ROMAN VENEZUELIEN

Miguel BONNEFOY

VENEZUELA

Miguel Bonnefoy©Audrey Dufer-3©Audrey Dufer

 

Né en 1986 à Paris, il est le fils d’une diplomate vénézuelienne et d’un romancier chilien. Son enfance a été internationale, comme ses études. Après deux recueils de nouvelles remarqués il publie Le voyage d’Octavio, finaliste du Prix Goncourt du Premier Roman puis Sucre noir ainsi qu’un récit de voyage et d’aventure, Jungle. Pensionnaire de la Villa Médicis en 2018-2019.

Sucre noir.

2017

Le premier roman de Miguel Bonnefoy, Le voyage d’Octavio (2015), a été accueilli avec enthousiasme par la critique et le public. En 2016 sortait un récit, Jungle, passionnant concentré d’aventures, d’ethnologie, de psychologie et d’humour. Et voici Sucre noir, très attendu, qui, disons-le tout de suite, confirme tous les espoirs que l’on pouvait avoir.

L’ouverture (comme dans un opéra) nous transporte directement dans un univers fait de folie et de réalité : « un navire naufragé, planté sur la cime des arbres, au milieu d’une forêt ». Ce navire est à l’origine de la légende éternelle du trésor oublié et caché. Quel est le destin d’un tel trésor, dont on n’est d’ailleurs pas absolument certain qu’il existe vraiment ? On le cherche évidemment !

Certains écrivains ont besoin de centaines et de centaines de pages pour écrire leur roman total et ‒ souvent ‒ ils le réussissent. Miguel Bonnefoy y parvient  en 206 pages, qui concentrent épopée (plutôt modeste, à notre portée), aventure humaine, sublime histoire d’amour, fine analyse de caractères et surtout un amour débridé, jouissif, pour les mots. Il n’aime pas que raconter, Miguel Bonnefoy, il aime le faire en beauté. Chaque phrase mériterait d’être citée.

Il présente un village dans lequel « les montres étaient réglées sur le vol des oiseaux ». L’action est hors du temps, on pourrait dire entre deux époques connues : les traditions matrimoniales, familiales, sociales, sont bien présentes, familières, on pense aux années 20 ou 30 du XXème siècle, mais on y fabrique aussi un alambic avec une cocotte-minute et des seaux en plastique. Les nouveaux réverbères sont utiles « pour combattre la délinquance autant que l’amour ». Quant à l’homme et à la femme, les personnages du récit, jeune ou vieux, ils sont tels que ce que l’homme et la femme ont toujours été.

Ces personnages, dont la banalité de surface cache des trésors qu’on découvre peu à peu, sont tout à fait semblables au trésor bien matériel, lui, qui devrait se trouver quelque part, enterré depuis trois siècles. C’est bien de cela qu’il s’agit : une chasse au trésor que partagent protagonistes et lecteurs, le trésor n’étant pas exactement de même nature dans les deux cas, et sans aucun doute, c’est le lecteur qui en sortira gagnant.

L’amour des deux personnages principaux dans la première partie, est insaisissable (« ni bonheur, ni chagrin ») mais solide et réel. Plus tard la passion, curieusement, le sera moins, devenue presque raisonnable. L’exotisme que peut ressentir le lecteur européen est un masque : l’homme et la femme se ressemblent beaucoup, qu’ils vivent là-bas ou ici, les surprises, qui ne manquent pas, ne viennent pas du décor mais toujours des personnes. D’ailleurs, cet univers lointain, rêvé, comment ne pas le reconnaître, c’est le nôtre aussi. Comment ne pas reconnaître ces grandeurs affichées et ces misères bien réelles, la force et les failles de ces personnages, cela s’applique à chacun d’eux et à chacun d’entre nous.

La réjouissante morale de cette lecture est simple et essentielle : un roman de 200 pages peut donner un vrai bonheur à des milliers de lecteurs ! Qui dit mieux ?

Sucre noir, éd. Rivages, 200 p., 19,50 €.

 

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MOTS CLES : REALISME MAGIQUE / HISTOIRE DU VENEZUELA / AMOUR.

Souvenir :

BONNEFOY, Miguel (2)

PUBLICATION ORIGINALE : http://www.espaces-latinos.org

 

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