CHRONIQUES, ROMAN FRANCAIS, ROMAN MEXICAIN

Michael COLLADO

FRANCE / MEXIQUE

Michael Collado est né en 1973 à La Seyne sur Mer. Après des études d’espagnol, il a parcouru le monde. Il réside en Thaïlande, il partage son temps ente l’enseignement et l’écriture.

Mexicayotl

2022

Arthur Loizeau est français mais vit en Californie. Il a été chanteur, a eu probablement un certain succès et passe sa retraite entre siestes et vernissages branchés. C’est au cours d’une de ces réunions un tant soit peu snobs que l’artiste fêtée, Aztlan, est enlevée avec Arthur que les ravisseurs prennent pour son époux.

Apparemment c’est une secte qui adore les anciennes divinités aztèques qui les retient dans une étrange demeure à Ciudad Juárez. Il parvient à s’évader assez vite, et alors commence une aventure inouïe quand il croise la route d’un redresseur de torts qui se fait appeler Sœur Justice, cow-boy et, comme son nom le dit, justicier. Une aventure qui est une double chevauchée, celle des westerns et la répétition de celle de Don Quichotte. De Don Quichotte Sœur Justice a hérité des doutes existentiels (suis-je à la hauteur de mes modèles) ; il sent en permanence le besoin de dialoguer d’égal à égal avec celui qui a pris le rôle d’écuyer. Du cow-boy il a le colt et la promptitude à le dégainer.

Mais si la Mancha ressemble énormément aux déserts du nord du Mexique, c’est bien en Amérique que chevauchent nos compères, une Amérique avec ses saloons, ses révolutionnaires moustachus et ses mariachis. Rien n’est réel et tout est réaliste, sans la logique tristounette de la réalité : Siècle d’Or espagnol, far west, révolution mexicaine et quartiers snobs des villes se court circuitent dans un très brillant récit baroque, drôle, coloré, bref, vivant.

Tout est jeu dans ce roman, Michael Collado joue avec les espaces, les époques, il joue avec son lecteur, qu’il espère complice, et le lecteur peut aussi jouer, par exemple à débusquer les clins d’œil, Velásquez qui pointe son nez, Cervantes évidemment, Alejandro Jodorowsky, Lewis Caroll, combien d’autres ? Un mot, une image semés comme les cailloux du Petit Poucet. Ledit lecteur pourrait être surpris par la recherche de mots incongrus, on pense parfois à Raymond Queneau et à Boris Vian, à la recherche d’images ou d’idées un peu folles, une fois passées les premières pages de surprise, d’immersion, il ne reste que la jouissance de lire un roman d’une originalité folle dans un certain classicisme, classicisme ne voulant pas dire élitisme.

Restera dans la mémoire la saveur d’un style qui ne se refuse rien, les mots détournés ou inventés (« il se demi-tourna », le « menaceur », un homme « vélocyclé » qui passe), les paysages, les dialogues, les personnages, principaux et secondaires. Un roman foisonnant.

Mexicayotl, éd. do, Bordeaux, 264 p., 21 €.

MOTS CLES : MEXIQUE / ETATS-UNIS / AVENTURES / PHILOSOPHIE / HUMOUR / LITTERATURE / EDITIONS DO.

CHRONIQUES, ROMAN MEXICAIN

Rolando VILLAZÓN

MEXIQUE / FRANCE / AUTRICHE

Rolando Villazón est né en 1972 à Mexico et a passé son enfance à Ciudad Satélite. Au terme d’une formation aux Etats-Unis, il devient un des ténors les plus recherchés au monde. Sa carrière de chanteur s’interrompt en 2008 pour des raisons de santé. Il vit en France, dont il a pris la nationalité et se consacre à la mise en scène et à l’animation d’émissions de radio autour de la musique classique. Amadeus à bicyclette est son deuxième roman.

Amadeus à bicyclette

2020 / 2022

Vian Mauer, 1m 67, joufflu, gros nez, a grandi à Mexico, orphelin de mère, il a été éduqué, si l’on peut dire, par son père, autoritaire, centré sur lui-même, l’éducation musicale consistant essentiellement en la présence, à partir de l’âge de 12 ans,  un an sur deux, aux festivals Mozart de Salzbourg et Wagner de Bayreuth (bien qu’il se soit consciencieusement endormi pendant chacun des trois actes de Tristan et Isolde, son premier opéra). Malgré tout Vian se sent attiré par, qui sait, une carrière de ténor, ou de baryton, ses professeurs eux-mêmes ne savent pas bien.

C’est ainsi qu’il se trouve, jeune adulte, à Salzbourg et il pourra monter sur scène lors du prestigieux festival… comme figurant, hélas, dans une nouvelle production du Don Giovanni… Il sera un des diablotins tout noirs dont on ne verra qu’à peine le visage. Les répétitions commencent. Les coulisses de ce qui sera une interprétation assez audacieuse du chef d’œuvre de Mozart se  dévoilent devant nous, les colères, pas toujours justifiées, du metteur en scène, les caprices d’une diva, les peurs des « utilités », comme jadis on appelait les seconds, les troisièmes rôles. Vian y apporte sa touche, très mexicaine, retards systématiques – et involontaires −, excès très drôles aussi bien dans ses complexes d’infériorité que dans certaines de ses réactions. Les mots de Rolando Villazón sont à l’avenant. Il compare par exemple un banal parapluie à « une note de musique enveloppée dans une aile de chauve-souris ».

« Celui qui obtient succès et renommée devient l’esclave de sa célébrité pour le reste de sa  vie », c’est ce que dit Julia, une des protagonistes du roman, assistante à la mise en scène, qui troublera Vian, l’accompagnera dans ses doutes et le fera douter. Mais c’est bien Rolando Villazón qui écrit cette phrase qu’il semble s’appliquer à lui-même tout en l’appliquant à un Vian tout en modestie, une modestie qui lui est imposée par le manque de succès de ses entreprises. Cette phrase donne le ton général au roman : on n‘est pas dans le flamboyant qui peut aller jusqu’au clinquant, si souvent associé à l’univers de l’opéra, on reste au niveau de l’homme et de la femme, pas de la vedette.

Subrepticement, subtilement, se tisse peu à peu tout un réseau de liens, comme une toile d’araignée (on en trouve d’ailleurs à tout coin de page, de ces petites bêtes, et celles de Louise Bourgeois ne manquent pas à l’appel !), des personnages qui se ressemblent et se répondent, des pères bien réels ou de substitution, des Commandeurs vindicatifs, des jeunes filles aussi mystérieuses que  celles que rencontre Don Giovanni, des Quetzalcoatls de remplacement, tout est jeu pour Rolando Villazón, un jeu de façade car le fond est plutôt sombre et l’avenir du pauvre garçon très fermé, son père, un des Commandeurs, lui a déjà acheté son billet d’avion : retour à Mexico et débuts dans une entreprise grise.

Pourtant c’est bien l’humour qui domine du début à la fin, les trouvailles de vocabulaire, de situations. L’expérience scénique du grand ténor étant la base de ce qu’il nous montre lui permet de rire de ce qu’il a vécu, de ce dont il a souffert, de prendre du recul par rapport à ses immenses succès et des rares échecs qu’il a connus, et de faire rire de tout.

On s’y attendait un peu : ce roman est (aussi) un superbe hommage à Mozart qui n’est ni le clown un peu bêbête du film de Forman, ni la statue glacée, le génie tellement supérieur qu’il en est intouchable, il est, avec tout l’amour que lui porte Rolando Villazón, un homme supérieur, certes, mais un homme qui aime autant penser à la fin inéluctable de ce qui vit qu’avoir envie de faire une bonne blague pas forcément très fine, un homme qui nous a fait l’inappréciable cadeau de son génie. Pour Rolando Villazón, la Culture, avec un grand C, c’est aussi bien Blade Runner que Boris Vian, Enki Bilal que Kundera, Nicanor Parra qu’Homer Simpson, la Culture est vivante, et bien vivante, et multiple.

Le miracle est là, le lecteur ne peut que partager la vitalité du personnage (et de l’auteur), qu’être littéralement tonifié par ces bouffées d’énergie positive, soulevé par cette volonté naturelle de dépasser ce qui peut entraver son élan, même si les entraves ne manquent pas.

Amadeus à bicyclette, traduit de l’espagnol (Mexique) par Jean-Marie Saint-Lu, éd. Philippe Rey, 432 p., 21 €.

Rolando Villazón en espagnol : Amadeus en bicicleta, ed. Galaxia Gutenberg, Barcelone / Malabares, ed. Espasa Libros, Barcelone.

Rolando Villazón en français : Jongleries, éd. Jacqueline Chambon.

MOTS CLES : MEXIQUE / AUTRICHE / MUSIQUE / HUMOUR / PSYCHOLOGIE / FAMILLE / EDITIONS PHILIPPE REY.

CHRONIQUES

Silvia MORENO GARCÍA

MEXIQUE-CANADA

Nés en Basse Californie, au Mexique en 1981, Silvia Moreno García vit actuellement au Canada. Elle a publié une dizaine de romans de science fiction, d’horreur et de fantasy. Mexican gothic a obtenu plusieurs prix internationaux.

Mexican gothic

2020 / 2022

Mexico, années 1950. Noemí, l’héroïne de ce roman doucement inquiétant au titre tellement commercial qu’il en devient assez ridicule (et risque de faire fuir des lecteurs amateurs de bonne littérature gothique), est une jeune fille qui vit la vie dorée des étudiants fêtards de la capitale, quand son père lui demande instamment d’aller rendre visite à sa cousine Catalina qui vit dans une espèce de manoir victorien isolé dans la sierra depuis son récent mariage avec Virgil Doyle, héritier ruiné d’une famille d’origine anglaise qui avait exploité une mine d’argent. Noemí se rend donc sur place et découvre un bâtiment sinistre, froid, humide, inhospitalier, habité par une famille tout aussi sinistre, et une Catalina prostrée et sombre.

En essayant de comprendre ce qui est arrivé à sa cousine, Noemí se trouve piégée dans le château, observée quoi qu’elle fasse, jugée quoi qu’elle dise. Quelle est la mystérieuse maladie dont souffre Catalina, quelle est l’origine des cauchemars qui l’assaillent et qui commencent à assaillir Noemí aussi ? Pourra-t-elle apporter un réconfort, un remède à la jeune mariée ?

Silvia Moreno García utilise très intelligemment les codes du roman d’horreur. Après l’arrivée de Noemí au manoir, avec la scène traditionnelle, celle qu’on retrouve telle quelle dans tous les romans d’horreur et, subtilement, tout doucement, elle fait avancer son récit sans grands cahots apparents mais en se saisissant de ses lecteurs pour les placer exactement dans la position de l’héroïne : on entre dans le roman comme Noemí dans le château, et on a autant de difficulté qu’elle à en ressortir.

La jeune femme remarque de jour en jour des mystères nouveaux, souvent discrets, qui peut-être réapparaitront, plus pesants, qui se lieront à d’autres, tout s’enchaîne naturellement, une maladie épisodique, une tombe monumentale sans épitaphe… Serait-ce le manoir qui serait maléfique ? Ses habitants ?

Les amateurs de fantastique et d’horreur ne seront pas déçus, Silvia Moreno García conduit son récit avec une jolie maîtrise, jouant sur les normes du genre tout en s’en écartant souvent :  on a l’impression d’être dans un monde connu, celui d’un Dracula du XXème siècle, un Mexique un peu décalé, mais des regards ambigus, des traces de moisissure sur les murs de la demeure (les dessins du papier peint auraient-ils remué ?), troublant l’héroïne qui pourrait soudain être devenue somnambule.

Entrons dans le mystère angoissant, angoissons-nous, tremblons, soyons heureux !

Mexican gothic, traduit de l’anglais (Mexique) par Claude Mamier, éd. Bragelonne, 349 p., 18,90 €.

Silvia Moreno García en anglais : Mexican Gothic, ed. del Rey Books.

MOTS CLES : MEXIQUE / CANADA / HORREUR / FANTASTIQUE / PSYCHOLOGIE / SOCIETE / EDITIONS BRAGELONNE.

Si on a aimé Mexican gothic la lecture de Notre part de nuit de Mariana Enríquez s’impose ! Voici mon commentaire :

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CHRONIQUES

Octavio PAZ

MEXIQUE

Octavio Paz (1914-1998) est un des écrivains les plus représentatifs de son pays. Poète et essayiste, il a obtenu le Prix Cervantes en1981 et le Prix Nobel de Littérature en1990. Il a été également ambassadeur du Mexique.

Le labyrinthe de la solitude

1950 / 1970 / 2022

Les racines de la civilisation mexicaine. C’est le point de départ de la vaste réflexion d’Octavio Paz, l’un des philosophes mexicains les plus marquants du XXème siècle. Il étudie d’abord les pratiques collectives, à partir de l’histoire du Mexique depuis la conquête, à partir aussi (c’est le sujet du premier chapitre) de Mexicains exilés aux États-Unis, pour mieux revenir au cœur du pays, avec ses originalités fondamentales. Là aussi, il part de certaines images connues, les masques, la fête des morts, pour chercher et trouver une identité qui n’est que mexicaine.

Il n’élude pas ce qui fait problème dans un Mexique des années 50 (le texte a été plusieurs fois remanié, adapté à l’évolution historique sans que sa base soit ébranlée). La version que présente Folio a paru en 1972 en France, c’est à dire après 1968 et le drame de la Place des trois Cultures, qui apparaît dans un post scriptum.

L’histoire, reprise en détail, est une explication claire du présent (de l’époque de la rédaction) : les deux  blocs à l’échelle mondiale, la guerre froide et le capitalisme nord-américain étouffant le voisin du sud et empêchant son développement économique. Reste la personnalité forte de ce pays.

Sont abordés des thèmes aussi divers que la pudeur, le sens de la fête, la mort et ce que les Mexicains voient autour d’elle, la dualité proprement mexicaine, apparue (mais qui existait déjà avant) dès la conquête autour de la Malinche, cette Indienne qui peut être vue comme une héroïne ou une traitresse, le capitalisme, les frustrations nées de la révolution, avec un objectif final, s’approcher autant que possible de la libération de l’homme mexicain.

Si Le labyrinthe de la solitude est resté comme un modèle, s’il se réédite en édition de poche en 2022, c’est que, par sa lisibilité, par la justesse des vues, il est encore une des  bases les plus solides pour connaître un pays aussi complexe que le Mexique.

Le labyrinthe de la solitude, traduit de l’espagnol (Mexique) par Jean-Clarence Lambert, Folio essais n° 679, 320 p., 8,70 €.

MOTS CLES : MEXIQUE / PHILOSOPHIE / HISTOIRE / SOCIETES / EDITIONS GALLIMARD / EDITIONS FOLIO.

CHRONIQUES

Jean-Christophe RUFIN

FRANCE / MEXIQUE

Jean-Christophe Rufin est né à Bourges en 1952. Il a été ambassadeur de France, enseignant, président d’une ONG. Il est médecin. Il a publié une trentaine d’ouvrages.

Notre otage à Acapulco

2022

J’avoue ne pas avoir lu les précédentes aventures d’Aurel Timescu, le héros (si l’on peut dire) récurrent de Jean-Christophe Rufin, un vague consul-enquêteur qui n’a qu’un seul but dans la vie, en faire le moins possible.

Cette fois il est envoyé par ses supérieurs du Quai d’Orsay au Mexique : une jeune femme, Martha Laborne a soudain disparu, ou tout au  moins cessé d’envoyer de ses nouvelles. Ce serait un cas assez banal si Martha n’était la fille d’un ex-ministre en pleine campagne électorale pour retrouver son poste de député.

Aurel découvre Acapulco, une ville qui a été la Perle du Pacifique, un des principaux attraits touristiques mexicains dans les années de l’après 2ème guerre mondiale, fréquentée par les vedettes hollywoodiennes et qui depuis a périclité, gangrenée par la guerre entre cartels de la drogue. Il décide d’ailleurs de loger dans un ancien palace qui avait appartenu à Johnny Weissmuller et à John Wayne, lieu idéal pour passer une ou deux semaines de farniente total à regarder les somptueux couchers de soleil sur la mer. On lui a demandé en haut lieu de garder la plus grande discrétion, le sachant peu doué pour l’action.

Hélas, il aime bien parler et de confidence en indiscrétion, il se trouve malgré lui en train de faire avancer, bien involontairement, une enquête qui ne dit pas son nom.

Cette parodie un peu absurde de roman d’espionnage ou/et de polar est savoureuse, on suit avec sympathie Aurel, personnage peu charismatique, peu flatté par la nature mais qui ne se méprise pas pour autant. Il a quelque talent et il est assez bon pianiste pour animer les soirées de week-end de son hôtel avec un réel succès, dû en partie à une bonne dose de mezcal ou de tequila, on ne sait plus très bien. À côté de ça, il en fait le moins possible pour découvrir quoi que ce soit sur Martha Laborne. Et pourtant, bien malgré lui, les renseignements se multiplient. L’ambassadeur de France à Mexico, assez peu diplomate dans son comportement, joue un rôle ambigu, mais c’est aussi le rôle de chacun des comparses, officiels et officieux, qui n’est pas clair, ce qui rajoute un charme à ce roman hors normes.

Un roman dont le côté documentaire n’est pas négligeable. Les deux époques d’Acapulco vivent et revivent par les yeux d’Aurel : faste tape-à-l’œil des stars d’Hollywood, bagarres sanglantes au coin des rues dans l’actualité, avec des personnages douteux, les plages ensoleillées et les échoppes pour touristes (il y en a encore), Jean-Christophe Rufin décrit cela avec un grand talent. Il découvre aussi des aspects moins connus des cartels, par exemple certains contacts qu’ils entretiennent entre eux au-delà de la guerre sans merci qu’on connaît. Il y en a tout de même seize rien qu’à Acapulco. C’est aussi une autre vision des caïds que montre le roman, bien moins manichéen que celle propagée la plupart du temps.

On ne peut qu’être satisfait d’une lecture qui distrait, qui amuse et qui témoigne. C’est le cas de ce Notre otage à Acapulco, une réussite de plus de Jean-Christophe Rufin qu’on avait pu apprécier dans des genres différents.

Notre otage à Acapulco, éd. Flammarion, 382 p., 20 €.

MOTS CLES : MEXIQUE / ROMAN NOIR / POLAR / HUMOUR / SOCIETE / VIOLENCE / POLITIQUE / PSYCHOLOGIE / EDITIONS FLAMMARION.

Notre otage à Acapulco peut renvoyer à plusieurs romans déjà commentés sur AnnA : Des châteaux en enfer de Vilma Fuentes, sur le moment où Acapulco glisse du tourisme de luxe vers le narcotrafic, thème souligné dans Notre otage à Acapulco, ou, dans un autre genre, Le conseiller, de Jean-Christophe Potton, sur les coulisses d’une autre ambassade de France (en Uruguay), un roman plein d’humour comme Notre otage à Acapulco.

CHRONIQUES

Natalia SYLVESTER

ÉTATS-UNIS – MEXIQUE – PEROU

Natalia Sylvester est née à Lima. Ses parents ont émigré aux États-Unis quand la fillette avait quatre ans. Elle vit au Texas et écrit en anglais. Elle est l’auteure de deux romans pour la jeunesse et de deux romans pour adultes.

C’était le jour des morts

2018 / 2021 / 2022

Est-ce une bonne idée de se marier un 1er novembre, jour des morts ? C’est ce que font Isabel et Martín en 2012. Oui, peut-être, tout de même : Isabel le soir de son mariage reçoit une visite inattendue : le fantôme d’Omar, le père du fiancé disparu des années plus tôt et dont on ne parle jamais dans la famille.

Deux époques servent de cadre à la saga familiale, à partir de 1981, quand les parents de Martín ont migré du Mexique aux États-Unis, et à partir de 2012, date du mariage. Entre les deux, la famille tout entière s’est parfaitement intégrée à la société nord-américaine, Claudia, la sœur de Martín, est hôtesse de l’air, Isabel travaille aux urgences de l’hôpital local et Martín est un homme d’affaires prospère. Ce qui reste dans l’ombre, c’est le passé familial, la disparition d’Omar.

Le projet de Natalia Sylvester, elle-même originaire du Pérou et vivant au Texas, le décor du roman, depuis son enfance, était intéressant. Il mêle l’histoire déjà souvent traitée du déplacement forcé de milliers de Latinos vers le rêve américain avec leur intégration souvent problématique, leurs souvenirs d’une culture si différente de celle de l’Amérique du Nord et avec une pointe de fantastique, un fantôme qui ne surprend que modérément des Mexicains qui, le 1er novembre, vont pique-niquer sur les tombes des disparus.

L’auteure joue sur les deux influences, celle qui vient du Sud, celle qui vient du Nord, et l’équilibre du roman en souffre. Au Sud, elle a pris ce que l’on appelle souvent réalisme magique (sans que le sens ait jamais été nettement défini) : l’apparition du fantôme n’est pas choquante pour un Mexicain ou pour beaucoup de Latino-Américains pour qui le rationnel n’est qu’une entrave à penser et à imaginer librement. Au Nord elle a emprunté la technique très répandue qui sous-entend qu’à moins de 400 pages un roman ne peut pas être bon (idée très discutable, c’est évident). L’action avance donc très lentement, même les rendez-vous annuels entre le fantôme et sa belle-fille sont souvent vides de nouveautés, de progression (il faut bien couvrir les trente et un ans entre 1981 et 2012).

Et il nous faut aussi accepter des situations assez peu vraisemblables, même si l’auteure a elle-même vécu cette intégration qu’elle semble avoir réussie. Il est assez peu crédible de voir, entre autres détails, la facilité avec laquelle Isabel prend sans cesse des congés à son hôpital, parfois seulement pour discuter avec le fantôme de son beau-père, ou encore le neveu adolescent qui vient de passer la frontière sans papiers étant immédiatement inscrit en classe de seconde dans un très bon lycée local et mettant un smoking lors de la première fête de fin d’année, généralement les nouveaux migrants latinos ont d’autres sortes de problèmes pour se faire admettre par les locaux.

  On peut lire C’était le jour des morts pour découvrir une famille déchirée par des drames internes, une famille qui a beaucoup de difficulté à échanger, à se comprendre et qui ne souhaite qu’oublier d’où elle vient sans pouvoir y parvenir (peut-on tirer un trait sur ses origines ?), une famille qui découvre peu à peu ce que peut faire l’amour. L’amour, le grand moteur du roman.

C’était le jour des morts, traduit de l’anglais (États-Unis) par Benoîte Dauvergne, éd. de l’Aube, 529 p., 15 €.

MOTS CLES : MEXIQUE / ÉTATS-UNIS / SOCIETE / EXIL / PSYCHOLOGIE / FANTASTIQUE / EDITIONS DE L’AUBE.

CHRONIQUES, ROMAN MEXICAIN

Guadalupe NETTEL

MEXIQUE

(reprise d’une chronique publiée le 14 novembre 2020 sur AnnA dans la rubrique VO)

NETTEL, Guadalupe

Née en 1973 à Mexico, Guadalupe Nettel a également vécu en France où elle a terminé ses études. Auteure de nouvelles, de romans et d’essais, elle tient des chroniques dans plusieurs journaux. Son oeuvre narrative a obtenu plusieurs prix internationaux, dont le Herralde pour La hija única (L’oiseau rare).

L‘oiseau rare

2020 / 2022

Laura, la narratrice, une petite trentaine d’années, n’aura jamais d’enfants : elle n’en veut pas, elle l’a décidé et elle sait qu’elle ne changera pas d’avis. Quand sa meilleure amie, Alina, amie indispensable, presque une sœur, lui apprend qu’elle est enceinte, elle se rapproche d’elle pourtant encore plus, curieuse, intriguée, après un moment de scepticisme aigu, d’autant plus qu’Alina a éprouvé d’importantes difficultés avant la confirmation de sa grossesse.

Laura termine la rédaction d’une thèse, régulièrement gênée par les crises nerveuses d’un petit voisin élevé par une mère seule et apparemment débordée. Elle sourit en pensant que rédiger une thèse et attendre un enfant sont deux événements très proches dans une vie de femme, qu’elles sont désormais presque égales, ce double accouchement, proche va être pour chacune une délivrance, le début d’une vie différente. Mais les choses ne se passent pas comme prévu pour Alina et pour Aurelio, le père : on leur annonce que la naissance de l’enfant sera son premier et dernier jour de vie, une malformation grave l’empêchera de survivre au-delà d’un court moment.

Ce que nous offre Guadalupe Nettel, ce sont des variations sur l’idée de la maternité, voulue, refusée, par soi ou par le destin, une maternité qui s’impose de façon évidente (il faut être mère dans beaucoup de civilisations, au Mexique entre autres), maternité qui peut aussi se révéler tout en douceur : que fait Laura quand elle se met à s’occuper de plus en plus affectueusement de son petit voisin ?

Le récit est limpide, sans secousses, mais son cours ne manque pas de richesse, de petits espaces secrets, de vie et de chagrins. Est-il possible de comprendre la mort annoncée d’une enfant pas encore née ? Quelles questions s’imposent aux parents ? Comment émergeront-ils d’un tel drame, si intime ? Les réponses apportées par Guadalupe Nettel s’accompagnent de délicatesse, ce qui se traduit dans des détails révélateurs d’une surprenante profondeur. Elle ne se veut surtout pas moralisatrice, mais pourtant propose une « leçon » qui concerne tout être humain, tout être vivant, la vie doit s’imposer, avec, inévitablement la question qui suit : quelle vie ? Car rien n’est aussi simple que ce que disent les apparences : une femme, un homme, peuvent hésiter, douter, un médecin peut se tromper, la force vitale peut triompher.

Ce qui devrait être un mélodrame devient chez Guadalupe Nettel un moment de vie, avec ses choix essentiels, naturels, avec ses personnages qui ne sont pas différents de ce que nous sommes ou de ce que nous pourrions être : elle transcende par son style une tragédie prosaïque en un magnifique drame : la lutte sans pitié (et quotidienne, sans qu’on s’en aperçoive, Dieu merci !) de la vie contre la mort.

On savait Guadalupe Nettel prometteuse, mais avec La hija única, elle est impression- nante. Sa réussite, sur un sujet qu’on penserait impossible, est éblouissante.

L’oiseau rare, traduit de l’espagnol (Mexique) par Joséphine De Wispelaere, éd. Dalva, 286 p., 21,90 €.

Guadalupe Nettel en espagnol : La hija única / El huésped / El cuerpo en que nací / Después del invierno, ed. Anagrama / El matrimonio de los peces rojos, ed. Páginas de espuma.

Guadalupe Nettel en français : L’hôte / Pétales / Le corps où je suis née, éd. Actes Sud / La vie de couple des poissons rouges / Après l’hiver, éd. Buchet-Chastel.

MOTS CLES : MEXIQUE / PSYCHOLOGIE / SOCIETE / EDITIONS DALVA

Autres titres de Guadalupe Nettel commentés sur AnnA :

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CHRONIQUES, ROMAN MEXICAIN

Fernanda MELCHOR

MEXIQUE

MELCHOR, Fernanda

Née en 1982 à Veracruz, Fernanda Melchor est journaliste. Elle a publié des nouvelles (Mi VeracruzAquí no es Miami)avant de passer au roman (Falsa liebre, en 2013). Elle vit à Veracruz.

Paradaïze

2021 : 2022

Un lotissement de luxe à Veracruz. Deux adolescents traînent leurs insatisfactions, de préférence dans la ruine d’une maison abandonnée, de l’autre côté de la barrière  qui protège les heureux propriétaires des villas avec piscines. Polo, engagé presque de force par sa mère pour entretenir les espaces verts (il faut bien que le garçon s’occupe et rapporte un peu d’argent à la maison) écoute le délire obsessionnel de Franco, « tonneau de graisse » boutonneux et puceau qui ne vit que par l’espoir de « se faire » Marián Maroño, belle femme qui vient d’emménager.

La différence sociale entre les deux garçons n’est pas un problème pour eux, le vide de leurs existences, l’ennui, la contrariété les réunissent. Polo supporte la logorrhée intarissable de Franco, des pages et des pages de sexe imaginé qui n’a rien de romantique. Il rêve de s’évader de cet endroit qui devrait être parfait (Attention, Paradise, le nom du quartier, doit absolument se prononcer à l’américaine, Paradaïze), peut-être de flirter avec les cartels locaux (sera-t-il à la hauteur ?) et, en attendant, il supporte beaucoup de choses : le mépris des gens des villas, les reproches de sa mère, les conditions de sa vie quotidienne (il a dû céder son lit à sa cousine enceinte d’on ne sait qui).

La violence crapuleuse et la violence sexuelle passent d’abord par les mots, les débordements des deux ados qui se croient plus qu’ils ne sont. Dans cet univers fermé, aucun personnage n’éveille la sympathie, malgré ce que l’on sait de leur environnement social et familial. L’auteure ne se prive pas de nous entraîner dans leurs fantasmes.

J’avais beaucoup aimé La saison des ouragans, le roman précédent de Fernanda Melchor. La violence y était déjà très présente. En voulant aller encore plus loin dans la description d’un aspect d’u Mexique provincial qu’elle connaît bien, elle confirme son talent d’écrivaine, mais les excès verbaux des deux protagonistes risquent de laisser au lecteur des sentiments de rejet, plus pour ce que disent et ce que sont Polo et Franco que pour le roman lui-même.

Paradaïze, traduit de l’espagnol (Mexique) par Laura Alcoba, éd. Grasset, 220 p., 18 €.

Fernanda Melchor en espagnol : Páradais,ed. Penguin Random House / Aquí no es Miami / Tiempo de huracanes, ed. Literatura Random House.

Fernanda Melchor en français : La saison des ouragans, éd. Grasset.

MOTS CLES : MEXIQUE / VIOLENCE / SEXE / SOCIETE / PSYCHOLOGIE /EDITIONS GRASSET.

Sur AnnA, le commentaire sur La saison des ouragans de Fernanda Melchor :

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CHRONIQUES

Roberto BOLAÑO Œuvres complètes tomes IV et V

L’automne serait-il la saison propice aux rééditions de textes devenus des classiques ou ce qu’on appelle des romans-cultes ? Cette année, les reprises d’œuvres qui ont gagné leurs galons et que des éditeurs considèrent comme indispensables, à juste titre, se multiplient, on ne peut que s’en réjouir.

Depuis quelques semaines americanostra présente plusieurs de ces rééditions, des « classiques » ( Roberto Bolaño, Manuel Rojas et Reinaldo Arenas), des « populaires » (Luis Sepúlveda) des « modernes » (Martín Mucha).

Œuvres complètes IV et V

Les éditions de l’Olivier ne ralentissent pas la publication des œuvres complètes de Roberto Bolaño, monument de la littérature latino-américaine. En juin a paru le quatrième tome et récemment le sixième et avant-dernier, un seul roman, Les détectives sauvages.

Œuvres complètes, tome IV

Un petit roman lumpen n’a de petit  que le titre. Il joue en effet le dépouillement, ce qui ne parvient pas à cacher une vraie richesse, une des caractéristique de tout l’œuvre de Roberto Bolaño : on a souvent une impression  de banalité en lisant ses textes, impression que est très vite démentie par ce qu’ils sèment en nous. En jouant avec ce titre trompeur, l’auteur montre qu’il n’est pas dupe et qu’il jour avec son lecteur, plaisir supplémentaire.

Nocturne du Chili a pour personnage un prêtre, membre de l’Opus Dei, qui, à la fin de sa vie, replonge dans son passé et ses rapports avec la dictature. Roberto Bolaño avait vécu une mésaventure, un bref retour dans son pays natal qui s’était achevé dans une prison de la dictature. Ce roman était pour lui une sorte de catharsis, ce qui ne lui ôte rien de sa valeur littéraire.

Tombes de cow-boys, trois nouvelles posthumes, qui ont été trouvées dans les archives de l’écrivain. On y retrouve des passages réutilisés dans d’autres romans ou nouvelles, des personnages récurrents (Arturo Belano par exemple), des textes d’inspiration autobiographique. Un apport très intéressant pour les déjà lecteurs de Roberto Bolaño.

Le gaucho insupportable enfin, lui aussi publié après la mort de Roberto Bolaño, se compose de cinq (ou six, c’est selon !) nouvelles  suivies de deux textes de conférences, dont le premier est particulièrement émouvant (Littérature + maladie = maladie).

Œuvres complètes, tome V (Les détectives sauvages)

Chef d’œuvre absolu, reconnu universellement, ce roman foisonnant raconte les tribulations d’un groupe de jeunes gens très attirés par la poésie et intrigués par une femme poète, qui est à l’origine du mouvement auquel se réfèrent les adolescents, le réalisme viscéral. La richesse de ce roman est telle qu’il est rigoureusement impossible de le résumer. On sourit beaucoup, un est ému, on s’interroge, le plaisir est partout dans ce roman, du côté des personnages aussi bien que du lecteur.

MOTS CLES : CHILI / MEXIQUE / ESPAGNE / LITTERATURE / EDITIONS DE L’OLIVIER.

CHRONIQUES, ROMAN FRANCAIS, ROMAN VENEZUELIEN

Rosa María UNDA SOUKI

VENEZUELA / MEXIQUE / FRANCE

Rosa María Unda Souki est née à Caracas en 1977. Après des études d’Art au Venezuela puis au Brésil, elle s’est installée à Paris mais travaille aussi bien en France qu’au Brésil. Elle a obtenu de nombreux prix pour ses peintures. Ce que Frida m’a donné est son premier « roman ».

Ce que Frida m’a donné

2021

Rosa María Unda Souki est une peintre renommée qui a exposé un peu partout dans le monde. Une importante exposition va lui être consacrée à Paris, autour d’une cinquantaine de tableaux inspirés par la vie et l’ouvre de Frida Kahlo. Elle doit en rédiger le catalogue et peine à commencer. Hébergée dans le couvent des Récollets, près de la gare de l’Est et dans l’attente des tableaux en provenance du Brésil, l’inspiration ne venant toujours pas, elle couche sur le papier une sorte de journal de son installation dans sa résidence d’artiste, qu’elle illustre de façon aussi précise que poétique. Reproductions de ses propres tableaux (qui feront partie de l’exposition prochaine), dessins de sa chambre aux Récollets, de sa table de travail ou des vêtements qu’elle va mettre, l’humour est aussi au rendez-vous.

Sa pensée se projette vers l’avant, avec l’angoisse du texte officiel qui ne veut pas s’épancher, et vers l’arrière, dans son enfance, au Venezuela et au Brésil, ce qui lui fait prendre conscience de troublants point communs avec sa muse. Frida Kahlo se manifeste avec discrétion, la couleur d’une robe, une attitude, un petit rien qu’elles partagent et que Rosa María est la seule à deviner, et la voilà, bien là, qui émerveille la jeune femme et lui redonne du courage pour aller de l’avant.

Bien mieux qu’une pâle biographie de plus, remplie  de détails pas toujours très utiles pour connaître la Mexicaine, cette évocation est un hommage subtil, sensible, à cette muse proche et lointaine à la fois, à portée des doigts et étrangère, qui sait garder une part de mystère pour se dévoiler autrement, un peu, totalement peut-être. De qui parle cette œuvre d’art (je parle du livre de Rosa María) ? De Rosa María ? De Frida Kahlo ? Des deux, évidemment, et la  plus exposée n’est pas toujours celle qu’on croit. C’est beaucoup Frida quand on a Rosa María devant les yeux, c’est un peu Rosa María quand on devine Frida.

Une touche de surréalisme délirant qui nous fait nous évader un instant, une pointe d’actualité dramatique (le Venezuela actuel en est arrivé là) ou des bouffées de nostalgie d’un Venezuela perdu et qui a perdu aussi sa culture, de brefs moments  qui nous ramènent dans un espace où la peinture existe malgré tout, ce « roman » est un tout, d’une richesse étonnante.

J’ignore si, comme on le dit, l’Art est immortel, ce livre, texte et illustrations, véritable merveille littéraire et picturale, fantaisie et intelligence réunies, prouve en tout cas que la transmission d’une femme à une autre, est un moyen de prolonger, de pérenniser une création, la création, tout court.

Ce qui Frida m’a donné, traduit de l’espagnol (Venezuela) par Margot Nguyen Béraud et l’auteure, éd. Zulma, 189 p., 22,50 €.

MOTS CLES : FRANCE / VENEZUELA / MEXIQUE / ART / PSYCHOLOGIE / EDITIONS ZULMA.