CHRONIQUES, ROMAN DES CARAÏBES

Julia ALVAREZ

ÉTATS-UNIS / RÉPUBLIQUE DOMINICAINE

Julia Alvarez est née à New York en 1950 mais a passé ses premières années en République dominicaine d’où est originaire sa famille. En 1960 sa famille doit s’exiler à nouveau et elle vit depuis aux États-Unis. Elle est l’auteure de recueils de poésie, d’essais, de roman s pour la jeunesse et de cinq romans.

Au-delà

2020 / 2022

Antonia, veuve depuis quelques mois, est aidée par ses trois sœurs dans le douloureux espoir de retrouver une vie plus « normale ». D’origine dominicaine, elle vit depuis l’enfance dans le nord-est des États-Unis. Elle était professeure de littérature, a la tête remplie de citations, elle militait dans diverses associations, elle était la femme, le complément de Sam, qu’est-elle désormais ? Mario, l’employé (sans papiers) et son voisin, un jeune Mexicain, lui offre bien involontairement l’occasion de se sentir à nouveau utile, mais est-ce suffisant ?

Le jour où trois de ses sœurs sont réunies pour fêter l’anniversaire d’Antonio, Izzy, la quatrième, n’arrive pas et ne répond plus au téléphone. Autrefois psychothérapeute, elle est à la retraite et marque depuis déjà pas mal de temps des signes de déséquilibre. Ses sœurs, quoique se sentant toujours proches d’elle, ont opté pour lui laisser son autonomie, sa liberté. Le problème pour Antonia, c’est son impression de perdre sa propre liberté face aux soucis qui s’ajoutent les uns aux autres, l’état mental d’Izzy, le statut de Mario et la petite amie mexicaine de Mario, Estela, enceinte, sans papiers, s’imposent tout d’un coup. Antonia va avoir à gérer tout cela. Elle joindra ses deux sœurs à la recherche de la troisième : laissera-t-elle Estela ou suivra-t-elle l’enquête depuis chez elle ?

La grande question que se pose Antonia et que pose Julia Alvarez est de savoir quelle place occupent chacune, chacun par rapport aux autres, à ses proches comme aux inconnus, quelle place et quel rôle tenir. Pour Antonia c’est le décès récent qui génère l’interrogation : tant qu’elle a été près de Sam, son mari, la question n’avait pas lieu d’être : elle était qui elle devait être, avec des rôles bien définis, la femme de…, la sœur de…, l’enseignante, etc., elle était où elle devait être. Le deuil remet tout en cause et les deux ou trois problèmes entremêlés lui permettent de se redéfinir.

Pour toute sorte de raisons, Antonia s’est très bien adaptée, intégrée à la vie nord-américaine. Mais ses racines latinas s’imposent sans cesse, ses rapports avec ses trois sœurs, des réactions imprévues qui refont surface, cette proximité qu’elle sent naturelle avec ce que les Nord-Américains appellent « les membres de sa communauté », ce qui veut dire les hispanophones, la faiblesse étant que cette « communauté », comme ils disent, n’est pas un bloc, il y a ceux qui sont intégrés et les illégaux.

Julia Alvarez a voulu un roman modeste : pas de grandes envolées, pas de situations exagérées, des personnages, loin d’être neutres ou pâlichons mais qui ne flirtent pas avec les extrêmes, et c’est très bien ainsi.
La réserve de l’intention et du propos est une des grandes qualités de cet Au-delà dont, malgré tout, il restera des traces dans la mémoire.

Au-delà, traduit de l’anglais (États-Unis) par David Fauquemberg, éd. La Croisée, 239 p., 20 €.

Julia Alvarez en anglais : Afterlife, ed. Algonquin, Chapel Hill.

Julia Alvarez en français : Au temps des papillons / Yo / Au nom de Salomé / Sauver le monde, éd. Métailié.

MOTS CLES : ETATS-UNIS / REPUBLIQUE DOMINICAINE / PSYCHOLOGIE / SOCIETES / FAMILLE / EXIL / EDITIONS LA CROISEE.

CHRONIQUES, V.O.

Clara OBLIGADO

ARGENTINE / ESPAGNE

Clara Obligado est née en 1950 à Buenos Aires. Depuis 1976 elle vit à Madrid, ayant dû fuir la dictature militaire. Elle anime es ateliers d’écriture. Elle est l’auteure d’essais (dont Una casa lejos de casa), de nouvelles, de microfiction et de cinq romans.

Una casa lejos de casa

2022

Cette autobiographie d’une lectrice argentine [1] exilée fait remonter à la surface, au présent, l’apprentissage d’une petite fille qui, dans les années 60 du XXème siècle, découvrait les plaisirs du vice impuni de Valery Larbaud : se choisir un héros, fût-il de bande dessinée, se plonger dans les délices d’un personnage récurrent créé par une Espagnole qu’on avait dû « traduire » en argentin et qui, elle aussi, s’exila, mais à Buenos Aires, fuyant le franquisme. Ces souvenirs ont ensuite pris un relief troublant, quand on a demandé à Clara Obligado d’écrire des romans pour la jeunesse.

Mais avant de passer à l’acte il lui a fallu du temps : l’éducation, les normes culturelles d’Argentine, puis de l’Espagne franquiste, lui avaient mis en tête une idée qui la bloquait : écrire est un geste masculin. Plusieurs de ses  aïeux avaient été des poètes reconnus, publiés, célébrés.

L’exil est une souffrance multiple, on le sait, cela a été dit et écrit sous des formes variées. Clara Obligado apporte pourtant une vision tellement personnelle, tellement « sentie » que le lecteur qui n’a pas connu physiquement cet état d’exilé, de métèque, l’absorbe, la fait sienne. Au-delà de la souffrance ressentie par l’auteure, se pose pour elle la question de l’acceptation de sa nouvelle vie : elle est arrivée à Madrid par hasard, ça aurait pu être le Mexique, Barcelone ou la Tanzanie : une fois installée dans un quartier central, arrivera-t-elle (voudra-t-elle ?) à s’approprier son nouveau cadre de vie, sa nouvelle ville ? Sa solution est créée par la littérature : en écrivant, se construit un pont entre ses deux pays, et aussi entre ses deux langues, le castillan d’Espagne et l’espagnol d’Argentine. Un pont très fragile, précaire, c’est ainsi qu’elle le qualifie, mais un lien véritable.

Pourtant la souffrance de l’exilée est toujours là, non exprimée directement, mais elle se sous-entend dans un pessimisme latent, dans une recherche, qui devient inutile, vaine, recherche de reconnaissance, avec une amertume contre laquelle elle lutte mais qui ne la quitte pas.

Tout est exprimé avec sincérité, simplicité, la recherche d’un langage hispano-argentin, les doutes, et, un leitmotiv, l’« impossible intégration ».

Una casa lejos de casa, ed. Contrabando, Valencia, 136 p.


[1] Allusion à l’essai de Daniel Link très bientôt commenté sur AnnA.

MOTS CLES : ARGENTINE / LITTERATURE / CULTURE / EXIL / SOCIETES / CREATION / PSYCHOLOGIE / EDITIONS CONTRABANDO.

CHRONIQUES, ROMAN DES CARAÏBES

Nicole DENNIS-BENN

JAMAÏQUE

Née en 1982 à Kingston. Après des études secondaires en Jamaïque, elle s’installe aux Etats-Unis pour y étudier, à l’Université de Cornell. Elle y réside toujours, avec son épouse. Elle se consacre à la littérature depuis 2017.

Si le soleil se dérobe

2019 / 2022

Patsy, jamaïcaine de 28 ans, vit dans un quartier que l’on peut qualifier de moyen, de populaire. Elle est une modeste fonctionnaire, a eu avec Roy, un policier local, une fille âgée à présent de cinq ans, Tru, qu’elle a bien du mal à élever avec sa propre mère, Manman G. Elle rêve de la vie aux États-Unis où est partie il y a un certain temps sa meilleure amie Cicely qui a passé des années avant de donner de ses nouvelles. Adolescentes, elles ont vécu des années d’amitié amoureuse et, si Cicely s’est éloignée, physiquement et sentimentalement, Patsy garde une forte nostalgie de ces amours de jeunesse, au point de tout faire pour quitter son île et tenter sa chance au pays de Cocagne. Retrouver Cicely surtout.

Elle finit par obtenir un visa de tourisme et fait le grand saut après avoir confié leur fille à Roy, marié et père de trois garçons. Nicole Dennis-Benn, elle-même immigrée aux États-Unis, décrit de façon extrêmement minutieuse et sensible le parcours d’une femme sans diplôme et très vite sans papiers dans la métropole nord-américaine, d’abord accueillie par son ex-amie qui a d’une certaine façon réussi, puis livrée à elle-même, en parallèle avec l’évolution de Tru, abandonnée dans une famille inconnue qui doit l’accompagner dans sa croissance.

Aucun aspect de la vie de tous les jours n’échappe à l’auteure, le froid que découvre la femme qui découvre une métropole new-yorkaise qui n’a presque rien à voir avec l’image qu’elle s’en faisait, celle qui lui avait donné les images télévisées qui inondaient son île, qui découvre le froid de l’hiver et les prix inabordables pour les gens comme elle, les propriétaires inflexibles, la quasi impossibilité de se créer des relations avec collègues et voisins, les petits trucs pour se faire embaucher par des gens bien installés, eux. Au fil des mois, des années, elle se crée un espace et finit par s’installer, se sentir chez elle, même si elle sait qu’elle restera toujours une marginale.

Parallèlement au parcours nord-américain de Patsy, Nicole Dennis-Benn montre avec la même sensibilité l’évolution sur une dizaine d’années de Tru, petite fille qui se sent à juste titre rejetée, oubliée par sa mère, qui est prise en charge par ces inconnus, Roy et Malva, sa femme, obligée par son mari d’accepter cette intruse pour laquelle elle ne peut empêcher une certaine tendresse (une fillette seule de six ans !). Les rapports humains à l’intérieur de la nouvelle famille sont complexes, le devoir et le sentiment. Tru grandit en garçon manqué, plus attirée par le football que par les poupées, fuyant son autre attirance qu’elle sent naître en elle envers les filles bien davantage que vers les garçons mais n’osant pas se l’avouer et encore moins en parler aux autres.

Entre Patsy et Tru, le silence de dix ans, Patsy étant piégée par sa situation qu’elle juge peu glorieuse (comment avouer qu’elle gagne à peine de quoi manger ?) et Tru attendant sans se décourager un simple coup de fil de sa mère. Nous, lecteurs, sommes les seuls à avoir tous les éléments et donc à comprendre les divers personnages, chacun d’eux est dans l’ignorance de l’autre, cela donne au récit une profondeur et une sensibilité notables.

Romanesque, parfois à la frontière du mélodrame mais n’y tombant jamais, ce roman est d’une puissance rarement atteinte, il aborde une foule de thèmes sociaux et psychologiques que l’auteure traite avec une maîtrise qu’on avait déjà remarquée dans son ouvrage précédent, Rends-moi fière, confirmant ainsi ses solides qualités.

Si le soleil se dérobe, traduit de l’anglais (Jamaïque) par Benoîte Dauvergne, éd. de l’Aube, 568 p., 24 €.

Nicole Dennis-Benn en anglais : Patsy, ed. Oneworld.

Nicole Dennis-Benn en français : Rends-moi fière, éd. de l’Aube.

MOTS CLES : JAMAÏQUE / CARAÏBES / ETATS-UNIS / SOCIETES / PSYCHOLOGIE / FAMILLE / EXIL / EDITIONS DE L’AUBE.

On peut lire (ou relire) mes commentaires sur le premier roman publié en France de Nicole Dennis-Benn, Rends-moi fière :

CHRONIQUES

Natalia SYLVESTER

ÉTATS-UNIS – MEXIQUE – PEROU

Natalia Sylvester est née à Lima. Ses parents ont émigré aux États-Unis quand la fillette avait quatre ans. Elle vit au Texas et écrit en anglais. Elle est l’auteure de deux romans pour la jeunesse et de deux romans pour adultes.

C’était le jour des morts

2018 / 2021 / 2022

Est-ce une bonne idée de se marier un 1er novembre, jour des morts ? C’est ce que font Isabel et Martín en 2012. Oui, peut-être, tout de même : Isabel le soir de son mariage reçoit une visite inattendue : le fantôme d’Omar, le père du fiancé disparu des années plus tôt et dont on ne parle jamais dans la famille.

Deux époques servent de cadre à la saga familiale, à partir de 1981, quand les parents de Martín ont migré du Mexique aux États-Unis, et à partir de 2012, date du mariage. Entre les deux, la famille tout entière s’est parfaitement intégrée à la société nord-américaine, Claudia, la sœur de Martín, est hôtesse de l’air, Isabel travaille aux urgences de l’hôpital local et Martín est un homme d’affaires prospère. Ce qui reste dans l’ombre, c’est le passé familial, la disparition d’Omar.

Le projet de Natalia Sylvester, elle-même originaire du Pérou et vivant au Texas, le décor du roman, depuis son enfance, était intéressant. Il mêle l’histoire déjà souvent traitée du déplacement forcé de milliers de Latinos vers le rêve américain avec leur intégration souvent problématique, leurs souvenirs d’une culture si différente de celle de l’Amérique du Nord et avec une pointe de fantastique, un fantôme qui ne surprend que modérément des Mexicains qui, le 1er novembre, vont pique-niquer sur les tombes des disparus.

L’auteure joue sur les deux influences, celle qui vient du Sud, celle qui vient du Nord, et l’équilibre du roman en souffre. Au Sud, elle a pris ce que l’on appelle souvent réalisme magique (sans que le sens ait jamais été nettement défini) : l’apparition du fantôme n’est pas choquante pour un Mexicain ou pour beaucoup de Latino-Américains pour qui le rationnel n’est qu’une entrave à penser et à imaginer librement. Au Nord elle a emprunté la technique très répandue qui sous-entend qu’à moins de 400 pages un roman ne peut pas être bon (idée très discutable, c’est évident). L’action avance donc très lentement, même les rendez-vous annuels entre le fantôme et sa belle-fille sont souvent vides de nouveautés, de progression (il faut bien couvrir les trente et un ans entre 1981 et 2012).

Et il nous faut aussi accepter des situations assez peu vraisemblables, même si l’auteure a elle-même vécu cette intégration qu’elle semble avoir réussie. Il est assez peu crédible de voir, entre autres détails, la facilité avec laquelle Isabel prend sans cesse des congés à son hôpital, parfois seulement pour discuter avec le fantôme de son beau-père, ou encore le neveu adolescent qui vient de passer la frontière sans papiers étant immédiatement inscrit en classe de seconde dans un très bon lycée local et mettant un smoking lors de la première fête de fin d’année, généralement les nouveaux migrants latinos ont d’autres sortes de problèmes pour se faire admettre par les locaux.

  On peut lire C’était le jour des morts pour découvrir une famille déchirée par des drames internes, une famille qui a beaucoup de difficulté à échanger, à se comprendre et qui ne souhaite qu’oublier d’où elle vient sans pouvoir y parvenir (peut-on tirer un trait sur ses origines ?), une famille qui découvre peu à peu ce que peut faire l’amour. L’amour, le grand moteur du roman.

C’était le jour des morts, traduit de l’anglais (États-Unis) par Benoîte Dauvergne, éd. de l’Aube, 529 p., 15 €.

MOTS CLES : MEXIQUE / ÉTATS-UNIS / SOCIETE / EXIL / PSYCHOLOGIE / FANTASTIQUE / EDITIONS DE L’AUBE.

CHRONIQUES, ROMAN DES CARAÏBES

Rodney SAINT- ÉLOI

HAÏTI / ÉTATS-UNIS

Essentiellement poète, Rodney Saint-Éloi est né à Cavaillon (Haïti) en 1963. Après des études de Lettres, il a créé une maison d’édition et plusieurs magazines culturels. Au Québec, où il s’est installé, il est membre de l’Académie des lettres.

Quand il fait triste Bertha chante

2020 / 2022

Cavaillon, on le sait, est une ville du Vaucluse. Cavaillon, on l’ignore sûrement, est aussi une ville en Haïti. C’est là qu’est né le poète Rodney Saint-Eloi, c’est là que lui et sa famille n’ont plus pu vivre. Il s’est exilé à Montréal. Il est membre de l’Académie des lettres du Québec, tandis que la famille s’éparpille et que Bertha, la mère s’installe à New York. Famille, vraiment ? Une mère, quatre enfants avec chacun un père. Famille, peut-être, Bertha et les enfants assurément.

Bertha meurt à 72 ans, laissant un fils désemparé bien qu’adulte. Il se voit comme un Nègre qui passe son temps à pourchasser la malchance », « un Nègre qui repousse la mort […] pour faire accoucher l’histoire ». Un Nègre tourmenté par sa négritude. Haïti pour eux est devenu le « pays-pourri », endroit du souvenir.

Ce moment particulier, la disparition de la mère, ouvre la porte à la mémoire, aux questions, aux remises en cause. Réapparaissent, depuis la neige canadienne, le quartier de Bois-Cochon et son soleil écrasant, des voisins plus ou moins supportables, un père absent (il s’est évaporé avant même la naissance du garçon) qui pourtant offre à son fils des camions de pompiers pour Noël, ce qui par ailleurs provoque une sorte de jalousie chez ses demi-frères mais lui donne un peu de supériorité.

Au fil des souvenirs qui remontent devant le cercueil de Bertha,  les hommes de sa vie refont surface avec la présence diffuse et oppressante du dictateur et des tontons macoutes et, malgré ces menaces, la liberté que vit tout de même cette femme lumineuse. Puis viendra l‘exil, refusé d’abord (« Un être humain doit mourir chez lui », qui finit par s’imposer.

Derrière les événements d’une vie règne toujours l’amour d’un fils pour sa mère, la tendresse partagée . Quelques poèmes parsèment le récit, lui-même tellement poétique que prose et vers se confondent. On a rarement aussi bien dit la déchirure qu’est un exil, de façon aussi subtile. Ce sont des phrases qui semblent voler non dans un azur pseudo romantique, mais par-dessus les terribles réalités du pays-pourri et qui, en survolant des misères bien matérielles, les transfigurent en un souffle lyrique, un hommage à cette femme qui sait « le prix de chaque mot comme le prix de l’eau, du pain, du sucre roux… ». Une femme qui n’avait peur de rien.

Universel et intime, Quand il fait triste Bertha chante n’est pas qu’un très bel hommage à une femme, à une mère, il est le portrait d’un pays qu’on ne peut qu’aimer en le haïssant, le portrait des femmes de ce pays, de la femme, de la mère qui a fait l’homme et l’écrivain dont nous avons l’œuvre entre les mains. Bertha a vraiment tout réussi !

Quand il fait triste Bertha chante, éd. Héloïse d’Ormesson, 265 p., 19 €.

MOTS CLES : HAÏTI / CANADA / PSYCHOLOGIE / HISTOIRE / DICTATURE / SOCIETE / EXIL / EDITIONS HELOÏSE D’ORMESSON.