CHRONIQUES

Selva ALMADA

ARGENTINE

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Selva Almada est née dans la province argentine de Entre Ríos. Après des études de Communication et de Lettres elle se consacre à la littérature (publication de romans, de nouvelles et direction d’ateliers d’écriture). Elle est aussi une militante active des droits de la femme.

Ce n’est pas un fleuve

2020 / 2022

Dans cet endroit un peu perdu, sur les bords d’un fleuve, il y avait trois garçons inséparables, Eusebio, Enero et Negro. Eusebio, jeune père, a été avalé par le fleuve. Vingt ans plus tard, le trio existe toujours. La seule différence, c’est Tito, le fils d’Eusebio, qui a pris la place de son père dans le groupe. Ils s’installent deux ou trois jours sur une île du fleuve, plongés dans une nature grandiose, belle et menaçante.

Dans leur village où s’est « installée », dans le garage du pasteur  une Église évangélique (deux hauts parleurs, une trentaine de chaises en plastique et trois palettes pour servir de scène), il ne se passe pas grand-chose. Alors la noyade d’un homme est tout un événement, un drame qu’on raconte longtemps après. Un drame, une disparition qui hante encore ceux qui y ont été mêlés, à commencer par Tito qui avait six ans quand sa mère la lui a apprise.

Le temps est immobile, la nature, impériale, impose sa présence, les blessures demeurant, s’atténuant ou refaisant brusquement surface. Les hommes subissent cette immobilité sans rester tout à fait inactifs. La pêche, les bières fraîches, les phrases échangées… la vie s’écoule, comme le fleuve.

Selva Almada se sait libre, elle fait sinuer son récit, laissant de côté des personnages qu’on pensait de premier plan  pour entrer dans l’intimité d’autres et pour, au final, dresser un tableau général, des gens que ne relie que la géographie, une proximité due au hasard, un hameau où femmes et hommes se connaissent et souvent s’ignorent. Est-ce se connaître que de cohabiter ? Plus que ses voisins (ou même sa sœur), c’est la forêt voisine que l’on connaît vraiment.

Une poésie rude accompagne le récit. Selva Almada, on le sait depuis son  premier roman, Après l’orage, a horreur de la mièvrerie, cela ne l’empêche pas de livrer des images saisissantes dans lesquelles il n’est pas question de beauté ou de laideur, pas question de juger que ce soit la nature ou les hommes, tout est ainsi. Sans prendre parti, elle fait naître un certain lyrisme dépouillé d’artifices.

Puzzle ou suite d’instantanés qui s’ajoutent ou semblent se contredire, le récit avance, parfois revient en arrière ou prend des allures surnaturelles, créant une atmosphère réaliste et mystérieuse, envoûtante. Ce n’est pas un fleuve est une pierre de plus qui s’ajoute à l’œuvre désormais solide de Selva Almada. C’est confirmé, elle est une des voix les plus originales et les plus fortes des lettres hispaniques.

Ce n’est pas un fleuve, traduit de l’espagnol (Argentine) par Laura Alcoba, éd. Métailié, 128 p., 16 €.

Selva Almada en espagnol : No es un río, ed. Penguin Random House / El viento que arrasa / Ladrilleros, ed. Mardulce / Chicas muertas, ed. Random House. / Mal de muñecas, ed. Vera (poésie) / Niños, Universidad de La  Plata, nouvelles / Una chica de provincia, ed. Gárgola, nouvelles / El desapego es una manera de querernos, ed. Literatura Random House, nouvelles / Los inocentes, ed. Entre Ríos, contes pour enfants.

Selva Almada en français : Après l’orage / Les jeunes mortes / Sous la grande roue, éd. Métailié.

MOTS CLES : ARGENTINE / SOCIETE / PSYCHOLOGIE / NATURE / EDITIONS METAILIE.

Souvenir :

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(Saint-Etienne, octobre 2015)

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