CHRONIQUES

Le goût d’Haïti

HAÏTI

2020

 

Le goût de… est une jolie collection des éditions Mercure de France qui présente des anthologies littéraires sur des sujets très variés, la politique, la passion amoureuse, sur des pays et des villes aussi. Dans un format réduit, ces volumes, petits mais riches, passent en revue les textes écrits autour du thème.

Georgia Makhlouf, traductrice, essayiste et romancière, s’est chargée de faire découvrir Haïti à travers des auteurs, des inconnus pour nous, pour certains, et d’autres qui nous sont familiers mais dont nous ignorions qu’ils aient pu écrire sur ce lointain pays.

Depuis les origines jusqu’à l’actualité, se dévoile ce pays, si souvent victime de la nature ou de l’histoire, qui n’a jamais perdu cette farouche volonté de vivre malgré tout.

On pourra ainsi lire des textes remontant à la fin du XVIIIème  siècle ou très actuels, des extraits de mémoires, de romans, des poèmes, tout un éventail qui, en se combinant, présente, en un peu plus de cent pages de format réduit, l’ensemble des  sensibilités haïtiennes.

Si l’on connaissait déjà le beau roman de Mario Vargas Llosa sur la dictature de Trujillo (La fête au Bouc), on découvre que Victor Hugo, Truman Capote et André Breton, parmi d’autres, ont écrit sur Haïti.

Chaque courte entrée se compose d’une présentation succincte mais complète de l’auteur et du contexte, du texte cité (une ou deux pages) et d’un commentaire très enrichissant sur les à-côtés du texte (période historique, rôle politique ou personnel de l’auteur, anecdote autour du texte).

Le goût d’Haïti se révèle absolument nécessaire pour découvrir ou redécouvrir l’immense richesse créative d’Haïti.

Le goût d’Haïti, anthologie présentée par Georgia Makhlouf, éd. Mercure de France, 126 p., 8,20 €.

MOTS CLES : HISTOIRE / LITTERATURE / SOCIETE / EDITIONS MERCURE DE FRANCE.

 

MAKHLOUF, Georgia Le goût d'Haïti

CHRONIQUES

Chloe ARIDJIS

MEXIQUE / ÉTATS-UNIS

 

ARIDJIS, Chloe

 

Née à New York en 1971, fille de l’écrivain et militant écologiste Homero Aridjis et d’une traductrice nord-américaine, elle a eu une enfance internationale et multiculturelle, son père étant l’ami de la plupart des grands auteurs latino-américains. Elle écrit en anglais et réside actuellement à Londres.

Fugue mexicaine 

2019

À 17 ans Luisa, étudiante plutôt sérieuse, a quitté la demeure familiale pour suivre Tomás, un garçon qu’elle connait à peine, fascinée plus que séduite par ce jeune homme original. Elle est la fille d’un professeur parfois un peu pesant et d’une mère traductrice un peu trop absente. On est en 1988, trois ans après le tremblement de terre qui a détruit des quartiers entiers de Mexico et laissé presque intacte la petite maison occupée par la famille. Comment a-t-elle franchi le pas ?

La plage de la côte pacifique au bord de laquelle elle traîne peut passer pour un de ces « endroits paradisiaques » que vantent les agences de voyages, elle peut aussi sembler menaçante : ses courants à drapeaux rouges, son nom même, dont on a oublié la véritable étymologie, Plage des Morts ou Lieu à papillons ? Luisa n’arrive pas à se faire une idée. Elle en est au même point que Tomás qui l’a entraînée là. Les eaux du Pacifique sont-elle pures ? Renferment-elles des monstres ? Ressemblent-elles à celles de Cythère qui, elles, on le sait, renferment des statues grecques échouées lors d’un naufrage il y a des milliers d’années ? Et ces nains ukrainiens dont les journaux ont parlé sont-ils tout à côté de ce couple bizarre que forment, ou ne forment pas Luisa et Tomás ?

Pour la jeune fille, rien n’est fixé, solide. Les phrases, souvent poétiques, de Chloe Aridjis, donnent ce vertige doux, doucement coloré, qui permet au lecteur de partager les doutes de Luisa, la plongée qui pourrait être brutale dans une soirée de lutte libre (mais n’est-on pas dans les jeux de la Rome antique ?) ou dans une discothèque mexicaine branchée (qui n’est pas loin de l’orgie romaine) en sont des exemples.

À travers ces images si fortes, l’auteure crée un tableau hyperréaliste de la petite bourgeoisie mexicaine de ces années 1980. Le désenchantement est partout, la mort est proche, overdose d’une fille, agression nocturne d’un prostitué, envie de vivre réduite à presque rien. Alors quel rôle peut avoir Tomás dans la vie de Luisa ?

Il n’y a rien de mieux qu’un séjour à deux pour découvrir l’autre, surtout si c’est un presque inconnu, mais aussi, peut-être pour se découvrir soi-même. La découverte, des êtres humains, des lieux, des atmosphères, est par essence double, les hésitations de Luisa en sont le reflet, et Chloe Aridjis le montre puissamment en mêlant poésie, étrange, naïveté, celle de l’adolescente, et éventuelle rouerie, celle de Tomás, dont le côté fuyant ne reflète que le ressenti de Luisa.

Le ressenti de Luisa, c’est justement ce que nous avons sous les yeux, elle est troublante, cette fille paumée et volontaire, attirante et décourageante, qui expose avec pas mal de candeur ses hésitations. Pourquoi cette fugue ? Trouvera-t-elle la réponse ? La découvrirons-nous à son insu ?

« Au maximum c’était la moitié d’une histoire », conclut Luisa vers la fin du roman. Mais pour le lecteur, l’histoire est bien complète, riche, subtile. Chloe Aridjis, la fille d’Horacio, grand écrivain mexicain et d’une mère nord-américaine, qui écrit pour le moment en anglais, est en train de se faire un solide nom dans les Lettres, américaines ou mexicaines puisqu’elle domine les deux langues et les deux civilisations.

Fugue mexicaine de Chloe Aridjis, traduit de l’anglais  par Antoine Bargel, éd. Mercure de France, 175 p., 21 €.

Chloe Aridjis en français : Le livre des nuages / Déchirures, éd. Mercure de France.

MOTS CLES : ROMAN MEXICAIN / PSYCHOLOGIE / SOCIETE / EDITIONS MERCURE DE FRANCE

ARIDJIS, Chloe Fugue mexicaine