CHRONIQUES

Gabriela CABEZÓN CÁMARA

ARGENTINE

Gabriela Cabezón Cámara est née en 1968 dans la province de Buenos Aires. Après des études de Lettres, elle écrit ses premiers récits courts avant de publier deux romans, tous deux traduits en français aux éditions de l’Ogre. Parallèlement à sa création littéraire, elle est une militante féministe et LGBT en Argentine.

Les aventures de China Iron

2017 / 2021

(Martín Fierro est un  des grands classiques de la littérature argentine, souvent considéré comme l’œuvre fondatrice, un poème d’environ 2300 vers écrit par José Hernández qui met en scène un gaucho recruté par la force pour combattre les Indiens. Une fois démobilisé il se retrouve abandonné par sa famille et devient hors la loi décidé à combattre les injustices).

Quand commencent Les aventures de China Iron, la China vient d’être abandonnée par son gaucho de mari, Martín Fierro, littéralement enlevé pour aller lutter contre les Indiens. Elle a 14 ans et manque d’à peu près tout, sauf de noms : la China (c’est-à-dire l’Indienne), Joséphine, Iron, Star ? Ce sera China Iron, puisque son mari s’appelait Fierro. Elizabeth (Liz), une belle Anglaise rousse a vécu elle aussi la disparition de son mari pris comme Martín Fierro par la conscription. Elle va se charger de l’éducation de China.

La jeune fille apprend ainsi que la Terre est ronde, qu’on peut découvrir des saveurs bizarres venues de continents lointains, que la lointaine Londres est une merveille et qu’il y a des lieux dans le monde où il pleut presque tout le temps, contrairement à la pampa qu’elles traversent à la recherche du mari anglais. L’amour naît entre elles, un amour fait de respect et de tendresse. Au milieu de cette pampa plate et ocre, Liz fait vivre son Angleterre verte et insolente par ses récits, par ses mots qui se mêlent à un espagnol hésitant.

Ce qu’apprend surtout China c’est l’harmonie qui existe entre les hommes, les animaux et la nature en général, vieille sagesse indienne dont nous nous sommes tous éloignés, même elle, et qui lui apparaît dans toute son évidence. Gabriela Cabezón Cámara nous fait cadeau de superbes descriptions de paysages, de rencontres, de mouvements. Elle apprend aussi que dans le monde rien n’appartient à personne (terres, animaux, enfants, adultes) et donc que tout est à tout le monde.

Accompagnées fidèlement par Rosario, un jeune gaucho orphelin en demande de protection et d’affection et par Estreya, chiot adopté lui aussi, les deux femmes vivent la vie errante des gauchos, les périodes de sécheresse qui précèdent et suivent des pluies qui transforment la pampa en bourbier. Souvent jaillissent des geysers de poésie, toute la beauté sévère de l’immense plaine devient naturelle, inattendue et évidente.

Nul besoin de ces hommes frustres, ceux du Martín Fierro, Liz et China se suffisent bien et Rosario, toujours présent n’est pas un homme frustre, il est simplement une personne, discrète et amicale, un peu comme Estreya, ce qui n’est nullement méprisant, chacun a sa place et toute idée de supériorité et donc d’infériorité n’a pas lieu d’être dans cette communauté réduite mais si riche : même leurs animaux, les vaches qui les accompagnent, savent aimer à leur manière.

La longue marche, ce qu’apprend China, connaissances, tendresse, sensualité, devient un hymne à l’harmonie universelle, celle de la nature, les mots et les phrases de Gabriela Cabezón Cámara transfigurent les banalités visibles (la pampa n’est pas un paradis terrestre dans la réalité) en sources de vie et de bonheur.

Les aventures de China Iron, traduit de l’espagnol (Argentine) par Guillaume Contré, éd. De l’Ogre 254 p., 20 €.

Gabriela Cabezón Cámara en espagnol : Las aventuras de la China Iron, ed. Penguin Random House. / La virgen Cabeza

Gabriela Cabezón Cámara en français : Pleines de grâce, éd. De l’Ogre., ed. Eterna Cadencia, Buenos Aires.

MOTS CLES : ARGENTINE / LITTERATURE / FEMINISME / AVENTURES / SOCIETE / POESIE / EDITIONS DE L’OGRE.

CHRONIQUES

Arelis URIBE

CHILI

Arelis Uribe est née en 1987 à Santiago. Après des études de journalisme et de communication, elle a participé en tant que journaliste à une ONG militant contre le harcèlement de rue.

Les bâtardes

2016 / 2021

Beaucoup d’Européens pensent que l’Amérique latine est un bloc uniforme où l’on vit de la même façon à La Havane qu’à Buenos Aires, qu’un Mexicain se voit comme le frère jumeau d’un Uruguayen. Rien de plus faux évidemment. Dans la grande diversité des nations, le Chili tient une place un peu à part, en grande partie à cause de sa situation géographique et de sa réalité physique. Très isolé par la barrière andine, tout en longueur, il a été peuplé en nombre plus tard que ses « frères » et voisins, par des vagues successives. Au XXème siècle, le Chili apparaît, un peu comme l’Argentine et l’Uruguay mais avec sa propre originalité, comme le pays latino-américain le plus européen par son mode de vie et par sa vie culturelle, franchement tournée vers le « vieux monde ».

Sa littérature est, c’est vrai, très influencée par celle venue d’Espagne, de France et de Grande Bretagne. Le dernier roman de Jorge Marchant Lazcano, par exemple, De ahí venía el miedo (ed. Tajamar, Santiago, non traduit en français) imaginait une rencontre entre un romancier chilien, Augusto D’Halmar, et deux figures des lettres anglaises au début du XXème siècle. Les sujets le plus souvent abordés par les nombreux écrivains chiliens se situent dans une classe bourgeoise, catholique, aisée et cultivée.

Or Les bâtardes fait figure d’exception. Huit nouvelles, des personnages presque exclusivement féminins, des jeunes filles ou des jeunes femmes élevées dans la classe moyenne, plutôt démunie sans être dans la pauvreté, nous racontent leur quotidien. Ce ne sont pas des héroïnes qui feront changer le monde ni même leur quartier, elles vivent, avec les moyens qui leur sont donnés. Dans ces récits qui partent d’une banalité à laquelle elles souhaitent échapper, sourd une insatisfaction qu’elles font comprendre et partager, une insatisfaction qu’elles espèrent bien fuir bientôt, mais comment ?

Beaucoup de souffrances occultées font surface, sans être spectaculaires, un certain mépris des mieux lotis envers elles, des mâles, en position naturellement supérieure, une hésitation au moment où on doit trouver sa place. Elles se conforment souvent, mais en étant conscientes de l’injustice qu’elles subissent, et aussi de la possibilité de faire changer tout cela. Le style d’Arelis Uribe sert parfaitement cette volonté de montrer très nettement mais sans en rajouter cette infériorité imposée depuis une éternité ce qui n’est plus senti comme la normalité. Tout garde une apparence de calme : les choses sont comme ça, la société fonctionne bien, tout peut durer encore longtemps… Et soudain, un mot, une phrase qui fait jaillir une situation que ces filles ne parviennent plus à accepter… Un espoir de voir qu’il devient possible de se rapprocher d’un certain équilibre, que cet équilibre est à la portée de toutes les femmes chiliennes.

Les bâtardes, à peine 100 pages, est une petite révolution à lui tout seul : par le dépouillement, Arelis Uribe fait mieux que beaucoup de militant(e)s engagé(e)s dans la médiatisation excessive. Elle convainc en gommant tout effet : la vérité est plus forte, ce qui n’empêche pas l’émotion.

Les bâtardes, traduit de l’espagnol (Chili) par Marianne Millon, avec une postface de Gabriela Wiener, éd. Quidam, 128 p., 14 €.

Arelis Uribe en espagnol : Quiltras, ed. Tránsito, Madrid.

MOTS CLES : CHILI / SOCIETE / PSYCHOLOGIE / FEMINISME / EDITIONS QUIDAM.

On peut lire, sur AnnA, rubrique VO, mon commentaire sur le roman de Jorge Marchant Lazcano cité dans l’article, De ahí venía el miedo.

CHRONIQUES

Gioconda BELLI

NICARAGUA

Née en 1948 à Managua, Gioconda Belli est poète et romancière. Dans les années 1970, elle s’est engagée contRe la dictature somoziste et après l’arrivée au pouvoir des sandiniste, elle a occupé plusieurs postes officiels. Le Prix de Poésie Jaime Gil de Biedma lui a été accordé en octobre 2020 en Espagne.

La République des femmes

2010 / 2021

En pleine campagne présidentielle au Faguas, petite république centraméricaine, le volcan Mitre se réveille et recouvre le pays d’un noir nuage. Quelques jours plus tard, on doit accepter l’évidence : une substance rejetée par l’éruption, en faisant baisser drastiquement le taux de testostérone, a fait des mâles des moutons, non, des agneaux sans défense. Une aubaine pour le PIE (Parti de la Gauche Érotique, dont les leaders (leadères ? leader.e.s ? comment diable faut-il écrire, il n’y a aucun homme dans ce parti ?) vont profiter… et vont se faire élire. La nouvelle Présidente s’appelle Viviana Sansón, elle met sur pied une politique résolument féministe.

Pour arriver au sommet de l’État, une volonté d’acier et beaucoup de hasard ont été nécessaires, un pingouin, incongru sous les tropiques ayant été l’élément déclencheur. La journaliste, veuve et mère d’une fillette est ainsi poussée vers un engagement partagé par un groupe soudé d’amies. Son pays est malade des inégalités et de la corruption des haut-placés. Il ne s’agira pas pour ces femmes courageuses de se « viriliser » mais d’agir en protectrices du pays pour lui apporter de la sérénité et de l’attention, tout simplement, ce qui risque de déplaire à certaines féministes. Et oui, pour penser à l’ensemble des problèmes sociaux, c’est l’imagination qui doit prendre le pouvoir.

L’effet ressenti à la lecture de La République des femmes ressemble à un parcours de montagnes russes : de haut en bas, de bas en haut, du réel (social et politique) vers la fantaisie (un peu folle), puis de la fantaisie (pleine d’espoir, même si elle reste un peu folle) vers un réel qu’on voudrait voir appliquer ici et ailleurs. Les documents d’archives qui parsèment l’histoire de Viviana et les utopies, les efforts de ces femmes à côté de l’inaction des hommes, tout donne à penser et à sourire, amicalement. Quand on sait que Gioconda Belli s’est directement inspirée d’un groupe auquel elle a participé dans les années 1970, elle qui a participé au gouvernement du Nicaragua, La République des femmes  prend un relief considérable.

Forcément on n’est pas d’accord avec tout ce que met en œuvre le gouvernement des femmes, certains excès légèrement farfelus ou carrément discutables, comme l’utilisation du « crédit carbone » ou l’interdiction absolue de tout homme dans les sphères du pouvoir, mais la bonne humeur générale, l’optimisme rayonnant prennent le dessus. Un optimisme tout de même nuancé par l’attentat dont est victime la Présidente au premier chapitre, ce qui plonge tout le roman dans une ambiance assez troublante : le message envoyé par Gioconda Belli est bien double : oui tout cela est possible, mais rien n’est gagné d’avance.

Une république des femmes ! On sait bien qu’on n’y est pas encore, mais si elle ressemblait à celle du roman de Gioconda Belli, on aimerait tenter l’expérience, c’est un homme qui vous le dit !

La République des femmes, traduit de l’espagnol (Nicaragua) par Claudie Toutains, éd. Yovana, 254 p., 20 €.

Gioconda Belli en espagnol : El país de las mujeres, ed. seix Barral.

Gioconda Belli en français : Le pays que j’ai dans la peau. Mémoires d’amour et de guerre, éd. Bibliophane Éditions.

MOTS CLES : AMERIQUE CENTRALE / NICARAGUA / SOCIETE / HUMOUR / POLITIQUE / FEMINISME / EDITIONS YOVANA.

CHRONIQUES

Claudia HERNÁNDEZ

SALVADOR

Claudia Hernández est née en 1975 à San Salvador. Après des études de journalisme, elle a d’abord publié des récits (elle a reçu en France le Prix Juan Rulfo en 1988), puis des romans. Défriche coupe brûle est le premier traduit en français.

Défriche coupe brûle

2017 / 2021

La situation est confuse au Salvador pour les populations. Tout près, dans la forêt, se cachent des groupes de guérilleros, dont le père de la fillette. On se cache en urgence quand arrivent les militaires ou les paramilitaires et, si on a échappé au massacre, on retrouve les survivants, les survivantes surtout, les hommes ne sont plus là. Dans les collines, il y a ceux qui se sont engagés dans la guérilla et ceux qui s’en sont écartés pour se mettre « à leur compte » : alors, ils pillent et violent et survivent ainsi. Entre le chacun pour soi et la résignation, le village redoute de voir arriver les moments où ces déserteurs viennent chercher des fillettes pour les servir.

Les années 1980 ont été terribles au Salvador. Les pires ravages ont été sur les humains, c’est ce que montre Claudia Hernández en s’attachant au destin des femmes anonymes et aux années qui ont vu s’installer une période d’après-guerre presque aussi invivable que les moments du conflit. Dans le roman, il n’y a aucun nom propre, aucun prénom. Ces femmes anonymes ont vécu, pendant la guerre, elles y ont participé pour beaucoup, elles en ont été les principales victimes. Après la guerre, elles doivent continuer : se réadapter à une nouvelle existence dans un temps de paix qui ne résout pas les difficultés, surtout si ces difficultés concernent aussi la génération suivante, celle des adolescentes de l’après-guerre qui, après être nées en pleine violence et avoir subi toute sorte de privations et parfois bien pire, n’ont aucun repère pour les guider vers leur futur.

Par l’intermédiaire d’une mère qui a participé directement à la guérilla et de ses filles, Claudia Hernández brosse un tableau complet des classes modestes de la société salvadorienne : la lutte pour trouver l’argent du mois, la quête de reconnaissance, l’accès éventuel à l’université, le sort des enfants abandonnés jadis à cause du conflit. Sous la froideur de façade du style (l’auteure emploie l’allusion plus que l’information directe), se dissimulent une profonde humanité, une tendresse pudique pleine de respect pour ces femmes, moins exposées à la lumière que les hommes, « héros » de la guerre, mais au moins aussi efficaces pour gérer des situations impossibles.

Les hommes restent sur la marge. Il y a les prédateurs, d’autres ne sont pas des monstres, c’est le pays qui est dur avec les personnes. Il n’empêche que les filles et les femmes sont en général les perdantes, que les hommes soient  gagnants ou non.

Quel sens a le mot famille dans un pays de nature machiste et déchiré par une guerre civile ? Plus que de famille, rendue impossible par les circonstances, c’est de filiation qu’il s’agit (j’aurais envie d’inventer le mot filliation, avec deux l ), de sororité : femmes et filles reconstituent une nouvelle forme de famille solidaire, un bloc, malgré des divergences inévitables, malgré un éloignement imposé : face à l’inévitable, on tient bon ! C’est inattendu, c’est simple et c’est beau.

L’austérité du style correspond exactement à celle de ce qui est raconté. Claudia Hernández réussit l’impossible : nous rendre proches ces femmes si éloignées de nous, en utilisant un style distancié et minutieux dont la froideur de surface, loin de glacer, nous aide à entrer dans leurs vies. Un premier roman très prometteur.

Défriche coupe brûle, traduit de l’espagnol (Salvador) par René Solis, éd. Métailié, 304 p., 21,50 €.

Claudia Hernández en espagnol : Roza tumba quema, ed. Sexto Piso, Madrid.

MOTS CLES : SALVADOR / HISTOIRE / GUERILLA / SOCIETE / PSYCHOLOGIE / FEMINISME / EDITIONS METAILIE.

CHRONIQUES

Dolores REYES

ARGENTINE

Dolores Reyes est née à Buenos Aires en 1978. Après des études de Lettres classiques, elle est enseignante et militante politique. Mangeterre est son premier roman.

Mangeterre

2019 / 2020

L’adolescente pas vraiment sortie de l’enfance que tout le monde désormais appelle Mangeterre a de bizarres rapports avec la terre dont elle découvre un peu par hasard les étranges propriétés si elle en ingère un peu. Cela lui arrive pour la première fois au moment  où sa mère, en mourant, la laisse seule avec son frère Walter. En mangeant de la terre qui a été en contact avec elles (cela ne concerne que des filles, à une exception près), elle a la douloureuse révélation de ce qui a été le sort de victimes de violences : elle entre littéralement en contact avec elles. Elle ne peut échapper à cette expérience, elle préférerait vivre sa vie d’adolescente en compagnie de Walter, jouer sur sa console avec ses copains, mais elle doit assumer sa condition de medium. Ses dons commencent à être connus dans son quartier, dans sa ville…

C’est un roman réaliste que ce Mangeterre, un réalisme dont les racines sont irréelles. J’ai conscience de n’être pas clair comme de l’eau de roche, il faudra lire ces courts chapitres qui souvent ressemblent à une enquête policière dans l’au-delà pour me comprendre.

Mangeterre est-elle sorcière ou fée ? La vie dans nos sociétés machistes est-elle toute blanche ou toute noire ? Le flic qui devient un personnage central est par exemple d’une humanité saisissante. Pourtant Dolores Reyes n’hésite pas à bien nommer et dénoncer le mal qui se cache mais qui agit. Il apparaît indirectement, sous les traits des victimes, il n’en est que plus présent.

Dolores Reyes a choisi peut-être le meilleur moyen de dénoncer les violences faites aux filles et aux femmes. Sans jamais devenir voyeur (un mot qui n’a pas de féminin !) ni faire de son lecteur lui-même un voyeur, elle s’attaque de façon implacable à l’infâme injustice.

La jeune héroïne navigue entre rêves, divination et vie prosaïque (le manque de bière dans le frigo est un de ses soucis), elle ne distingue pas toujours  tout à fait ce qui est secondaire et fondamental : au lecteur de faire le tri, l’auteure nous y aide.

Mangeterre est une des révélations de cette rentrée en France, un roman d’une grande originalité qui se lit comme un thriller sur un sujet douloureux et tellement actuel.

Mangeterre, traduit de l’espagnol (Argentine) par Isabelle Gugnon, éd. de l’Observatoire, 209 p., 20 €.

MOTS CLES : ARGENTINE / SOCIETE / FEMINISME / VIOLENCE / EDITIONS E L’OBSERVATOIRE.

Les lecteurs qui aimeront ce roman aimeront aussi Les jeunes mortes de l’Argentine Selva Almada (éd. Métailié), sur le même thème,  chronique sur AnnA :

https://wordpress.com/block-editor/post/americanostra.wordpress.com/150

CHRONIQUES

Djamila RIBEIRO

BRÉSIL

 

RIBEIRO, Djamila

Née en 1980 à Santos, Djamila Ribeiro, après des études de philosophie en rapport avec la politique, est une militante féministe reconnue internationalement. Elle est chroniqueuse pour plusieurs revues ou organismes.

 

Petit manuel antiraciste et féministe

2019 / 2020

Le titre le dit clairement, le volume qu’on a entre les mains est modeste, engagé, pédagogique et, j’ajoute, efficace. Née  à Santos, près de São Paulo, elle est la seule élève noire de son école. Après des études de philosophie, elle se consacre à la lutte militante pour défendre les droits élémentaires des femmes et, plus généralement des Noirs, en étant davantage reconnue hors de son pays qu’au Brésil, d’où ce livre qui est un peu un mode d’emploi pour vaincre les préjugés ancrés si forts un peu partout dans le monde, en Amérique latine peut-être encore plus qu’ailleurs mais utile chez nous aussi.

 

En une douzaine de chapitres, l’auteure s’adresse directement à son lecteur pour le mettre face à lui-même par rapport à la question mêlée du racisme et du féminisme : il est difficile et même impossible d’être les deux en même temps puisque la racine de ce mal est dans le refus de voir l’autre comme naturellement semblable à nous. À partir de là, Djamila Ribeiro l’invite (nous invite) à regarder en lui-même pour l’inciter à voir ses propres failles sur le sujet : notre égoïsme naturel ne nous pousse-t-il pas à, sinon mépriser, du moins regarder de haut un homme d’une autre couleur que la nôtre ou une femme, si on est un homme ? C’est très probable. Là est l’intérêt fondamental de la démarche.

On peut faire une réserve, sémantique. J’ai personnellement tendance à me méfier de l’exagération dans l’usage d’un vocabulaire militant, craignant qu’en utilisant des mots excessifs on n’affaiblisse le propos, et c’est parfois le cas ici : parler, en citant un essayiste de génocide quand il s’agit d’ignorer la culture d’un peuple risque, en mettant sur le même plan un concept abstrait et la destruction humaine volontaire de précipiter un lecteur modéré dans l’extrême inverse. Le dilemme n’est pas nouveau : Delphine Seyrig ne fut-elle pas bien plus efficace que les tenantes du mouvement radical des années 1970 pour convaincre en douceur mais sans concession et pour faire avancer la cause féministe ?

Cette légère réserve mise à part (elle touche la forme, pas le fond), ce manuel (pas si petit que ça !) est salutaire : il explique la situation, et surtout il donne des pistes personnelles, pour qui douterait de sa propre opinion, et des arguments à présenter à toute relation, tout ami raciste que l’on peut avoir, conscient ou inconscient, ce qui est fréquent, peu ou pas féministe, ou qui croit être proche des femmes mais qui dans la pratique en est loin. Une des très bonnes idées de l’auteure est de traiter antiféminisme et racisme sur le même pied.

Le sujet, on le sait, est extrêmement complexe et Djamila Ribeiro ne cherche pas à donner une réponse à des questions qui n’en ont pas, qui n’ont pas de réponse tranchée : une troupe d’acteurs blancs peut-elle jouer une pièce sur des traditions amérindiennes ? L’impossibilité d’en monter une en 2018 au Canada ne fut-elle pas bien pire que l’idée du principe ? En revanche, Djamila Ribeiro donne des pistes claires de réflexion, avec un mot-clé, le respect de l’autre.

Un autre intérêt de ce Petit manuel est que s’il est essentiellement axé sur le Brésil (un Brésil d’avant Bolsonaro, rien ne s’est amélioré depuis), il se révèle universel : le machisme est peut-être un peu moins manifeste en Europe, la représentation des non-Blancs probablement moins négligée dans nos médias, au théâtre et dans nos films et dans les séries que nous regardons, le problème de fond est le même ici et là-bas et la lutte contre l’ignorance et ses dérives est aussi nécessaire partout dans le monde.

Prenons donc des leçons pratiques en lisant Djamila Ribeiro, restons vigilants sans tomber dans l’excès inverse, l’excès de scrupule : n’oublions pas l’exemple de Joséphine Baker, vers 1925 (déjà !) qui fit tomber beaucoup de barrières en jouant au premier degré sur les codes en valeur à l’époque : c’est à l’intelligence de triompher, ce que nous dit en toute simplicité ce « petit » manuel pratique.

Petit manuel antiraciste et féministe de Djamila Ribeiro, traduit du brésilien par Paula Anacaona, éd. Anacaona, 132 p., 10 €.

Djamila Ribeiro en brésilien : Pequeno manual antirracista, / Quem tem medo do feminismo negro, ed. Companhia das Letras.

Djamila Ribeiro en français : Chroniques sur le féminisme noir / La place de la parole noire, éd. Anacaona.

MOTS CLES : FEMINISME / SOCIETE / PSYCHOLOGIE / EDITIONS ANACAONA

RIBEIRO, Djamila Petit manuel antiracise et féministe

 

CHRONIQUES

Conceição EVARISTO

BRÉSIL

 

EVARISTO, Conceiçao

Née à Belo Horizonte en 1946 dans une famille très modeste, elle s’est battue pour poursuivre des études secondaires, puis universitaires, jusqu’au doctorat. Elle n’a commencé à écrire que dans les années 1990. Elle est aussi une militante active contre racisme et la misogynie.

 

Ses yeux d’eau

 2014 / 2020

 

On commence à connaître Conceição Evaristo depuis quelques années en France. Née dans une favela de Belo Horizonte, ayant dû lutter pour devenir institutrice, puis professeure, elle a publié depuis les années 1990 des œuvres, poèmes ou narrations, dans lesquelles cohabitent expérience personnelle et même intime et expérience  collective : Conceição Evaristo se considère comme un simple membre parmi les centaines de milliers d’Afro-Brésiliens qui n’ont pas ou très peu la parole dans leur pays.

Dans ces quinze nouvelles le Brésil des gens pauvres et dignes existe sous nos yeux. La ville, les quartiers pauvres, des intérieurs surpeuplés sont le décor de ces histoires de femmes, d’hommes, d’enfants et d’adolescents qui n’ont pas eu le temps ou la possibilité de savoir qu’ils étaient enfants.

Ce que montre Conceição Evaristo est d’une grande cruauté et d’une grande beauté : les femmes souffrent et résistent, les enfants aussi et les hommes, souvent, pas toujours.

Les histoires racontées sont dures, cruelles, elles décrivent des réalités parfois insoutenables mais qui doivent être vécues au quotidien par ces personnes qui n’en auront pas connu d’autres, enchaînées à perpétuité. Elles peuvent aussi être tendres. La narratrice est tellement proche de ces êtres cassés. Il y a toujours des lueurs de bonté, d’espoir quelque part en eux. Dans ce Brésil de la misère, l’espoir et la bonté ne durent guère mais sont capables de renaître après une éclipse. Rien n’est vraiment stable, le moment de fragile bonheur ne durera probablement pas, mais l’effondrement qui le suit non plus, la vie est ainsi pour ces « petites » gens dont on découvre qu’ils ne sont pas aussi « petits »   que cela, qu’ils peuvent être admirables ou méprisables, qu’au fond ils nous ressemblent.

Et puis il y a les mots, les phrases de Conceição Evaristo. Elle a publié plusieurs recueils de poèmes, quand elle écrit en prose, des récits, c’est encore de la poésie. Il suffit de lire le premier des textes de ce livre, qui lui a donné son titre. D’emblée, on est plongés dans cette beauté pleine de tendresse, de douceur, de cet amour profond et éloigné de tout effet spectaculaire, la discrétion étant une autre des qualités principales de cette écriture. Pourquoi des effets quand on est totalement sincère ?

On referme ce livre, tonifié d’avoir vu avec des mots de toute beauté tous ces courages modestes qui malgré tout sont vainqueurs des adversités, avec un seul désir, tenter de ressembler à ces femmes et à ces hommes bien plus à plaindre que nous qui pourtant nous donnent des leçons de vie.

Ses yeux d’eau de  Conceição Evaristo, traduit du portugais (Brésil) par Izabella Borges, éd. des femmes-Antoinette Fouque, 192 p., 15 €.

Conceição Evaristo en portugais : Olhos d’água, ed. Pallas, Rios de Janeiro

Conceição Evaristo en français : L’histoire de Poncia / Banzo, mémoires de la favela / Insoumises, éd. Anacaona / Poèmes de la mémoire et autres mouvements, éd. des femmes-Antoinette Fouque.

MOTS CLES : ROMAN BRESILIEN / SOCIETE / POESIE / PSYCHOLOGIE / FEMINISME / EDITIONS DES FEMMES.

EVARISTO, Conceicao Ses yeux d'eau

CHRONIQUES

Gustavo RODRÍGUEZ

PEROU

 

RODRIGUEZ, Gustavo

 

Né en 1968 à Lima, Gustavo Rodríguez partage son activité enter la création littéraire et la com. Il est directeur d’une agence de publicité autour de l’art et des sciences sociales.

 

Les matins de Lima

2018 / 2020

 

Des couleurs pleines d’allégresse, des fleurs qui parsèment la robe déployée d’une jeune fille à longues nattes en train de danser et, dominant le tout, une vedette christique face à un micro, la couverture des Matins de Lima est à elle seule une petite œuvre d’art. Qu’annonce-t-elle ? Une comédie, une épopée moderne, une histoire au « réalisme magique » ? On sera surpris de toute manière, ce sixième roman du Péruvien Gustavo Rodríguez, le premier à être traduit en France, a tout pour séduire.

Quand les extrêmes opposés non seulement s’attirent, mais se marient. Ce n’est pas un roman de 270 pages, ce sont cinq ou six romans sur une trame unique et toute simple : une jeune femme, fille illégitime et abandonnée, cherche à trouver son père. Elle est née vingt neuf ans plus tôt en pleine Amazonie péruvienne, elle vit à Lima. Jeune métisse, elle a toute sa courte vie été exploitée. Il est chanteur à cheveux teints (les chevelures reviennent souvent au premier plan), prétend qu’il a eu un certain succès, ce qui reste à prouver ou, du moins, à relativiser.

À partir de cette éventuelle rencontre, Gustavo Rodríguez joue, avec un talent tout à fait unique, à marier l’immariable. S’il fallait définir ce roman, qu’il est impossible de lâcher une fois lu le premier chapitre, on serait bien embarrassé : drame, mélodrame, polar ou comédie ? Roman psychologique, social, sentimental, dénonciateur ? Provocateur ou moraliste ? Aussi incroyable que cela paraisse, Les matins de Lima est tout cela, on passe du vocabulaire le plus cru et de certaine situations qui peuvent choquer à des bouffées de poésie, de l’érotisme à la tendresse la plus pure. C’est un éventail de romans qu’on a entre les mains.

Lima, le Pérou, c’est vrai, sont le cadre idéal pour ces excès, avec leurs propres excès : injustices sociales extrêmes, modernisme et misère étalés l’un et l’autre au grand jour. Tout, sous des allures de normalité, est bancal, à commencer par les « familles » (si on peut appeler familles ces groupes d’individus réunis par des hasards successifs qui forment pourtant des groupes humains soudés malgré tout) et les personnes, c’est bien ce qui les rend humains, monstres d’égoïsme ‒ inconscient, le plus souvent ‒ et capables de générosité spontanée.

Alors on rit beaucoup ‒ parfois avec un peu de scrupule ! ‒ mais l’émotion n’est jamais loin. À chacun ses fêlures, lecteur compris ! Drôle et pathétique, encore deux oppositions qui s’épousent.

Gustavo Rodríguez parvient à faire aimer des personnages qu’on mépriserait probablement, qu’on ne regarderait même pas si on les croisait dans la vie. Il parvient aussi, c’est encore admirable, à introduire une bonne dose de raison dans l’hystérie à la mode que devient souvent une certaine forme de féminisme. Oui, Les matins de Lima est un livre profondément féministe dans lequel les excès revendiqués, de machisme en particulier, servent paradoxalement à l’équilibre nécessaire : ce sont les vraies questions qui sont ici posées. Vive le féminisme, celui de Gustavo Rodríguez ! On découvre la noblesse de la putain, la tendresse du macho, la beauté sublime du ringard. Quelle leçon pour chacun de nous, que nous soyons putain, macho ou ringard ! Chacun est respectable. Bravo et merci, Gustavo Rodríguez !

Les matins de Lima, traduit de l’espagnol (Pérou) par Margot Nguyen Béraud, éd. de l’Observatoire, 269 p., 21 €.

Gustavo Rodríguez en espagnol : Madrugada, ed. Alfaguara, Lima.

MOTS CLES : ROMAN PERUVIEN / SOCIETE / FEMINISME / HUMOUR / PSYCHOLOGIE / EDITIONS DE L’OBSERVATOIRE.

RODRIGUEZ, Gustavo Les matins de Lima

CHRONIQUES

Luize VALENTE

BRÉSIL

 

VALENTE, Luize

 

Née à Rio de Janeiro, après des études de Littérature et de Journalisme, Luize Valente s’est consacrée à l’histoire, en particulier celle du judaïsme. Elle a publié, outre des essais, trois romans et une pièce de théâtre.

Sonate pour Haya.

2017 / 2019

 

L’auteure brésilienne Luize Valente fait plonger son lecteur dans le drame de la Shoah à travers une famille juive berlinoise dont seuls une jeune femme et son bébé survivront. Elle nous interroge aussi sur le poids du passé, le silence et le secret que maintiennent certaines familles pendant des années soit par dégoût (passé nazi) soit pour protéger les survivants et leur descendance (passé juif). Elle met en valeur également l’humanité inattendue de certains et la lâcheté d’autres, bref la complexité de l’âme humaine.

 

C’est un roman en quelque sorte historique qui apprend entre autres à un public brésilien bien loin de l’Europe la tragédie engendrée par le IIIème   Reich. A travers le parcours d’une famille de notables berlinois, les Eisen, elle retrace les humiliations, la lente et cruelle déchéance, la nuit de Cristal en 1938 et les étapes de la mort programmée qui s’enchaînent. Peu de rescapés par famille : des Eisen il ne restera qu’Adele enceinte à son arrivée au camp.

En parallèle apparaît le capitaine SS Friedrich Schmidt, pur produit de l’Allemagne aryenne et nazie, de la propagande du régime et de l’endoctrinement dès l’enfance. C’est un brillant pilote de la Luftwaffe jusqu’à la blessure qui le rend incapable de voler. On lui confie alors un autre genre de mission qui lui fera prendre conscience de la face sombre du nazisme…

Tous les renseignements fournis par l’auteure sont minutieux, relèvent d’une véritable recherche historique, bien documentée.

Mais cette histoire ne nous est pas racontée au premier degré, elle passe par la recherche de la vérité et du  passé familial d’une jeune femme, Amalia. Nous sommes en 1999, au Portugal. Amalia par pur hasard surprend une conversation téléphonique qu’elle n’aurait pas dû entendre : le refus de son père de rencontrer Frida, l’aïeule à Berlin, père qui a toujours refusé de parler du passé allemand de ses propres parents. Elle décide d’aller en cachette à Berlin rencontrer son arrière grand-mère centenaire et proche de la mort. Elle en reviendra bouleversée par les révélations de Frida et partira à Rio sur les traces d’Haya, le bébé juif né au camp et sauvé par Friedrich alors capitaine SS et grand père d’Amalia.

C’est à Rio qu’elle retrouvera facilement Haya, la cinquantaine épanouie, et également sa mère Adele. Haya ne sait pas elle aussi grand-chose du passé de ses parents et par respect pour eux n’a jamais posé de questions.

Assises l’une à côté de l’autre sur un divan, pendant un long après midi, Haya et Amalia vont découvrir l’histoire bouleversante d’Adele et de sa famille. Le long récit plonge Amalia d’abord dans la honte puis dans la confusion quand elle apprendra le rôle de son grand père dans le sauvetage d’Haya. Elle découvrira le pardon et la résilience, tout comme elle acceptera le secret d’Enoch, mari d’Adele, survivant lui aussi des camps.

Voici un roman inspiré d’une histoire vraie qui dévoile son aspect historique parfaitement documenté et précis jusque dans les détails (comme par exemple le règlement point par point du ghetto de Nagyvarad où échouent Adele et sa famille) Et ce n’est pas le récit aride et sec d’un historien car nous vivons cette tragédie à travers le destin de personnages incarnés, humains et complexes.

Grâce à la distance due au temps, plus de cinquante ans après les faits, à l’éloignement (Amalia n’a pas connu cette période, ni les protagonistes de cette histoire. Haya toute petite s’est retrouvée, sans souvenir réel transplantée au Brésil) il n’y a pas de jugement de valeur, ni de rancœur, ni de haine, mais il reste des regrets et de la douleur. Même si le récit frôle parfois l’invraisemblance et le mélodrame, le traitement de la rédemption sonne juste et nous met, lecteurs, face à une question essentielle : qui sommes-nous pour juger du bien fondé de telle ou telle attitude prise dans des circonstances extrêmes ?

Louise Laurent.

Une sonate pour Haya, traduit du portugais (Brésil) par Daniel Matias, éd. Les Escales, 390 p. 21,90 euros.

Luize Valente en portugais : Sonata en Auschwitz, ed. Record, Rio de Janeiro.

MOTS CLES : ROMAN BRESILIEN / ROMAN HISTORIQUE / PSYCHOLOGIE / FEMINISME / SOCIETE / EDITIONS LES ESCALES.

 

VALENTE, Luize Sonate pour Haya

PUBLICATION ORIGINALE : www.espaces-latinos.org
V.O.

Carla GUELFENBEIN

 

La estación de las mujeres

 

 

418 Carla Guelfenbein

 

Le titre est clair, c’est un roman sur la femme, dédié aux grands-mères, à la mère et à la fille de l’auteure. Une demi-douzaine de femmes sont les protagonistes. Si elles sont au premier plan dans le roman, elles sont toutes dans l’ombre dans leur réalité, dans l’attente d’une phase prochaine de leur vie, mais enchaînées à l’attente.

Carla Guelfenbein mêle avec adresse personnages fictif et réels, époque présente avec plusieurs passés plus ou moins lointains pour composer une œuvre chorale de dimension modeste, ce qui renforce l’intimité que nous sommes amenés à partager avec elles.

Margarita finit par réagir face aux infidélités de Jorge, son mari, qui ne dédaigne pas de s’offrir des escapades, généralement avec une de ses étudiantes. Doris qui elle aussi souffre par la faute d’amours compliquées (elle est l’amante de Gabriela Mistral qui la néglige trop souvent), s’échappe au moins temporairement par une folle nuit partagée avec une ancienne amie, Anne, jeune fille paumée, découvre enfin la vérité sur sa naissance.

Les trames, qui s’entrecroisent, peuvent au début sembler assez banales, apparence trompeuse : les rapports qu’elles ont entre elles, puis les nœuds qui se forment, créent une atmosphère commune, soutenue par un style à la fois serré et léger, Carla Guelfenbein domine parfaitement la manière de faire avancer ces histoires individuelles qui deviennent une histoire féminine unique.

Elle a eu une autre bonne idée, celle de parsemer son texte de citations de l’artiste nord-américaine Jenny Holtzer et même de proposer une photo d’un banc installé au Barnard College de l’Université Columbia à New York.

Ces femmes ont, on l’a dit, un point commun, l’attente, mais en se prenant en main, elles font éclater le carcan, sans violence, presque sans s’en rendre compte sur le coup, ce n’est qu’à la fin, bien après le lecteur, qu’elles seront conscientes du chemin parcouru dans le bon sens.

Le féminisme peut être violent, celui de Carla Guelfenbein se fait en douceur, mais fermement et le spectacle pour le lecteur est réjouissant et tellement optimiste. Vous aurez peut-être remarqué que je n’ai utilisé le mot « lecteur » qu’au masculin, ce n’était pas une négligence : étant lecteur, pas lectrice, je me suis néanmoins senti complètement concerné par ce roman de femme, sur les femmes, autour des femmes. Un livre dont on devrait rendre la lecture obligatoire à tous les machos !

La estación de las mujeres de Carla Guelfenbein, 141 p., ed. Alfaguara, Santiago de Chile et Barcelona.

MOTS CLES : ROMAN CHILIEN / FEMINISME / PSYCHOLOGIE / SOCIETES / LITTERATURE / EDITIONS ALFAGUARA

 

978842043759

Souvenir : 

420 Avec Carla Guelfenbein