CHRONIQUES

Djamila RIBEIRO

BRÉSIL

 

RIBEIRO, Djamila

Née en 1980 à Santos, Djamila Ribeiro, après des études de philosophie en rapport avec la politique, est une militante féministe reconnue internationalement. Elle est chroniqueuse pour plusieurs revues ou organismes.

 

Petit manuel antiraciste et féministe

2019 / 2020

Le titre le dit clairement, le volume qu’on a entre les mains est modeste, engagé, pédagogique et, j’ajoute, efficace. Née  à Santos, près de São Paulo, elle est la seule élève noire de son école. Après des études de philosophie, elle se consacre à la lutte militante pour défendre les droits élémentaires des femmes et, plus généralement des Noirs, en étant davantage reconnue hors de son pays qu’au Brésil, d’où ce livre qui est un peu un mode d’emploi pour vaincre les préjugés ancrés si forts un peu partout dans le monde, en Amérique latine peut-être encore plus qu’ailleurs mais utile chez nous aussi.

 

En une douzaine de chapitres, l’auteure s’adresse directement à son lecteur pour le mettre face à lui-même par rapport à la question mêlée du racisme et du féminisme : il est difficile et même impossible d’être les deux en même temps puisque la racine de ce mal est dans le refus de voir l’autre comme naturellement semblable à nous. À partir de là, Djamila Ribeiro l’invite (nous invite) à regarder en lui-même pour l’inciter à voir ses propres failles sur le sujet : notre égoïsme naturel ne nous pousse-t-il pas à, sinon mépriser, du moins regarder de haut un homme d’une autre couleur que la nôtre ou une femme, si on est un homme ? C’est très probable. Là est l’intérêt fondamental de la démarche.

On peut faire une réserve, sémantique. J’ai personnellement tendance à me méfier de l’exagération dans l’usage d’un vocabulaire militant, craignant qu’en utilisant des mots excessifs on n’affaiblisse le propos, et c’est parfois le cas ici : parler, en citant un essayiste de génocide quand il s’agit d’ignorer la culture d’un peuple risque, en mettant sur le même plan un concept abstrait et la destruction humaine volontaire de précipiter un lecteur modéré dans l’extrême inverse. Le dilemme n’est pas nouveau : Delphine Seyrig ne fut-elle pas bien plus efficace que les tenantes du mouvement radical des années 1970 pour convaincre en douceur mais sans concession et pour faire avancer la cause féministe ?

Cette légère réserve mise à part (elle touche la forme, pas le fond), ce manuel (pas si petit que ça !) est salutaire : il explique la situation, et surtout il donne des pistes personnelles, pour qui douterait de sa propre opinion, et des arguments à présenter à toute relation, tout ami raciste que l’on peut avoir, conscient ou inconscient, ce qui est fréquent, peu ou pas féministe, ou qui croit être proche des femmes mais qui dans la pratique en est loin. Une des très bonnes idées de l’auteure est de traiter antiféminisme et racisme sur le même pied.

Le sujet, on le sait, est extrêmement complexe et Djamila Ribeiro ne cherche pas à donner une réponse à des questions qui n’en ont pas, qui n’ont pas de réponse tranchée : une troupe d’acteurs blancs peut-elle jouer une pièce sur des traditions amérindiennes ? L’impossibilité d’en monter une en 2018 au Canada ne fut-elle pas bien pire que l’idée du principe ? En revanche, Djamila Ribeiro donne des pistes claires de réflexion, avec un mot-clé, le respect de l’autre.

Un autre intérêt de ce Petit manuel est que s’il est essentiellement axé sur le Brésil (un Brésil d’avant Bolsonaro, rien ne s’est amélioré depuis), il se révèle universel : le machisme est peut-être un peu moins manifeste en Europe, la représentation des non-Blancs probablement moins négligée dans nos médias, au théâtre et dans nos films et dans les séries que nous regardons, le problème de fond est le même ici et là-bas et la lutte contre l’ignorance et ses dérives est aussi nécessaire partout dans le monde.

Prenons donc des leçons pratiques en lisant Djamila Ribeiro, restons vigilants sans tomber dans l’excès inverse, l’excès de scrupule : n’oublions pas l’exemple de Joséphine Baker, vers 1925 (déjà !) qui fit tomber beaucoup de barrières en jouant au premier degré sur les codes en valeur à l’époque : c’est à l’intelligence de triompher, ce que nous dit en toute simplicité ce « petit » manuel pratique.

Petit manuel antiraciste et féministe de Djamila Ribeiro, traduit du brésilien par Paula Anacaona, éd. Anacaona, 132 p., 10 €.

Djamila Ribeiro en brésilien : Pequeno manual antirracista, / Quem tem medo do feminismo negro, ed. Companhia das Letras.

Djamila Ribeiro en français : Chroniques sur le féminisme noir / La place de la parole noire, éd. Anacaona.

MOTS CLES : FEMINISME / SOCIETE / PSYCHOLOGIE / EDITIONS ANACAONA

RIBEIRO, Djamila Petit manuel antiracise et féministe

 

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