CHRONIQUES, ROMAN FRANCAIS, ROMAN VENEZUELIEN

Miguel BONNEFOY

FRANCE / VENEZUELA / CHILI

Né en 1986 à Paris, il est le fils d’une diplomate vénézuelienne et d’un romancier chilien. Son enfance a été internationale, comme ses études. Après deux recueils de nouvelles remarqués il publie Le voyage d’Octavio, finaliste du Prix Goncourt du Premier Roman puis Sucre noir ainsi qu’un récit de voyage et d’aventure, Jungle. En 2018-2019 il a été pensionnaire de la Villa Médicis à Rome. Après Héritage, L’inventeur est son quatrième roman.

L’inventeur

2022

« D’après une histoire vraie », lit-on parfois à propos d’un roman ou d’un film, slogan destiné à appâter le lecteur ou le spectateur ou à donner du poids au récit, au scénario. Miguel Bonnefoy n’a pas besoin de ce genre d’artifice pour séduire, pour étonner, pour apprendre, pour divertir aussi et pour émouvoir.

Qui connaît aujourd’hui Augustin Mouchot, né à Semur en Auxois en 1825 ? Bébé puis enfant souffreteux, personne ne lui voit d’avenir. Miguel Bonnefoy lui en donne un ! Plus exactement il le fait revivre, et c’est justice. Modeste professeur de mathématiques dans d’obscurs lycées provinciaux, Mouchot a un jour l’idée lumineuse que le soleil peut posséder une énergie jusque là pas tout à fait inconnue (les navires brûlés d’Archimède, la curieuse marmite solaire d’un certain Horace de Saussure, alpiniste qui cuisait ses soupes sur le Mont Blanc vers la fin du XVIIème siècle, pour le moins méconnu de nous mais qui avait intrigué le jeune homme.

Augustin Mouchot aura passé sa vie à être un survivant. Il survécut à toutes les maladies qui l’accablèrent enfant. Il survécut à ses interminables années d’ennui derrière sa chaire de professeur, enseignant sans enthousiasme. Il survécut à ses échecs répétés quand il s’escrimait à perfectionner les essais de sa machine révolutionnaire dont il sait  qu’elle sera un jour utile à l’humanité mais à laquelle personne ne croit. Il survécut même au succès de son invention, quand il fut l’invité de Napoléon III à Biarritz.

Mais sa réalité n’est pas celle d’un héros romanesque, elle est bien plus complexe, plus nuancée : plutôt qu’un héros, il est un homme peu doué pour en imposer aux autres et par là même bien plus intéressant, plus émouvant aussi. Le lecteur se sent proche de lui, il peut l’admirer ou avoir envie de le conseiller, de le secouer à certains moments, de prévoir ses faux-pas et de regretter de le voir finir par les faire.

Dans L’inventeur, il y a d’abord l’histoire d’une vie, le contexte historique, l’exotisme et, comme toujours chez Miguel Bonnefoy, il y a la façon de raconter, la fantaisie des images, les mots, ceux que l’on redécouvre, qui ont la saveur de la madeleine de Proust. Son style, une fois encore, est raffiné mais pas précieux, avec quelques audaces bienvenues (elle est belle, cette « cordée de dromadaires » dans le désert !), des phrases, des paragraphes entiers remplis de sensations un peu mystérieuses car tout se mêle, le doux et l’amer, le sombre et l’éblouissement. L’auteur rend visibles les machines ou les paysages qu’il décrit, on ne lit pas les descriptions du désert algérien, on le parcourt avec Mouchot, on ressent la chaleur ou l’humidité parisienne, on partage avec le savant-explorateur le goût de la bruyère sauvage qui parfume l’eau qu’il boit.

En explorant lui-même d’autres chemins (littéraires, ceux-là), Miguel Bonnefoy n’a pas fait fausse route. Il est aussi à l’aise dans ce registre plus classique, semble-t-il que dans ses balades sud-américaines précédentes et il donne le même plaisir sans bornes à ses lecteurs.

L’inventeur, éd. Rivages, 208 p., 19,50 €.

MOTS CLES : FRANCE / HISTOIRE / PSYCHOLOGIE / SOCIETES / HUMOUR / EDITIONS RIVAGES.

Souvenir :

Roanne 2017.

Voir mes commentaires sur les romans précédents de Miguel Bonnefoy :

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