CHRONIQUES

Pola OLOIXARAC

ARGENTINE

Pola Oloixarac (pseudonyme de Paola Caracciolo) est née à Buenos Aires en 1977, est journaliste, traductrice et l’auteure de trois romans. Elle vit à Barcelone.

Mona

2019 / 2022

Mona? romancière péruvienne résidant aux États-Unis a quelques petits défauts, l’alcool et des antidépresseurs pris en quantité, elle peut être un peu nymphomane quoique frustrée. Elle a aussi de grandes qualités : c’est une observatrice douée et son premier roman vient d’être sélectionné pour un prix renommé en Suède. Elle est née au Pérou, a séjourné dans divers pays et vit en Californie.

Au bord d’un lac de rêve, Meeting réunit des auteurs venus du monde entier qui passent quelques jours en rencontres dites littéraires avant la proclamation du prix prestigieux. Mona écoute et regarde, elle se souvient aussi. Elle écoute les échanges entre ces créateurs, certains qui ont produit des séries de best sellers, d’autres qui sont restés de parfaits inconnus en dehors de leur cercle proche, certains qui sont même apeurés par un peu de lumière sur eux, d’autres qui sont persuadés d’être le centre du monde littéraire… et d’être le futur lauréat.

Mais Mona ne se limite pas à ironiser sur la vanité, bien réelle, de ce spectacle, il lui arrive d’être émue, par un témoignage, par un aveu échappé, même si l’ironie domine. On n’est pas étonné du nombrilisme, discret, caché souvent, du snobisme, du pouvoir de la mode, qu’on rejette violemment ou qu’on admire béatement, on l’est en revanche des fêlures secrètes que Mona débusque, des blessures qui se donnent ou qui se reçoivent, inconsciemment ou pas. Le regard de Mona est implacable mais juste. On n’assiste pas à un jeu de massacre, seulement à la réunion de gens artificiellement confrontés à eux-mêmes et à leur art, à l’art. Implacables aussi sont les phrases de Pola Oloixarac pour caractériser les silhouettes croisées. Quelques mots lui suffisent pour faire connaître celui ou celle qui apparaît devant Mona.

Discret et omniprésent, au centre de tout sans que cela soit une évidence, se trouve le corps, le corps qu’on cache ou qu’on dévoile. Celui de la grosse traductrice un peu aigrie, celui, attirant le plus souvent, de quelques auteurs mâles, celui d’un renard assassiné. Celui de Mona surtout, qui lui réclame ses doses d’alcool et de médicaments, qui souhaiterait attirer mais qui hésite à le faire, qui probablement a souffert, on s’en doute. Malgré les apparences, elle est pudique, Mona.

Le vrai féminisme peut être subtil ! Pola Oloixarac est une battante, son style le montre, ce qu’elle raconte est tout sauf tiède. Sa vision de la femme, Mona et les autres écrivaines, est variée (la femme existe-t-elle ?), elle n’est pas combative, ce qu’elle montre de ces femmes-là est une somme de touches qui dévoilent, pour ceux qui veulent voir, une fragilité cachée qui n’est pas faiblesse, elles ont en elles les ressources qu’elles pourront mettre en œuvre si…

L’humour qui imprègne le roman tient non seulement dans l’ironie des descriptions ou dans l’évidence du rapport direct entre l’art et le spectacle, chacun des auteurs joue un rôle (plus ou moins réussi), certains échappent au ridicule, d’autres s’y complaisent sans toujours en être conscients. Cette réunion de vrais bons écrivains est une farce dont nous sommes les seuls à jouir, avec Mona, eux sont les acteurs inconscients des plaisirs qu’ils nous donnent.

Et, superbe paradoxe, malgré l’ironie, la dérision, qui sont les vainqueurs absolus de cette réunion chaotique, comme souvent dans ce genre de réunions, universitaires ou entre auteurs, c’est la Littérature, avec un grand L, qui triomphe, non une comparaison entre écrivains, qui aurait pu être une émulation, non la gloire de recevoir un prix, non une pseudo reconnaissance internationale, la Littérature, c’est-à-dire, écrire dans son coin, aussi bien que possible, et partager un aboutissement qui plaira peut-être… Mona, qui est bien l’aboutissement qu’on a sous les yeux, pourra surprendre mais plaira forcément à un amoureux de la littérature.

En écrivant ces lignes, j’avoue avoir éprouvé une inquiétude un peu glaçante : ressembler aux participants du roman dans leur pédanterie, leur rigidité, leur supériorité affichée et le ridicule qui en découle !

Mona, traduit de l’espagnol (Argentine) par Isabelle Gugnon, éd. Le Seuil, 171 p., 19 €.

Pola Oloixarac en espagnol : Mona / Las constelaciones oscuras, ed. Literatura Random House / Las teorías salvajes, ed. Alpha Decay, Barcelona.

MOTS CLES : PEROU / LITTERATURE / CREATION / FEMINISME / PSYCHOLOGIE / HUMOUR / EDITIONS LE SEUIL.

Pour compléter cette lecture, un roman de César Aira raconte lui aussi la réunion, très loufoque, d’un groupe d’écrivains : Le congrès de littérature. Mon commentaire sur AnnA :

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s