CHRONIQUES

Rodrigo GARCÍA

COLOMBIE / ÉTATS-UNIS

File de Gabriel García Márquez et de Mercedes Blacha, Rodrigo García Blacha est né à Bogota en 1959. Après des études d’histoire puis de cinéma, il est cinéaste (chef opérateur, scénariste, réalisateur pour le cinéma et la télévision).

Les adieux à Gabo & Mercedes

2021 / 2022

Avec une grande pudeur Rodrigo García, le fils du grand Gabriel García Márquez, s’est senti obligé de prendre des notes pendant la longue dégradation de l’état de santé du Prix Nobel de Littérature, en 1982. Non pour jouer du voyeurisme. Non pour écrire un livre destiné à bien se vendre, vu la notoriété de son père. Simplement pour témoigner.

Un fils raconte comment un père brillant et accessoirement connu dans le monde entier perd le contact avec la réalité qui l’entoure, ne se souvient plus de ses proches mais surnage dans cette situation poignante qu’est une démence envahissante.

Gabo est célèbre. Il est aussi très aimé par ses amis, bien sûr, mais aussi par ses lecteurs, une multitude anonyme. Paradoxalement c’est ce qui complique l’action de ses deux fils qui souffrent de la présence de ces foules qui suivent le déplacement de l’ambulance qui ramène le vieil homme à son domicile où il va mourir, mais qui n’ont pas la moindre envie de repousser ces gens qui sont là par amour, par respect, presque par dévotion (contrairement à la plupart des journalistes eux aussi présents sur place).

Rodrigo García raconte très simplement une gloire mondiale, une peur envers cette célébrité à laquelle son père ne pouvait échapper, une cadence lente et irrémédiable qui passe par la diminution puis la perte de la mémoire, ce qui conduisit le grand homme à relire ses propres chefs d’œuvre en les redécouvrant et en se posant la question de tout écrivain lucide sur sa création : « D’où cela vient-il ? »

Gabo meurt un Jeudi  saint, comme une des protagonistes de Cent ans de solitude… Les jours qui suivent sont au moins aussi durs que ceux qui ont précédé pour la famille et les proches. Là encore Rodrigo García fait preuve d’une belle simplicité pour dire les choses sans pathos et trouve les mots. On est dans un monde étrange (serait-ce une sorte de ce réalisme magique que l’on colle à la figure littéraire de Gabriel García Márquez sans bien savoir ce que ces mots signifient vraiment ?) Toutes les radios et les télévisions ne parlent que de ce père, cet époux, peut-on le retrouver sous cette forme médiatique tel qu’on l’a connu dans l’intimité familiale ? Une intimité partagée par les employés de maison, autre branche de la famille pour Gabo et les siens.

Au-delà du récit de jours éprouvants, ce petit livre qui contient quelques photos elles aussi parfaitement choisies, est un très bel hommage d’un fils pour une mère, très présente elle aussi, et surtout pour un père et on ne peut que se dire que, pour mériter ce genre de témoignage, le père n’était pas qu’un très grand écrivain, qu’il était aussi un homme d’une grande valeur, et qu’il a su transmettre cela à ses fils.

Les adieux à Gabo & Mercedes, traduit de l’anglais (États-Unis) par Catherine Richard-Mas, éd. Harper Collins France, 166 p., 16 €.

Rodrigo García en anglais : A farewell to Gabo and Mercedes., ed. HarperCollins, New York.

MOTS CLES : COLOMBIE / SOUVENIRS / PSYCHOLOGIE / EDITIONS HARPERCOLLINS.

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