CHRONIQUES, ROMAN URUGUAYEN

Carlos CAILLABET

URUGUAY

Carlos Caillabet est né en 1948 à Paysandú. Politiquement engagé, il a passé 13 ans emprisonné sous la dictature militaire. Il est l’auteur d’essais, de nouvelles et de romans, il a été primé à plusieurs reprises

Hôtel Lebac

2017 / 2022

Tomy, 14 ans vit avec sa mère à Montevideo (le père est allé chercher sinon la fortune au moins une vie un peu plus aisée à Buenos Aires et y est resté). Ne pouvant plus payer son loyer, elle a décidé de trouver une pension de famille dans ses prix. Ce sera l’Hôtel Lebac, du nom de son propriétaire qui tient à l’appellation Hôtel malgré la modestie des lieux. On est dans les années 60, une époque où l’Uruguay vivait encore et pour peu de temps une période de paix.

Tomy décrit donc ce déménagement imposé à sa mère Marta par ce qu’on pourrait appeler un revers de fortune si cette mini famille avait été bourgeoise. Quitter une petite maison pleine de souvenirs d’enfance, quitter son quartier et le seul copain qu’il y avait ne lui plaît pas du tout, mais il faut bien suivre sa mère.

Notre adolescent est un garçon timide et très naïf pour son âge. Sa principale source culturelle ce sont les films policiers, les westerns avec leurs héros virils et invincibles qu’il essaie de retrouver en chair et en os dans sa vie terne de garçon pauvre et solitaire, mais ils ne courent pas les rues.

Ce déménagement est pourtant l’occasion de découvrir la vie, en commençant par les gens qui vont désormais cohabiter avec lui. Sa mère lui avait présenté cet hôtel Lebac comme un palace et il est frappé dès leur arrivée par la modestie du bâtiment, des locataires et du patron, cet énorme, ce gigantesque señor Lebac qui est l’homme  à tout faire, la cuisine, le ménage et aussi, plus discrètement, des prêts à taux très exagérés qui lui rapportent plus que les loyers.

Pour Tomy, pendant les mois qu’il passe dans la pension, les différentes facettes de ce que peut vivre un être humain s’imposent à lui : la pension est un petit monde presque clos, un couple de retraités acariâtres, un veuf mélancolique, une infirmière militaire, d’apparence bien plus militaire qu’infirmière, deux jumeaux mutiques, étudiants en médecine, et, pour le garçon, chacun avec un mystère léger mais excitant.

Comme de bien entendu, il découvrira que la société, dans un pays moyen comme l‘était l’Uruguay des années 60 n’était surtout pas un tout uniforme, que des gens qui vivaient juste à côté avaient des conditions de vie radicalement différentes de ce qu’il avait connu jusque là, qu’il y avait une certaine violence dans les rapports sociaux, qu’on pouvait avoir l’occasion, tout timide qu’on était naturellement, de jouer aux durs et de frôler la délinquance, que l’amour était autre chose que les chastes baisers du cinéma américain… et que la performance dans ce domaine n’était pas forcément assurée !

Carlos Caillabet sait maintenir son récit dans une modestie qui reflète parfaitement celle des personnages, de Tomy surtout et l’humour qui accompagne cette atmosphère ajoute un charme indéniable à ce roman qui refuse de se prendre trop au sérieux.

Hôtel Lebac est un vrai roman d’initiation, avec pourtant une différence − de taille – par rapport au modèle traditionnel : l’adolescent du début, qui a vécu, qui a découvert, qui aurait dû apprendre, se retrouve à la fin de son séjour dans la pension, aussi naïf et démuni qu’à son arrivée… à moins que quelques graines aient été semées et qu’elles germent après le mot « FIN ».

Hôtel Lebac, traduit de l’espagnol (Uruguay) par Thomas Evellin, éd. Baromètre, 192 p., 14 €.

Carlos Caillabet en espagnol : Hotel Lebac, ed. Planeta, Montevideo.

MOTS CLES : URUGUAY / SOCIETE / PSYCHOLOGIE FAMILLE / HUMOUR / ADOLESCENCE / EDITIONS BAROMETRE.

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