CHRONIQUES

Vaitiere ROJAS MANRIQUE

VENEZUELA / COLOMBIE

Vaitiere Rojas Manrique est née en 1988 dans les Andes vénézueliennes. Après des études de journalisme, elle est enseignante dans la banlieue de Bogotá où elle vit après avoir quitté le Venezuela. Tu parles comme la nuit est son premier roman.

Tu parles comme la nuit

2019 : 2021

« La petite rejette son environnement », voilà les premiers mots proférés par les infirmières qui ont assisté à son entrée dans le monde à propos de la narratrice, qui écrit à un personnage peut-être anonyme, peut-être inventé par elle, peut-être ayant existé, pour l’aider à avoir un contact avec sa réalité.

Sa réalité n’est pas toute rose : Jeune mère de famille vénézuelienne, elle s’est exilée avec sa famille, poussée par les conditions devenues épouvantables de la vie de chaque jour. L’adaptation est dure, à Bogotá, entre d’autres difficultés financières et le rejet (qu’elle ressent) des migrants.

Élève idéale autrefois, toujours première de sa classe, poussée par sa mère, elle a toujours vécu un pied dans son monde, un pied dans le monde. Elle avoue ne pas être capable de communiquer par l’oral, et donc elle écrit, en estimant que ses écrits sont bons à être mis au panier.

Qui est le mystérieux destinataire des lettres : Existe-t-il seulement ? A-t-il existé ? Elle semble recevoir des réponses, mais n’est-ce pas son imagination ? Alors, et c’est troublant, nous nous glissons forcément dans la peau de ce F.,  ou Frantz et nous recevons directement ces confidences d’une femme errante. Errante dans sa tête (elle a rendu visite et continue de le faire à plusieurs « médecins de l’esprit » en regrettant que les « médecins de l’âme »’ n’existent pas. Errante dans sa vie : en Colombie, elle se sent aussi désarmée, tout lui semble inhumain. Elle a coupé tous les liens autour d’elle et est terrifiée par l’image qu’elle laissera plus tard à sa toute petite fille, le seul être vivant qui lui reste, bien qu’à Bogotá elle vive toujours avec son mari.

La culpabilité habite cette malheureuse, une culpabilité injustifiée pour l’extérieur, pour le lecteur donc, qui la voit en victime, pas en coupable de quoi que ce soit. Elle se sent surtout coupable par rapport à sa fille qu’elle pense mal élever, alors que, d’évidence, elle déborde de tendresse et de générosité et qu’elle lui écrive des poèmes. Cette culpabilité n’est que la conséquence de son exil, injustifié, lui.

Il existe pourtant des lueurs d’espoir pour elle : lire et surtout écrire pourraient l’aider à sortir du marasme, elle en est vaguement consciente mais ne trouve pas l’énergie. Les rares nouvelles du Venezuela sont elles aussi démoralisantes, le pays continue de couler et la jeune femme, exilée de son pays et d’elle-même, « fait ce qu’elle peut ».

Vaitiere Rojas Manrique, raconte-t-elle, invente-t-elle, se confesse-t-elle pudiquement et franchement ? Peu importe, son livre est attachant.

Tu parles comme la nuit, traduit de l’espagnol (Venezuela) par Alexandra Carrasco, éd. Rivages, 176 p., 16 €.

Vaitière Rojas Manrique en espagnol : Algo habla con mi voz, Universidad Central, Bogotá.

MOTS CLES : VENEZUELA / COLOMBIE / PSYCHOLOGIE / SOCIETES / EDITIONS RIVAGES.

CHRONIQUES

Makenzy ORCEL

HAÏTI

Makenzy Orcel est né à Port-au-Prince en 1983. Poète et romancier, il a obtenu plusieurs prix littéraires importants.

L’Empereur

2021

L’Empereur, le Berger vénéré du titre est un gourou sorti jadis d’un mystérieux néant. Vénéré par le narrateur abandonné enfant après le passage d’un ouragan, comme des centaines de garçons et de filles que leurs parents ne pouvaient plus nourrir, le Berger–Empereur règne sur son troupeau de moutons qui l’entourent, lui obéissent, lui cèdent. Même le Très Vieux Mouton, un vieil aveugle sage au bord de la mort le craint et préfère parler quand il est sûr que le « Maître » n’est pas à côté. L’ombre de Baron Samedi se devine proche, à certains moments.

L’homme qui raconte l’histoire devine les failles chez l’Empereur, et pourtant il accepte la soumission imposée, jusqu’au moment où il est chassé, devenu parasite.

Vue par un « petit », un « tout petit » de la société, l’oppression générale est ressentie par tous. L’Empereur régnant en tyran sur ses ouailles, donnant des ordres, est-il au fond pire qu’un patron régnant sur ses inférieurs, ses « collaborateurs », comme on dit maintenant ?  La force de l’homme qui raconte est en lui : face à l’Empereur, il a l’Autre intérieur, qui le guide dans ses décisions.

On ne peut qu’être porté par la somptuosité du style de Makenzy Orcel, certains passages touchent par leur réalisme, par leur dureté, L’Empereur est aussi une chronique du quotidien des oubliés, et soudain s’élève une vague de poésie sous la forme d’un hommage à La Femme, celle qui sait où elle va et qui regarde droit devant elle, de ses yeux vairons. La lumière sait s’échapper des laideurs qui ont envahi Haïti, la lumière de l’homme qui raconte, la lumière qu’il va  probablement perdre très bientôt c’est sa liberté, celle qui le fait vivre, celle qui le redresse, au mépris des petits chefs et du pseudo grand Empereur En refusant, en se refusant le malheur, il jouit de son existence ; ce n’est sûrement pas la meilleure, mais c’est la sienne, il ne peut en changer, et c’est pour cela qu’il en jouit.

Dominé, écrasé par son patron, pendant les mois où il gagne pauvrement sa vie, écrasé par l’organisation générale des choses dans un pays comme Haïti (mais qui pourrait être beaucoup d’autres régions du monde), l’homme  qui raconte garde au fond de son être son bien le plus cher : sa liberté intérieure, mais attention : ce beau récit n’est surtout pas une incitation à savoir rester soumis et à s’en accommoder Au contraire, c’est bien une incitation à cultiver, même modestement, même en silence, la flamme que chacun porte en soi Sublime leçon.

Mais on sait dès la première ligne que – peut-être, qui sait ? – la fin ne sera pas  une ouverture sur le paradis. Makenzy Orcel, romancier mais aussi poète, est un virtuose de la phrase, des atmosphères, jouant sur les contrastes, sur les ruptures de ton pour toucher son lecteur au cœur.

L’Empereur, éd. Rivages, 186 p, 17,50 €.

MOTS CLES : HAÏTI / SOCIETES / PSYCHOLOGIE / RELIGIONS / POESIE / EDITIONS RIVAGES.

On pourra compléter la lecture de L’Empereur avec celle de Antoine des Gommiers de Lyonel Trouillot (éd. Actes Sud) et aussi lire ou relire Maître Minuit (éd. Zulma) de Makenzy Orcel. Mes chroniques sur AnnA.

CHRONIQUES

Miguel BONNEFOY

FRANCE / VENEZUELA / CHILI

Miguel Bonnefoy©Audrey Dufer-3

© Audrey Dufer

Né en 1986 à Paris, il est le fils d’une diplomate vénézuelienne et d’un romancier chilien. Son enfance a été internationale, comme ses études. Après deux recueils de nouvelles remarqués il publie Le voyage d’Octavio, finaliste du Prix Goncourt du Premier Roman puis Sucre noir ainsi qu’un récit de voyage et d’aventure, Jungle. Pensionnaire de la Villa Médicis en 2018-2019.

 

Naufrages

2020

Parallèlement à la sortie du nouveau roman de Miguel Bonnefoy, Héritage, les éditions Rivages ont la bonne idée de proposer à ses lecteurs sept nouvelles, qui montrent un autre aspect du talent de l’auteur du Voyage d’Octavio et de Sucre noir.

Ces sept récits qui plongent leurs racines dans la mythologie antique et dans notre actualité éclairent de façon la plus originale des personnages que l’on croyait connaître, qu’ils soient dieux, monstres ou simples humains.

Il paraît que les Français ne sont pas amateurs de nouvelles. Il serait très dommage qu’ils passent à côté de ces petits bijoux.

Naufrages, éditions Rivages poche, 96 p., 6,50 €.

MOTS CLES : FRANCE /  VENEZUELA / CHILI / CULTURE / POESIE / EDITIONS RIVAGES.

 

BONNEFOY, Miguel Naufrages

Voir aussi, sur AnnA : Miguel Bonnefoy, Le voyage d’Octavio, Sucre noir, Jungle et Naufrages.

Souvenir (Saint-Étienne, mars 2018) :

Miguel BONNEFOY

 

 

CHRONIQUES

Raúl ARGEMÍ

ARGENTINE

Né en 1946 à La Plata. Auteur de théâtre et directeur de troupe avant la dictature, il est emprisonné pendant es années. Au retour de la démocratie, il se consacre au journalisme et à la littérature, roman noir et récits pour la jeunesse.

ARGEMI, Raul

 

 

À tombeau ouvert

2015 / 2019

Raúl Argemí a participé dans les années noires de l’Argentine à la lutte armée, comme ses personnages. Emprisonné pendant des années, il s’est ensuite consacré au journalisme et au roman, policier ou roman noir. Il revient avec À tombeau ouvert qui comblera ses lecteurs habituels et sera une belle découverte pour les autres.

Au temps de la dictature militaire argentine, qui a commencé en 1976, le narrateur, militant politique, a mené une vie pleine de dangers : fausses identités multiples, armes chargées en permanence, etc. Il a même dû prendre en charge une jolie somme, 300.000 dollars, confiée jadis à un proche de Che Guevara. La somme est mise à l’abri dans une banque (suisse, on n’en est pas à une contradiction près). Les dollars, ou francs suisses, ou pesos argentins, on ne sait plus, pourraient-ils être récupérés, et par qui ?

Difficile de dire s’il s’agit d’une, de deux, de combien d’histoires, le protagoniste, non seulement a plusieurs noms, il donne l’impression d’avoir aussi plusieurs personnalités et, en tout cas, c’est sûr, il a vécu plusieurs histoires. C’est ce qui rend ce roman passionnant. Notre Carles, Carlos ou Juan a toutefois une ou deux constantes en lui, le manque de confiance en à peu près tout, les sociétés de notre monde moderne, les autres êtres humains, les institutions. Une autre constante est sa paranoïa envahissante, mais de cela il est conscient. La troisième est ce fond de religiosité, ce catholicisme fait de culpabilité et de pénitence qu’il ne peut réfréner malgré son sincère engagement militant : l’ascétisme du révolutionnaire rejoint l’ascétisme religieux.

« Le cours du temps n’est linéaire qu’en apparence », dit-il à un certain moment, cette phrase illustre parfaitement ce qu’est le roman : Madrid, Buenos Aires, Barcelone, les années 1970, 80, 2010, cohabitent dans un jeu de miroirs.

Certains des personnages ont passé des années dans les « pavillons de la mort », des récits, témoignages directs, sont poignants et apportent à la difficile enquête une profondeur humaine qu’on rencontre rarement dans ce genre de récits.

Raúl Argemí nous emmène aussi nous promener dans les marigots d’une politique qui se mêle au marketing douteux. La nullité d’un Catalan ambitieux que notre Carles (ou Juan) accepte d’épauler contre quelques avantages, est d’une féroce drôlerie que Raúl Argemí accentue par ses remarques ironiques si réalistes. Car, malgré le sujet grave et l’action tendue, il ne manque pas une occasion de faire sourire par des saillies qui rendent dérisoires l’agitation qui règne des deux côtés de l’Atlantique.

À tombeau ouvert  n’est pas qu’un roman noir de plus, la richesse des thèmes abordés, la façon de les aborder, l’humour qui n’empêche à aucun moment la profondeur lui donnent un supplément d’âme.

À tombeau ouvert, traduit de l’espagnol (Argentine) par Alexandra Carrasco, éd. Payot & Rivages (coll. Rivages/Noir), 333 p., 22,50 €.

Raúl Argemí en espagnol : A tumba abierta, ed. Navona / Los muertos siempre pierden los zapatos  / Penúltimo nombre de guerra / Patagonia Chu Chu, ed. Algaida, Séville.

Raúl Argemí en français : Le Gros, le Français et la Souris / Les morts perdent toujours leurs chaussures / Patagonia tchou-tchou / Ton avant-dernier nom de guerre, éd. Payot & Rivages (coll. Rivages Noir) / Les aventures de Léon,  p(eu)reux chevalier, 2 tomes, (récits pour enfants), Mijades éd.

MOTS CLES : ROMAN ARGENTIN / ROMAN NOIR / SOCIETE / POLITIQUE / VIOLENCE / EDITIONS RIVAGES.

ARGEMI, Raúl A tombeau ouvert

PUBLICATION ORIGINALE : www.espaces-latinos.org

 

ROMAN VENEZUELIEN

Miguel BONNEFOY

VENEZUELA

Miguel Bonnefoy©Audrey Dufer-3©Audrey Dufer

 

Né en 1986 à Paris, il est le fils d’une diplomate vénézuelienne et d’un romancier chilien. Son enfance a été internationale, comme ses études. Après deux recueils de nouvelles remarqués il publie Le voyage d’Octavio, finaliste du Prix Goncourt du Premier Roman puis Sucre noir ainsi qu’un récit de voyage et d’aventure, Jungle. Pensionnaire de la Villa Médicis en 2018-2019.

Sucre noir.

2017

Le premier roman de Miguel Bonnefoy, Le voyage d’Octavio (2015), a été accueilli avec enthousiasme par la critique et le public. En 2016 sortait un récit, Jungle, passionnant concentré d’aventures, d’ethnologie, de psychologie et d’humour. Et voici Sucre noir, très attendu, qui, disons-le tout de suite, confirme tous les espoirs que l’on pouvait avoir.

L’ouverture (comme dans un opéra) nous transporte directement dans un univers fait de folie et de réalité : « un navire naufragé, planté sur la cime des arbres, au milieu d’une forêt ». Ce navire est à l’origine de la légende éternelle du trésor oublié et caché. Quel est le destin d’un tel trésor, dont on n’est d’ailleurs pas absolument certain qu’il existe vraiment ? On le cherche évidemment !

Certains écrivains ont besoin de centaines et de centaines de pages pour écrire leur roman total et ‒ souvent ‒ ils le réussissent. Miguel Bonnefoy y parvient  en 206 pages, qui concentrent épopée (plutôt modeste, à notre portée), aventure humaine, sublime histoire d’amour, fine analyse de caractères et surtout un amour débridé, jouissif, pour les mots. Il n’aime pas que raconter, Miguel Bonnefoy, il aime le faire en beauté. Chaque phrase mériterait d’être citée.

Il présente un village dans lequel « les montres étaient réglées sur le vol des oiseaux ». L’action est hors du temps, on pourrait dire entre deux époques connues : les traditions matrimoniales, familiales, sociales, sont bien présentes, familières, on pense aux années 20 ou 30 du XXème siècle, mais on y fabrique aussi un alambic avec une cocotte-minute et des seaux en plastique. Les nouveaux réverbères sont utiles « pour combattre la délinquance autant que l’amour ». Quant à l’homme et à la femme, les personnages du récit, jeune ou vieux, ils sont tels que ce que l’homme et la femme ont toujours été.

Ces personnages, dont la banalité de surface cache des trésors qu’on découvre peu à peu, sont tout à fait semblables au trésor bien matériel, lui, qui devrait se trouver quelque part, enterré depuis trois siècles. C’est bien de cela qu’il s’agit : une chasse au trésor que partagent protagonistes et lecteurs, le trésor n’étant pas exactement de même nature dans les deux cas, et sans aucun doute, c’est le lecteur qui en sortira gagnant.

L’amour des deux personnages principaux dans la première partie, est insaisissable (« ni bonheur, ni chagrin ») mais solide et réel. Plus tard la passion, curieusement, le sera moins, devenue presque raisonnable. L’exotisme que peut ressentir le lecteur européen est un masque : l’homme et la femme se ressemblent beaucoup, qu’ils vivent là-bas ou ici, les surprises, qui ne manquent pas, ne viennent pas du décor mais toujours des personnes. D’ailleurs, cet univers lointain, rêvé, comment ne pas le reconnaître, c’est le nôtre aussi. Comment ne pas reconnaître ces grandeurs affichées et ces misères bien réelles, la force et les failles de ces personnages, cela s’applique à chacun d’eux et à chacun d’entre nous.

La réjouissante morale de cette lecture est simple et essentielle : un roman de 200 pages peut donner un vrai bonheur à des milliers de lecteurs ! Qui dit mieux ?

Sucre noir, éd. Rivages, 200 p., 19,50 €.

 

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MOTS CLES : REALISME MAGIQUE / HISTOIRE DU VENEZUELA / AMOUR.

Souvenir :

BONNEFOY, Miguel (2)

PUBLICATION ORIGINALE : http://www.espaces-latinos.org

 

ROMAN VENEZUELIEN

Miguel BONNEFOY

VENEZUELA

 

Miguel Bonnefoy©Audrey Dufer-3

© Audrey Dufer

 

Né en 1986 à Paris, il est le fils d’une diplomate vénézuelienne et d’un romancier chilien. Son enfance a été internationale, comme ses études. Après deux recueils de nouvelles remarqués il publie Le voyage d’Octavio, finaliste du Prix Goncourt du Premier Roman puis Sucre noir ainsi qu’un récit de voyage et d’aventure, Jungle. Pensionnaire de la Villa Médicis en 2018-2019.

 

 

 Le voyage d’Octavio.

2015

Un père chilien, une mère vénézuélienne, né en France, en 1986, écrivant en français et déjà remarqué par de prestigieux jurys de prix littéraires, tel nous apparaît Miguel Bonnefoy, qui se voit comme un pont entre ses deux continents grâce à une culture partagée. Le voyage d’Octavio, son premier roman, est aussi une très bonne surprise pour un lecteur français, habitué ou non de la création latino-américaine.

Un court récit qui semble prendre des chemins connus (celui du roman d’initiation, celui du prétendu « réalisme magique ») pour mieux nous en faire sortir et ainsi nous surprendre et même parvenir à nous émerveiller à nouveau, voilà à quoi ressemble Le Voyage d’Octavio. On ne sait rien ou presque d’Octavio, ce qui donne au lecteur le pouvoir de le créer lui aussi à sa manière, comme il pourra créer, à partir de ce que propose le narrateur, les ambiances, les paysages, il pourra aussi méditer sur la misère, la religion ou la magie.

Octavio n’a jamais appris à lire, il n’ose l’avouer, la page où nous le découvrons, est superbe : tout est dit avec les mots les plus simples, tout est senti, plus exactement, c’est de la pure poésie, et pourtant on est au sein de la triste réalité d’Octavio. Dans la pharmacie du quartier, qui est un bidonville, Octavio fait une rencontre et naît une histoire d’amour, avec ou sans mots, car les mots sont au cœur du roman, les mots qu’on ne sait pas déchiffrer, ceux que l’on prononce et ceux que l’on tait volontairement ou seulement parce qu’on ne sait pas. Et le mot, Miguel Bonnefoy, lui, sait le manipuler, l’arranger, le créer à l’occasion.

Avec ses mots ordinaires ou inattendus, il dévoile un univers familier au lecteur de romans latino-américains, bien à lui pourtant, fait de fulgurances poétiques, de digressions qui brusquement retrouvent leur cours… et leur personnage principal, Don Octavio, sorte de Candide moderne qui va d’un lieu à l’autre ou qui, peut-être ne bouge pas si ce n’est dans sa tête.

Pour le lecteur en tout cas c’est un véritable voyage à travers le Venezuela, un Venezuela de rêve et de réalité, rempli d’images et de sensations.

Miguel Bonnefoy : Le voyage d’Octavio, Rivages, 124 p., 15 €.

MOTS CLES : REALISME MAGIQUE / ROMAN VENEZUELIEN

 

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Souvenir :

 

BONNEFOY, Miguel (2)

PUBLICATION ORIGINALE : http://www.espaces-latinos.org