CHRONIQUES

Fernando A. FLORES

MEXIQUE / ETATS-UNIS

Fernando A. Flores est né à Reynosa, dans l’ Etat de Tamaulipas. Sa famille s’est installée au Texas quand il avait 5 ans et où il vit actuellement. Il est également photographe. Les larmes du cochontruffe est son premier roman.

Les larmes du cochontruffe

Si vous ouvrez ce roman, écrit en anglais par un jeune Mexicain installé depuis presque toujours chez le voisin du Nord, vous devez vous attendre à tout ! On peut se poser la question : quel rapport peut-il y avoir entre le vol à grande échelle de plusieurs de ces énormes têtes sculptées d’origine olmèque (au Sud du Mexique) et la (re-) création de certaines espèces animales disparues à des fins alimentaires. Mais, au fait, le cochontruffe est-il comestible ? N’est-il qu’une création légendaire ?

La frontière entre États-Unis et Mexique est particulièrement surveillée, plus encore que de nos jours. Esteban Bellacosa, le personnage principal, n’est pas franchement un trafiquant, mais qui donc peut être totalement « innocent » dans des endroits si confus ? Il est en tout cas d’une honnêteté scrupuleuse, même s’il « travaille » avec des gens bien moins recommandables. Entre deux âges, veuf qui ne s’est jamais vraiment remis de la mort précoce de sa fille, très solitaire, il survit parce qu’il le faut bien, un peu dégoûté par la société qu’il est obligé de subir.

On connaît cette frontière, amplement trumpisée, mais celle du roman bénéficie non d’un mur (comme promis), mais de deux (c’est encore plus sûr, paraît-il). On connaît les cartels de la drogue. Justement Pacheco, un des caïds, le plus puissant de la région, vient de passer l’arme à gauche, et pas de façon naturelle. On connaît moins ce nouveau trafic double, mis à la mode, si on peut dire, il y a peu : des têtes d’Indiens, momifiées et réduites, qui se vendent comme des petits pains et, d’autre part, la reproduction d’espèces animales disparues.

L’auteur imagine une étape de plus vers une horreur encore plus forte que celle que le Mexique, entre autres, est en train de souffrir. Mais on est obligé aussi de repenser au terrible livre-reportage du journaliste et romancier mexicain Sergio González Rodríguez [1], cela nous rappelle que l’imagination de Fernando A. Flores part de bases bien réelles. On connaît aussi ces crises économiques à répétition qui frappent les pays d’Amérique latine.

Et pourtant nous voilà complètement dépaysés par la magie (assez noire) de ce jeune écrivain qui détourne à peine des situations connues, mais cet à peine est énorme. La fantaisie, débridée le plus souvent, n’exclut pas l’émotion, teintée de triste tendresse, elle est au fond très pessimiste : la vie, hommes et animaux confondus, peut être horrible, un certain recul permet de s’écarter – temporairement – de l’horreur pour s’évader vers l’étrange, et c’est une belle avancée.

Rien ne manque dans l’aventure de Bellacosa, on change d’atmosphère d’un chapitre à l’autre, on baigne dans des ambiances troubles, parfois lumineuses, luxueuses même, comme pendant ce repas clandestin où l’on est prié (obligé) de manger TOUT ce qui sera proposé (imposé), clones d’animaux disparus depuis des siècles inclus. Ou alors on est en plein thriller, avec poursuites et enlèvements avant d’entamer une amitié qui pourrait être durable. Le tout est imprégné par la présence subtile d’un petit cochontruffe, peut-être mythique mais bien réel auprès de Bellacosa, peut-être amical, peut-être indifférent, on ne pourra être sûr de rien, mais on s’attache à cette petite bête silencieuse et larmoyante ! Fernando A. Flores surprend au long de ces 300 pages, non pour faire des effets, mais pour jouer.

Il s’est vraisemblablement amusé à nous entraîner vers des territoires frontaliers. En prenant beaucoup de plaisir à écrire, il en donne encore plus à ses lecteurs !

Les larmes du cochontruffe, traduit de l’anglais (États-Unis) par Paul Duant, éd. Gallimard, Collection La Noire, 336 p, 20 €.

MOTS CLES : MEXIQUE / ETATS-UNIS / SOCIETE / FANTASTIQUE / CORRUPTION / ROMAN NOIR / EDITIONS GALLIMARD.

Si vous avez aimé ce roman, Patagonie route 203 de Eduardo Fernando Varela, premier roman également vous plaira autant :  quoique très différent sur le fond, il offre la même liberté de raconter des histoires à la fois réalistes et complètement hors normes. En librairie depuis le 20 août, aux éditions Métailié. Voir la chronique sur AnnA.


[1] El hombre sin cabeza, ed. Anagrama, Barcelona, 2009 / L’homme sans tête, éd. Passage du Nord-Ouest, Albi , 2009

ACTUALITE, CHRONIQUES

Guillermo SACCOMANNO

SACCOMANNO, Guillermo Basse saison 10-18

Pour vous, qui n’avez pas encore lu Basse saison, le chef d’oeuvre de Guillermo Saccomanno, paru en 2015  chez Asphalte, il sort le 18 juin en édition de poche (10/18).

Ne manquez pas de vous plonger dans les coulisses d’une charmante station argentine de bord de mer quand les touristes sont repartis et découvrez ce qui leur est caché pour que leur séjour soit paradisiaque !

Vous pouvez consulter ma chronique sur le roman et aller découvrir les autres livres de Guillermo Saccomanno sur AnnA.

https://wordpress.com/post/americanostra.wordpress.com/112

https://wordpress.com/post/americanostra.wordpress.com/1599

https://wordpress.com/post/americanostra.wordpress.com/1606

CHRONIQUES

Sébastien RUTÉS

FRANCE

RUTES, Sébastien

Né en 1975,Sébastien Rutés est universitaire, spécialiste de l’Amérique latine. Il a en particulier travaillé sur le roman noir latino-américain.

 

Mictlán 

Noir, c’est noir ! La série de Gallimard, la couverture du livre, ce qui y est raconté. Le Mexique est devenu un immense cimetière, le désert parcouru par un camion à la cargaison mystérieuse est couvert de canettes de bière et de cadavres d’animaux (et parfois pire) et reste indifférent aux souffrances humaines. Et les humains ne sont pas reluisants. Seuls des cercueils lumineux qu’on voit fugacement passer sur une remorque de camion sont blancs, scintillants.

Gros et Vieux se relaient pour conduire leur semi-remorque frigorifique sans jamais pouvoir s’arrêter sauf pour remplir le réservoir d’essence. Ils parcourent des centaines de kilomètres à travers les déserts au nord du Mexique, obéissant aux ordres du Commandant, lui-même sous les ordres du Gouverneur, personnages que nous ne verrons jamais.

On découvrira assez vite ce que contient le camion (pire que la nitroglycérine du Salaire de la peur, dit un des deux chauffeurs). Et pourquoi le Gouverneur (d’un État mexicain) est tellement insistant pour que les deux hommes n’arrêtent jamais leur course, pourquoi il est tellement menaçant. Sa réélection est en jeu et sa situation très compromise par les violences qu’il n’a pas su maitriser. Il faut dire que son poste est la source de très juteux revenus et qu’il ne souhaite pas le perdre, c’est humain. Parce qu’en plus il n’est pas seul, autour de lui beaucoup d’« hommes d’affaires » dont la prospérité dépend de lui n’hésiteraient pas à lui faire la peau en cas de défection.

C’est cet engrenage infernal que dénonce Sébastien Rutés dans ce thriller nerveux, filtré par les pensées ou les rêves torturés de Gros et de Vieux qui commentent ce qui leur passe devant les yeux, leur situation actuelle, des bribes de leur passé et leur avenir très indécis alors qu’ils sont indissociables, uniques responsables du devenir du camion de son chargement.

Le huis clos étouffant dans la chaleur insupportable du désert ne se défait que rarement, même les rêves sont peuplés de cadavres, même les ombres des bâtiments lépreux ressemblent à des mourants. Reste-t-il une place pour un espoir ?

Sébastien Rutés réussit un roman terrible, hélas réaliste, il est parti d’un fait divers de 2018. Bonne route vers Mictlán, le « lieu des morts » ! Bonne route au cœur de la noirceur !

Mictlán de Sébastien Rutés, éd. Gallimard (coll. La Noire),  159 p, 17 €.

RUTES, Sébastien Mictlán

MOTS CLES : ROMAN FRANÇAIS / ROMAN NOIR / VIOLENCE / CORRUPTION / SOCIETE / EDITIONS GALLIMARD

CHRONIQUES

Jorge ZEPEDA PATTERSON

MEXIQUE

 

ZEPEDA PATTERSON, Jorge

Jorge Zepeda Patterson est né en 1952 dans l’État du Sinaloa au Mexique. Après des études à Guadalajara et à Paris, il est journaliste en Espagne, puis au Mexique où il fonde et dirige plusieurs organes de presse. Outre ses romans, il est l’auteur de plusieurs essais sur la société mexicaine.

 

 

Milena, ou le plus beau fémur du monde.

2014 : 2018

Dans les corrupteurs (Actes Sud, 2015), Jorge Zepeda Patterson avait fait vivre et agir un groupe de quatre personnes, les Bleus, jadis proches camarades de collège, puis de fac, quatre jeunes Mexicains désormais journaliste pour Tomás, responsable d’une agence de sécurité pour Jaime et dirigeante d’un petit parti politique pour Amalia, également militante féministe. La mort subite, dans les bras de Milena, une prostituée de luxe, de Rosendo Franco, le patron du journal El Mundo  dans lequel travaille Tomás provoque une suite d’événements qui va les remettre en présence et raviver les rivalités de leur jeunesse.

En réalité Milena était pour Rosendo Franco plus qu’une simple putain, un peu le dernier feu d’artifice sensuel et sentimental du vieil homme. Mais après le malaise fatal Milena emporte avec elle un mystérieux carnet noir dont elle ne se sépare jamais, « garantie de survie » pour la malheureuse fille. Claudia, la fille du mort, demande/impose à Tomás de prendre en main le journal, rôle pour lequel il ne se sent pas formé, mais il se lance, aidé par les Bleus, à la recherche de Milena et surtout du carnet.

On est en novembre 2014, Milena a passé une assez longue période dans la région de Marbella à l’époque où le sulfureux Jesús Gil organisait presque officiellement tous les trafics imaginables. Est entrée sur le territoire mexicain en janvier et n’a pas fait parler d’elle avant le mois de juillet, quand elle commence à fréquenter Rosendo Franco sans s’en cacher : elle a probablement pendant ces mois été séquestrée. La mafia de la prostitution est devenue internationale : trafiquants comme filles louées ou vendues sont aussi bien russes que vénézuéliennes ou croates, comme Alka, le véritable prénom de Milena. Au Mexique s’ajoutent à cela les cartels de la drogue qui ont bien compris l’intérêt que leur procure cette nouvelle source de revenus.

On suit donc en parallèle l’évolution d’Alka/Milena de son départ de son village natal croate à l’histoire d’amour (c’en est une) qui l’unit à Franco malgré la grande différence d’âge et de statut social, et les avancées de l’enquête à Mexico, qui a bien du mal à progresser malgré les compétences et la position de ceux qui agissent : les mafieux et les proxénètes ont parfaitement verrouillé leur « domaine ». Jorge Zepeda Patterson n’est pas intéressé que par les dédales de l’enquête ou par le maintien d’un suspense qui ne faiblit pas et qu’il sait très bien entretenir. La psychologie de la victime est au centre de ce roman qui parvient à allier une solide intrigue policière, des aventures sentimentales, entre amour et amitié, et ce très beau portrait d’une jeune femme dont la beauté exceptionnelle est un handicap autant qu’une arme. Une belle jeune femme qui bien malgré elle, par certaines informations qu’elle détient, a acquis une valeur qui met en péril tous ceux qu’elle approche. Les ramifications sur la Costa del Sol des diverses mafias russes ou ukrainiennes font planer ces mortels dangers qui menacent Milena et ceux qui veulent la sauver.

Et, sans trop en dire, ajoutons que Jorge Zepeda Patterson offre un plus particulièrement intéressant pour les amateurs de polars : on suit non une enquête mais deux, parallèles et concurrentes : qui arrivera en premier ?

Un seul bémol : l’influence nord-américaine qui veut qu’un « bon » roman dépasse forcément les 400 pages n’a pas épargné Jorge Zepeda Patterson : le dénouement s’éternise. Mis à part cela, Milena ou le plus beau fémur du monde reste un roman non seulement très intéressant dans sa forme, mais surtout important pour toutes les informations qu’il nous donne sur l’internationalisation de la pire des délinquances.

Milena, ou le plus beau fémur du monde, traduit de l’espagnol (Mexique) par Claude Bleton, éd. Actes Sud, 448 p., 23 €. Version numérique, 14,99 €.

Jorge Zepeda Patterson en espagnol : Milena o el fémur más bello del mundo, Planeta / Los corruptores / Los usurpadores, Destino.

Jorge Zepeda Petterson en français : Les corrupteurs, Actes Sud.

MOTS CLES : ROMAN MEXICAIN / SOCIETE / ROMAN POLICIER / CORRUPTION / PSYCHOLOGIE / EDITIONS ACTES SUD

 

PUBLICATION ORIGINALE : www.espaces-latinos.org
CHRONIQUES

Jorge ZEPEDA PATTERSON

MEXIQUE

 

ZEPEDA PATTERSON, Jorge

Jorge Zepeda Patterson est né en 1952 dans l’État du Sinaloa au Mexique. Après des études à Guadalajara et à Paris, il est journaliste en Espagne, puis au Mexique où il fonde et dirige plusieurs organes de presse. Outre ses romans, il est l’auteur de plusieurs essais sur la société mexicaine.

 

 Les corrupteurs.

2013 / 2015

Auteur d’essais sur la politique mexicaine et de quelques romans, dont le dernier, Milena, o el fémur más bello del  mundo a obtenu le Prix Planeta l’an dernier, Jorge Zepeda Patterson est publié pour la première fois en France, avec Les corrupteurs, thriller politique dans lequel il fait partager ses connaissances et ses sentiments sur les dernières décennies du pouvoir mexicain.

Ils sont quatre, Tomás, un journaliste, Amelia, une dirigeante de  l’opposition, Mario, professeur d’université et Jaime, ex-haut fonctionnaire du Ministère de l’Intérieur, dont le père, Carlos Lemus, avec lequel il est brouillé, joue lui aussi un rôle de premier plan.  Ceux qui se sont eux-mêmes donné le nom de Bleus à cause de la couleur des cahiers qu’ils utilisaient, préadolescents, se sont longuement fréquentés, ont grandi ensemble, dans un milieu protégé, ils ont connu quelques rivalités feutrées, se sont temporairement éloignés les uns des autres. Ils se retrouvent véritablement à cause d’un faux pas de Tomás qui lâche un peu trop vite une information qui se révèle très explosive.

Une ex-actrice, qui a été la maîtresse officielle d’un ministre, est retrouvée assassinée, sa mort brutale peut compromettre dangereusement le dirigeant. Les Bleus se réunissent à nouveau, impliqués plus ou moins directement dans le fait divers.

Le roman est parfaitement documenté et plonge au cœur des rouages compliqués et souvent douteux du pouvoir mexicain. Il faut pourtant s’intéresser de près à la vie politique au Mexique pour adhérer tout à fait à ces 360 pages d’enquête politico-judiciaire.

« Tous pourris », comme on le dit souvent ? Oui et non, curieusement : on voit clairement le degré de connivence entre politiques et journalistes, par exemple, qui pourrait soit accentuer, soit nuancer cette mauvaise impression. Cela semble être le projet de l’auteur, mais paradoxalement, si c’est bien le cas, cela ne fait que la renforcer : la rencontre secrète entre le ministre et le journaliste à l’origine des fuites ne peut que mettre mal à l’aise le lecteur ou le citoyen moyen que nous sommes : décidément ce monde n’est pas le nôtre, il est intéressant de le voir évoluer, comme si on était de l’autre côté de la paroi d’un aquarium, en n’ayant pas la moindre envie d’y tremper un doigt !

On peut imaginer aussi les allusions plus ou moins masquées à la réalité mexicaine, les clins d’œil, les private jockes qui doivent pour certaines nous échapper : curieux, le nom d’un des personnages, ce Carlos Lemus, si on se rappelle que la première épouse de Carlos Fuentes, l’écrivain, s’appelait Silvia Lemus ! On n’en saura pas plus.

La « morale » finale laisse également planer le doute : est-il si grave de tuer une actrice pour préserver la paix toute relative d’un pays ? Oui, bien sûr, elle existe, la « Raison d’État », mais les personnages étant tous renvoyés dos à dos, le lecteur pourra-t-il se faire une opinion ?

Les corrupteurs, traduit de l’espagnol (Mexique) par ClaudeBleton, éd. Actes Sud, 368 p., 21,90 € / 14,99 € en version numérique.

MOTS CLES : ROMAN MEXICAIN / SOCIETE / CORRUPTION / POLITIQUE / PSYCHOLOGIE / EDITIONS ACTES SUD

 

 

 PUBLICATION ORIGINALE : www.espaces-latinos.org

 

CHRONIQUES

Santiago GAMBOA

COLOMBIE

GAMBOA, Santiago Des hommes en noir (2)

Santiago Gamboa est né à Bogotá en 1965. Ses études littéraires l’ont conduit de Bogotá à Paris et Madrid. Il a publié son premier roman en 1995, suivi d’une dizaine d’autres. Il est également journaliste.

 

Des hommes en noir

2019

La religion a depuis la « conquête » espagnole toujours été à la base des sociétés américaines. Depuis le milieu du XXème le catholicisme tout puissant a cédé du terrain, remplacé à peu près partout par les Églises nord-américaines, celles qui mêlent prêches et spectacle, paillettes et doctrine. C’est vers cet univers que nous amène Santiago Gamboa dans son nouveau roman, mais certains religieux de son livre ne sont pas immaculés.

Tout commence par une fusillade à l’arme lourde en pleine nature, loin de Bogotá, avec l’arrivée soudaine d’un mystérieux hélicoptère. Dans le village proche, personne n’a rien vu, rien entendu. Pourtant un jeune garçon prévient la police anonymement. Quand une journaliste indépendante, Julieta Lezama cherche à en savoir plus, ni elle, ni son ami le procureur d’origine indienne Edilson Jutsiñamuy ne trouvent la moindre trace officielle de l’ « incident».

Accompagnée par Johana, son assistante, elle se rend sur place, dans la région du Cauca. La paix est revenue, après des années d’horreurs, on ne parle plus des FARC ni des paramilitaires, les nouveaux conquérants de la zone sont des Églises évangéliques. L’argent qu’elles peuvent tirer de la nouvelle situation, de la paix à construire, les a attirées.

Or la paix nouvelle est toute relative et il se pourrait bien que ces nouvelles Églises ne soient pas totalement extérieures à ces troubles sur lesquels enquêtent Julieta et Jutsiñamuy. Entre deux ou trois bizarres coïncidences et le charme troublant du chef d’une de ces Églises, Julieta lutte pour s’accrocher à une réalité qui lui échappe. Le recours aux mignonettes de gin l’aide-t-il ou augmente-t-il le déséquilibre qui la menace et dont elle est consciente ?

Une vague de disparitions dans la région concerne toutes des agents de sécurité. Il faut croire qu’il se passe des choses étranges, si ceux-là même qui sont censés assurer la sécurité deviennent des victimes !

La double enquête, celle, officielle, du procureur et celle, personnelle, de la journaliste, s’oriente vers les ressources de cette Église pentecôtiste qui, de toute évidence, n’est pas dans la misère. En Guyane, en France donc, les mines d’or plus ou moins légales, sont attirantes…

Santiago Gamboa parvient à réconcilier ces extrêmes, il montre que ce qui semble irréconciliable (la soif de l’or et Dieu) peut ne faire qu’un. Il serait capable de rendre sympathique un orpailleur illégal et un de ces pasteurs évangéliques qui sont en train de conquérir un continent entier.

Une bonne dose de religion(s), une base de polar, une pincée de violence, pas trop, et la mafia à volonté, sans oublier suffisamment de sentiment, amitié, confiance, empathie pour lier l’ensemble, cela donne ce savoureux cocktail. Santiago Gamboa est très fort pour les mélanges équilibrés. Il reste un petit goût amer, loin d’être désagréable.

Des hommes en noir de Santiago Gamboa, traduit de l’espagnol (Colombie) par François Gaudry, éd. Métailié, 368 p., 21 €.

Santiago Gamboa en espagnol : Será larga la noche. Perder es cuestión de método / Volver al oscuro valle / El síndrome de Ulises / Plegarias nocturnas , ed. Literatura Random House / Necrópolis, ed. La Otra Orilla.

Santiago Gamboa en français : ses huit romans sont publiés aux éd. Métailié.

MOTS CLES : ROMAN COLOMBIEN / SOCIETE / VIOLENCE / CORRUPTION / EDITIONS METAILIE.

GAMBOA, Santiago Des hommes en noir (1)

PUBLICATION ORIGINALE : www.espaces-latinos.org

 

 

CHRONIQUES

Guillermo ARRIAGA

MEXIQUE

ARRIAGA, Guillermo

 

Guillermo Arriaga est né à Mexico en 1958. Il a grandi dans le quartier populaire Unidad Modelo. Professeur de communication à l’universidad Iberoamericana, il y fait le rencontre d’Alejandro González Iñárritu, il commence alors une carrière de scénariste tout en publiant romans et nouvelles.

Le Sauvage

2016/2019

En 2002, Le Bison de la nuit avait démontré que, parallèlement à sa carrière de scénariste plus que prometteuse ( c’était un peu avant 21 grammes et Babel et il venait tout juste de connaitre un énorme succès avec Amours chiennes réalisé par Alejandro González Iñárritu), il était aussi un excellent romancier. Après trois autres romans, tous traduits, il revient avec ce Sauvage dans lequel la sauvagerie du titre s’applique à tous les personnages, hommes ou bêtes.

La vie est mouvementée dans l’Unidad Modelo, ce quartier violent de classe moyenne à Mexico vers la fin des années 60. Mais que veut dire classe moyenne ? Elle est elle-même  coupée en deux, d’un côté les jeunes bien habillés, avec un crucifix au bout d’une chaîne en or, de l’autre ceux qui passent plus de temps à courir devant les policiers. Juan Gabriel, le narrateur, se situe entre les deux et n’appartient à aucun groupe. Sa famille est plutôt modeste et lorgne vers le haut… Ce n’est pas une réussite, les problèmes d’argent font que l’image de gens bien que voudraient donner les parents ne parvient pas à s’imposer vraiment. À dix sept ans, Juan Guillermo se retrouve seul après une succession de drames. Ceux qui survivent à ces drames en ressortent couverts de cicatrices, bien visibles, ils survivent pourtant, pendant que la vie au dehors suit son cours. Et tous les personnages, humains ou animaux portent de profondes cicatrices.

La vie au dehors a toute l’apparence de la normalité, on salue le voisin, on va à l’école dont les règles sont strictes, pourtant on ressent une violence diffuse qui parfois affleure et parfois fait irruption.

La mort est très présente pour ce garçon malgré tout très vivant. Certains passages sont poignants, des pages de pure poésie qui rend belles les pires laideurs et dérisoires les réalités les plus essentielles.

Comme un négatif du tableau mexicain, plein de personnages, de mouvements et de couleurs, alterne le tableau en noir et blanc avec un Inuit, Amaruq qui, seul dans le désert glacé, traque un grand loup gris. Dans quel but, avec quel espoir ?

Animaux sauvages, adolescents, femmes, hommes, on se défie d’un regard, on accepte la supériorité de l’adversaire, on tente de le terrasser. Une des  bases de la vision globale de l’univers qu’avaient les Aztèques était l’osmose absolue de tout ce qui vit. Guillermo Arriaga reprend cette conception dans une symphonie grandiose et moderne : le garçon de quatorze ans qui, entré dans la cage face à huit fauves éprouve la pire peur de sa jeune vie au moment où il comprend que lui aussi est un animal.

Société, drogues, amitiés, religion et radicalisation (les musulmans et les juifs ne sont pas les seuls à qui ça arrive), culpabilité, innée ou induite par la civilisation, Guillermo Arriaga fait vivre tout cela de façon magistrale, comme il fait vivre la nature glacée du Grand Nord, l’autre versant de l’histoire. Les opposés ne font que se fondre l’un dans l’autre : pas d’obscurité si la notion même de lumière n’existait pas, pas de vie si la mort n’était pas au bout, ces notions étaient au cœur de la tradition indienne, au Mexique et ailleurs. C’est aussi ce que dit Guillermo Arriaga dans ce roman d’apprentissage rempli de violences terribles et de tendresse.

Le « Sauvage » du titre pourrait bien être au pluriel (si le titre n’était déjà utilisé récemment par Sabri Louatah pour son superbe roman en quatre parties) : castors, chinchillas, chiens, loups, êtres humains, si aucun n’est entièrement  sauvage, tous ont en eux des éclats de sauvagerie.

Ce vaste roman (près de 700 pages !) se lit d’une traite, Guillermo Arriaga plonge le lecteur entre deux façons de vivre qu’on pourrait croire opposées et qu’il réunit de façon originale et convaincante.

Le Sauvage, traduit de l’espagnol (Mexique) par Alexandra Carrasco, éd. Fayard, 687 p, 25 €.

Guillermo Arriaga en espagnol : El salvaje, ed. Alfaguara / Un dulce olor a muerte / Escuadrón guillotina / El búfalo de la noche / Amores perros / 21 gramos / Retorno 201, ed. Belacqva, Barcelone.

Guillermo Arriaga en français : Un doux parfum de mort / L’escadron guillotine / Le bison de la nuit / Mexico quartier sud, éd. Phébus + éditions de poche.

MOTS CLES : ROMAN MEXICAIN / SOCIETE / VIOLENCE / CORRUPTION / PSYCHOLOGIE / EDITIONS FAYARD.

ARRIAGA, Guillermo Le sauvage

 

ACTUALITE, ROMAN ARGENTIN

Décès du romancier argentin Juan Martini

Juan Martini, né à Rosario en 1944, est décédé dimanche dernier à Buenos Aires. Il a publié nouvelles et romans, des polars appréciés en Amérique et en Europe. La vida entera a été publié en France en 1995 chez Maurice Nadeau. Plus récemment, en 2015,  les éditions Asphalte ont proposé aux lecteurs français Puerto Apache (2002).

Voici ce que j’en disais au moment de sa sortie française :

 

MARTINI, Juan

 

 Puerto Apache

2002 / 2015

 

Buenos Aires, dans la zone portuaire. Puerto Apache est un quartier squatté au début des années 2000 qui a tenté de s’organiser pour ne pas devenir bidonville mais qui s’est, malgré tous les efforts de quelques uns, enfoncé dans le désordre et la misère. Ses habitants se voient comme de vrais Portègnes tout en se sentant exclus d’une vie « normale ». C’est cette situation ambiguë que nous décrit Juan Martini, né en 1944, dont le roman La vie entière a été publié par Maurice Nadeau en 1998.

Puerto Apache est plus un documentaire qu’un roman. Il y a bien une intrigue, une enquête que mène le narrateur, enchaîné et torturé dans les premières pages, qui cherche à savoir qui est à l’origine de cette « punition ». Mais l’auteur s’intéresse davantage à la description de ce curieux quartier et à la vie quotidienne de ses habitants, pas vraiment bidonville, mais encore moins zone résidentielle. C’est une ancienne friche industrielle récupérée par un groupe de jeunes gens sinon politisés du moins engagés pour lutter contre la misère qui, dans ces années 2000, a gagné une bonne partie de la société argentine. Ils se sont lancés dans cette aventure de réhabilitation d’une zone qui n’appartenait apparemment plus à personne et dont ils auraient pu faire un quartier tout à fait habitable. Ce projet, enthousiasmant sur le papier, se révèle bancal une décennie plus tard et, s’il reste toujours un certain enthousiasme, c’est pourtant l’amertume qui domine. Tout avait été prévu, il y a un cinéma populaire et même un début de cimetière, mais les réalités matérielles ont peu à peu dévoré les grandes idées : pour survivre il faut parfois voler, dealer, flirter avec la vraie délinquance.

C’est ce qui est arrivé au Rat, le narrateur. Son enquête avance plutôt lentement mais donne lieu à des rencontres qui permettent à l’auteur de nous faire partager des moments de la vie de ces oubliés de la société qui pourtant parviennent à exister par eux-mêmes malgré tous les obstacles.

Juan Martini : Puerto Apache, traduit de l’espagnol (Argentine) par Julie Alfonsi et Aurélie Bartolo, éd. Asphalte, 224 p., 21 €.

Juan Martini en espagnol : Puerto Apache, Sudamericana, 2002.

MOTS CLES : ROMAN ARGENTIN / ROMAN NOIR / SOCIETE / CORRUPTION/ EDITIONS ASPHALTE.

MARTINI, Juan Puerto Apache

 

PUBLICATION ORIGINALE : www.espaces-latinos.org
CHRONIQUES

Jorge VOLPI

MEXIQUE

 

VOLPI, J.

Né en 1968 à Mexico, Jorge Volpi, après des études très internationales (au Mexique, en Espagne, en France et au Chili aux États Unis, a connu le succès international avec son premier roman, En busca de Klingsor / À la recherche de Klingsor. Il a reçu de nombreux prix littéraires, dont le plus récent, le Prix Alfaguara pour Una novela criminal / Un roman mexicain en 2018.

 

Un roman mexicain.

2018/2019

Après Examen de mon père, publié en 2016 (édition française en 2018), remarquable et émouvante réflexion sur la personnalité du chirurgien reconnu et du père exigeant de l’auteur, Jorge Volpi revient avec ce Roman mexicain qui a obtenu le prestigieux Prix du roman Alfaguara 2018. Curieusement, exactement comme en France en 2017 le Prix Goncourt (Éric Vuillard) et le Renaudot (Olivier Guez) sont davantage des récits historiques que de purs romans, cet ouvrage, malgré son titre, est essentiellement une chronique judiciaire et politique.

L’affaire Florence Cassez ‒ en réalité Cassez-Vallarta ‒, Israel Vallarta étant le nom du Mexicain, ex compagnon de Florence, arrêté en même temps qu’elle et toujours incarcéré au moment de la publication originale, a fait grand bruit à partir de 2009 (date du voyage de Nicolas Sarkozy au Mexique) et jusqu’à la retentissante libération de la Française.

Jorge Volpi s’est saisi de l’affaire qui l’a particulièrement attiré, lui qui a toujours considéré la France comme sa deuxième patrie. Après des mois d’enquête très poussée, aidé par ses qualités d’écrivain reconnu et par des études de Droit entamées dans sa jeunesse, il a voulu faire connaître une vérité extrêmement embrouillée depuis le début.

Dès l’arrestation de Florence Cassez et d’Israel Vallarta tout est confus, à commencer par la date de l’arrestation qui n’est pas la même pour les suspects que pour la police : un jour d’écart entre les deux versions ! Tant que l’affaire reste au seul niveau crapuleux (le rapt de trois personnes dont un enfant par une bande organisée) on s’en tient à la divergence des points de vue. S’ajoutent les mensonges avérés de la police et de la justice mexicaines. L’enquêteur, en s’appuyant sur la malhonnêteté générale qui a dominé à l’origine de l’affaire (la mise en scène par deux chaînes de télévision d’une fausse arrestation de présumés coupables sans qu’à aucun instant soit respectée toute présomption d’innocence), démarre ses recherches, comme le fit Voltaire pour Calas, avec la ferme volonté de défendre Israel Vallarta mais surtout Florence Cassez et de démontrer leur innocence, ce qui est probablement le cas sur le fond, aucune preuve, dans un sens ou dans l’autre n’ayant été apportée.

Tout se complique encore quand la politique fait son entrée. Deux présidents égolâtres, Felipe Calderón au Mexique et Nicolas Sarkozy en France s’affrontent, la vérité s’efface devant ce que l’enquêteur qualifie de « combat de coqs ». La maladresse de Nicolas Sarkozy et les provocations répétées doublées d’impolitesses multiples de sa ministre Michèle Alliot-Marie font capoter l’Année du Mexique en France, grande manifestation culturelle, et retardent de plusieurs années le transfert de la Française vers son pays d’origine.

L’enquête est pointilleuse et même si en son temps on a suivi depuis la France l’affaire de près, on découvre quantité d’informations. Les manques des autorités policières, judiciaires et politiques sont manifestes et très coupables, s’opposant à deux personnalités (Israel et Florence) plutôt faibles et encore affaiblies par les circonstances dans lesquelles elles sont involontairement plongées.

Ce qui demeure à la fin de la lecture, c’est beaucoup d’amertume envers une justice mexicaine qui à l’époque (qu’en est-il aujourd’hui ?) a ostensiblement montré ses faiblesses, envers des hommes et des femmes politiques qui, des deux côtés de l’Atlantique, ont fait preuve de légèreté coupable, envers un déséquilibre judiciaire (Florence a été libérée en 2013, son « complice » mexicain est toujours emprisonné).

Demeure aussi une question troublante : où se cache le roman annoncé jusque dans le titre, dans cet excellent document, recherche fouillée et extrêmement précise, qui cite au mot près les rapports policiers et les minutes des différents procès, mais dans lesquelles les seules et rares interventions de l’auteur consistent à imaginer comment a pu réagir Florence face à telle décision des policiers ou des juges ? Ne tenons pas compte du titre et plongeons dans l’examen d’une affaire judiciaire complexe, pour paraphraser le précédent ouvrage de Jorge Volpi.

Un roman mexicain : l’affaire Florence Cassez de Jorge Volpi, traduit de l’espagnol (Mexique) par Gabriel Iaculli, éd. Le Seuil, 384 p., 22 €.

Jorge Volpi en espagnol : Una novela criminal, ed. Alfaguara, Prix Alfaguara 2018 / En busca de Klingsor / El fin de le locura, ed. Seix Barral / No será la tierra / Memorial del engaño / Las elegidas / Examen de mi padre, ed. Alfaguara.

Jorge Volpi en français : À la recherche de Klingsor / La fin de la folie, éd. Plon / Le temps des cendres / Le jardin dévasté / Les bandits. Opéra bouffe en trois actes / Examen de mon père, éd. Le Seuil.

MOTS CLES : ROMAN MEXICAIN / SOCIETE / POLITIQUE / CORRUPTION / EDITIONS LE SEUIL.

 

VOLPI, Jorge Un roman mexicain

PUBLICATION ORIGINALE : www.espaces-latinos.org

Souvenir :

VOLPI, Jorge

ROMAN CUBAIN

Erick de ARMAS

CUBA

armas, erick de

Né en 1965 à La Havane. À sept ans, il est vedette à la télévision cubaine, il chante et joue la comédie. Après des études de médecine, devant les difficultés de plus en plus graves à vivre au quotidien, il décide de fuir son pays. Il pratique la médecine quelques années à Barcelone, avant de retourner en Belgique, le pays qui l’avait accueilli. Il partage son temps entre la musique et la médecine.

Elena est restée… et papa aussi

2007

Erick, tout jeune  médecin qui vit à La Havane, qui aime sa ville, qui aime son pays, n’a qu’une hâte : partir. La vie de tous les jours est devenue impossible : manque de tout, administration tatillonne, contrôles policiers, hygiène inexistante. Pour garder tout de même un peu de lumière il ne reste que les Cubains (pas tous, on doit aussi savoir se protéger, se méfier, les délateurs sont partout, et ce n’est pas de la paranoïa), disons les amis cubains.

L’espoir d’un départ est porté par Elena, une amie avisée qui a déjà bien avancé dans son plan. Ou par Berto, un ami rencontré sur une plage, élevé dans une ambiance hyper religieuse, lui-même pratiquant sa propre religion, mélange d’à peu près toutes les croyances mondiales. D’ailleurs si Erick veut embarquer, il devra se livrer à d’étranges rites…

Il choisit l’option Berto. Ce sera ramer dans un radeau fabriqué maison. Erick, qui est bien l’auteur, traitant son lecteur comme un ami proche, détaille sa préparation : les mètres de tuyaux en plastique, la façon de gonfler en silence des pneus de camions, l’extrême discrétion à respecter impérativement, et la vie qui doit continuer, normale, la priorité absolue de ne jamais attirer sur soi des regards soupçonneux, qu’ils viennent des voisins ou des autorités. Erick n’est pas qu’un ami pour nous, il se révèle aussi comme un écrivain au talent multiple : l’humour discret rejoint le réalisme. Ce n’est pas un reportage qu’il propose, mais bien une œuvre littéraire.

Mais c’est l’option Elena qui reprend le dessus, tout en continuant à exercer sa fonction de médecin, ce métier qu’il aime.

Séances de santería, cette sorcellerie tropicale universellement pratiquée à Cuba, passages par des dispensaires de quartiers, flirts répétés avec de tout petits trafics qui permettent d’améliorer le quotidien (même celui d’un médecin), vie familiale, évocation du passé d’Enrique, le père, militant de la première heure et même d’avant l’arrivée des Barbus à La Havane, un homme droit et attachant : la richesse de ce roman est époustouflante, elle s’impose, sans effet inutile. Erick est un homme simple et son témoignage l’est aussi, dans la meilleure acception du terme : ce qui est sincère, ce qui est fort, n’a pas besoin de s’encombrer d’artifices.

Parmi tous les sujets abordés, et ils sont nombreux, on peut faire ressortir la spiritualité qui à Cuba (et en particulier dans le roman) prend des formes très originales : les catholiques sont encore nombreux, les adeptes de Yemayá ou d’Ochún, les partisans du régime, ceux qui sont attirés par les sectes d’inspiration nord-américaines, ceux qui ne croient plus en rien, sans qu’aucun (sauf les castristes purs et durs peut-être) ne se limite qu’à un seul courant de pensée ou de croyance : il demeure toujours un fond de catholicisme sous le verni castriste ou une pincée d’animisme sous le verni catholique. De toute façon, quelle que soit sa nature, le poids qui vient d’au-dessus, politique ou religieux, est bien là.

Erick de Armas a quitté son île natale, le titre le dit indirectement, il a senti la nécessité de partager son expérience, celle de la vie quotidienne dans les années 90, période de crise à Cuba, et il l’a fait de la plus belle façon possible, en restant dans la sincérité et la simplicité, ce qui crée une proximité rarement atteinte entre celui qui raconte et celui qui lit ou qui écoute.

Elena est restée… et papa aussi, traduit de l’espagnol (Cuba) par Alexandra Carrasco, éd. Actes Sud, 382 p., 21,80 €.

Erick de Armas en espagnol : Elena se quedó… y papá también.

MOTS CLES : ROMAN CUBAIN / SOCIETE / POLITIQUE / RELIGIONS / CORRUPTION /EDITIONS ACTES SUD /

armas, erick de elena est restée... et papa aussi

 

*Pour découvrir le chanteur dont deux albums sont disponibles :

Vida moderna

armas, erick de vida moderna
Alivio y recuerdo 
armas, erick de alivio y recuerdo