartement qui lui fait face. L’homme a jugé ses occupants avant de les connaître, il a une bonne raison pour cela : ils ne sont pas franchement blancs, peut-être des Paraguayens, c’est tout dire. Et ils ne sont pas les seules personnes douteuses dans ce pays qui n’est plus ce qu’il a été : les employées du Pôle emploi local elles-mêmes sont des Noires.

De sa fenêtre, il observe l’homme, les deux jeunes gens et la jeune fille qui ont emménagé en face de chez lui, surtout la fille. La commerçante du quartier (une Roumaine, mais il faut bien faire avec) lui donne des infos : elle s’appelle Irina, prend des cours de secrétariat. Son corps ne le laisse pas indifférent, mais il reste à distance, protégé par les rideaux derrière lesquels il se cache, par la discrétion des caméras de surveillance qu’il a installées, braquées sur l’appartement d’en face.

Le journal s’adresse à sa sœur Eva, « morte trop tôt », il l’informe de l’avancée de son grand projet qui aboutira le Jour N, un projet unique qu’il conserve soigneusement dans le mystère, même pour elle. De ses phrases d’apparence banale suintent la rancœur, la méfiance, la peur maladive, la haine. Ce narrateur est haïssable. Il passe d’une obsession à une autre : sa sœur aînée morte, la « vieille république » qu’il estime agonisante, tous ces étrangers qui sont partout, des étrangers qui tous mentent dès qu’ils ouvrent la bouche, les médicaments dont il ne peut plus se passer, la beauté d’Irina.

L’espionnage maladif (l’arrivée d’Irina chez elle est notée à la minute près) devient de plus en plus serré, compulsif. Pour lui, la vie est « un voyage claustrophobique ». Est-il à plaindre ? Le pire, c’est qu’il reste humain. Haïssable mais humain malgré tout. Il est de ces malheureux qui se rendent eux-mêmes malheureux en s’obnubilant sur des gens différents (couleur de peau, accents, attitudes, vêtements) qui ne leur ont jamais rien fait, et qui les rend responsables de leur propre pessimisme exacerbé.

En lisant Regarde-moi début 2022 en France, on ne peut qu’être troublé par cet homme tellement semblable à un M. Z (je n’ai pas la moindre envie de le nommer) qu’Antonio Ungar semble avoir deviné avant qu’il se fasse remarquer et qu’il montre dans tout son délire, son déni de la réalité, son refus de la moindre ouverture. Son personnage n’est pas seulement raciste, c’est un pauvre détraqué, il n’est pas toujours confortable de le suivre dans son déséquilibre, mais c’est une lecture nécessaire et prenante par sa progression, son suspense : jusqu’où ira son délire ?

Antonio Ungar réussit pleinement, avec ce Regarde-moi, un roman troublant, pessimiste mais nécessaire dans cette période que nous vivons, où on a l’impression qu’il est devenu impossible d’envisager un horizon serein. On peut aussi espérer que ces malades d’enfermement sur soi arriveront bien un jour à s’auto-détruire !

Regarde-moi, traduit de l’espagnol (Colombie) par Robert Amutio, éd. Noir sur Blanc (Coll. Notabilia), 211 p., 18 €.

MOTS CLES : COLOMBIE / FRANCE / POLITIQUE / VIOLENCE / SOCIETES / PSYCHOLOGIE / EXTRÊME DROITE / EDITIONS NOIR SUR BLANC.

Autres chroniques sur AnnA :

dans la rubrique VO : Eva y las fieras.

Dans les chroniques : Les oreilles du loup

CHRONIQUES, ROMAN URUGUAYEN

Mario LEVRERO

URUGUAY

Mario Levrero est né à Montevideo en 1940. Il a durant sa vie pratiqué une foule de « métiers » divers en rapport avec ses activités littéraires : libraire, scénariste de bandes dessinées, animateur d’ateliers littéraires et bien sûr romancier. Il est considéré comme l’un des créateurs majeurs en Amérique hispanique. Il est mort en 2004 à Montevideo.

Le roman lumineux

2005 / 2021

Si on veut jouer à la comparaison, ce Roman lumineux  peut faire penser à Luis Buñuel qui s’est amusé à montrer, dans Le charme discret de la bourgeoisie, un groupe de bourgeois qui passent tout le temps du film à souhaiter un bon repas ensemble et qui ratent lamentablement leur coup à répétition, ou à Marcel Proust qui se plaint abondamment, entre nombre d’autres choses, de son impossibilité de rédiger l’œuvre de sa vie, ce qu’il est précisément en train de faire sous nos yeux. Le narrateur du roman lumineux, qui s’appelle bien Mario comme celui de la Recherche s’appelait Marcel, vient d’obtenir une bourse prestigieuse qui lui permettra de reprendre une esquisse abandonnée, intitulée Le roman lumineux. Hélas, les premières mensualités versées par Monsieur Guggenheim passent dans des travaux électriques dans le modeste appartement du créateur ou dans l’achat de mobilier semble-t-il indispensable (deux fauteuils, dont un pour lire), il l’explique dans un journal qu’il tient avant d’aller se coucher, entre 3 et 4 h 30 du matin.

Il y parle de son quotidien, les sorties avec des amies bienveillantes qui le fournissent en escalopes milanaises et en ragouts de lentilles, qui l’accompagnent faire un tour de quartier et passer chez un bouquiniste qui lui vend des séries de polars qu’il a déjà lus. Il s’y plaint des addictions dont il est victime, les jeux de cartes proposés par son ordinateur et les visites, fréquentes et interminables, sur des sites pornographiques. Il y revient avec une indéniable délectation sur ses misères physiques et morales (quand son estomac se réjouit d’un léger mieux, c’est sa vue qui se dégrade)… et le roman n’avance pas. Il faudra attendre la page 463 pour lire enfin : CHAPITRE PREMIER !

Et pourtant, il n’est pas question de sauter ce qui semble être un prologue qui pourrait sembler démesuré. Ce qui est démesuré, c’est la multiplicité, l’intensité de cet énorme vide existentiel, qui n’est qu’apparent.

Le déroulé des jours est plutôt monotone : quelques cours par semaine que donne le narrateur à quelques pseudo-étudiants qui n’ont pas l’air des plus motivés, les promenades susdites avec ces dames compatissantes, l’achat et la lecture des polars dont il connaît le dénouement. Mais, en commençant la lecture, on entre dans une véritable Odyssée moderne (d’ailleurs Ulysse apparaît sous diverses formes), mais une Odyssée immobile. Paradoxal, direz-vous ? Vous avez raison, le paradoxe est partout dans ce roman lumineux, le vide apparent de ces centaines de pages n’est qu’apparent, les remarques confiées à la plume (ou au clavier) abordent, souvent avec humour, des sujets universels, souvent en rapport direct avec notre monde actuel : les addictions (tabac, écrans, sexe et ses représentations, médicaments), des sujets intemporels aussi : la survie de l’être humain plongé dans une désespérance originelle, comment la surpasser, si toutefois cela est envisageable.

Et il offre souvent aussi des motifs pour sourire ou même rire franchement. Étalé sur des mois, le destin d’un pigeon mort et de sa présumée compagne bien vivante dont le narrateur-auteur-observateur explique avec une rigoureuse rationalité le  mystère des attitudes colombines, nous tient en haleine et nous fait nous poser des questions, oserai-je dire vitales ? Oui, malgré le comique de la situation,  ce pauvre tas de plumes prend une profondeur étonnante.

Il n’est pas banal d’écrire 500 pages pour répéter qu’on n’est pas capable d’écrire ce qu’on voudrait écrire, Mario Levrero le fait avec un panache modeste et pourtant étincelant, ce fatras génial montre de façon lumineuse un des mystères de la création, littéraire dans ce cas : comment peut-on sortir aussi comblés de ce récit qui n’est ni un roman, ni un essai psychologique, ni un journal, qui est une œuvre majeure ?

Le roman lumineux, traduit de l’espagnol (Uruguay) par Robert Amutio, éd. Notabilia, 592 p., 29 €.

Mario Levrero en espagnol : La novela luminosa, El discurso vacío / Diario de un canalla. Burdeos, 1972 /La banda del ciempiés : Dejen todo en mis manos,  ed. Literatura Random House.

Mario Levrero en français : Fauna, éd. Complexe, Bruxelles et Paris / J’en fais mon affaire, éd. L’Arbre vengeur / Le discours vide, éd. Notabilia.

MOTS CLES : URUGUAY / LITTERATURE / HUMOUR / CREATION / PSYCHOLOGIE / EDITIONS NOIR SUR BLANC.

ACTUALITE, ROMAN ARGENTIN

Rencontre avec Paula Porroni

 


 

La Maison de l’Amérique latine à Paris (227, Boulevard Saint-Germain (7ème ) propose une rencontre avec Paula Porroni (voir ma chronique sur le blog)

le 19 février à 19 h.

 

PORRONI, Paula Invitation

 

 

porroni, paula bonne élève

Rencontre avec l’auteur à l’occasion de la parution de son livre (Noir sur Blanc, Notabilia) traduit par Marianne Millon

Animée par Ariane Singer (Le Monde).

 

Bonne élève est le portrait d’une jeune femme de Buenos Aires qui a fait de brillantes études en histoire de l’art dans une université du nord de l’Angleterre.
De retour en Argentine, elle ne trouve pas de travail, et repart en Angleterre quelques années plus tard. Sa mère lui a donné un an pour se bâtir une nouvelle vie, l’entretenant grâce à l’héritage du père. Mais le pays est en crise lui aussi.
Déclassée, elle loue des chambres de plus en plus minables, travaille dans une bibliothèque universitaire en attendant un mieux qui ne vient pas, rattrapée par la précarité.

 

Paula Porroni est née à Buenos Aires en 1977. Après des études universitaires de lettres dans la capitale argentine, elle a suivi un master en études latino-américaines à l’université de Cambridge puis en écriture créative à New York. Elle vit actuellement à Londres. Bonne élève est son premier roman, remarqué par la critique dès sa parution. Elle est aussi l’auteure de nouvelles publiées dans diverses revues.

 

En association avec la Librairie polonaise.

CHRONIQUES, ROMAN ARGENTIN

Paula PORRONI

ARGENTINE

porroni, paula

Paula Porroni est née à Buenos Aires en 1977. Après des études internationales, en Argentine, aux États-Unis et en Grande Bretagne, elle publie son premier roman en 2016 à Barcelone.

Bonne élève

2016/2019

Paula Porroni, née à Buenos Aires en 1977 et ayant acquis une solide formation universitaire à Buenos Aires, Cambridge et New-York, a publié ce premier roman en 2016 à Barcelone (dans une maison d’édition dont le siège se trouve… sur l’Avenue República Argentina, cela ne s’invente pas !), un premier roman qui a immédiatement été remarqué et que les éditions Noir sur Blanc nous offrent dans sa version française.

La narratrice est une de ces étudiantes brillantes qui ont du mal à sortir du système universitaire qui leur assure un confortable cocon. Elle ne sait pas clairement vers où va se diriger le cours de sa vie : encore un an ou deux sur les bancs d’une université ? Laquelle ? Trouver un emploi ? Lequel ? Ce dont elle est sûre, c’est qu’elle est revenue s’installer en Grande Bretagne pour fuir à nouveau son pays, l’Argentine, sa ville, Buenos Aires, et surtout sa mère avec laquelle elle ne peut s’empêcher  quand même de communiquer sans arrêt par messagerie. Son colocataire grec est au moins aussi paumé qu’elle, accumulant les refus des entreprises qu’il vient de solliciter.

Elle ne parvient pas à se fixer, le souhaiterait-elle ? Alors elle vivote. Mais dans vivoter il y a vivre, c’est tout le paradoxe de ce qu’elle décrit : rien de ce qui l’entoure ne lui plaît vraiment, et pourtant elle accepte le tout en vrac : sa logeuse avare, son sort, sa dépendance à sa mère et celle plus indirecte, car il est mort depuis quelques années, à son père, ses étranges relations qu’il est difficile d’appeler amitié avec Thomas et Anna, un couple de son âge qui vit à Londres.

C’est bizarre et familier, profondément pessimiste avec des trouées d’espoir : elle doute et elle y croit, elle est attirée par le gouffre et par le sommet, alors où est sa place ? L’automutilation est-elle une aide pour s’élever ou pour finir de tomber ?

En réalité elle essaie un peu tout, frôle l’anorexie tout en buvant des litres de bière et en étant incapable de se passer de somnifères. Est-ce un rôle qu’elle s’obligerait à jouer pour elle-même et pour les autres ? Cette insatisfaction générale au fond n’est pas pour lui déplaire, c’est sa façon d’exister, d’être.

Tout est très dépouillé dans ce récit, rien d’inutile, les phrases sont brèves, Paula Porroni ne glisse que l’essentiel pour troubler le lecteur et le rapprocher de ce que peut vivre la jeune fille, de ce qu’elle peut ressentir face à un futur qui lui fait probablement peur, mais elle ne se l’avouera jamais. Notre jeune romancière, elle, maîtrise parfaitement ce qu’elle souhaite faire partager, on peut sans risque l’associer pour ses qualités d’écriture à Liliana Colanzi, Mariana Enríquez, Guadalupe Nettel, Lina Meruane, cette génération émergeante de jeunes femmes pessimistes et très talentueuses.

Bonne élève de Paula Porroni, traduit de l’espagnol (Argentine) par Marianne Million, éd. Noir sur Blanc, 144 p., 15 €.

Paula Porroni en espagnol : Buena alumna, ed. Minúscula, Barcelona.

MOTS CLES : ROMAN ARGENTIN / PSYCHOLOGIE / SOCIETE : EDITIONS NOIR SUR BLANC.

porroni, paula bonne élève

PUBLICATION ORIGINALE : www.espaces-latinos.org