CHRONIQUES, ROMAN BOLIVIEN, ROMAN BRESILIEN

Cesare BATTISTI

ITALIE – BOLIVIE – BRÉSIL

Né en 1954 au sud de Rome, Cesare Battisti est connu pour ses démêlés avec la justice italienne autant que pour son œuvre littéraire (une vingtaine de romans ou d’essais). Condamné pour assassinat, à l’époque des années de plomb, il fuit à l’étranger après son évasion d’une prison italienne. Il passe 8 ans au Mexique, 14 ans en France, 14 ans au Brésil avant de se réfugier en Bolivie (2018 – 2019) où il est arrêté par Interpol, puis transféré dans une prison italienne. En 2019, il reconnaît sa responsabilité dans quatre assassinats.

Le guet-apens

2022

Adriano vient d’être enlevé quelque part en Bolivie, son avion le débarque, il le saura plus tard, en Sardaigne. Ayant quitté le Brésil pour échapper à la police du Capitaine (Jair Bolsonaro), il devait en principe se trouver en sûreté dans une petite ville bolivienne, un petit groupe de sympathisants, proches du gouvernement de La Paz, se demandent comment il a pu être trahi, c’est bien ce qui s’est produit.

Désormais, pour Adriano, il s’agit de survivre : il est, après quarante ans de fuite, dans une prison de haute sécurité, il ne doit pas flancher.

À La Paz, on parle officiellement mais discrètement de « raison d’État », la droite et l’extrême droite progressent sur tout le continent, la Bolivie, pour survivre (elle aussi) a, semble-t-il, dû céder : un terroriste recherché par toutes les polices du monde contre la paix intérieure d’une nation.

À Rio de Janeiro où Adriano avait vécu longtemps, d’autres militants exilés pour la plupart survivent (eux aussi) dans la nostalgie et dans la sensation d’être parvenus au bout de tout.

En Sardaigne, Adriano pousse les murs de sa cellule en visualisant Rio et ceux qu’il y a laissés, Heléna et leur fils et ce qui peut être leur présent, ce qui pourra être leur avenir et surtout son propre passé puisque toute idée de futur lui est fermée.

C’est évident, il y a une bonne proportion d’autobiographie dans Le guet-apens, mais Cesare Battista, qui l’a écrit dans sa cellule sarde, a tenu à écrire un roman. Les chapitres non numérotés, qui semblent donc extérieurs à l’action et qui concernent directement un Adriano au bout de sa course, sont courts, ont un ton neutre. L’homme emprisonné ne veut jamais avoir l’air de se plaindre, son intérêt est ailleurs, dans ce qu’il n’a pas vécu directement (les coulisses de sa fuite et de son arrestation) et ce que ses pensées lui permettent d’imaginer : c’est bien là le principe de tout roman.

À La Paz, la vie politique est compliquée : Evo Morales, après l’euphorie des premiers mois, doit lutter contre ennemis déclarés et amis qui commencent à douter de ses capacités à garder la ligne originelle.

À Rio et à São Paulo, Bolsonaro est tout juste élu, il commence sans cap très net et sans la moindre compétence à se voir en maître absolu et n’hésite pas à faire taire ses opposants par la violence. Adriano se revoit arpentant des rues, rencontrant amis et sympathisants politiques. Adriano, du fond de sa cellule – et Cesare Battisti dans sa prison sarde – reconstruisent tout un monde secret, le secret que doivent tenir ces groupes parmi lesquels se mêlent le rôle officiel que chacun doit jouer avec ses dangers permanents, le personnel et l’intime, les amours à l’intérieur du groupe, les soupçons qui naissent : qui a trahi ? Par conséquent les côtés politiques, militants, évoluent vers une enquête d’autant plus serrée qu’elle porte sur des très proches. «  Je suis une chose, la lutte à laquelle nous participons en est une autre » dit un personnage, et c’est bien l’expression qui s’applique à ce roman qui hésite un peu entre la lutte politique et la lutte très personnelle, on ne sait pas toujours laquelle privilégier. On atteint toutefois une vraie profondeur quand Adriano revient sur son expérience d’homme traqué qui ne renie pas l’extrême violence de son passé, mais qui a pris le recul que lui ont apporté les années : ce qui a été n’est pas effacé, cela appartient à une réalité différente.

« Dans son pays, il n’y a plus de cause à défendre », cette phrase s’applique aussi bien à Adriano qu’à Cesare Battisti. Nous parlons bien ici d’un roman. Qu’en est-il de la situation personnelle de son auteur ? Peu importe pour le lecteur, il n’a pas la compétence, et encore moins la légitimité, pour porter un jugement : le roman l’intéresse. Rien de plus.

Le guet-apens, traduit de l’italien par Vincent Raynaud, éd. du Seuil, 416 p., 21 €.

MOTS CLES : BOLIVIE / BRÉSIL / POLITIQUE / SOCIETES / VIOLENCE / PSYCHOLOGIE / EDITIONS LE SEUIL.

Pour compléter cette lecture, onpeut se replonger dans le roman précédent de Cesare Battisti, Indio qui se situe au Brtésil et lire mon commentaire sur AnnA…

… et, Jair Bolsonaro étant très présent dans Le guet-apens, prendre ou reprendre le Cauchemar brésilien de Bruno Meyerfeld :

CHRONIQUES, ROMAN COLOMBIEN

Juan Gabriel VÁSQUEZ

COLOMBIE

Juan Gabriel Vásquez est né à Bogotá en 1973. Après des études en Colombie, puis en France, il vit plusieurs années en Europe (France, Belgique et Espagne) avant de rentrer dans son pays natal.

Une rétrospective

2020 / 2022

Dans la famille Cabrera, il y a l’aïeul, Domingo, né aux Canaries, époux de Julia, fille de militaires monarchistes, elle-même sœur d’Enrique, pilote militaire lui aussi, lui aussi monarchiste et par conséquent opposé au général Franco, le putschiste, l’usurpateur. Il y a le père, Fausto, engagé très à gauche avec sa femme Luz Elena. Ils ont un fils, Sergio, et une fille, Marianella, une famille plongée tout entière dans la poésie, le théâtre, le cinéma et la télévision. Sergio est le réalisateur célèbre de La estrategia del caracol / La stratégie de l’escargot (1993) ou de Perder es  cuestión de método / Perdre est une question de méthode (2004, adapté d’un roman de Santiago Gamboa), entre autres.

Les parents et l’oncle fuient l’Espagne écrasée par Franco. Le Venezuela, la Colombie, le Chili puis à nouveau la Colombie, Medellín (où naît Sergio) et Bogotá sont successivement leurs ports d’attache temporaire, avec une longue parenthèse dans la Chine de Mao.

Après les années de déplacements, d’instabilité comparables à l’errance du Juif errant, mais sans victimisation (dans la famille Cabrera on a toujours l’espoir rivé aux corps), l’étape colombienne permet d’établir une base solide : les parents, Fausto et Luz Elena, sont des acteurs reconnus et Fausto est un des créateurs de la Télévision nationale.

Sa nomination en Chine et le séjour de toute la famille à Pékin est l’étape essentielle, celle qui partage les vies en deux époques séparées. La Chine telle que la voit Sergio, telle qu’il la vit, étudiant d’une quinzaine d’années, se révèle d’abord semblable à l’image qu’on a d’elle en Occident, un monde clos, soupçonneux à l’extrême, que les parents, partisans inconditionnels, acceptent mieux que Sergio et sa sœur. L’étape est d’autant plus douloureuse quand les parents retournent en Colombie en laissant les deux adolescents dans leurs lycées pour qu’ils y achèvent leur éducation.

Au retour en Colombie, naturellement peut-on dire, Sergio, comme Marianella, comme Luz Elena, comme Fausto, entre dans la guérilla. Il y participera plusieurs années, séparé de ses proches qui en sont aussi des membres actifs.

Le roman est un long retour sur le passé commun à la famille Cabrera. Il commence en 2016, Sergio est l’invité vedette d’une cinémathèque espagnole où il est rejoint par son propre fils, Raúl. La veille du début de l’événement, on lui apprend la mort à Bogotá de Fausto. Il n’aura pas la possibilité, ni la volonté, de traverser l’Atlantique en urgence pour assister à la crémation. Ce sera l’occasion pour lui de se rapprocher de Raúl, qui vit en Espagne, et de revenir sur ce passé familial. La vie de Sergio a été fracturée entre vie privée et vie publique, entre vie privée et politique (il a aussi été député en Colombie), sa vie privée étant elle-même fracturée. Et malgré tout, vu par Juan Gabriel Vásquez, ami proche de Sergio qui lui a raconté en détail ce qui fait le roman, Sergio Cabrera reste un être humain conscient (de là probablement vient sa douleur) : comment raccommoder ces morceaux d’existence ? Plongés dans une situation historique (la guérilla des FARC), Sergio, sa sœur, les camarades sont bien des personnes, ce qu’ils ressentent, qu’ils ne veulent pas toujours s’avouer, est la base de tout le récit, malgré l’embrigadement, les règles militaires, qui peuvent d’ailleurs être contournées par les supérieurs eux-mêmes.

C’est un cliché de dire que la réalité dépasse la fiction. Ici, grâce à la maîtrise de Juan Gabriel Vásquez, la réalité est roman, avec ses émotions, ses rebondissements, ses moments de suspense. Vous l’avez peut-être remarqué, sur AnnA on déteste mettre les œuvres dans des cadres. On pourrait s’amuser, avec Volver la vista atrás à tenter de le faire : non-fiction, biographie, roman ? Et, si roman, roman historique, psychologique, politique, social, saga familiale ? Eh bien, il est tout cela, et j’en oublie sûrement. Pourrez-vous trouver une raison de ne pas le lire ?

Une rétrospective, traduit de l’espagnol (Colombie) par Isabelle Gugnon, éd. Le Seuil, 464 p., 23 €.

Juan Gabriel Vásquez en espagnol : Volver la vista atrás , ed. Alfaguara, comme les autres titres de l’auteur.

Juan Gabriel Vásquez est publié en France aux éditions du Seuil.

MOTS CLES : COLOMBIE / CHINE / HISTOIRE / POLITIQUE / FAMILLE / SOCIETES / PSYCHOLOGIE / EDITIONS DU SEUIL.

* Chronique publiée sur AnnA le 6 juin 2022 dans la rubrique VO.

On peut aussi lire mon commentaire sur les nouvelles de Chansons pour l’incendie :

CHRONIQUES

Pola OLOIXARAC

ARGENTINE

Pola Oloixarac (pseudonyme de Paola Caracciolo) est née à Buenos Aires en 1977, est journaliste, traductrice et l’auteure de trois romans. Elle vit à Barcelone.

Mona

2019 / 2022

Mona? romancière péruvienne résidant aux États-Unis a quelques petits défauts, l’alcool et des antidépresseurs pris en quantité, elle peut être un peu nymphomane quoique frustrée. Elle a aussi de grandes qualités : c’est une observatrice douée et son premier roman vient d’être sélectionné pour un prix renommé en Suède. Elle est née au Pérou, a séjourné dans divers pays et vit en Californie.

Au bord d’un lac de rêve, Meeting réunit des auteurs venus du monde entier qui passent quelques jours en rencontres dites littéraires avant la proclamation du prix prestigieux. Mona écoute et regarde, elle se souvient aussi. Elle écoute les échanges entre ces créateurs, certains qui ont produit des séries de best sellers, d’autres qui sont restés de parfaits inconnus en dehors de leur cercle proche, certains qui sont même apeurés par un peu de lumière sur eux, d’autres qui sont persuadés d’être le centre du monde littéraire… et d’être le futur lauréat.

Mais Mona ne se limite pas à ironiser sur la vanité, bien réelle, de ce spectacle, il lui arrive d’être émue, par un témoignage, par un aveu échappé, même si l’ironie domine. On n’est pas étonné du nombrilisme, discret, caché souvent, du snobisme, du pouvoir de la mode, qu’on rejette violemment ou qu’on admire béatement, on l’est en revanche des fêlures secrètes que Mona débusque, des blessures qui se donnent ou qui se reçoivent, inconsciemment ou pas. Le regard de Mona est implacable mais juste. On n’assiste pas à un jeu de massacre, seulement à la réunion de gens artificiellement confrontés à eux-mêmes et à leur art, à l’art. Implacables aussi sont les phrases de Pola Oloixarac pour caractériser les silhouettes croisées. Quelques mots lui suffisent pour faire connaître celui ou celle qui apparaît devant Mona.

Discret et omniprésent, au centre de tout sans que cela soit une évidence, se trouve le corps, le corps qu’on cache ou qu’on dévoile. Celui de la grosse traductrice un peu aigrie, celui, attirant le plus souvent, de quelques auteurs mâles, celui d’un renard assassiné. Celui de Mona surtout, qui lui réclame ses doses d’alcool et de médicaments, qui souhaiterait attirer mais qui hésite à le faire, qui probablement a souffert, on s’en doute. Malgré les apparences, elle est pudique, Mona.

Le vrai féminisme peut être subtil ! Pola Oloixarac est une battante, son style le montre, ce qu’elle raconte est tout sauf tiède. Sa vision de la femme, Mona et les autres écrivaines, est variée (la femme existe-t-elle ?), elle n’est pas combative, ce qu’elle montre de ces femmes-là est une somme de touches qui dévoilent, pour ceux qui veulent voir, une fragilité cachée qui n’est pas faiblesse, elles ont en elles les ressources qu’elles pourront mettre en œuvre si…

L’humour qui imprègne le roman tient non seulement dans l’ironie des descriptions ou dans l’évidence du rapport direct entre l’art et le spectacle, chacun des auteurs joue un rôle (plus ou moins réussi), certains échappent au ridicule, d’autres s’y complaisent sans toujours en être conscients. Cette réunion de vrais bons écrivains est une farce dont nous sommes les seuls à jouir, avec Mona, eux sont les acteurs inconscients des plaisirs qu’ils nous donnent.

Et, superbe paradoxe, malgré l’ironie, la dérision, qui sont les vainqueurs absolus de cette réunion chaotique, comme souvent dans ce genre de réunions, universitaires ou entre auteurs, c’est la Littérature, avec un grand L, qui triomphe, non une comparaison entre écrivains, qui aurait pu être une émulation, non la gloire de recevoir un prix, non une pseudo reconnaissance internationale, la Littérature, c’est-à-dire, écrire dans son coin, aussi bien que possible, et partager un aboutissement qui plaira peut-être… Mona, qui est bien l’aboutissement qu’on a sous les yeux, pourra surprendre mais plaira forcément à un amoureux de la littérature.

En écrivant ces lignes, j’avoue avoir éprouvé une inquiétude un peu glaçante : ressembler aux participants du roman dans leur pédanterie, leur rigidité, leur supériorité affichée et le ridicule qui en découle !

Mona, traduit de l’espagnol (Argentine) par Isabelle Gugnon, éd. Le Seuil, 171 p., 19 €.

Pola Oloixarac en espagnol : Mona / Las constelaciones oscuras, ed. Literatura Random House / Las teorías salvajes, ed. Alpha Decay, Barcelona.

MOTS CLES : PEROU / LITTERATURE / CREATION / FEMINISME / PSYCHOLOGIE / HUMOUR / EDITIONS LE SEUIL.

Pour compléter cette lecture, un roman de César Aira raconte lui aussi la réunion, très loufoque, d’un groupe d’écrivains : Le congrès de littérature. Mon commentaire sur AnnA :

CHRONIQUES, ROMAN COLOMBIEN

Juan Gabriel VÁSQUEZ

COLOMBIE

Juan Gabriel Vásquez est né à Bogotá en 1973. Après des études en Colombie, puis en France, il vit plusieurs années en Europe (France, Belgique et Espagne) avant de rentrer dans son pays natal.

Chansons pour l’incendie

2018 / 2021

On a été impressionné par les romans du Colombien Juan Gabriel Vásquez (Le bruit des choses qui tombent ou La corps des ruines). Cette impression de puissance, de retenue maîtrisée qui n’efface jamais l’aspect humain de ses écrits, se confirme à la lecture de ces neuf nouvelles réunies ici pour la première fois.

Les décors sont variés, l’aéroport Charles-de-Gaulle censé représenter celui de Barajas, Bogotá, le Paris des exilés sud-américains, une hacienda dans la campagne colombienne avec, presque toujours, un narrateur-acteur qui, la plupart du temps ressemble à Juan Gabriel Vásquez sans être tout à fait lui.

Les sujets sont pris dans le monde réel, ils ressemblent à des témoignages, des témoignages qui tous racontent un épisode banal mais qui glisse vers l’aventure extraordinaire ou vers la biographie d’une personnalité oubliée mais qui a eu une réelle importance il y a quelques décennies.

Le point commun entre ces nouvelles, c’est la violence, diffuse au début du récit qui ne manque pas de se déclencher, violence inhérente au pays (au continent), violence interne, intime, également, le remords qui mine interminablement un personnage, ou l’absence de remords après une tromperie soigneusement occultée. C’est aussi la mort, le souvenir d’une mort qui longtemps après continue à miner un proche ou un quasi inconnu. En un mot, c’est la souffrance des hommes qui pensent être passés à côté d’un destin, d’une occasion, d’un autre humain indéchiffrable et universellement connu.

Il n’est pas rare, à la lecture d’un recueil de nouvelles, d’être déçu par l’une ou l’autre, qui correspond moins à nos goûts. Cette fois ce n’est pas le cas, toutes celles de Chanson pour l’incendie ont leur propre individualité, leur propre force, leur propre émotion.

Chansons pour l’incendie, traduit de l’espagnol (Colombie) par Isabelle Gugnon, éd. du Seuil, 234 p., 22 €.

Juan Gabriel Vásquez en espagnol : Canciones para el incendio / Historia secreta de Costaguana / Los amantes de Todos los Santos : El ruido de las cosas al caer / Las reputaciones / Los informantes / El arte de la distorción / La forma de las ruinas, ed. Alfaguara.

Juan Gabriel Vásquez en français : Histoire secrète du Costaguana / Les amants de la Toussaint / Le bruit des choses qui tombent / Les réputations : Les dénonciateurs : Le corps des ruines, éd. du Seuil.

MOTS CLES : COLOMBIE / FRANCE / ESPAGNE / NOUVELLES / SOCIETES / PSYCHOLOGIE / VIOLENCE / EDITIONS LE SEUIL.

CHRONIQUES

Cesare BATTISTI

BRESIL / ITALIE

Né en 1954 au sud de Rome, Cesare Battisti est connu pour ses démêlés avec la justice italienne autant que pour son œuvre littéraire (une vingtaine de romans ou d’essais). Condamné pour assassinat, à l’époque des années de plomb, il fuit à l’étranger après son évasion d’une prison italienne. Il passe 8 ans au Mexique, 14 ans en France, 14 ans au Brésil avant de se réfugier en Bolivie (2018 – 2019) où il est arrêté par Interpol, puis transféré dans une prison italienne. En 2019, il reconnaît sa responsabilité dans quatre assassinats.

 « La vie m’emmène, et je m’engage souvent sur des chemins inconnus ». Cette phrase tirée du roman Indio s’applique parfaitement à la trajectoire de Cesare Battisti.

Indio

2020

Indio Fernandes Pessoa est un drôle de type, dont le narrateur surnommé le gringo fait la connaissance dans un curieux quartier de São Paulo qui se consacre à toute sorte de création artistique. Sculpteur, solitaire, taiseux, il avait annoncé au gringo sa volonté de faire à vélo les 350 kilomètres qui séparent Embu das Artes de Cananéia, au sud, ville qui pourrait être la première ville brésilienne et où on le retrouvera noyé parmi les mangroves, lui qui était un excellent plongeur.

Celui qui raconte est donc un étranger « devenu plus brésilien qu’une feijoada ». Son ami Baiano l’a fait venir à Cananéia pour l’enterrement d’Indio, c’était lui qui était le lien entre les deux Brésiliens. Indio s’était installé sur ce curieux îlot tout en longueur pour fouiller l’histoire locale.

Indio, le sculpteur, n’est pas le seul homme taciturne, tous les sont, le gringo du fait de son passé, se doit de rester discret. On échange naturellement par un regard, par un léger froncement des lèvres, les mots sont inutiles.

Cananéia est ce qu’un amateur de clichés appellerait un paradis terrestre à couper le souffle. La nature y est imposante et familière à la fois, le calme, peut-être trompeur, s’impose aussi, souverain, le rêve s’insinue dans le réel. Les phrases de Cesare Battisti sont remplies de légendes antiques, celles du Nordeste comme celles du sud brésilien, qui se fondent dans son présent.

Autour d’Indio Fernandez Pessoa, le narrateur sent un mystère : pourquoi, sur son vélo hors d’âge, avait-il tenu à parcourir tous ces kilomètres ? Pour quoi ? Il semble que ça ait été dans le but d’éclaircir d’autres zones mystérieuses, historiques celles-là ou de redécouvrir un trésor bien matériel. Le continent américain a-t-il été découvert et exploré exactement comme on nous l’a dit ? Y a-t-il encore de l’or enterré secrètement à découvrir ?

Il est donc question de morts brutales mystérieuses, des légendes indiennes, de l’histoire, celle officielle de la découverte du continent américain et d’autres versions qui se sont répandues dans le Sud du Brésil, de pirates connus dont ce qu’on croyait savoir est remis en cause. Indio est bien à la fois un polar, un roman d’aventures historiques et un roman noir, mais teinté d’une saine écologie et porté par la beauté d’un style efficace et très poétique.

Le polar, c’est l’enquête que mène le gringo, sur la mort peu claire de deux hommes. Le roman historique, ce sont plusieurs épisodes de la conquête, avec caravelles et rapports avec les populations indiennes. L’écologie est partout, la beauté des paysages et l’accord entre la mer, les arbres, les animaux et, souvent, les hommes.

La nature règne non seulement sur ces rivages sauvages, mais aussi sur leurs habitants, sur la vie, simplement parce qu’elle est la vie : il est nécessaire, quand on vit au XIXème siècle, qu’on vient de cette mégapole qu’est São Paulo, de redire certaines évidences, Cesare Battisti le fait magistralement.

Indio, éd. Le Seuil, 256 p., 18,90 €.

MOTS CLES : BRESIL / ITALIE / ROMAN NOIR / HISTOIRE / SOCIETE / PSYCHOLOGIE / ECOLOGIE / EDITIONS LE SEUIL.

CHRONIQUES, ROMAN CHILIEN

Benjamín LABATUT

CHILI

 

LABATUT, Benjamín

 

Né à  Rotterdam en 1980, Benjamín Labatut a passé son enfance entre les Pays Bas, l’Argentine et le Pérou. Il réside à Santiago du Chili depuis le milieu des années 90.

 Lumières aveugles

2019 / 2020

Est-ce un lieu commun que de dire que la réalité dépasse la fiction ? Benjamín Labatut semble dire que non, que décidément ce n’est pas un cliché. On apprend dans la première partie de son roman (Un vert terrible est la traduction littérale du titre en espagnol) qu’un juif, ayant mis au point l’horrible gaz qui fit tant de victimes dans les tranchées de la guerre de 1914, a aussi découvert les vertus de l’azote et a ainsi permis de nourrir des millions de personnes alors que ses premières découvertes ont directement servi à l’extermination de sa propre sœur parmi les millions de disparus sous le Troisième Reich.

On est très loin du Chili actuel en lisant Lumières aveugles, Benjamín Labatut nous conduit parmi les méandres des découvertes scientifiques fondamentales du XXème siècle avec quelques incursions, hors des travaux parfois un peu obscurs pour un simple lecteur mais qui globalement se suivent, dans la vie plus intime de ces chercheurs géniaux qui se révèlent souvent bien moins inspirés quand ils remettent les pieds sur terre ! Souvent le conflit entre univers intellectuel et matériel se révèle explosif : par exemple Schwarzschild, astronome surdoué, qui a même étonné Einstein, s’engageant comme volontaire pendant la Grande Guerre, a tendance à oublier les valeurs humanitaires pour servir une armée qui a utilisé à foison gaz toxiques et obus surdimensionnés.

Un peu à la manière du Roberto Bolaño de La littérature nazie en Amérique latine, Benjamín Labatut fait défiler des savants (inconnus de moi, je l’avoue), tellement surhumains qu’on hésite entre l’admiration sans bornes et une sorte de perplexité face à ce qui nous dépasse. Et cette hésitation a un charme fou.

Il ne faudrait pas que le sujet central fasse fuir les lecteurs : il n’est pas nécessaire d’être capable de résoudre les équations  données en exemple pour apprécier les méandres de ces vies qui se déroulent par exemple entre l’obtention de prestigieux prix internationaux et les périodes d’un dépouillement voulu par un professeur d’université revenu de tout qui finit par dormir sur le sol dans une simple couverture râpeuse. Il est du reste réconfortant de constater que les savants eux-mêmes ne comprennent pas toujours les mystères de ce qu’ils ont inventé !

Ces méandres se retrouvent dans la façon de raconter adoptée par l’auteur : un détail annexe du récit donne lieu à un récit annexe, à la manière des poupées russes. Ces parenthèses, plus ou moins longues, nous font changer de lieu et d’époque, attisant encore un peu plus notre curiosité.

Le plaisir d’une telle lecture naît aussi de cet étrange mélange : l’admiration absolue envers ces intelligences qu’on ne peut comparer à rien d’humain, une inquiétude de ce que ces esprits géniaux peuvent occulter de dangers pour eux-mêmes (et pour le corps qui les loge) et une peur qui peut aller jusqu’à la panique, face aux mystères insondables (pour vous, pour moi, pas pour eux, trop pris par la valeur de leurs calculs, la peur leur est inconnue) sur lesquels ils travaillent, les mystères de l’univers, de ses milliards de milliards de galaxies et de la réalité infime d’un atome. Benjamín Labatut fait de tout cela un roman qui se lit comme un roman à suspense.

Lumières aveugles, traduit de l’espagnol (Chili) par Robert Amutio, éd. du Seuil, 219 p., 20 €.

 

MOTS CLES : ROMAN CHILIEN / HISTOIRE / PSYCHOLOGIE / CULTURE / EDITIONS DU SEUIL

LABATUT, Benjamín Lumières aveugles

 

CHRONIQUES

Alain ROUQUIÉ

FRANCE

 

ROUQUIE, Alain

Né en 1939 à Millau, après des études d’espagnol, puis à Sciences-Po, il se penche sur la complexité de la vie politique en Amérique latine. Successivement ambassadeur de France dans plusieurs pays, il est actuellement le Directeur de la Maison de l’Amérique latine.

 L’appel des Amériques

2020

Né en 1939 dans une petite ville, au cœur du Massif Central, Alain Rouquié, ancien ambassadeur de France dans plusieurs pays latino-américains, actuel directeur de la Maison de l’Amérique latine à Paris, a découvert un peu par hasard, dans sa jeunesse, la variété et la richesse des terres, des pays, des habitants de ce territoire qui va du Nord du Mexique à la Terre de Feu, avec la complexité de ces sociétés et des politiques de cet immense espace.

Ce qu’il raconte dans une première partie, avec une simplicité qui crée l’empathie, c’est la construction d’une passion (mais une passion qui sera durable) et, plus encore, la construction d’une personne. S’il ne parle à aucun moment de ses qualités d’individu, elles apparaissent, très indirectement, dans le parcours du jeune homme, agrégé, professeur assistant, puis chercheur dans des institutions de plus en plus prestigieuses.

Le premier voyage, en 1964 (Argentine, Venezuela, Mexique) est une lumineuse entrée en matière. Grâce à quelques recommandations, Alain Rouquié est simultanément le jeune découvreur d’un univers qu’il a entrevu par l’intermédiaire des livres et l’interlocuteur de plusieurs sommités (Victoria Ocampo, Ernesto Sabato) avec, en prime, quelques pétainistes exilés là-bas et un tant soit peu nostalgiques.

Les doutes, les réflexions de cet étranger, d’une admirable honnêteté, sont le fond de ces mémoires : le capitalisme effréné qui deviendra le libéralisme à la Thatcher-Reagan-Pinochet, le rôle important des armées, le rééquilibrage impossible entre les classes dirigeantes et la masse des très pauvres, les effets de la révolution castriste à l’échelle du continent, sont au centre des questions que se pose l’auteur dans la deuxième partie, un auteur qui, joli cadeau pour les lecteurs de romans que nous sommes, ne manque pas de redire l’importance de la littérature pour comprendre la politique et l’histoire.

La complexité (par rapport à notre conception somme toute cartésienne de citoyen européen) de la politique et de l’histoire (argentine, en particulier) est décryptée grâce à des mots à la portée de chacun de nous : le XXème siècle défile, l’implication permanente de l’armée dans les affaires publiques est clairement expliquée, on arrive à comprendre des éléments qui étaient restés jusque là d’une totale obscurité, sur l’économie en particulier, les spectaculaires hauts et bas au Mexique et en Argentine par exemple.

Au-delà de la région géographique étudiée, Alain Rouquié pose des problèmes majeurs, la comparaison de systèmes de gouvernement, le principe de démocratie qui est à l’origine des États américains, si souvent malmené, est toujours au cœur du questionnement de notre guide. L’analyse politique des conditions de la démocratie est particulièrement nuancée et, encore une fois, d’une honnêteté absolue : Alain Rouquié clarifie sans simplifier.

Ce livre s’adresse aussi bien au débutant curieux de découvrir les réalités matérielles, mais surtout l’esprit du continent qu’à un lecteur ayant déjà des connaissances sur le sujet mais désirant les clarifier et les approfondir. En prime, il fera une connaissance qui a conquis notre respect, Alain Rouquié qui, cadeau supplémentaire, garde une bonne dose d’optimisme raisonnable, réconfortant.

L’appel des Amériques, éd. Le Seuil, 279 p., 22 €.

MOTS CLES : SOCIETE / POLITIQUE / HISTOIRE / EDITIONS LE SEUIL

 

ROUQUIE, Alain L'appel des Amériques

CHRONIQUES

Ariana HARWICZ

ARGENTINE

 

HARWICZ, Ariana

Née en 1977 à Buenos Aires, Ariana Harwicz a étudié la Littérature et a obtenu un doctorat à Paris. Elle est scénariste, dramaturge et romancière. Elle vit en France.

 

Crève, mon amour

2012 / 2020

Les femmes seraient-elles en train de prendre leur revanche et de conquérir par leur talent la fameuse parité dont on parle tant et qu’on réalise si peu ? En Amérique latine en tout cas la génération des auteures nées à la fin des années 70 et dans les années 80 s’illustre brillamment depuis déjà quelque temps et on découvre des nouvelles voix toutes plus impressionnantes les unes que les autres. Voici, pour la première fois en traduction française, l’Argentine Ariana Harwicz, déjà auteure de quatre romans et de pièces de théâtre.

La voix qui s’adresse à nous est celle d’une jeune femme qui vit dans une province reculée d’un pays quelconque. Autour d’elle, tout est parfaitement normal : elle a un mari attentionné, un bébé sans problème, une belle-mère, veuve depuis peu, disponible et prévenante. Tout semble aller à la perfection. Ce qui ne va pas fort se trouve quelque part dans sa  tête.

Ce qui passe devant ses yeux, ce dont elle nous fait part, est banal et monstrueux : une vie sans aspérités, des repas à préparer et à manger, un enfant à changer et à nourrir, le linge à laver et à étendre. Tout cela, tout ce néant, passant par le tamis de l’esprit dérangé de la jeune femme, devient difforme, absurde, drôle ou d’une surprenante beauté : le mari prend des formes diverses, l’enfant devient un poisson sans écailles, les tâches ménagères sont des travaux d’Hercule plus réels que les vrais.

Le superbe délire prend aussi des allures poétiques, terribles, drôles. Elle s’exprime, au premier degré, comme le ferait un enfant découvrant ce qui l’entoure, ce qui est désormais son univers.

Il y a, en plus du couple, un troisième personnage, le lecteur. Le talent d’Ariana Harwicz fait de lui un acteur, l’acteur principal, car entre les mots, les phrases imprimées et la lecture qu’il en fait se glisse l’univers branlant de cette femme qui est heureuse et qui souffre en même temps, qui est peut-être heureuse de souffrir.

Sa réalité, qui n’a rien à voir avec la nôtre, devient nôtre par la force de ses phrases, de ses mots. On a l’impression, tout au long de la lecture, qu’elle dit l’indicible, impression qui fluctue, parfois tout est clair, parfois cela devient rêve ou pure sensation. On se laisse flotter dans cette matière entre poésie et délire, entre couches du bébé à jeter et oiseaux pleins de couleurs et de ramage. La réussite d’Ariana Harwicz est de rendre cette matière non seulement déchiffrable, mais prenante, envoûtante. Mention spéciale à la traductrice qui a su trouver tournures et mots pour rendre ce charme parfois maléfique qui caractérise ce monologue par ailleurs émouvant : cette femme est aussi une victime de son sort de femme : malgré la bonté probable du mari, elle doit jouer le jeu social, ce serait peut-être folie que de ne pas s’y prêter.

« Les experts vont avoir du boulot avec moi, dit-elle, dans un moment de lucidité. Le boulot d’Ariana Harwicz, lui, est réussi de bout en bout : non seulement on est pris par la violente beauté des paroles de cette malheureuse héroïne, mais, comme pour don Quichotte, on ne saura pas qui est fou, qui est sain.

Crève, mon amour de Ariana Harwicz, traduit de l’espagnol (Argentine) par Isabelle Gugnon, éd. Le Seuil, 203 p., 18 €.

Ariana Harwicz en espagnol : Matate, amor / La débil mental / Precoz, ed. Mardulce, Madrid .

MOTS CLES : ROMAN ARGENTIN / PSYCHOLOGIE / SOCIETE / EDITIONS LE SEUIL

HARWICZ, Ariana Crève, mon amour

CHRONIQUES

Patrick DEVILLE

FRANCE

 

 

DEVILLE, Patrick

Né en 1957 près de Saint-Nazaire, après des études de littérature et de philosophie consacre son temps à voyager et à écrire. Une de ses sources d’inspiration principales est l’Amérique latine.

 

Amazonia

2019

Patrick Deville, on le sait, est un romancier reconnu et un grand voyageur. L’Orient, l’Afrique et l’Amérique latine font partie de ses destinations de référence. Il y a moins de deux ans, il a décidé de reprendre non la route mais le fleuve et, en compagnie de son fils Pierre, de remonter l’Amazone jusqu’au-delà de ses sources, puisque le parcours s’est achevé sur une île du Pacifique.

Cette remontée de l’Amazone ne se présente pas comme un banal récit de voyage, avec descriptions minutieuses, impressions et dialogues avec les gens rencontrés. Elle est un grand bric-à-brac, Patrick Deville ne dédaignant pas une certaine confusion, dans sa façon d’écrire comme dans les thèmes abordés. Si on veut bien franchir ce qui peut apparaître comme un obstacle pour un esprit rationnel, on découvrira nature et littérature, sentiments et sensations.

Il faut donc être armé d’une certaine culture historique et littéraire pour prendre place avec profit sur ce bateau, la Jangada et naviguer, non seulement sur le grand fleuve entre Santarém et Iquitos, mais aussi entre Montaigne et Milton Hatoum. Il faut aussi avoir d’emblée un rien de sympathie pour Patrick Deville, car il est bien le centre de ce « roman » (annoncé comme tel sur la couverture). Normal, il est l’auteur.

Tout comme les eaux de l’Amazone qui a besoin de dizaines de kilomètres avant d’accepter d’enfin se mêler à celles de ses principaux affluents, la prose de Patrick Deville coule tantôt paresseusement, tantôt en accélérant et mélange détails minimes et grands moments historiques, à l’image de tout voyage où l’on aura oublié le lendemain un fait qui nous avait marqués, croyions-nous, et où nous revient à la mémoire un événement tout à fait secondaire.

Le fil rouge du récit, ce sont les rapports père-fils, Patrick et Pierre remontent l’Amazone sans se quitter, et l’écrivain multiplie les parallèles, historiques et littéraires pour la plupart, avec sa propre situation, comme par exemple Theodor Roosvelt et son fils Karmit, ou Rudyard Kipling et son fils John. Mais l’impression qui demeure de ce long voyage est davantage une cohabitation amicale qu’une communion. Il y a bien quelques moments de complicité (l’échange de regards amusés à la fin de l’opéra entendu à Manaus, alors que le fils vient de tuer son père sur scène), mais dans l’ensemble les deux hommes  ne font que partager les conditions matérielles du voyage. D’ailleurs les deux protagonistes ne semblent pas en souffrir.

La pensée humaine, en liberté, n’épouse jamais la ligne droite, pas plus que l’Ucayali ou le Marañón avant qu’ils ne rejoignent l’Amazone, celle de Patrick Deville prend ces mêmes formes, fort heureusement, il ne faut pas attendre de ce livre un guide du routard ou un récit de voyage à la Théophile Gautier. La seule logique est la distance parcourue entre le départ et l’arrivée. À nous de nous laisser porter par les considérations historiques sur l’époque de la sanglante conquête, par l’épopée que fut le tournage d’un film, par le portrait d’un ami rencontré, par mille petits riens ou encore par ces détails inutiles ou obscurs (que peut bien être une « roue Ferris qui clignote jusqu’à minuit » ?? Allez, crachons le morceau : c’est une grande roue de foire !). Ce sont ces choses qui font tout ce qui demeure dans une mémoire.

En refermant Amazonia, on connaitra mieux les multiples expéditions sur un territoire qui a toujours, depuis sa « découverte », fasciné les Européens et motivé des hommes hors du commun, on saura qu’au début du XIXème déjà Humbolt avait tout compris de ce que serait l’évolution des sociétés des deux côtés de l’Atlantique, pour en arriver jusqu’à la triste situation dans laquelle nous sommes et nous serons.

Amazonia, éd. du Seuil, 304 p., 19 €.

 

MOTS CLES : ROMAN BRESILIEN / VOYAGES / HISTOIRE / AVENTURES / POLITIQUE / EDITIONS LE SEUIL

DEVILLE, Patrick Amazonia