ROMAN PERUVIEN, ROMAN VENEZUELIEN, V.O.

Kathy SERRANO

PEROU

Kathy Serrano est née en 1968 au Venezuela. Elle est actrice, metteuse en scène. Après un premier recueil de micro récits bien accueillis par la critique et les lecteurs, voici son premier roman.

El dolor de la sangre

2022

Martha vit à Lima depuis quinze ans. Elle a quitté le Venezuela, son pays natal, pour pratiquer son métier de photographe pour lequel elle est reconnue en Amérique latine. Son agent lui annonce qu’elle est invitée pour une série de photos de la fille d’un ministre vénézuélien qui elle-même veut entrer en politique. Ces photos glamour seraient une jolie introduction dans le milieu en passant par les revues qu’on appelle populaires.

Ses relations avec sa famille qui vit toujours à Caracas (une mère, deux sœurs et un frère, Rodrigo), sont réduites à presque zéro, Martha semble très réticente à se rapprocher d’eux si l’occasion se présentait et elle n’envisage même pas de leur annoncer sa venue pour quelques jours. Elle ne parle jamais de son passé familial avec ses amis et essaie constamment de le refouler. L’évocation de son frère en particulier lui est pénible, comme celle de l’attitude de la mère, dont le fils est celui à qui on pardonne tout, au détriment des trois filles.

À son arrivée à Caracas, elle est surprise d’être accueillie par Rafael, un ancien voisin et ami d’enfance, qui était un petit garçon timide, amoureux en secret de Martha. Il a visiblement réussi, ne se déplace qu’en voitures blindées surveillées par des gardes du corps. Il lui avoue être à l’origine de son invitation pour les séances photos et, plus tard, lui conseille vivement d’aller rendre visite à sa famille.

On reste au plus près des réactions de Martha, partagée entre sa réussite professionnelle qui, sur place, semble ne plus compter pour les collègues vénézueliens, et sa redécouverte d’une ville où elle a passé son enfance et son adolescence et qui, en quinze ans, s’est considérablement dégradée. Kathy Serrano a su rester au plus près de cette femme assez éloignée des conflits politiques pour voir avec un regard qu’on pourrait qualifier de neuf des réalités souvent déformées pour des raison purement idéologiques : elle découvre des pénuries qui touchent directement la vie de chaque jour, une corruption qui, bien que cachée, se révèle un peu partout et une violence qui n’existait pas quinze ans plus tôt : il est devenu impossible de sortir seul(e) dans beaucoup de quartiers, même de jour. On est à mille lieues d’une description militante, et celle-ci n’en est que plus forte, plus crédible. Le féminisme, discret mais efficace, est lui aussi bien présent.

Quant aux silences qui pèsent sur les relations familiales, les mystères se dévoileront peu à peu, un équilibre qui ne peut que se détruire a été établi grâce à des non-dits, là aussi la romancière a très bien réussi à maintenir une sorte de suspense psychologique qui révèle peu à peu, sans trop en dire, ce que même Martha avait tenté de refouler.

Le portrait de cette femme est la grande réussite du roman : le combat entre ses faiblesses et sa force naturelle est le moteur du roman, rien n’est éludé, ce que le lecteur pourrait voir comme des défauts est simplement une partie d’elle, de nature, elle règne sur un récit qui, autour de quelques personnes, est aussi celui d’un pays qui souffre mais qui survit, comme Martha.

El dolor de la sangre, ed. Planeta Perú, 204 p.

MOTS CLES : PEROU / VENEZUELA / PSYCHOLOGIE / SOCIETES / FEMINISME / EDICIONES PLANETA.

Mon commentaire, sur AnnA, en novembre 2019, sur le recueil de nouvelles de Kathy Serrano : Húmedos, sucios y violentos.

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