CHRONIQUES

Alain ROUQUIÉ

FRANCE

 

ROUQUIE, Alain

Né en 1939 à Millau, après des études d’espagnol, puis à Sciences-Po, il se penche sur la complexité de la vie politique en Amérique latine. Successivement ambassadeur de France dans plusieurs pays, il est actuellement le Directeur de la Maison de l’Amérique latine.

 L’appel des Amériques

2020

Né en 1939 dans une petite ville, au cœur du Massif Central, Alain Rouquié, ancien ambassadeur de France dans plusieurs pays latino-américains, actuel directeur de la Maison de l’Amérique latine à Paris, a découvert un peu par hasard, dans sa jeunesse, la variété et la richesse des terres, des pays, des habitants de ce territoire qui va du Nord du Mexique à la Terre de Feu, avec la complexité de ces sociétés et des politiques de cet immense espace.

Ce qu’il raconte dans une première partie, avec une simplicité qui crée l’empathie, c’est la construction d’une passion (mais une passion qui sera durable) et, plus encore, la construction d’une personne. S’il ne parle à aucun moment de ses qualités d’individu, elles apparaissent, très indirectement, dans le parcours du jeune homme, agrégé, professeur assistant, puis chercheur dans des institutions de plus en plus prestigieuses.

Le premier voyage, en 1964 (Argentine, Venezuela, Mexique) est une lumineuse entrée en matière. Grâce à quelques recommandations, Alain Rouquié est simultanément le jeune découvreur d’un univers qu’il a entrevu par l’intermédiaire des livres et l’interlocuteur de plusieurs sommités (Victoria Ocampo, Ernesto Sabato) avec, en prime, quelques pétainistes exilés là-bas et un tant soit peu nostalgiques.

Les doutes, les réflexions de cet étranger, d’une admirable honnêteté, sont le fond de ces mémoires : le capitalisme effréné qui deviendra le libéralisme à la Thatcher-Reagan-Pinochet, le rôle important des armées, le rééquilibrage impossible entre les classes dirigeantes et la masse des très pauvres, les effets de la révolution castriste à l’échelle du continent, sont au centre des questions que se pose l’auteur dans la deuxième partie, un auteur qui, joli cadeau pour les lecteurs de romans que nous sommes, ne manque pas de redire l’importance de la littérature pour comprendre la politique et l’histoire.

La complexité (par rapport à notre conception somme toute cartésienne de citoyen européen) de la politique et de l’histoire (argentine, en particulier) est décryptée grâce à des mots à la portée de chacun de nous : le XXème siècle défile, l’implication permanente de l’armée dans les affaires publiques est clairement expliquée, on arrive à comprendre des éléments qui étaient restés jusque là d’une totale obscurité, sur l’économie en particulier, les spectaculaires hauts et bas au Mexique et en Argentine par exemple.

Au-delà de la région géographique étudiée, Alain Rouquié pose des problèmes majeurs, la comparaison de systèmes de gouvernement, le principe de démocratie qui est à l’origine des États américains, si souvent malmené, est toujours au cœur du questionnement de notre guide. L’analyse politique des conditions de la démocratie est particulièrement nuancée et, encore une fois, d’une honnêteté absolue : Alain Rouquié clarifie sans simplifier.

Ce livre s’adresse aussi bien au débutant curieux de découvrir les réalités matérielles, mais surtout l’esprit du continent qu’à un lecteur ayant déjà des connaissances sur le sujet mais désirant les clarifier et les approfondir. En prime, il fera une connaissance qui a conquis notre respect, Alain Rouquié qui, cadeau supplémentaire, garde une bonne dose d’optimisme raisonnable, réconfortant.

L’appel des Amériques, éd. Le Seuil, 279 p., 22 €.

MOTS CLES : SOCIETE / POLITIQUE / HISTOIRE / EDITIONS LE SEUIL

 

ROUQUIE, Alain L'appel des Amériques

CHRONIQUES

Luis DO SANTOS

URUGUAY

DO SANTO, Luis

Luis Do Santos est né en 1967 à Calpica, petit village près des frontières brésilienne et argentine. Auteur de chansons et de nouvelles, il publie son premier roman en 2017.

 

L’enfant du fleuve 

2017 / 2020

Un hameau perdu au bout de tout, près d’un grand fleuve qui donne le rythme de la vie des habitants avec, parmi eux, un garçon de sept ans qui découvre la vie. On est en Uruguay, près de la frontière brésilienne, ce joli roman, le premier de son auteur, reflète avec un grand sens de l’humain la vie de chaque jour dans ce coin ignoré de tous.

L’ambiance ressemble beaucoup à celle de plusieurs récits de Horacio Quiroga qui se situent dans le même coin reculé, tout au bout de l’Uruguay, près de la frontière avec le Brésil et l’Argentine. La vie est rude dans ces lieux désolés, le père du jeune narrateur travaille dans des conditions épouvantables : il assemble des tuyaux destinés à l’irrigation, à une profondeur de plusieurs mètres. Grâce à ses capacités exceptionnelles (il peut tenir cinq minutes en apnée), il est devenu une sorte de vedette dans la région, mais une vedette qui à tout moment risque sa santé et même sa vie, une vedette qui termine ses journées couvert d’une boue malsaine, puante.

On n’est pas tendre dans le village près du fleuve, la vie n’est pas tendre, cela ne choque personne si une vieille voisine grincheuse demande à des garçons de sept ans d’aller jeter une portée de chiots dans le fleuve boueux. Méchant garçon, gentil garçon, notre guide à travers cette région à cheval entre les trois pays peut être déchaîné, tendre ou justicier. Il est bien seul, son copain blondinet quitte la région pour suivre sa famille, son chien meurt et c’est le fantôme de son grand-père qui intervient quand l’enfant a besoin de soutien, de consolation.

L’amour, l’amitié existent pourtant dans ce monde sans pitié, la dureté des uns n’est que l’effet de la dureté des choses, elle fait place parfois à des éclats d’humanité, tout comme le réalisme des descriptions fait souvent place à des éclats de poésie. La famille est bien le centre de la vie du jeune garçon, la tendresse de la mère, fatiguée par l’abondance des tâches, la rudesse du père, les sentiments en général sont forcément ponctuels, contradictoires, chacun est soumis à tout ce qui  lui est imposé, qu’il doit bien finir par accepter.

Et puis, réconfort éternel de l’enfant, il y a l’arbre dans lequel il grimpe quand tout va mal, l’arbre au nom prédestiné, le paraíso.

L’enfant du fleuve de Luis Do Santos, traduit de l’espagnol (Uruguay) par Antoine Barral, éd. Yovana, Castelnau-le-Lez, 110 p., 15 €.

Luis Do Santos en espagnol : El zambullidor ed. Fin de Siglo, Montevideo.

MOTS CLES : ROMAN URUGUAYEN / SOCIETE / PSYCHOLOGIE / POESIE / EDITIONS YOVANA.

DO SANTO, Luis L'enfant du fleuve

 

ACTUALITE

Guillermo Arriaga Prix Alfaguara 2020

Le Mexicain Guillermo Arriaga, scénariste de plusieurs films de Alejandro González Iñáritu (Amores perros, 27 gramos, Babel), de Trois enterrements de Tommy Lee Jones, dont on peut lire en français Escadron guillotine, Une douce odeur de mortLe buffle de la nuit et, plus récemment Le sauvage (chronique sur AnnA le 11 mai 2019) vient de recevoir le Prix Alfaguara de roman 2020 pour Salvar el fuego, qui évoque les contradictions sociales mexicaines.

Le livre sera publié ce printemps.

ARRIAGA, Guillermo

CHRONIQUES

Horacio CASTELLANOS MOYA

SALVADOR

CASTELLANOS MOYA, Horacio

Né en 1957 à Tegucigalpa, Horacio Castellanos Moya est un journaliste et romancier salvadorien. Après des études internationales, il s’installe dans son pays mais il est contraint de s’exiler suite à la publication de son roman El asco; Thomas Bernhrad en San Salvador qui lui vaut des menaces de mort. Il a vécu successivement dans plusieurs régions du monde. Il réside aux États-Unis où il enseigne

 

 

La mémoire tyrannique

2008 / 2020

La bourgeoisie, celle du pouvoir et des richesses, est au centre des romans d’Horacio Castellanos Moya. Il nous a souvent éblouis quand il présentait cette Amérique centrale dont il est originaire, il nous a souvent fait sourire jaune en ironisant sur la stupidité de dirigeants cruels et aveugles. Dans La mémoire tyrannique (roman publié en espagnol il y a une douzaine d’années), il revient une génération avant l’époque de ses autres livres, dans ce qu’on peut considérer comme l’origine des malheurs futurs.

Haydée est l’épouse de Pericles, fille d’un grand propriétaire, mère de Clemente, un jeune homme qui joue les révolutionnaires, une position assez compliquée au moment où Pericles a été emprisonné pour avoir publié des articles peu agréables pour le régime qu’il avait pourtant soutenu, situation absurde puisque les ennemis les plus acharnés se trouvent dans un même camp, mais situation courante en Amérique centrale. Si le pays qui sert de cadre n’est jamais cité, Horacio Castellanos Moya avoue clairement qu’il s’est directement inspiré des événements qui ont agité le Salvador en 1944.

C’est vrai que le général, le dictateur, donne des signes de ramollissement cérébral, mais il garde le pouvoir, soutenu par une fraction de sa classe. Habituée à être du bon côté, Haydée découvre sans y croire ce que c’est de vivre dans une dictature, d’être soumis aux caprices d’un homme et de s’enfoncer de plus en plus dans un état de victime quand on a été toute sa vie parmi les maîtres. Malgré la tension, la naïveté de cette femme est, pour le lecteur, assez réjouissante. Les malheurs qui l’assaillent sont-ils vraiment une injustice pour nous ? Dans son entourage, chaque individu est contre les autres, la seule exception étant le père de Pericles, militaire lui aussi, qui demeure partisan radical du dictateur et, par conséquent, opposé pour des raisons diverses à tous les autres membres de sa famille.

Le tragique, réel, objectif, de l’épisode révolutionnaire raté décrit dans la première partie, de ses conséquences (il ne fait pas bon être en disgrâce face à un tyran à moitié fou) devient sous la plume d’Horacio Castellanos Moya une farce même pas lugubre. La mère d’un condamné à mort en fuite commente les événements tragiques qui la touchent de très près en dégustant des petits gâteaux avec ses amies tout en s’amusant des ronflements de son chien, ainsi va la vie là-bas.

Des bourgeoises qui font la révolution, des héros trouillards, un dictateur sanguinaire épris d’ésotérisme, ces personnages et bien d’autres vivent leurs contradictions sans être entravés ni même gênés en quoi que ce soit. Quant aux contradictions du roman, elles rendent comique une situation profondément dramatique, c’est une marque de fabrique de Castellanos Moya. Nul autre que lui ne sait aussi bien faire rire de ces fantoches criminels que sont les hommes  politiques de son pays. Il possède le doigté pour ne pas amoindrir les responsabilités, pour les ridiculiser (et ils le méritent amplement) sans affaiblir la terrible réalité, celle des conseils de guerre permanents et les exécutions presque quotidiennes.

N’oublions pas que, globalement, les événements historiques se sont bien passés tel qu’Horacio Castellanos Moya les reprend en n’ajoutant que sa touche personnelle, ce qui est un plus incomparable et qui donne tout le sel à ces faits dramatiques en les rendant presque légers et en faisant passer un souffle de féminisme bien venu dans un pays et à une époque de machisme indiscuté.

Un court épilogue qui fait penser au Temps retrouvé donne un relief supplémentaire à la première partie, montrant toute la complexité de la politique des pays latino-américains, notamment en Amérique centrale. Il est difficile de dire si La mémoire tyrannique est le meilleur roman d’Horacio Castellanos Moya, ils sont tous si bons !

La mémoire tyrannique de Horacio Castellanos Moya, traduit de l’espagnol (Salvador) par René Solis, éd. Métailié, 320 p., 22 €.

Horacio Castellanos Moya en espagnol : Tirana memoria (2008) / El arma en el hombre / Donde no estén ustedes / Insensatez / Desmoronamiento : La sirvienta y el luchador : Baile con serpientes / El asco ; Thomas Bernhard en San Salvador, ed. Tusquets  / La diabla en el espejo, ed. Linteo, Ourense.

Horacio Castellanos Moya en français : La servante et le catcheur / Le rêve du retour : Effondrement / Le dégoût. Thomas Bernhard à San Salvador / Moronga / L’homme en arme, éd. Métailié.

MOTS CLES : ROMAN D’AMERIQUE CENTRALE / SOCIETE / HUMOUR / HISTOIRE/ POLITIQUE / DICTATURE EDITIONS METAILIE.

 

CASTELLANOS MOYA, Horacio La mémoire tyrannique

V.O.

Antonio BARRAL

FRANCE

BARRAL, Antonio

Né dans le sud de la France en 1962, Antonio Barral a passé son enfance et son adolescence en Europe, en Afrique et en Amérique du Sud. Après trois romans écrits en français, il publie son premier roman en espagnol.

 

 Todo el bien, todo el mal

2019

 

Amour, engagement, musique, voyages et écologie. Ce roman qui se déploie sur plus de trente ans raconte les amours tumultueuses du narrateur et de la fuyante destinataire de ces mémoires qui ne les aura peut-être jamais lues. Ils se rencontrent à treize ans dans leur collège à Quito. On est en 1975, lui arrive d’Afrique où travaillaient ses parents, elle est la fille la plus populaire du collège, il est paralysé par sa timidité, mais le temps, l’amour de la musique et de la politique les rapprochent.

Trois ans de séjour en Équateur, puis le garçon suit ses parents en France, sans qu’il puisse oublier la jolie élève. Pendant des années, ils se retrouveront et se perdront, partageront des moments d’amour torride et de longues périodes d’éloignement, en conservant leur préoccupation pour l’avenir de la planète et leur passion pour l’écologie, en échangeant des découvertes musicales, de nouvelles modes, des groupes originaux et en espérant concrétiser cet amour si durable pour pouvoir enfin vivre l’un près de l’autre. Elle s’est mariée en Équateur, a eu des enfants, a un temps quitté sa famille pour vivre avec un amant. Il s’est marié en France, a divorcé, a eu des aventures, mais ils finissent toujours par se retrouver quelque part dans le monde pour vivre des moments d’une intensité érotique envoûtante.

Pourtant il y a un problème : pourquoi la belle Équatorienne se dérobe-t-elle toujours si le Français lui propose une vie commune ? Elle ne refuse jamais l’idée, mais au moment de la rendre réelle, elle remet à plus tard sa réponse. Qui fait souffrir l’autre ? En un mot, qui est victime du pouvoir de l’autre ?

L’amour entre deux êtres proches et différents à la fois est bien au centre du roman, mais la musique a un rôle important, le texte est parsemé de citations de chansons en espagnol et en français. L’évolution de l’écologie est une autre richesse : Antonio Barral montre la volonté des militants, la déception face aux puissances bien supérieures auxquelles ils s’affrontent et l’impossibilité de changer les choses face à des gouvernements étouffés à la base par ceux qui manipulent l’économie. Il montre très bien aussi les contradictions (très humaines, inévitables), de ces militants sincères mais qui font aussi partie du monde : comment aller au bout du monde pour protester contre les gaspillages sans prendre l’avion ?

Voilà un roman qui ne manque pas d’intérêt, qui donne une vision à la fois très humaine et à bonne distance des réalités contemporaines, qui est aussi une source d’inspiration musicale et politique tout en maintenant un certain suspense : un amour heureux est-il possible?

Todo el bien, todo el mal de Antonio Barral, ed. H, Montevideo, 215 p., 20 € (+ 5 € pour frais de port). Contact : editions.trapiche@yahoo.com

MOTE CLES : ROMAN FRANÇAIS / EQUATEUR / AMOUR / MUSIQUE / POLITIQUE / SOCIETE.

 

BARRAL, Antonio Todo el bien, todo el mal

CHRONIQUES

Le goût d’Haïti

HAÏTI

2020

 

Le goût de… est une jolie collection des éditions Mercure de France qui présente des anthologies littéraires sur des sujets très variés, la politique, la passion amoureuse, sur des pays et des villes aussi. Dans un format réduit, ces volumes, petits mais riches, passent en revue les textes écrits autour du thème.

Georgia Makhlouf, traductrice, essayiste et romancière, s’est chargée de faire découvrir Haïti à travers des auteurs, des inconnus pour nous, pour certains, et d’autres qui nous sont familiers mais dont nous ignorions qu’ils aient pu écrire sur ce lointain pays.

Depuis les origines jusqu’à l’actualité, se dévoile ce pays, si souvent victime de la nature ou de l’histoire, qui n’a jamais perdu cette farouche volonté de vivre malgré tout.

On pourra ainsi lire des textes remontant à la fin du XVIIIème  siècle ou très actuels, des extraits de mémoires, de romans, des poèmes, tout un éventail qui, en se combinant, présente, en un peu plus de cent pages de format réduit, l’ensemble des  sensibilités haïtiennes.

Si l’on connaissait déjà le beau roman de Mario Vargas Llosa sur la dictature de Trujillo (La fête au Bouc), on découvre que Victor Hugo, Truman Capote et André Breton, parmi d’autres, ont écrit sur Haïti.

Chaque courte entrée se compose d’une présentation succincte mais complète de l’auteur et du contexte, du texte cité (une ou deux pages) et d’un commentaire très enrichissant sur les à-côtés du texte (période historique, rôle politique ou personnel de l’auteur, anecdote autour du texte).

Le goût d’Haïti se révèle absolument nécessaire pour découvrir ou redécouvrir l’immense richesse créative d’Haïti.

Le goût d’Haïti, anthologie présentée par Georgia Makhlouf, éd. Mercure de France, 126 p., 8,20 €.

MOTS CLES : HISTOIRE / LITTERATURE / SOCIETE / EDITIONS MERCURE DE FRANCE.

 

MAKHLOUF, Georgia Le goût d'Haïti

CHRONIQUES

Martín SOLARES

MEXIQUE

 

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Né en 1970 à Tampico, après des études effectuées au Mexique et en France, est devenu journaliste. Il a publié trois romans et un essai.

 

Quatorze crocs

2018 / 2020

 

Après le changement de direction d’il y a quelques mois, les éditions Christian Bourgois font peau neuve. L’esprit de la maison reste le même, originalité et qualité, look qui reste classique mais se permet quelques fantaisies, à l’image de la couverture du nouveau roman de Martín Solares. Lui aussi change, et radicalement. Après deux gros romans sur les violences au Nord-Est du Mexique et le charmant Comment dessiner un roman, voici Quatorze crocs, premier tome d’une trilogie, c’ est un polar barjot qui nous promène dans un Paris très noir, en 1927.

Pierre Le Noir travaille aussi discrètement que possible dans une discrète brigade de la police parisienne, la Brigade Nocturne. Et une nuit, justement, il est appelé pour s’occuper d’un cadavre trouvé dans le Marais. Pas question d’en dire plus, tout le délicieux (!) fumet serait éventé.

On croise des personnages bizarres et souvent attachants, les règles générales ne sont pas précisément les mêmes que les nôtres. Il faut dire que Pierre Le Noir, enfant, a souvent assisté sa grand-mère qui était une voyante réputée, ce qui l’a probablement bien aidé à accepter ce qui est légèrement hors normes. Un mystérieux bijou offert par la vieille dame est censé le protéger de tout danger, lui a-t-elle promis.

Quand il se retrouve dans le salon du vicomte et de la vicomtesse de Noailles, entouré d’un tas de dadaïstes et de surréalistes, il ne sait plus quoi ou qui regarder, devant l’abondance du génie. Y en aurait-il un, parmi les Breton, Aragon ou Cocteau, qui pourrait l’aider à faire avancer son enquête ?

Mais ‒ enfer et damnation ‒ dans quel genre de littérature Martín Solares nous fait-il pénétrer ? Ce n’est pas moi qui  vous le dirai, je crains le Châtiment ! Ne disons rien de plus, donc, mais parlons un peu de tout : au menu de ce roman décalé (c’est un euphémisme), un objet d’art volé, une visite chez un photographe connu, une menace mortelle sur Paris qui pourrait ne pas y survivre, des ombres qui passent, un Louis Pasteur jusque là inconnu, une promenade mouvementée dans le cimetière Montparnasse, le groupe surréaliste et son histoire et une énorme dose d’humour. De quoi se faire peur et rire aux éclats.

La pleine lune sert de point final, en attendant le prochain épisode. Que cela ne dure pas une éternité !

Quatorze crocs de Martín Solares, traduit de l’espagnol (Mexique) par Christilla Vasserot, 200 p., 18 €.

Martín Solares en espagnol : Catorce colmillos / Los minutos negros / No mandes flores, ed. Literatura Random House.

Martín Solares en français : Les minutes noires / N’envoyez pas de fleurs / Comment dessiner un roman, éd. Christian Bourgois.

MOTS CLES : ROMAN MEXICAIN / HUMOUR / FANTASTIQUE / EDITIONS CHRISTIAN BOURGOIS.

 

SOLARES, Martí, 14 crocs

 

SOUVENIR (Saint-Étienne, octobre 2019) : 

 

 

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