ACTUALITE

Eduardo Halfón Prix du meilleur livre étranger 2018

2018 (25 novembre)

 

Deuils (éd. Quai Voltaire) a reçu le Prix du meilleur livre étranger 2018. Il lui sera remis le jeudi 29 novembre.

Deuils

On peut lire nos impressions sur Deuils sur AnnA.

Eduardo Halfón succède dans ce palmarès à une longue liste de noms prestigieux:

Miguel Ángel Asturias (Monsieur le Président, 1950)

Alejo Carpentier (Le Partage des eaux, 1956)

Gabriel García Márquez (Cent ans de solitude, 1969)

Gabriel Cabrera Infante (Tres tristes tigres, 1970)

Ernesto Sabato (L’Ange des ténèbres, 1976)

Adolfo Bioy Casares (Plan d’évasion, 1979)

Mario Vargas Llosa (La Tante Julia et le scribouillard, 1980)

Fernando del Paso (Palinure de Mexico, 1986)

Héctor Bianciotti (L’Amour n’est pas aimé, 1983)

Abilio Estévez (Ce royaume t’appartient, 2000).

 

 

ROMAN D'AMERIQUE CENTRALE

Eduardo HALFON

GUATEMALA

HALFON, Eduardo

Eduardo Halfon est né en 1971 à Ciudad de Guatemala. Après des études d’ingénieur il  s’est consacré à la littérature, qu’il a enseignée dans son pays. Il est l’auteur d’une vingtaine de romans dont plusieurs sont été primés.

Deuils.

2017/2018

En général Eduardo Halfon, né un peu par hasard au Guatemala dans une famille d’origine libanaise d’un côté et polonaise de l’autre, parle dans ses romans de ses origines et de ses proches. Dans ce nouveau livre, il revient sur un épisode mystérieux, devenu tabou pour ses parents, la mort d’un oncle, à cinq ans, de laquelle on refuse de parler. L’enquête qu’il décide de mener ouvre la porte à un récit  d’une extraordinaire richesse.

Certains secrets, ou semi-secrets de famille vous poursuivent pendant des années, justement parce que ce sont des secrets ou des semi-secrets. Ce qu’on ne sait pas prend une place infiniment plus importante que ce que l’on sait ou que l’on croit savoir. Salomón, le frère aîné du père d’Eduardo, est mort à cinq ans, noyé dans le lac Amatitlán au Guatemala où résidait la famille à l’époque. C’est ce qui se dit dans la famille, mais jamais personne ne rajoute rien sur le sujet. Les enfants connaissaient le drame, mais le nom même de Salomón était interdit.

Depuis, la famille a beaucoup changé de lieux, entre le Guatemala, le Mexique et les États-Unis. Des années plus tard, adulte, Eduardo revient près du lac pour tenter, sinon de savoir, du moins d’imaginer l’épisode lointain de la mort de l’enfant.

À nouveau sur les lieux où  il a passé quelques anneées, Eduardo laisse s’exhaler ses souvenirs  d’enfance et d’adolescence et des personnages qui l’ont marqué, le vieux don Isidoro, inlassable conteur, un des grands pères, édenté à la suite de séjours dans plusieurs camps de concentration, l’autre passionné par l’histoire de l’aviation, qui laisse totalement indifférents Eduardo et son jeune frère lui reviennent. Un souvenir lointain en entraîne un autre plus récent, qui lui fait penser à un autre moment de sa vie de jeune homme. C’est ainsi que se tisse un réseau de sensations floues ou précises qui mettent en perspective passé et présent. La distance que prend naturellement Eduardo Halfon est remarquable : malgré sa proximité avec ses proches victimes du nazisme, il rejette tout militantisme, tout excès : tout n’est qu’humain dans ses évocations et les sentiments qui en ressortent n’en sont que plus forts. La visite ‒ qui lui est imposée ‒ d’un camp, au-delà du malaise causé par le côté « touristique », devient un parcours vers la connaissance personnelle plus que purement historique.

Dans cette famille où l’on parle presque indifféremment arabe, français, espagnol ou hébreu (« une langue est un scaphandre », dit l’auteur), les souvenirs eux aussi semblent éparpillés, comme des flashes, une image fuyante remplacée par une autre, photos de femmes en bikini, dans l’usine tenue un temps par son père en Floride, ou une place déserte sous la pluie dans un village guatémaltèque, à mille lieues des images riantes destinées aux touristes.

Cette quête d’un passé familial mystérieux parce que refusé aux générations suivantes donne lieu à une promenade sereine malgré tout, à une redécouverte entre la « grande » histoire, tragique pour la famille de l’auteur, et les mille faits personnels, sans importance apparemment, qui constituent le passé de tout être humain, les relations fluctuantes avec son frère, plus jeune de quatorze mois, par exemple.

On ne peut être que séduit par cette langue simple mais prenante, par ces sauts dans le temps et les lieux, par les révélations, fiables ou pas. Eduardo Halfon prouve là que l’on peut faire une grande œuvre avec des petits riens, ou ce qui peut passer pour tel.

 

Deuil, traduit de l’espagnol (Guatemala) par David Fauquemberg, éd. Quai Voltaire, 160 p., 15,80€.

Eduardo Halfon en espagnol : Mañana nunca le hablamos / Monasterio / Signor Hoffmann / La pirueta, ed. Pre Textos, Valencia.

Saturne, Meet, Saint-Nazaire / La pirouette / Monastère / Signor Hoffmann / Le boxeur polonais, éd. Quai Voltaire.

 

MOTS CLES : ROMAN D’AMERIQUE CENTRALE / SOCIETES / PSYCHOLOGIE / EDITIONS QUAI VOLTAIRE.

Deuils

PUBLICATION ORIGINALE : http://www.espaces-latinos.org

 

ROMAN D'AMERIQUE CENTRALE

Eduardo HALFON

GUATEMALA

HALFON, Eduardo

 

Eduardo Halfon est né en 1971 à Ciudad de Guatemala. Après des études d’ingénieur il s’est consacré à la littérature, qu’il a enseignée dans son pays. Il est l’auteur d’une vingtaine de romans dont plusieurs ont été primés.

Le boxeur polonais

2014/2015

Signor Hoffman

2015/2015

 

 

Après deux romans remarquables et remarqués, La pirouette et Monastère, les éditions Quai Voltaire nous offrent cette fois en même temps deux publications de nouvelles : un tout petit recueil, Le boxeur polonais suivi d’Allocution de Povoa traite l’histoire du grand père de Monastère sauvé au block II d’Auschwitz par un boxeur prisonnier lui aussi, histoire suivie dans Allocution de Povoa  d’une réflexion sur les rapports entre réalité et littérature. Et en parallèle, Signor Hoffman nous propose six récits qui nous font voyager aux côtés de l’auteur de l’Europe à l’Amérique, surtout au Guatemala, qui nous questionnent aussi sur la nécessité ou non de commémorer le passé à n’importe quel prix, et qui nous montrent la valeur de la lutte et la grande dignité de simples paysans guatémaltèques.

 

 

Dans Le boxeur polonais, le lecteur retrouve le grand père juif de Monastère qui transformait les chiffres tatoués par les nazis sur son bras en numéro de téléphone pense-bête pour ne pas répondre aux questions de ses petits enfants. Mais cette fois, le petit fils est devenu adulte et le grand père, un après-midi pluvieux, devant une bouteille de whisky raconte enfin comment il fut sauvé de la mort au block II du camp par les conseils avisés d’un boxeur polonais. Mais dans Allocution de Povoa, texte court qui suit la nouvelle, l’auteur nous fait découvrir que la transcription de la réalité est toute relative en littérature.

Dans Signor Hoffman, six nouvelles nous sont proposées, la première et la dernière se répondant en écho sur le thème douloureux du passé concentrationnaire. La première nous montre le narrateur invité pour parler du grand père juif et de son sauvetage, en Calabre, au Mémorial d’un camp mussolinien ; en fait, il découvre un faux baraquement reconstitué et offert à ce qu’il nomme « le théâtre de la mémoire » car tout a été démoli depuis longtemps pour construire une autoroute, le directeur parle haut et fort de la nécessité d’entretenir la mémoire, mais appelle Signor Hoffman l’infortuné Eduardo Halfón en le présentant au public… Tout est désespérant ! Heureusement il y aura Marina, une étudiante en histoire, pour lui raconter l’histoire de son propre grand père, soldat italien victime lui aussi des nazis. L’auteur est bien conscient que refuser cette reconstitution factice c’est vouer le passé à l’oubli définitif, mais jusqu’à quel point tout accepter ?

La dernière nouvelle, Oh ghetto mon amour, nous ramène à Lodz sur les traces du grand père avant son arrestation, l’auteur est guidé par une curieuse dame Maroszek  qui  poussera pour lui la porte de l’ancien appartement entièrement refait, transformé, il entre dans l’intimité d’une polonaise qui n’a rien à voir avec les années trente et se désintéresse complètement du problème des juifs. Et lui-même se demande ce qu’il est venu chercher là, et à quoi ça sert. Mais il finit par nous avouer qu’il a compris l’importance de témoigner, d’écrire son histoire, conclusion positive au recueil.

Entre ces deux pôles autour de la transmission de la mémoire, trois nouvelles nous mènent à travers le Guatemala, dans le sillage de l’auteur, de la côte Pacifique à la côte Atlantique, où il nous fait réfléchir sur l’injustice de la misère, en passant par la région d’Huehuetenango où une communauté de planteurs de café a gagné par d’âpres luttes sa liberté économique. La famille présentée a connu aussi des drames, un fils tué et pourtant l’auteur nous montre des gens dignes, cachant leur chagrin, fiers d’avoir reconstruit la nature un temps sacrifiée.

Un petit texte nous conduit à Harlem, sous la pluie, avec une dame noire qui guide l’auteur perdu vers un immeuble mythique où une pianiste offre un concert de jazz chaque dimanche depuis la mort de son fils.

Edouardo Halfon nous offre ainsi beaucoup de rencontres dans toutes ces nouvelles avec de belles personnes, dignes, chaleureuses, d’autres moins sympathiques, des gens plus sombres, plus inquiétants. Doué d’un remarquable sens de l’observation, il reconstitue avec précision et sûreté du trait les scènes de la vie courante, il croque en petits tableaux successifs un paysage, une ruelle, une échoppe, un enfant en plein jeu. Il apporte toutes les précisions historiques sur des monuments, des villages. Il nous entraîne aussi dans ses inquiétudes, dans ses réflexions parfois amères tout en cultivant l’humour et l’autodérision qui dédramatisent des situations que tout un chacun a pu vivre en pays étranger et lui permettent d’alléger son récit.

Toutes ces qualités d’écriture, sa sensibilité et sa grande humanité font d’Eduardo Halfon un écrivain incontournable et rendent sa lecture indispensable.

Louise Laurent.

Le boxeur polonais, traduit de l’espagnol (Guatemala) par Albert Bensoussan, éditions Quai Voltaire, 66 pages, 7,50 €.

Signor Hoffman, traduit de l’espagnol (Guatemala) par Albert Bensoussan, éditions Quai Voltaire, 180 pages, 16 €.

MOTS LES : ROMAN D’AMERIQUE CENTRALE / SOCIETE / HISTOIRE / EDITIONS QUAI VOLTAIRE

PUBLICATION ORIGINALE : http://www.espaces-latinos.org
ROMAN D'AMERIQUE CENTRALE

Eduardo HALFON

GUATEMALA

HALFON, Eduardo

Eduardo Halfon est né en 1971 à Ciudad de Guatemala. Après des études d’ingénieur il s’est consacré à la littérature, qu’il a enseignée dans son pays. Il est l’auteur d’une vingtaine de romans dont plusieurs ont été primés.

La pirouette

2010 / 2013

Le narrateur, Eduardo (comme Halfon) fait par hasard la connaissance d’un pianiste prodige, Milan Raki à Antigua, au Guatemala. Avant et après le concert ils parlent longuement, en particulier des origines du pianiste, serbe par sa mère et tsigane par son père, du métissage aussi de sa musique (le concert était classique, mais l’attirance naturelle de Milan le porte vers son côté gitan). Les origines d’Eduardo sont elles aussi plurielles, et cette dualité qu’ils partagent ne fait que compliquer leur propre perception d’eux-mêmes, ce qui les rapproche de façon à la fois naturelle et assez mystérieuse. À la suite de cette unique rencontre Milan envoie de façon irrégulière mais répétée, des cartes postées des différentes étapes d’un long parcours (engagements professionnels ou errance personnelle, il ne le dit pas). Un jour l’envoi de ces messages pleins de poésie et de mystère s’arrête net et Eduardo décide de partir à la recherche de son ami d’un jour. Dans un Belgrade hivernal, il va à son tour errer, non dans le monde mais dans une ville.

Le roman tout entier est une quête, une quête aussi peu solide que cette idée que chacun des deux hommes se fait de lui-même : Milan est-il un pianiste classique ou n’est-il qu’un gitan qui a fini par se laisser disparaître au milieu des siens ? Eduardo est-il ce professeur bien installé dans sa vie personnelle ? C’est bien à la recherche de cet homme qu’il n’a vu qu‘une seule fois qu’il part, mais c’est peut-être surtout à la recherche du sens du mot pirouette, le dernier mot de la dernière carte envoyée par Milan.

Eduardo Halfon excelle dans la création d’ambiances brumeuses, de situations fragiles, de personnalités remplies de doutes malgré leur réelle force. On garde de cette lecture une subtile impression de charme un peu douloureux.

La pirouette, traduit de l’espagnol (Guatemala) par Albert Bensoussan, éd. Quai Voltaire, 172 p., 17 €.

MOTS CLES : ROMANS D’AMERIQUE CENTRALE / PSYCHOLOGIE / EDITIONS QUAI VOLTAIRE.

 

L apirouette

PUBLICATION ORIGINALE : http://www.espaces-latinos.org