CHRONIQUES

Luis MONTERO MANGLANO

ESPAGNE

 

MONTERO MANGLANO, Luis

Né en 1981 à Madrid, Luis Montero Manglano est l’auteur de plusieurs romans qui jouent sur l’histoire et l’aventure. Il est professeur d’histoire médiévale. La Cité des hommes saints est la troisième partie d’une trilogie.

La Cité des hommes saints  

2016 / 2019

Dernière partie d’une trilogie (La Table du Roi Salomon et  L’oasis éternelle), La Cité des hommes saints peut parfaitement se lire indépendamment. Un mystérieux manuscrit du temps des Wisigoths se trouve au cœur de ce roman, enquête policière et récit d’aventures. Tirso Alfaro, le narrateur, ex-enquêteur dans le Corps des quêteurs, une société secrète chargée de ramener en Espagne des œuvres perdues ou volées qui se sont retrouvées dans diverses parties du monde, fait maintenant partie d’Interpol.

Le lecteur retrouve son âme adolescente en lisant les aventures du manuscrit wisigoth. La vraisemblance est parfois égratignée, les coups de théâtre permettent des retournements de situations audacieux, les situations ressemblent à du Tintin du meilleur cru, on se laisse porter par des dialogues un peu naïfs… et on a envie de continuer ! La tentaculaire organisation internationale avec à sa tête l’éternel ennemi du Bien ne manque pas à l’appel. Elle se nomme Voynich et a l’apparence d’une multinationale très généreuse dans un certain mécénat culturel.

Peu avant la conquête musulmane, au VIIIème siècle, quelques moines espagnols auraient mis à l’abri les trésors wisigoths éparpillés sur la péninsule ibérique. Une légende prétend que ce trésor aurait été transporté quelque part en Amérique et qu’il dormirait dans une ville mythique, Cibola. Tirso Alfaro arrive à la conclusion que le site devrait se situer dans le petit État du Valcabado, entre la Colombie et le Brésil. Cibola, si elle existe, est la Cité des hommes saints, convoitée par les méchants de chez Voynich, bien sûr.

Après une première partie qui se déroule entre Londres et Madrid, nous voilà au cœur de la forêt équatoriale de ce pays inhospitalier qu’est, comme chacun sait, le Valcabado. Des Indiens parqués dans des réserves inhumaines et décimées par des épidémies et des décisions gouvernementales, une dictature très portée sur l’appât du gain, de l’argent obtenu grâce à la générosité de multinationales elles-mêmes peu regardantes ou de cartels mafieux, ce pays nous est déjà familier. Il est un décor idéal pour des aventures palpitantes.

Mystères historiques, dangers mortels à chaque page, drames inattendus et retrouvailles imprévues se succèdent à un rythme qui ne faiblit pas, notre âme adolescente se réjouit de ces 600 pages, la meilleure lecture du temps des vacances !

La Cité des hommes saints de Luis Montero Manglano, traduit de l’espagnol par Claude Bleton, 624 p., 24 € – 17,99 € en version numérique.

Luis Montero Manglano en espagnol : Los buscadores : 1 La mesa del rey Salomón / 2 La cadena el profeta / 3 La Ciudad de los Hombres Santos, ed. Plaza y Janés.

Luis Montero Manglano en français : La table du roi Salomon / L’oasis éternelle, éd. Actes Sud.

MOTS CLES : ROMAN ESPAGNOL / AVENTURES / HISTOIRE / FORET VIERGE / EDITIONS ACTES SUD.

MONTERO MANGLANO, Luis La cité es hommes saints

ROMAN BRESILIEN

Guiomar de GRAMMONT

BRÉSIL

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GUIOMAR DE GRAMMONT est née à Ouro Preto EN 1963. Universitaire dans sa ville natale, elle est auteure de romans, de pièces de théâtre, historienne et philosophe. Son roman O fruto de vosso ventre a obtenu le Prix Casa de las Américas (Cuba) en 1995.

 Les ombres de l’Araguaia.                             

2015 / 2017

 

Brésil, années 70, la dictature militaire semble devoir durer toujours. Un groupe d’étudiants utopistes tente de reproduire le modèle cubain : installer dans l’État de Pará, au Nord-Ouest du pays, une guérilla qui convaincrait les paysans de participer à une lutte qui mettrait fin aux injustices. Le bilan sera impitoyable pour les jeunes gens. Bien des années plus tard la sœur d’un des participants disparus tente de retrouver la trace de son frère disparu.

Ce serait une famille normale s’il ne manquait le fils, Leonardo. Étudiant et militant, il était passé très vite à la clandestinité et avait disparu. Le père se réfugie dans le silence et dans l’invention de jouets pour sa fille Sofia, la mère Luisa dans le souvenir et l’espoir de son retour et Sofia, encore enfant, grandit en apprenant tout doucement le sens du mot absence : le vide, me manque, mais aussi comme une présence en négatif qui finit par perturber son existence d’adolescente puis de jeune adulte. À la mort du père, en 1992, vingt ans après la disparition de Leonardo, elle ne peut que reprendre les vagues recherches entamées des années plus tôt.

Une soixantaine d’étudiants transformés en guérilleros dans la forêt amazonienne, entre cinq et dix mille militaires chargés de les éliminer, voilà la réalité historique qui est le fond du roman de Guiomar de Grammont ; une impressionnante inégalité des forces, des violences pratiquées des deux côtés, exploitées pour déstabiliser l’adversaire ; et, à la fin, la presque totalité des guérilleros tués par l’armée. Telle est la Guérilla de l’Araguaia dans toute sa brutalité.

Sofia a récupéré de façon peu claire un cahier : deux voix, une masculine et une féminine, racontent la vie quotidienne des jeunes utopistes, leur générosité, leur espoir de convaincre les paysans voisins de l’utilité de leur lutte, les dangers naturels et humains, et aussi, sous-entendu mais omniprésent dans l’esprit de Sofia et celui du lecteur qui le connaissent d’avance, le dénouement sanglant et l’oubli : qui connaît encore au Brésil cette dérisoire épopée ? Tout a été fait pour que soit oubliée la longue période de dictature subie par le pays et ses conséquences.

La grande habileté de Guiomar de Grammont est d’avoir fait alterner l’enquête de Sofia dans diverses régions brésiliennes et même à Cuba avec les longues citations du mystérieux cahier qui plonge au même titre Sofia et le lecteur dans la réalité des entraînements au cœur de la forêt équatoriale et dans les horreurs de la répression.

Le thriller que constitue la quête de Sofia prend une profondeur de tragédie, plus il avance, plus s’accentue la sensation du vide laissé par Leonardo et sa compagne. Guiomar de Grammont ne néglige aucun personnage, même secondaire : elle nous fait partager, dans un style à la fois assuré et délicat, sensible, l’esprit des parents du disparu et surtout de Sofia, parvenant à mettre sur un plan d’égalité les violences causées par l’Histoire et les pensées, les sentiments, la noblesse et les faiblesses de simples personnes qui toutes sont des victimes directes ou non.

Avec cette enquête historique mais profondément humaine, Guiomar de Grammont non seulement réussit un roman émouvant, elle donne surtout une leçon d’histoire et d’humanité.

Les ombres de l’Araguaia , traduit du portugais (Brésil) par Danielle Schramm, éd. Métailié, 240 p., 18 €.

MOTS CLES : ROMAN BRESILIEN / DICTATURE / FORÊT VIERGE / ROMANCIERS BRESILIENS

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Souvenir :

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PUBLICATION ORIGINALE : http://www.espaces-latinos.org
ROMAN VENEZUELIEN

Miguel BONNEFOY

VENEZUELA

 

Miguel Bonnefoy©Audrey Dufer-2

©Audrey Dufer

 

Né en 1986 à Paris, il est le fils d’une diplomate vénézuelienne et d’un romancier chilien. Son enfance a été internationale, comme ses études. Après deux recueils de nouvelles remarqués il publie Le voyage d’Octavio, finaliste du Prix Goncourt du Premier Roman puis Sucre noir ainsi qu’un récit de voyage et d’aventure, Jungle. Pensionnaire de la Villa Médicis en 2018-2019.

 

Jungle

2016

Après avoir publié deux recueils de nouvelles et un roman remarqué, Miguel Bonnefoy, Vénézuelien qui écrit en français (pour le moment), curieux de tout pourvu que cela ait un rapport avec la littérature, s’est témérairement lancé  un défi physique : participer à une expédition en pleine jungle, parcourir durant quinze jours les espaces hostiles, grimper vers la montagne Auyantepuy, une espèce d’île de rochers cernée par la forêt vierge et finir par descendre en rappel, lui qui sait à peine ce que le mot veut dire, la cascade la plus haute du monte, presque mille mètres de dénivelé, avant d’en faire le récit : le voyage de Miguel après Le voyage d’Octavio !

 

Quinze jours de marche dans un milieu inconnu, voilà de quoi exciter l’imagination de Miguel qui, en bon intellectuel urbain, se plonge dans tout ce qu’il peut lire sur la Gran Sabana au milieu de laquelle va se dérouler l’expédition. Arrivé sur place, il est bien obligé d’admettre que ces lectures et se connaissances ne lui seront pas d’une grande utilité. Une sympathique autodérision ne le quittera plus. Ses quatorze compagnons de route, eux, ont une certaine expérience de ce genre de randonnée, Miguel semble être le seul à débuter.

L’émerveillement un peu candide du premier jour fait assez vite place aux difficultés du quotidien : la forêt tropicale n’est pas vraiment accueillante, la géographie peu adaptée à des pieds de citadin, les animaux parfois envahissants. Cela, Miguel le savait, mais c’est une autre chose de le vivre.

Et il le fait vivre dans ses phrases, lui qui assume sa nature d’écrivain : ce qui pourrait être un simple récit d’expédition se double d’une recherche constante d’une expression juste et souvent fort belle, se triple de questions philosophiques sur la manière de dire, se quadruple d’un véritable langage poétique. Il s’agit bien d’une poésie vécue, rien à voir avec un alignement de mots pour faire joli, non, la poésie du réel, c’est-à-dire de mots souvent simples dont l’enchaînement fait naître la sensation, l’impression.

Notre « héros » une fois parti ne peut plus reculer, il s’est entraîné avant de quitter la ville, mais il reste l’intellectuel du groupe, un intellectuel vaillant et volontaire, curieux de tout : les mots de la langue pemon, oiseaux ou insectes, mots de la vie quotidienne, et puis ses propres sensations qu’il nous communique avec la générosité de l’homme qui a vraiment envie de raconter à son ami.

Cela se termine par la descente en rappel de ce Salto Angel qui exige deux jours, donc une nuit au milieu !

La magie, le fantastique ne sont pourtant jamais loin, on est en Amérique du Sud, ne l’oublions pas. Serait-ce le réalisme magique qui pointe son nez ? Heureusement non, ce n’est que la pure réalité, vécue et transmise par un surdoué de la littérature.

 Jungle, éditions Paulsen, 128 p., 19,50€.

MOTS CLES : Aventure / Forêt vierge / Indiens / Nature.

 

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BONNEFOY, Miguel (2)

PUBLICATION ORIGINALE : http://www.espaces-latinos.org