CHRONIQUES

FRANZOBEL

AUTRICHE / CUBA / ESPAGNE

Franzobel (Franz Stefan Griebl) est né en Haute Autriche en 1967. Après des études d’allemand et d’histoire, il se consacre à la littérature. Il est l’auteur prolifique d’une quarantaine de romans et de plus d’une vingtaine de pièces de théâtre. Il vit à Vienne.

Toute une expédition

Ferdinand Desoto, inspiré par les Cortés et autres Pizarro qui l’ont précédé, souhaite trouver la gloire et la fortune en dirigeant une expédition quelque part, peu importe où, sur les territoires encore vierges d’Amérique pas encore latine. L’écrivain autrichien Franzobel reprend cette épopée pas plus glorieuse que ça dans ses détails : on voit de près les membres de l’aventure, leur passé, de brefs épisodes sur la cour de Charles Quint ou sur une Séville bouillonnante.

Franzobel n’a pas voulu présenter un récit historique rigoureux : la forme de puzzle peut paraître souvent un peu confuse, comme les allers-retours entre plusieurs moments de l’action, sans des repères nets, temporels ou géographiques. Il faut aussi accepter les anachronismes assumés (on parle par exemple de convoyeurs de fonds sous le règne de notre Henri III), souvent drôles mais parfois inutiles. C’est une fresque qu’on pourrait presque qualifier de baroque qui se déploie, avec les villes médiévales et leurs voyous, les prêtres, les petits et les grands nobles.

Desoto avait participé avec Pizarro à la conquête de l’empire inca. Il n’a qu’un désir, imiter Pizarro, en mieux si possible, n’importe où il resterait des terres à prendre. Ce sera finalement la Floride et le sud de ce qui est actuellement les États-Unis. Parmi les faits historiques avérés (d’autres sont parfaitement farfelus), on découvre le sérieux avec lequel la Couronne espagnole contrôle le départ des navires pour les Indes : tout est vérifié, gens, provisions de bouche ou contrebande éventuelle. Pour les faits imaginés ou créés par le narrateur, il faut se dire et se répéter que l’auteur a voulu une fiction divertissante et que la réalité historique, les faits, ne sont qu’un élément du roman. Au lecteur d’aller vérifier ensuite, s’il le souhaite, ce qui est bien arrivé et ce qui ne s’est jamais produit, qui aurait pu se produire…

Si l’on accepte la lenteur de l’action (l’expédition elle-même commence vraiment en quittant la Havane, et c’est page 250), si l’on accepte ces chocs temporels et culturels (on croise sur les navires aussi bien Ikea que l’ombre de Marylin Monroe), si l’on veut bien rester sceptiques par rapport aux réalités historiques, on prendra un certain plaisir, un peu adolescent, à rêver d’aventures au soleil, on sourira des portraits souvent ironiques des participants, on se laissera porter par une imagination qui se plaît à sortir des normes traditionnelles.

Toute une expédition, traduit de l’allemand (autrichien) par Olivier Mannoni, éd. Flammarion, 450 p., 22,90 €.

MOTS CLES : AUTRICHE / CUBA / ETATS-UNIS / HISTOIRE / HUMOUR / AVENTURES / EDITIONS FLAMMARION.

CHRONIQUES

Jean-Christophe RUFIN

FRANCE / MEXIQUE

Jean-Christophe Rufin est né à Bourges en 1952. Il a été ambassadeur de France, enseignant, président d’une ONG. Il est médecin. Il a publié une trentaine d’ouvrages.

Notre otage à Acapulco

2022

J’avoue ne pas avoir lu les précédentes aventures d’Aurel Timescu, le héros (si l’on peut dire) récurrent de Jean-Christophe Rufin, un vague consul-enquêteur qui n’a qu’un seul but dans la vie, en faire le moins possible.

Cette fois il est envoyé par ses supérieurs du Quai d’Orsay au Mexique : une jeune femme, Martha Laborne a soudain disparu, ou tout au  moins cessé d’envoyer de ses nouvelles. Ce serait un cas assez banal si Martha n’était la fille d’un ex-ministre en pleine campagne électorale pour retrouver son poste de député.

Aurel découvre Acapulco, une ville qui a été la Perle du Pacifique, un des principaux attraits touristiques mexicains dans les années de l’après 2ème guerre mondiale, fréquentée par les vedettes hollywoodiennes et qui depuis a périclité, gangrenée par la guerre entre cartels de la drogue. Il décide d’ailleurs de loger dans un ancien palace qui avait appartenu à Johnny Weissmuller et à John Wayne, lieu idéal pour passer une ou deux semaines de farniente total à regarder les somptueux couchers de soleil sur la mer. On lui a demandé en haut lieu de garder la plus grande discrétion, le sachant peu doué pour l’action.

Hélas, il aime bien parler et de confidence en indiscrétion, il se trouve malgré lui en train de faire avancer, bien involontairement, une enquête qui ne dit pas son nom.

Cette parodie un peu absurde de roman d’espionnage ou/et de polar est savoureuse, on suit avec sympathie Aurel, personnage peu charismatique, peu flatté par la nature mais qui ne se méprise pas pour autant. Il a quelque talent et il est assez bon pianiste pour animer les soirées de week-end de son hôtel avec un réel succès, dû en partie à une bonne dose de mezcal ou de tequila, on ne sait plus très bien. À côté de ça, il en fait le moins possible pour découvrir quoi que ce soit sur Martha Laborne. Et pourtant, bien malgré lui, les renseignements se multiplient. L’ambassadeur de France à Mexico, assez peu diplomate dans son comportement, joue un rôle ambigu, mais c’est aussi le rôle de chacun des comparses, officiels et officieux, qui n’est pas clair, ce qui rajoute un charme à ce roman hors normes.

Un roman dont le côté documentaire n’est pas négligeable. Les deux époques d’Acapulco vivent et revivent par les yeux d’Aurel : faste tape-à-l’œil des stars d’Hollywood, bagarres sanglantes au coin des rues dans l’actualité, avec des personnages douteux, les plages ensoleillées et les échoppes pour touristes (il y en a encore), Jean-Christophe Rufin décrit cela avec un grand talent. Il découvre aussi des aspects moins connus des cartels, par exemple certains contacts qu’ils entretiennent entre eux au-delà de la guerre sans merci qu’on connaît. Il y en a tout de même seize rien qu’à Acapulco. C’est aussi une autre vision des caïds que montre le roman, bien moins manichéen que celle propagée la plupart du temps.

On ne peut qu’être satisfait d’une lecture qui distrait, qui amuse et qui témoigne. C’est le cas de ce Notre otage à Acapulco, une réussite de plus de Jean-Christophe Rufin qu’on avait pu apprécier dans des genres différents.

Notre otage à Acapulco, éd. Flammarion, 382 p., 20 €.

MOTS CLES : MEXIQUE / ROMAN NOIR / POLAR / HUMOUR / SOCIETE / VIOLENCE / POLITIQUE / PSYCHOLOGIE / EDITIONS FLAMMARION.

Notre otage à Acapulco peut renvoyer à plusieurs romans déjà commentés sur AnnA : Des châteaux en enfer de Vilma Fuentes, sur le moment où Acapulco glisse du tourisme de luxe vers le narcotrafic, thème souligné dans Notre otage à Acapulco, ou, dans un autre genre, Le conseiller, de Jean-Christophe Potton, sur les coulisses d’une autre ambassade de France (en Uruguay), un roman plein d’humour comme Notre otage à Acapulco.

CHRONIQUES

Mélanie SADLER

FRANCE – ARGENTINE

Née en Alsace en 1990, Mélanie Sadler a parcouru plusieurs régions du monde, dont l’Amérique latine. Elle enseigne la civilisation d’Amérique latine à Paris.

Borges fortissimo

2022

Saviez-vous que Jorge Luis Borges avait écrit deux romans ? On a toujours dit que toutes ses œuvres publiées sont courtes, que ce soit poésie, essais ou récits. Eh bien oui, on vient de découvrir à Buenos Aires deux romans de lui. Qui donc en fait la promo à la télévision ? Rien moins qu’un ancien président de la république à rouflaquettes, le grand, l’inoubliable Cástor Manam (manant ?). Toute la ville s’agite, des studios de la télévision où Beatriz García  García a une solide réputation d’intervieweuse de choc à la cuisine du restaurant italien où travaille Pía, jeune Indienne venue de la province férue de littérature.

Sous l’aspect d’une histoire pleine d’humour, Borges fortissimo est une brillante variation autour de la création littéraire, sur ce qui a été écrit, ce qui aurait pu l’être et sur la réception que l’on a ou qu’on peut avoir des œuvres. Ce malheureux Cástor Manam ne voit dans ce qu’il dit avoir sorti de l’ombre, ces deux romans inédits, que le rapport financier qu’ils peuvent (lui ?) rapporter ou quelques photos de son visage botoxé dans la presse bas de gamme. À l’opposé, la jeune Indienne est une vraie passionnée d’une littérature qui n’a ni dates, ni frontières, la littérature « comme une bourrasque ».

En passant du studio télé de l’interview à la modeste librairie, le Rufián melancólico (Bonjour, Roberto Arlt !), on ne s’éloigne pas du cercle littéraire de Buenos Aires, ville de culture depuis toujours. On a bien les deux aspects, le côté public, mondain, superficiel, et le côté intime dans lequel les discussions souvent enflammées vont à l’essentiel, ce qu’est vraiment la littérature et forcément ce qui pose bien plus de questions qu’elle ne donne de réponses. Cela n’empêche pas les personnages de vivre dans une Argentine avec une inflation monstrueuse, celle de la lutte des femmes pour faire avancer leurs droits.

Il n’en reste pas moins qu’on sourit tout au long de cette fiction dont on se prend à souhaiter qu’elle raconte un fait réel, un coup de tonnerre (légèrement effrayant tout de même) dans le monde un peu replié sur lui-même que sont la littérature, la télévision et l’édition. Et on peut appliquer à ce roman ce que dit Mélanie Slader de Borges, qu’il ne faisait que « mener sa barque en nous faisant perdre pied dans les lisières que se disputent la fiction et la réalité ».

La réalité, pour Mélanie Slader, c’est un immense amour du livre, de la littérature et de la lecture qui devient un bien universel, libérateur, partagé par la jeune indienne qui en a été privée dans son village et en tombe amoureuse dès que l’occasion lui est offerte, par les jeunes libraires, par la journaliste spécialisée et même par ce pédant de Cástor. Il n’est pas fréquent d’avoir sous les yeux un tel hommage à ce bien pourtant si simple, si quotidien qu’est un bon livre, hommage qu’on est obligé d’appliquer aussi à ce Borges fortissimo, savant et léger, drôle et puissant, fantaisiste et réaliste. Un régal !

Borges fortissimo, éd. Flammarion, 276 p., 19 €.

MOTS CLES : ARGENTINE / LITTERATURE / CREATION / POLITIQUE / SOCIETE / HUMOUR / PSYCHOLOGIE / EDITIONS FLAMMARION.

CHRONIQUES

Benoît COQUIL

FRANCE / ARGENTINE

Benoît Coquil est enseignant, ancien élève de l’Ecole Nationale Supérieure de Lyon. Buenos Aires l’existe pas est son premier livre.

Buenos Aires n’existe pas

2021

En 1918, Marcel Duchamp, accompagné par Yvonne, débarque à Buenos Aires en provenance de New York. Une errance qui dure depuis trois ans. Réformé, il a quitté la France en guerre sans raison majeure, sans même prévenir sa mère.

Une fois installé dans ce pays dont il ne connaît pas la langue, dans cette ville aux mille facettes qu’il découvre un peu saoulé par cette variété de tout, langues, noms de famille, activités, lui ne déborde pas d’activité : il travaille mollement à une œuvre, Grand verre, marche à travers les rues du centre, il est un être fondu dans la foule. Seules, les petites annonces qu’il publie dans les journaux suggèrent un surréalisme farceur plus qu’anarchiste… joli clin d’œil destiné au lecteur de ce récit qui n’est pas un roman.

Il rencontre aussi des artistes ou des proches des milieux artistiques internationaux qui passent par là, un des centres à l’époque de la culture internationale. L’art moderne devient mondial, un Français peut aller vivre à New York puis à Buenos Aires, un Cubain ou un Espagnol à Paris, on se connaît, on se retrouve à l’autre bout du monde.

Il s’essaie à de nouvelle techniques de création : où peut le mener par exemple la notion d’Inframince ?

Les sociétés secrètes, assez nombreuses en ville, se donnent des allures surréalistes (sans peut-être le vouloir). Pourtant autour de lui, comme en France, règne tout ce qu’il y a de plus « classique », de plus banal, on peint des couchers de soleil, des natures mortes ou des batailles locales qui ont fait la gloire immortelle de l’Argentine, c’est ce que croient leurs auteurs. Marcel se sent là aussi bien seul.

Son séjour est marqué régulièrement par des bruits d’explosions et de tirs : les grèves se multiplient dans la capitale et en province, la répression enfle, la bourgeoisie s’inquiète, ce qui laisse Marcel Duchamp indifférent.

Comme reste indifférente cette ville à son départ : aucun trace de son passage sur les lieux qu’il a habités, même pas dans son œuvre, les mots français et anglais abondent, on ne trouve aucun mot espagnol.

En imaginant comment ont pu passer les neuf mois où Duchamp a vécu dans la capitale argentine, sur lesquels on n’a aucun document, Benoît Coquil fait un voyage dans l’espace et le temps, il reconstitue des bribes de vie à une époque qui précède le grand éveil culturel de la ville. Quelques années plus tard Jorge Luis Borges rentrera d’un très long séjour en Europe, Roberto Arlt  publiera son premier roman et Silvina Ocampo son premier article. On n’en saura guère plus sur le créateur, on restera avec le charme de cette chronique couleur sépia d’une ville en pleine transformation.

Buenos Aires n’existe pas, éd. Flammarion, 208 p., 18 €.

MOTS CLES : ARGENTINE / FRANCE / ARTS / PSYCHLOGIE / SOCIETES / EDITIONS FLAMMARION.

Plusieurs œuvres littéraires récentes jouent avec une reconstitution, véridique ou imaginaire, d’un morceau de vie de personnages connus : Georges Bernanos et son bref passage par le Paraguay (La piste Bernanos. Paraguay de Jean-Christophe Potton, éd. Temporis, 2019) et Adolf Eichmann, qui a passé plusieurs années dans la capitale argentine sous un faux nom (Eichmann à Buenos Aires de Ariel Magnus, éd. de l’Observatoire paru le 18 août. 

ACTUALITE

Décès du romancier brésilien Rubem Fonseca

FONSECA, RubemBRESIL

Très mauvaise journée pour la littérature latino-américaine. Un peu avant la nouvelle du décès de Luis Sepúlveda, nous apprenions celui du Brésilien Rubem Fonseca.

Il est mort d’un infarctus le 15 avril à Rio de Janeiro où il résidait depuis les années 1950.

Descendant de Portugais, il est né en 1925 dans l’État du Minas Gerais. Après des études de Droit, il est nommé commissaire à Rio, il deviendra ensuite juge, avant de commencer à publier des nouvelles et des romans sur le sujet qu’il connaissait le mieux, la délinquance et les délinquants de Rio. Il a créé un personnage récurrent, Mandrake, avocat hors des normes, plusieurs fois porté au cinéma et à la télévision. Il a par ailleurs participé lui-même à l’adaptation et au scénario de plusieurs films et séries télévisées

Si la personne était très discrète, l’auteur est unanimement reconnu au Brésil (Patricia Melo  ou Luis Ruffato revendiquent son influence) et aussi dans toute l’Amérique latine. Du Mexique à l’Argentine nombre d’écrivains lui rendent hommage. Il avait reçu, entre autres, le Prix Camões en 2005 et, plus récemment, le Prix Machado de Assis.

Ses principaux romans (Du grand art, 1986, éd. Grasset, Le cas Morel, 1992, éd. Flammarion, Un été brésilien, 1993, éd. Grasset) ont été publiés en France dans les années 1990.

CHRONIQUES

Agustina BAZTERRICA

ARGENTINE

 

BAZTERRICA, Agustina

 

Agustina Bazterrica est née à Buenos Aires en 1974. Grande lectrice, elle participe à des ateliers d’écriture. Ses nouvelles ont obtenu plusieurs prix importants.

 

Cadavre exquis

2017 / 2019

Et si ?… Si une terrible et soudaine épidémie avait exterminé toute espèce vivante non animale et qu’elle ait rendu impropre à la consommation l’ensemble de notre alimentation ?… S’il avait bien fallu remplacer la nourriture animale par une autre sorte de viande ?… Si des « savants » avaient démontré qu’en créant une nouvelle catégorie à partir de gènes humains on pourrait donner à manger à l’humanité ?… Agustina Bazterrica nous invite à entrer dans un monde terrifiant, au fond si proche du nôtre.

Marcos Tejo, le narrateur, a un métier tout à fait en rapport avec l’actualité : il est « étourdisseur » (on n’a plus le droit, depuis la Transition, d’utiliser certains mots comme « tuer » ou « assassiner ») La Transition a suivi la GGB, la Grande Guerre Bactériologique, qui s’est achevée avec l’interdiction de consommer toute viande animale, contaminée par un virus.

Tejo vit très seul, sa femme s’est temporairement installée chez sa mère, son père est devenu fou (il faut dire qu’il a toujours été intègre, sa folie est donc explicable), il a bien une sœur à qui il rend parfois visite, mais elle cache sa profonde indifférence sous une bienveillance de pacotille qui ne trompe personne. Son métier lui prend presque tout son temps. Mais les choses vont changer le jour où un gros client lui offre un cadeau royal, pure amabilité ou tentative de corruption qui ne dit pas son nom ? Le cadeau, c’est une jeune « tête », autrement dit une femme dont le destin aurait dû être dégustée.

Agustina Baztarrica, sans concession, on pourrait dire naturellement, partage avec nous des scènes quotidiennes, des moments si semblables à ce qu’on connaît déjà, semblables à notre propre vie, avec de minuscules différences : on a vu, forcément, des images d’abattoirs de porcs ou de bœufs, ce sont les mêmes ici, mais les « victimes » sont autres. La vie en ville est banale, on va prendre un verre avec des copains, on a des difficultés avec son conjoint, on fait la bise à sa collègue. On croise même des nouveaux riches insupportables.

La visite de l’abattoir est un documentaire qui, en déclinant les opérations successives qui permettent aux « têtes », c’est à dire aux produits, de devenir consommables, nous entraine dans une expérience de lecteur unique, nous plonge dans des impressions mouvantes, des réactions qui nous forcent à nous poser des questions sur nous-mêmes. Ou sur ceux qui nous entourent. Ou encore sur le monde dans lequel nous vivons. L’auteure nous emmène loin, très loin, et pourtant ce que nous lisons nous est familier et étranger à la fois : officiellement, dans cette société-là, les sentiments n’ont pas lieu de se manifester, mais malgré tout l’humain reste humain, et Marcos le reste vraiment. C’est susceptible de devenir source de problèmes.

Je le répète, l’incomparable mérite de Agustina Bazterrica est de nous mettre, de force mais sans violence, face à nous-mêmes. Nous nous sommes probablement déjà posé les questions qu’elle nous pose, mais elle le fait de telle façon que ses questions deviennent encore plus essentielles sous nos yeux. Un premier roman aussi maitrisé est une splendide promesse pour l’avenir.

Cadavre exquis de Agustina Bazterrica, traduit de l’espagnol (Argentine) par Margot Nguyen Béraud, éd. Flammarion, 295 p., 19 €.

Agustina Bazterrica en espagnol : Cadáver exquisito, ed. Alfaguara.

MOTS CLES : ROMAN ARGENTIN / ROMAN FANTASTIQUE / SOCIETE / PSYCHOLOGIE / EDITIONS FLAMMARION.

 

BAZTERRICA, Agustina Cadavre exquis