ACTUALITE

César Aira lauréat du Prix Formentor en Espagne

César Aira, auteur argentin prolifique (une bonne centaine de romans publiés) vient de recevoir le Prix Formentor qui a précédemment été attribué entre autres à Jorge Semprún, Jorge Luis Borges, Nathalie Sarraute, Ricardo Piglia, Enrique Vila Matas ou Annie Ernaux.

Sur AnnA, vous pouvez lire mes commentaires sur Le congrès de littérature et Le testament du magicien ténor (éd. Christian Bourgois), en attendant Le tilleul et Equisses musicales, sortie le 20 mai toujours chez Christian Bourgois. dont voici les futures couvertures, pour vous donner envie !

ACTUALITE

Pilar Quintana Prix Alfaguara 2021

La romancière colombienne, dont nous avons beaucoup aimé La chienne (voir mon commentaire sur AnnA) vient de recevoir le prestigieux Prix Alfaguara du roman 2021 pour Los abismos.

Comme La chienne, le thème central de Los abismos est la famille.

Le roman sera en librairie en Espagne et dans toute l’Amérique latine le 25 mars.

Elle est le quatrième auteur colombien à être lauréate, après Laura Restrepo (Delirio), Juan Gabriel Vásquez (El ruido de las cosas al caer), et Jorge Franco (El mundo de afuera).

ACTUALITE

Une année nouvelle pleine de richesse / Un año nuevo lleno de riquezas

Chers amis lecteurs et lectrices,

2020 avait commencé dans le calme : Chloé Aridjis, Martín Solares, Horacio Castellanos Moya, Guillermo Saccomanno et d’autres avaient publié en France leur roman récent. Et puis arriva le Covid et, parmi les premières victimes, Luis Sepúlveda. Le reste de l’année, ce fut la confusion, librairies fermées, l’édition qui, ne pouvant proposer au public ses nouveautés, les a retardées pour l’automne, pour l’année 2021, qui en a annulé certaines.

2020 s’est achevée, avec quelques lueurs d’espoir : le combat mené par nos amies argentines (je pense à Selva Almada, à Claudia Piñeiro, à Alicia Dujovne Ortiz, à Laura Alcoba, parmi d’autres) pour la légalisation de l’avortement a fini par une victoire. En littérature, ce mois de janvier nous promet de très belles surprises, croyez-moi.

Je vous souhaite des heures et des heures de lectures que j’essaierai de partager avec vous.

Et, pour ne rien manquer, ABONNEZ-VOUS à AnnA : vous serez informés (gratuitement bien sûr) de toute nouvelle chronique publiée sur le blog et vous pourrez mieux choisir vos lectures de 2021 !

Queridos lectores, queridas lectoras :

2020 había empezado en la calma : habían publicado en Francia su novela más reciente Chloe Aridjis, Martín Solares, Horacio Castellanos Moya y Guillermo Saccomanno, y otros más. Y llegó el Covid y, entre las primeras víctimas, Luis Sepúlveda. El resto del año, fue la confusión, con las librerías cerradas, las editoriales que, como no podían proponer sus novedades al público, demoraron las salidas hasta el otoño, el año 2021 o cancelaron algunas.

Se acabó el 2020, con algunas luces de esperanza: la lucha librada por nuestras amigas argentinas (pienso en Selva Almada, Claudia Piñeiro, Alicia Dujovne Ortiz o Laura Alcoba) por el aborto legal se terminó con una victoria. Y este enero nos promete unas buenas sorpresas, créanme.

Les deseo horas y horas de buenas lecturas que intentaré compartir con ustedes.

Y, para no perder nada, SUSCRIBANSE a AnnA : se informarán (por supuesto es gratis) sobre cada nueva crónica publicada en el blog, y ¡ podrán elegir mejor sus lecturas del 2021 !

Luis Sepúlveda

ACTUALITE

Edmundo PAZ SOLDÁN

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BOLIVIE

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Né à Cochabamba en 1967, Edmundo Paz Soldán est chroniqueur pour plusieurs journaux et revues européennes et américaines, traducteur et auteur de nouvelles, d’essais et de romans (certains de science fiction). Il enseigne dans une université nord-américaine. Il réside aux depuis 1991 aux États-Unis.

La Vierge du mal

2017 / 2020

La Casona, pénitencier isolé très loin de la ville, très loin de tout, dans la région nommée Les Confins, est un vaste ensemble architectural, cinq cours entourées de bâtiments divers, dont la cinquième est tenue secrète, cellules plus ou moins sécurisées selon les zones, habitation du Gouverneur Lucas Otero et de sa famille, logements, infirmerie, petits commerces. Les règlements sont appliqués avec ce qu’on peut  appeler un certain libéralisme. Ainsi, officiellement pour éviter de pires dégâts psychologiques, il y a des cas de prisonniers pouvant vivre avec leur famille, ainsi se croisent dans les couloirs et les cours de dangereux violeurs et des assassins et les enfants d’un voleur incarcéré.

Des matons ont installé un péage que doit acquitter toute personne qui veut aller d’une zone à l’autre, ou même tout  simplement pour entrer après quelques achats dans le village voisin. D’ailleurs tout ou presque se règle avec une petite gratification. On peut se procurer drogues ou prostituées, il suffit de demander – et de payer −.

Les uns rackettent, les autres s’endettent, les autorités ferment les yeux, remettre de l‘ordre provoquerait des révoltes et des violences bien pires. Ce contre quoi le Gouverneur voudrait bien se battre, c’est contre cette religion très importante dans la Casona. L’Innommable est une sorte d’ « antévierge » (comme il existe un antéchrist), mi Marie de Nazareth, mi Reine de la Nuit. Ce culte, déjà bien installé dans la province des Confins, s’est répandu dans la Casona (qui possède aussi une église, de moins en moins fréquentée) et inquiète le Gouverneur car il en est arrivé au point de rivaliser avec son pouvoir. La déesse vengeresse, représentée avec un couteau entre les dents, n’incite décidément pas à la tolérance ni à l’harmonie.

Un monde presque normal vit là, le presque fait la différence. Hommes et femmes font ce qu’ils peuvent pour chaque jour arriver au jour suivant. Certains – beaucoup, c’est tout de même une prison – sont vraiment dangereux, pour les autres, pour eux-mêmes et pour la société, mais la société est elle aussi dangereuse, alors, comment s’en sortir ? Y a-t-il une lumière au bot du tunnel ? Pas sûr.

Du bureau du Gouverneur, tout puissant dans la Casona mais soumis aux ordres du ministère, et donc pas puissant du tout, aux cellules sans fenêtres et sans aération, le parcours tortueux et chaotique permet de multiples rencontres dont le point commun est la peur : peur de l’autorité, du maton, du dealer, du client du dealer, du caïd violeur, et pour finir, de ce nouveau virus qui commence à se manifester et dont la première victime est la seule vraiment innocente de la Casona, un bébé.

Bien sûr, si on lit La Vierge du mal  à l’automne 2020 ou au printemps 2021, suivre l’apparition et l’évolution d’un nouveau virus, observer les doutes, l’impuissance des scientifiques dont certains profèrent des affirmations douteuses, les hésitations des responsables, tout cela est plus que troublant. Mais il ne faut surtout pas s’arrêter à cela, sinon on perdra de vue le message du roman, qui va bien au-delà de ce qui ne serait qu’un hasard anecdotique. Surtout restons dans  le roman et laissons de côté notre présent.

Ce que montre et démontre Edmundo Paz Soldán, c’est la misère humaine. Elle touche toutes les classes sociales, du plus haut niveau aux condamnés les plus veules, les plus pourris par la société ou par eux-mêmes. Au fond de cette misère, on sent pourtant des espoirs, un médecin qui pour rien au monde ne renoncerait, une action minime qui peut faire qu’on se regarde à nouveau en face sans honte.

Et, enfin, reste une question : assiste-t-on, avec La Vierge du mal, à la mort, à la disparition d’un monde (ce serait le pénitencier, ce pourrait être notre cadre tout entier), ou alors, avec cette religion en création, assiste-t-on à la naissance d’un nouvel univers ? La Vierge du mal pourrait y participer… Qu’est-ce que le bien, qu’est-ce que le mal ?

La Vierge du mal, traduit de l’espagnol (Bolivie) par Robert Amutio, éd. Gallimard, 399 p., 24 €.

Edmundo Paz Soldán en espagnol : Los días de la peste, ed. Malpaso, Barcelone, 2017.

MOTS CLES : BOLIVIE / SOCIETE / PSYCHOLOGIE / VIOLENCE / E

ACTUALITE, CHRONIQUES

10 décembre 2020 : il y a 100 ans naissait Clarice Lispector

Le centenaire de la naissance de Clarice Lispector

Le 10 décembre 1920, naissait en Ukraine Clarice Lispector. Fuyant les persécutions contre les juifs, sa famille s’installe au Brésil dès 1922 et se fixe d’abord à Recife, où Clarice commence ses études, puis à Rio, qui deviendra sa ville. Elle épouse Maury Gurgel Valente en 1943. Il est diplomate et elle le suit dans ses différentes résidences, Italie, Suisse puis États-Unis. Ils ont deux fils, Pedro et Paulo qui entretient avec énergie la mémoire de sa mère.

Dominant plusieurs langues, elle traduit, de l’anglais et du français et publie son premier roman en 1944 (Perto do corazão selvagem / Près du cœur sauvage).

Elle se sépare de son mari en 1959 et retourne vivre à Rio. Désormais elle se consacre à l’écriture : littérature pour enfants et adolescents, nouvelles, romans (une dizaine) et de nombreuses chroniques pour des journaux.

Trop peu connue en France, elle est pourtant considérée à juste titre, au Brésil, mais aussi sur tout le continent américain, au Nord comme au Sud, comme une des figures majeures de la création littéraire mondiale au XXème siècle. Ses sujets sont souvent intimistes, représentatifs de la condition humaine universelle. Des petits riens significatifs, les sensations qui prennent le dessus sur l’action sont une des constantes de l’œuvre romanesque de Clarice Lispector. On l’a souvent comparée à Virginia Woolf, et il est vrai que des éléments de ces deux auteures sont assez proches, mais Clarice Lispector n’avait lu aucun texte de l’Anglaise quand elle a publié son premier roman.

Son style se caractérise par deux mots, la précision et la délicatesse, notions qui, loin de s’opposer chez elle, se complètent, de même que la subtilité n’empêche jamais la profondeur, bien au contraire, elle la fait ressortir. On est à l’opposé de la préciosité tout en baignant dans l’élégance discrète.

Dans ses récits, comme dans ses chroniques (environ 120, écrites entre 1946 et 1977 ont paru récemment en français), elle part de petits riens significatifs et avance des pensées qui naissent d’eux. Le plus souvent les sensations prennent le pas sur les actes. Une autre grande caractéristique de l’œuvre écrite de Clarice Lispector est la liberté qu’elle s’est en permanence appliquée à elle-même et à ce qu’elle écrivait : pas question d’entrer dans un système, d’imiter, de reprendre qui ou quoi que ce soit. Elle écrit, elle propose, si l’éditeur, si le lecteur n’en veut pas, qu’il s’éloigne, la créatrice continue sur cette voie qu’elle ne s’est probablement pas fixée, mais qui est sa voie – et sa voix −.

C’est tout aussi naturellement qu’elle est féministe, c’est bien un féminisme naturel qu’elle pratique : aucune grande théorie, la simple affirmation, qui devrait sembler évidente à tous, hommes et femmes, qu’un être humain n’est qu’un être humain et que, s’il est femme, il – elle – a exactement les mêmes « droits » (que le mot est laid !), les mêmes raisons d’exister dans la liberté (encore !), la dignité, d’exister, c’est tout : les difficultés font partie de la vie, elles peuvent être graves, elles le sont souvent plus pour les femmes, alors n’en rajoutons pas à une moitié de l’humanité sous le prétexte qu’elle vit au féminin.

Pour découvrir l’œuvre de Clarice Lispector, on peut se demander par où commencer. Si on hésite à choisir un roman, parmi la dizaine publiée en France, on peut se lancer soit dans les chroniques (ce serait mon conseil) : ouvrir au hasard, entamer les premières lignes, je garantis qu’on continue, et qu’on ne s’en tient pas à une seule chronique. Si on préfère la narration, les nouvelles seraient une très bonne introduction au charme des écrits de notre auteure. Les prendre au hasard, comme pour les chroniques me semble la meilleure possibilité, c’est-à-dire, respecter de notre côté cette liberté qu’elle pratiquait en écrivant. Pour les romans, je proposerais de commencer soit par le premier (Perto do corazão selvagem / Près du cœur sauvage), soit par le dernier (Um sopro de vida / Un souffle de vie), puis se laisser guider, encore, par le hasard. Je serais étonné qu’après une première lecture, d’une chronique, d’une nouvelle ou d’un roman, on ne continue pas la découverte.

Grâce aux éditions des femmes-Antoinette Fouque, le lecteur français a accès à l’intégralité des écrits de Clarice Lispector, avec, en prime, à l’occasion du centenaire, un coffret de trois jolis petits volumes, deux romans et un livret (chronologie et photos personnelles de l’auteure).

Cinq romans ont paru sous forme de livres-audio, avec les voix  de Sterenn Guirriex, Fanny Ardant, Chiara Mastroianni, Hélène Fillières et Anouk Aimée.

On peut lire également, en français : N. Setti-M-G. Besse (éditrices)  Clarice Lispector : une pensée en écriture pour notre temps, Paris, l’Harmattan « Créations au féminin », 2013 (273 p.).

Et, aux éditions des femmes-Antoinette Fouque :

Vous pouvez lire sur AnnA plusieurs chroniques sur l’œuvre de Clarice Lispector.

ACTUALITE, CHRONIQUES

Roberto BOLAÑO Œuvres complètes tome 3

Œuvres complètes tome 3

Mille pages de plus pour ce troisième tome des œuvres complètes de Roberto Bolaño. La moitié est composée par des textes courts sur des sujets variés, des discours prononcés ici et là, des articles de presse, des conférences et des notes dont la plupart avaient été publiées, mais dont certaines sont inédites.

Tout sujet est bon à être traité par Roberto Bolaño, une rencontre fortuite dans les rues de Blanes (où notre écrivain a passé les dernières années) avec les trois rois mages de la procession organisée dans une ville pratiquement déserte en hiver, deux des « rois mages » étant des travailleurs immigrés, la vision surréaliste, en été cette fois, un baigneur étendu au soleil et qui a tout l’air d’un cadavre, des réflexions, entre clairvoyance et nostalgie, sur l’évolution politique de son pays d’origine, le Chili où il ne reviendra qu’une seule fois.

Une dernière partie, peut-être encore plus passionnante que les autres (mais est-il possible, chez Bolaño, de décider de ce qui est le plus passionnant ?, si on se met à jouer à ce jeu-là on ne peut que perdre !) est un recueil de notes de lectures, qui montre une fois de plus la lucidité extraordinaire d’un lecteur boulimique, enthousiaste, et qui savait, grâce à un flair hors norme, reconnaître le futur grand alors que celui-ci en est à sa première publication et qu’il a à peine vingt ans.

Cette deuxième partie du troisième tome est à lire par bribes, une page ou deux au hasard, tout est à prendre et à garder.

Dans une première partie de ce troisième tome, deux romans, La piste de glace, publié à l’origine en 1993, sa première reconnaissance publique, même s’il lui a fallu plusieurs années pour atteindre vraiment le public. Trois narrateurs se partagent le récit autour d’un assassinat, un Chilien, un Mexicain et un Espagnol. On reconnaît évidemment les trois pays de Bolaño, ainsi que ce qui fut sa dernière étape, la Catalogne de la côte. Les idées sont déjà là, la façon très personnelle de raconter aussi.

Le décor est le même dans Le Troisième Reich, publié, lui, en 2010, sept ans après la mort de Roberto Bolaño. Le texte avait été rédigé à peu près en même temps que La piste de glace et l’auteur avait eu l’intention de le publier. Le personnage principal, le narrateur, est un jeune Allemand qui vient passer une fin d’été dans un hôtel de la Costa Brava qu’il connaît bien depuis son adolescence. Il s’occupe principalement à jouer à un jeu de guerre autour du Troisième Reich, le nazisme planant sous forme de menace diffuse au-dessus d’un lieu où tout est fait pour la détente. L’ambiance mi estivale, mi pesante, fait ce charme trouble qui ne se dément pas jusqu’à la dernière page.

Une pierre de plus dans cette belle initiative, initiative indispensable d’avoir à sa disposition tous les écrits d’un génie.

Œuvres complètes de Roberto Bolaño, tome 2, traduit de l’espagnol (Chili) par Robert Amutio et Jean-Marie Saint-Lu, 1008 p., 29 €, 25 € jusqu’au 31 décembre 2020.

MOTS CLES : CHILI / ESPAGNE / LITTERATURE / EDITIONS DE L’OLIVIER.

ACTUALITE

Perla Suez, Prix Rómulo Gallegos 2020

La romancière argentine Perla Suez vient de recevoir le Prix Rómulo Gallegos. Considéré comme le prix littéraire le plus prestigieux de la langue espagnole, il a été décerné depuis 1967 à Mario Vargas Llosa, Carlos Fuentes, Roberto Bolaño ou Elena Poniatovska, entre autres.

El país el diablo se situe au coeur de la Patagonie dans la deuxième moitié du 19ème siècle. La violence couve…

Très bientôt sur AnnA une chronique qui commentera El país del diablo.

LES ROMANS PRIMES