CHRONIQUES

Daniel LOEDEL

ÉTATS-UNIS / ARGENTINE

Daniel Loedel, fils d’Argentine ayant fui la dictature, vit à New York où il est éditeur. Hadès, Argentine est son premier roman.

Hadès, Argentine

2020 / 2021

1976 : une dictature militaire s’installe en Argentine, très vite et très fort, elle organise une répression qu’on sait maintenant terrible mais qu’on découvrait peu à peu quand on vivait à La Plata ou à Buenos Aires. 1986 : Tomás Orilla, un Argentin qui vit désormais à New York, revient pour la première fois à Buenos Aires, rappelé par Pichuca, la mère d’Isabel, une amie très proche de son adolescence. Pichuca sait qu’elle mourra très bientôt et lui demande de venir la voir une dernière fois. Ce retour, qui sera bref, devient pour Tomás une immersion dans la période la plus noire de son existence.

Raconter quoi que ce soit des jours que passe Tomás dans la grande ville argentine est littéralement impossible : ce serait la garantie d’ôter tout l’intérêt de ce roman qui n’en manque pas. Les thèmes abordés de la façon la plus originale, tournent autour du rôle des tortionnaires et des victimes de cette violence sans limite des « fonctionnaires » utilisés par le régime : que se passait-il dans les locaux aménagés spécialement ici ou là en ville, comment vivait la majorité des Porteños sous la menace quotidienne, avec la présence constante des sinistres Ford Falcon utilisées par les policiers et les militaires, comment certains ressentaient la nécessité de résister, et avec quels moyens.

Au centre de ce tableau, qui pourrait être hyperréaliste se pose, pour le lecteur bien plus que pour les acteurs pris dans l’action au point qu’il devient impossible de réfléchir sereinement, la question morale : « bien » et « mal » peuvent-ils seulement exister quand quelques militaires sadiques règnent en maîtres sur des hommes qui leur sont soumis et en aucun cas ne peuvent désobéir ?

Parmi des personnages imaginés mais très probablement inspirés des personnes ayant existé on rencontre (sous un nom légèrement modifié) Alfredo Astiz qu’on connaît jusqu’en Europe sous le surnom d’Ange blond ou l’Ange de la Mort (qui a fini par être condamné en 2011 pour divers enlèvements, dont ceux de deux religieuses françaises).

La richesse d’un tel sujet et la manière de le traiter (ce dont justement je ne peux pas parler), la psychologie très nuancée des  personnages principaux, surtout celle de Tomás, font de ce roman une véritable réussite qui renvoie le lecteur vers sa propre conception de la morale et qui ouvre une multitude de questions qui concernent chacun de nous. Un premier roman très prometteur.

Hadès, Argentine, traduit de l’anglais (États-Unis) par David Fauquemberg), éd. La Croisée, 397 p., 21,50 €.

Daniel Loedel en anglais : Hades, Argentina, ed. Riverhead, Penguin Random House.

MOTS CLES : ARGENTINE / DICTATURE / VIOLENCE / HISTOIRE / SOCIETE / PSYCHOLOGIE / EDITIONS LA CROISEE.

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