ROMAN BRESILIEN

Antônio XERXENESKY

BRÉSIL

 

A. Xerxenesky

Antônio Xerxenesky est né en 1984 à Porto Alegre. ses études littéraires l’amènent à travailler sur Roberto Bolaño et Enrique Vila Matas. Il collabore régulièrement à des journaux et revues brésiliens.

 

Avaler du sable.

2010 /2015

Il y a mille manières de se dépayser en littérature : changer d’époque et attaquer un bon vieux Zola, changer d’endroit et se lancer dans un Mankell nordique et potentiellement dépressif, changer d’atmosphère et se laisser enivrer par le dernier Murakami. Mais depuis le 6 février, date de la sortie en France de Avaler du sable, du jeune Brésilien Antônio Xerxenevsky, on peut avoir tout cela, et encore bien plus en moins de deux cents pages !

Un Far-West de studio cinématographique, probablement vers la fin du 19ème siècle, sert de décor principal à ce roman foisonnant et dépouillé, tragique et drôle, rédigé sur une vieille machine à écrire par un romancier qui est un personnage imaginé par un romancier dont l’ordinateur a tendance à bugger.

On est à Mavrak, petite bourgade du Far West qui possède son saloon, avec son tricheur au poker, que ses « victimes » expulsent par une fenêtre dès les premières pages, deux familles qui s’affrontent depuis des générations et un sherif pas très normal. La preuve ? il ne boit que de l’eau et les femmes légères du saloon ont tendance à l’effrayer ! N’oublions pas l’auteur du texte, qui fait de brèves incursions dans son récit. Et puis dans ce décor typique, on a aussi un petit Roméo et Juliette local et sensuel et enfin, survolant cette île au cœur du désert, il y a la peur, universelle et traîtresse, qui est en chacun et qui la plupart du temps se confond avec la culpabilité.

Antônio Xerxenesky joue avec une maîtrise étonnante si on pense qu’il avait moins de trente ans quand il écrivait cela, avec les codes, les clichés littéraires ou cinématographiques qu’il utilise pour mieux les détourner, dont il se moque pour leur donner plus de profondeur : on ne sait plus vraiment si le fauteuil dans lequel on se trouve est celui du salon familial ou celui de notre cinéma habituel, on (re)découvre un décor connu et même familier, on s’installe tranquillement dans une routine qui très vite vole en éclats.

Antônio Xerxenesky joue aussi, et de façon très subtile, avec le sable du titre, celui du désert sur lequel Mavrak est bâtie, qui prend au long du roman une foule de formes : il change de texture et de couleur en fonction des sentiments des personnages, jusqu’à grincer entre leurs dents dans les moments de souffrance, il est utile quand il est sablier, prend une terrible réalité quand un jeune homme pense soudain qu’un jour, peut-être prochain, sa dépouille s’y retrouvera pour l’éternité… ou pour quelques années, puisqu’on voit aussi des morts se relever et envahir Mavrak pour transformer la bourgade en champ d’horreurs.

Il faut vraiment découvrir d’urgence ce roman qui surprend à chaque chapitre, découvrir aussi ce jeune écrivain plus que prometteur dont le deuxième roman vient de sortir au Brésil.

Antônio Xerxenevsky : Avaler du sable, traduit du portugais (Brésil) par Mélanie Fusaro, Éd. Asphalte, 173 p., 15 €.

Antônio Xerxenesky au Brésil : Areia nos dentes, 2010. / A página asombrada por fantasmas (nouvelles), 2011  / F, roman, 2014, tous parus chez Editora Rocco Ldt., Rio de Janeiro

MOTS CLES : ROMAN BRESILIEN / WESTERN.

Avaler du sable

 

Souvenir (en compagnie de Gabriela Castro)Antônio XERXENESKY

PUBLICATION ORIGINALE : http://www.espaces-latinos.org
ROMAN ARGENTIN

Selva ALMADA

ARGENTINE

 

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Selva Almada est née dans la province argentine de Entre Ríos. Après des études de Communication et de Lettres elle se consacre à la littérature (publication de romans, de nouvelles et direction d’ateliers d’écriture). Elle est aussi une militante active des droits de la femme.

 

 Après l’orage

2012/2014

Le décor est sinistre sous le soleil. Tout se passe au cœur d’un désert écrasé de chaleur. Ou plutôt rien ne se passe. Tout est immobile. Des quatre personnes présentes, une seule parle beaucoup, c’est son métier. Le Révérend Pearson attend que le garagiste du coin, le Gringo Brauer, répare sa voiture tombée en panne. Leni, la fille de Pearson, et Tapioca, le fils (adoptif ?) de Brauer, adolescents tous eux, dont les destins sont assez comparables, observent cette immobilité, s’observent…

Les heures passent, chacun joue son rôle, le Révérend parle du Christ, Brauer bricole le moteur en évitant de répondre à l’homme de Dieu. Leni se rebelle timidement contre l’autorité de son père et José Emilio (le vrai nom de Tapioca) découvre en silence que le monde existe en dehors de la station-service.

Peu à peu, au-delà des apparences, la jeune romancière, maîtrisant de façon étonnante un récit forcément chaotique, forcément statique aussi, donne des informations troublantes qui fissurent tout doucement ces clichés dans lesquels nous étions prêts à nous installer : un décor vu des dizaines de fois, dans des films nord-américains, des personnages déjà croisés, croyions-nous… Et la surprise est au rendez-vous.

C’est une lecture qui se fait dans une espèce de vertige : qu’y a-t-il de vrai dans ce qui est montré, dans ce que disent les quatre personnages, dans ce qu’ils croient : la foi du révérend, par exemple devient un mystère équivalent à celui offert ou imposé par sa religion. Et le lecteur, dans tout cela, il est bercé par le doute, peut-être aussi par un espoir : comme disait Brel à ses débuts : « et si c’était vrai ? »

Selva Almada se révèle dans ce premier roman comme une magnifique manipulatrice : n’est-ce pas une des fonctions de base du romancier ?

Par-dessus ce désert, ces quelques personnes, cette vingtaine de chiens qui traînent, on sent un souffle mystérieux, Dieu ? Mais quel Dieu ? Celui du Révérend ou cet être désincarné auquel le Gringo Brauer ne veut pas croire, mais qu’il pressent toutefois ?

Tout dans ce magnifique livre est si limpide et si complexe, si évident et si étrange.

Après l’orage, traduit de l’espagnol (Argentine) par Laura Alcoba, Métailié, 134 p., 16 €.

Selva Almada en espagnol : El viento que arrasa  (2012, Mardulce Buenos Aires) /

Après l’orage, traduit de l’espagnol (Argentine) par Laura Alcoba, Métailié, 134 p., 16 €.

Selva Almada en espagnol : El viento que arrasa  (2012, Mardulce Buenos Aires) / Ladrilleros, Mardulce, 2013.

MOTS CLES : ROMAN ARGENTIN / ROMANCIERS ARGENTINS / RELIGION / WESTERN

 

 

Souvenir :

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PUBLICATION ORIGINALE : http://www.espaces-latinos.org