CHRONIQUES

Andrés RESÉNDEZ

Né en 1970, après des études à Mexico, il collabore quelque temps avec le gouvernement mexicain avant de se consacrer à une carrière universitaire aux États-Unis. Il est enseignant à l’université de Davis, en Californie. La version originale de ce roman a obtenu le Bancroft Prize

L’autre esclavage

2016 / 2021

L’Histoire, comme toutes les sciences, est constamment soumise à des remises en question, on s’en rend compte particulièrement dans la pratique actuellement à propos de la médecine. Il est très sain de faire évoluer les connaissances qu’on croyait acquises, et c’est un des grands mérites de L’autre esclavage de le faire.

Ainsi, Andrés Reséndez revoit pour commencer son étude les causes avancées pour expliquer le génocide des Indiens dans les Caraïbes dès l’arrivée des Européens. Une analyse très fine montre comment la volonté des souverains espagnols dès les années qui ont suivi l’installation espagnole en Amérique la volonté de respecter, dans une certaine mesure (n’oublions pas le contexte socio-historique), était vouée à l’échec par l’impossibilité matérielle d’appliquer les lois censées défendre les populations indiennes : contrairement à ce qui a été la règle au Nord, une personne dépendant de la Couronne espagnole avait le statut − théorique – de « vassal libre » et était donc − théoriquement− défendue par un tribunal royal. Le problème, éternel et universel, c’est l’application de la loi, fût-elle la meilleure sur le papier. Si en Espagne même la plupart des procès intentés par des Indiens « importés » contre leurs maîtres sont perdus par les « propriétaires », en Amérique la force est du côté des Européens et l’esclavage devient un système. On apprend ainsi que dès 1528 des Noirs font partie des possessions des riches Espagnols.

Le conflit entre les rois successifs, jusqu’à Philippe II et ce qu’on appelle de nos jours les lobbies formés par les propriétaires tourna bien entendu à l’avantage de ces derniers. Enfin, réalité elle aussi hors du temps, les lois en principe officielles et univoques n’étaient pas appliquées de la même façon dans les différentes régions colonisées, sans parler de l’importance de la personnalité des hauts fonctionnaires chargés de faire respecter la volonté royale, la vision des suzerains.

Ce livre d’histoire, solidement documenté se lit avec la plus grande facilité, avec souvent des allures de roman, par exemple le récit du destin de ce nouveau chrétien d’origine modeste, devenu gouverneur d’une vaste région du Mexique après s’être enrichi comme trafiquant d’esclaves et qui meurt au fond  d’un cachot.

Les années passant, il s’établit une espèce de lutte permanente entre les rois successifs et les exécutants, à des milliers de kilomètres de la Cour, les uns restant sur une vision ouverte et généreuse, théorique, les autres expliquant de façon répétée que les ordres donnés par Madrid ne pouvaient être exécutés car ils entraîneraient la ruine des zones concernées et donc qu’ils continueraient à pratiquer un esclavage non officiel mais bien réel.

Le principe de l’esclavage n’était pas que le fait des derniers arrivants sur le continent : au Nord comme au Sud, de vastes réseaux, pas toujours aux mains des seuls Espagnols, loin de là, avaient établi des systèmes de déportations massives, à but lucratif, de Québec aux Antilles. Et puis, la nature humaine étant ce que nous savons, il n’a pas manqué d’Indiens mettant d’autres tribus indiennes en esclavage et traitant avec les Espagnols. Quand arrivent les premiers Anglo-saxons, ils entrent eux aussi dans la danse en dépit de quelques scrupules religieux… La nature humaine !

La victime d’un temps deviendra oppresseur un ou deux siècles après, comme les Apaches en plein XIXème siècle, au moment où la notion même d’esclavage change de nature : des deux côtés, on enlève des civils pour les faire travailler au grand jour sans compensation : servitude, péonage ou esclavage ? Le cynisme des colons anglo-américains installés en Californie montre clairement le passage de l’esclavage, officiellement aboli, en oppression, ce qui revient exactement au même, mais avec un vocabulaire plus acceptable, politiquement correct, dirait-on maintenant : on fait travailler les gens en les privant de liberté et en ne les rétribuant pas, ou peu.

Depuis les origines, l’Espagne catholique, jusqu’au XXème siècle, Andrés Reséndez souligne à juste titre l’hypocrisie des religions, avec en particulier l’exemple des mormons qui proclamaient bien fort leur horreur de l’asservissement mais ne se privaient pas d’utiliser abondamment la main d’œuvre indienne, pour qui la seule rétribution était l’éducation et donc la conversion des âmes en perdition.

L’autre esclavage a tout de la solide étude historique, graphiques, cartes, dessins et photos à l’appui, et se lit comme un roman d’aventures : on y retrouve Christophe Colomb, les Rois catholiques, des anonymes victimes ou persécuteurs, le chef indien Geronimo et Abraham Lincoln, et surtout on apprend énormément d’informations, certaines inconnues jusque là, beaucoup d’autres qui révisent totalement une vision largement diffusée : l’esclavage auquel on pense en premier, celui de La case de l’Oncle Tom n’est pas le seul qui a été florissant dans l’histoire.

L’autre esclavage, la véritable histoire de l’asservissement des Indiens aux Amériques, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Bruno Boudard, 541 p., 25 €.

Andrés Reséndez en anglais : The Other Slavery : The Uncovered Story of Indian Enslavement in America, ed. Houghton Mifflin Harcourt, Boston.

MOTS CLES : MEXIQUE / ESPAGNE / ETATS-UNIS / HISTOIRE / SOCIETES / POLITIQUE / EDITIONS ALBIN MICHEL.

La lecture des premiers chapitres de L’autre esclavage renvoie au roman de Paula Anacaona 1492 Anacaona l’insurgée des Caraïbes. Vous pouvez lire mon commentaire sur AnnA.

CHRONIQUES

Andrés NEUMAN

ARGENTINE / ESPAGNE

Né en 1977 à Buenos Aires dans une famille de musiciens qui s’installe en 1994 à Grenade où il vit toujours. Auteur de poésie, de nouvelles, de romans, il a obtenu de nombreux prix littéraires. Il est aussi traducteur et chroniqueur.

Fracture

2018 / 2021

Le 6 août 1945, Enola Gay lâche froidement sa bombe sur Hiroshima, le 9, ce sera Nagasaki qui sera bombardé. Le 11 mars 2011, un tsunami consécutif à un séisme recouvre la centrale nucléaire de Fukushima. En 1945 Yoshie Watanabe, élève en primaire, est miraculeusement protégé par un mur et par ses vêtements blancs. Les cicatrices sur son dos ne s’effaceront pas. En 2011, M. Watanabe constate les dégâts dans son appartement de Tokyo. Mais, entre les deux dates ?

Fracture, en suivant les émotions de M. Watanabe qui, le soir du 11 mars ne peut échapper à ses souvenirs, revoit les étapes qui ont jalonné sa vie. Les études, puis son métier dans une entreprise qui fabrique des téléviseurs l’ont conduit successivement en France, aux États-Unis, en Argentine et en Espagne.

On sait depuis longtemps qu’Andrés Neuman est aussi doué pour le récit court et même très court (El equilibrista  ou les haïkus Gotas negras, non traduits en français) que pour le roman ample Le voyageur du siècle). C’est cette face que présentent ces 500 pages qui, sans la moindre prétention mais avec acuité et puissance, composent un tableau réaliste de 70 années de notre Terre. Rien de plus, rien de moins. M. Watanabe, dit une de ses relations, « faisait connaître son histoire avec un calme absolu », tout comme le narrateur, les narratrices, le romancier. Sans jamais renchérir, il va au plus profond. Ce qu’il décrit, ce qu’il raconte est saisissant quoique tout simple : c’est bien ainsi qu’on vit en France dans les années 60, à Londres, à New York, à Buenos Aires et à Madrid vers 1990, plus tard, à Tokyo en 2011. Et c’est ainsi qu’une Française, une Britannique, une Nord-Américaine, une Argentine et une Espagnole voient un Japonais et qu’elles voient leur propre pays.

Car, au-delà des étapes de la vie professionnelle de M. Watanabe, qui correspondent à des étapes de sa vie personnelle, Andrés Neuman projette une vision impressionnante de chacun des pays dans lesquels le Japonais s’installe pour son métier, pour sa progression à l’intérieur de sa société de télévision. Chacun des quatre pays est comme scanné, avec des comparaisons judicieuses entre eux : une véritable découverte sociopolitique, sur 60 ans. Le plus impressionnant est la lucidité : il ne s’agit pas de prendre parti (ce qui n’empêche pas de bien voir certaines absurdités de certain système économique qui s’est imposé depuis les années 70 du XXème siècle). Et malgré ce qui pourrait sembler un froid constat technique, on reste en permanence dans un roman humain, sensible. On voit par exemple notre héros japonais découvrir par lui-même qu’en apprenant une nouvelle langue à chaque changement de pays, il devient un autre individu.

Dans chacune des vies personnelles qu’il partage un temps se glissent des événements nationaux du pays, les étudiants français dont la colère et l’aspiration vitale commencent à se faire sentir un peu avant 1968, le racisme multiple aux États-Unis, éprouvé plutôt indirectement par un Japonais qui a lui-même vécu le bombardement, la dictature qui vient tout juste en Argentine d’être renversée, puis la dette abyssale de tout le pays, et en Espagne l’après-franquisme et la brève embellie malgré les attentats de l’ETA puis des islamistes.

M. Watanabe est un vrai héros de roman, un héros discret, toujours en scène, mais comme au second plan, dans une brume qui le laisse se deviner plus que se découvrir (la pudeur japonaise), par crainte de déranger, dirait-on. Il avance en âge seulement accompagné de ses banjos et d’un vieux tapis. On reste de la même façon toujours en marge du quotidien des personnages, lui  plongé dans le développement de son entreprise et de sa carrière, elles dans leurs activités, les amours successives (si c’est bien d’amour qu’il s’agit) étant un lien fort qui ne perd jamais une certaine distance.

Tout est raconté non comme un puzzle, mais comme une mosaïque, plusieurs morceaux aux différentes couleurs en dégradé qui finissent par être un imposant tableau vivant dans lequel n’affleure jamais la plus petite caricature. Aussi discret et omniprésent que M. Watanabe, le spectre des ravages du nucléaire se fait sentir en permanence. Il a rythmé l’existence de Yoshie Watanabe, il est difficile de ne pas penser que nous partageons tous cet obscur danger invisible et donc que, malgré les différences si évidentes, nous sommes tous au moins un peu Yoshie Watanabe, victime et héros. L’apparente simplicité des témoignages successifs n’affaiblit pas l’ampleur du panorama mondial qu’est ce Fracture, le roman devient fresque et Andrés Neuman prouve une fois encore, avec sa puissance de romancier, sa lucidité sans concession non dépourvue de sensibilité. Une œuvre qui marquera.

Fracture, traduit de l’espagnol (Argentine) par Alexandra Carrasco, éd. Buchet-Chastel, 528 p., 25 €.

Andrés Neuman en espagnol : Fractura / Bariloche / Una vez Argentina / La vida en las ventanas / Como viajar sin ver / Hablar solos / El viajero del siglo,ed. Alfaguara.

Andrés Neuman en français : Le voyageur du siècle, éd. Fayard et Libretto (édition de poche) / Parler seul / Bariloche, éd. Buchet-Chastel.

MOTS CLES : MONDE / ARGENTINE / FRANCE / ETATS-UNIS / ESPAGNE / SOCIETES / PSYCHOLOGIE. EDITIONS BUCHET-CHASTEL

Voir mes chroniques sur Bariloche, Le voyageur du siècle et Parler seul, disponibles sur AnnA.

Souvenir :

Villefranche-sur-Saône, octobre 2018.

CHRONIQUES

Edmundo PAZ SOLDÁN

BOLIVIE

Né à Cochabamba en 1967, Edmundo Paz Soldán est chroniqueur pour plusieurs journaux et revues européennes et américaines, traducteur et auteur de nouvelles, d’essais et de romans (certains de science fiction). Il enseigne dans une université nord-américaine. Il réside aux depuis 1991 aux États-Unis.

Norte

2011/2014

Norte est le premier roman traduit en France d’un romancier bolivien, Edmundo Paz Soldán né en 1967. Il est traducteur et enseignant dans une université nord-américaine. Il a déjà publié en espagnol une dizaine de romans et autant de recueils de nouvelles et obtenu plusieurs prix importants. Dans  Norte, il nous parle non pas de son pays d’origine, mais du Mexique et des États-Unis et de la difficile adaptation des chicanos à certains moments du 20ème siècle. Voilà une nouvelle voix hispano-américaine qu’il est grand temps de découvrir en France.

Trois récits, trois époques, trois angles différents, mais un sujet, l’exil et ses conséquences sur les personnes, qu’elles aient quitté volontairement ou non le pays où elles sont nées. Jesús est un tueur en série qui sévit entre 1984 et 1999. Martín Ramírez, à présent considéré comme un des artistes majeurs de l’art brut, a produit des œuvres tourmentées et obsessionnelles entre 1931 et 1963. Enfin, plus près de nous, Michelle, étudiante dans une université vit une passion chaotique avec Fabián, un de ses professeurs. Il faut ajouter que les deux premiers personnages ne sont pas nés de l’imagination du romancier, mais qu’ils ont bien existé, le tueur sous un autre nom.

Ce que nous montre Edmundo Paz Soldán, ce sont des êtres déséquilibrés et dont l’exil, voulu ou subi, accentue encore davantage le malaise. Sans vouloir à aucun moment jouer le rôle d’avocat, il décrit chez Jesús encore adolescent la montée irrépressible d’une violence irréfléchie dont l’origine est probablement son amour excessif pour sa sœur. Chez Martín, ce sont les ravages de la schizophrénie qui se traduisent par ces dessins que la critique finira par juger géniaux et chez Michelle et Fabián c’est l’impossibilité absolue de trouver une stabilité sentimentale, écartelés qu’ils sont entre leurs origines et ce que leur offre le pays d’adoption. Le déséquilibre de chacun d’eux ne peut en aucun cas trouver de remède dans ce pays, officiellement accueillant mais qui ne réussit pas à les accepter.

Cette description de personnes en souffrance nous conduit aux confins de la folie, avec les explosions de violence aveugle, sans limites de Jesús d’un côté, et aussi cette banale dépression que chaque lecteur peut partager avec Michelle. Edmundo Paz Soldán évoque de façon à la fois subtile et profonde le sort des exilés et leurs rapports si difficiles avec les « vrais » Américains, qui le sont peut-être depuis à peine une génération mais qui, eux, se sentent parfaitement intégrés.

On peut regretter le déséquilibre entre les trois récits, celui autour de Jesús ayant été privilégié, ce qui provoque une certaine impression d’inachevé pour les deux autres, mais l’unité du roman est réelle et les impressions qui naissent de cette lecture sont si fortes qu’on reste sous ce véritable choc que nous donne ce roman.

 Edmundo Paz Soldán : Norte, traduit de l’espagnol (Bolivie) par Robert Amutio, Gallimard, 338 p. , 26 €.

Edmundo Paz Soldán en espagnol : Río fugitivo , Libros del Asteroide/ Sueños digitales / La materia del deseo / El delirio de Turing / Palacio quemado / Los vivos y los muertos / Iris, Alfaguara / Norte, Literatura Random House.

En français, sur l’œuvre d’Edmundo Paz Soldán : Tradition et modernité dans l’œuvre de Edmundo Paz Soldán, ouvrage collectif, Presses de l’Université d’Angers, 2010.

MOTS CLES : BOLIVIE / MEXIQUE / ETATS-UNIS / PSYCHOLOGIE / SOCIETES / VIOLENCE / EDITIONS GALLIMARD.

PUBLICATION ORIGINALE : www.espaces-latinos.org

CHRONIQUES

Fernando A. FLORES

MEXIQUE / ETATS-UNIS

Fernando A. Flores est né à Reynosa, dans l’ Etat de Tamaulipas. Sa famille s’est installée au Texas quand il avait 5 ans et où il vit actuellement. Il est également photographe. Les larmes du cochontruffe est son premier roman.

Les larmes du cochontruffe

Si vous ouvrez ce roman, écrit en anglais par un jeune Mexicain installé depuis presque toujours chez le voisin du Nord, vous devez vous attendre à tout ! On peut se poser la question : quel rapport peut-il y avoir entre le vol à grande échelle de plusieurs de ces énormes têtes sculptées d’origine olmèque (au Sud du Mexique) et la (re-) création de certaines espèces animales disparues à des fins alimentaires. Mais, au fait, le cochontruffe est-il comestible ? N’est-il qu’une création légendaire ?

La frontière entre États-Unis et Mexique est particulièrement surveillée, plus encore que de nos jours. Esteban Bellacosa, le personnage principal, n’est pas franchement un trafiquant, mais qui donc peut être totalement « innocent » dans des endroits si confus ? Il est en tout cas d’une honnêteté scrupuleuse, même s’il « travaille » avec des gens bien moins recommandables. Entre deux âges, veuf qui ne s’est jamais vraiment remis de la mort précoce de sa fille, très solitaire, il survit parce qu’il le faut bien, un peu dégoûté par la société qu’il est obligé de subir.

On connaît cette frontière, amplement trumpisée, mais celle du roman bénéficie non d’un mur (comme promis), mais de deux (c’est encore plus sûr, paraît-il). On connaît les cartels de la drogue. Justement Pacheco, un des caïds, le plus puissant de la région, vient de passer l’arme à gauche, et pas de façon naturelle. On connaît moins ce nouveau trafic double, mis à la mode, si on peut dire, il y a peu : des têtes d’Indiens, momifiées et réduites, qui se vendent comme des petits pains et, d’autre part, la reproduction d’espèces animales disparues.

L’auteur imagine une étape de plus vers une horreur encore plus forte que celle que le Mexique, entre autres, est en train de souffrir. Mais on est obligé aussi de repenser au terrible livre-reportage du journaliste et romancier mexicain Sergio González Rodríguez [1], cela nous rappelle que l’imagination de Fernando A. Flores part de bases bien réelles. On connaît aussi ces crises économiques à répétition qui frappent les pays d’Amérique latine.

Et pourtant nous voilà complètement dépaysés par la magie (assez noire) de ce jeune écrivain qui détourne à peine des situations connues, mais cet à peine est énorme. La fantaisie, débridée le plus souvent, n’exclut pas l’émotion, teintée de triste tendresse, elle est au fond très pessimiste : la vie, hommes et animaux confondus, peut être horrible, un certain recul permet de s’écarter – temporairement – de l’horreur pour s’évader vers l’étrange, et c’est une belle avancée.

Rien ne manque dans l’aventure de Bellacosa, on change d’atmosphère d’un chapitre à l’autre, on baigne dans des ambiances troubles, parfois lumineuses, luxueuses même, comme pendant ce repas clandestin où l’on est prié (obligé) de manger TOUT ce qui sera proposé (imposé), clones d’animaux disparus depuis des siècles inclus. Ou alors on est en plein thriller, avec poursuites et enlèvements avant d’entamer une amitié qui pourrait être durable. Le tout est imprégné par la présence subtile d’un petit cochontruffe, peut-être mythique mais bien réel auprès de Bellacosa, peut-être amical, peut-être indifférent, on ne pourra être sûr de rien, mais on s’attache à cette petite bête silencieuse et larmoyante ! Fernando A. Flores surprend au long de ces 300 pages, non pour faire des effets, mais pour jouer.

Il s’est vraisemblablement amusé à nous entraîner vers des territoires frontaliers. En prenant beaucoup de plaisir à écrire, il en donne encore plus à ses lecteurs !

Les larmes du cochontruffe, traduit de l’anglais (États-Unis) par Paul Duant, éd. Gallimard, Collection La Noire, 336 p, 20 €.

MOTS CLES : MEXIQUE / ETATS-UNIS / SOCIETE / FANTASTIQUE / CORRUPTION / ROMAN NOIR / EDITIONS GALLIMARD.

Si vous avez aimé ce roman, Patagonie route 203 de Eduardo Fernando Varela, premier roman également vous plaira autant :  quoique très différent sur le fond, il offre la même liberté de raconter des histoires à la fois réalistes et complètement hors normes. En librairie depuis le 20 août, aux éditions Métailié. Voir la chronique sur AnnA.


[1] El hombre sin cabeza, ed. Anagrama, Barcelona, 2009 / L’homme sans tête, éd. Passage du Nord-Ouest, Albi , 2009