CHRONIQUES, ROMAN DES CARAÏBES, ROMAN FRANCAIS

Catherine BARDON

FRANCE / REPUBLIQUE DOMINICAINE

BARDON, Catherine

Auteure de guides touristique, Catherine Bardon vit depuis plusieurs années entre la France et la République dominicaine. Sa saga en quatre tomes Les déracinés autour d’une famille juive en République dominicaine a connu un grand succès public.

La fille de l’Ogre

2022

Flor de Oro naît en 1915 en République dominicaine, fille d’Aminta et de Rafael, télégraphiste et bon danseur qui entre dans l’armée et monte très vite les échelons. En bon macho, Rafael aurait voulu avoir un garçon, il se contente de Flor de Oro et joue au minimum son rôle de père, très occupé par ses maîtresses et préoccupé par son ascension sociale, qui se confirme. Sa fille ne pourra être une simple métisse peu ou mal éduquée. À huit ans elle est envoyée en France où elle vit dans un pensionnat pour jeunes filles jusqu’à 1932.

À son retour à Saint-Domingue, Rafael (Trujillo) est désormais président de la République et elle doit et devra jouer son rôle, celui de la fille du dictateur. Séparée de sa mère (Rafael a divorcé et épousé une femme plus jeune), ne voyant que très rarement son père, elle est plongée dans une solitude dorée, dans un ennui de chaque jour, d’autant plus qu’à la première occasion, une garden-party officielle, elle a commis une faute énorme, elle a discrètement flirté avec un beau lieutenant nommé Porfirio.

Dans un pays où déjà on ne compte plus les disparitions inexpliquées, la situation du jeune homme devient problématique. Mais le caractère de Flor est forgé dans le même métal que celui de son père, même si elle n’excelle pas dans le rôle de fille du Généralissime ni dans celui d’épouse : le mariage a été célébré en grande pompe dans la demeure de Rafael. La mariée a 17 ans, le marié 23. Pendant ce temps la République dominicaine devient en quelques années la propriété privée du papa de Flor.

Malgré sa position, qu’on pourrait penser privilégiée, Flor vit quelques hauts et  bien des bas, c’est ce que conte avec beaucoup de vivacité Catherine Bardon dont on sent bien qu’elle a aimé prendre en main la destinée de cette femme pour en faire un grand roman historique et sentimental sur une malheureuse ballotée entre l’Histoire de son pays. Elle donne une épaisseur à  ce personnage qui pourrait n’être qu’une marionnette le plus souvent manipulée par un père ou des maris et qui pourtant existe bien comme le personnage principal du roman.

Mais tout est ambigu dans les rapports entre épouse et époux, entre fille et père, entre fille et position officielle. Elle est victime de sa situation mais l’accepte et sait aussi en profiter, elle aime ce (premier) mari volage, souffre de l’espionnage incessant de sa vie personnelle voulu par son père mais elle l’admire, ferme les yeux sur un pouvoir de plus en plus aveugle lui aussi.

À mesure que Flor avance en âge le pouvoir de son père se radicalise : il veut être le seul, absolument le seul à régner sur son pays, multipliant les massacres d’opposant, d’étrangers, faisant main basse sur les propriétés et les richesses des gêneurs. Et il suffit d’un mot ou d’un geste pour devenir gêneur. Il veut aussi faire en sorte que toute personne qui l’approche se sente minuscule, inexistante, inutile, sa fille la première.

Catherine Bardon fait avancer avec brio ce récit plein de rebondissements, d’aventures sentimentales dans un décor de paillettes et aussi de violences qui restent dans la coulisse mais qu’on sent très proches. Elle met au centre de cette vie en dents de scie la relation chaotique entre le dictateur et sa fille sans cacher une réelle sympathie pour elle qui peut, parfois, sembler un peu excessive : malheureuse, Flor de Oro l’a été sans aucun doute, mais elle a abondamment profité des avantages que son père le dictateur sanguinaire lui a offerts sans qu’elle se pose de questions sur la nature du régime ou l’origine de l’argent qui coulait généreusement. Il n’en reste pas moins que la destinée de cette femme fragile est unique et qu’elle méritait bien qu’on la raconte, et qu’elle est racontée à la perfection.

Vie privée et histoire politique d’un pays alternent et se complètent mutuellement, ce qui rend passionnante l’histoire de cette femme qui n’a jamais su être à sa place.

La fille de l’Ogre, éd. Les Escales, 407 p., 21 €.

MOTS CLES : REPUBLIQUE DOMINICAINE / CARAÏBES / HISTOIRE / DICTATURE / SOCIETES / PSYCHOLOGIE / FAMILLE / EDITIONS LES ESCALES.

On peut compléter cette lecture par le roman de Mario Vargas Llosa sur les dernières semaines de Rafael Trujillo, La fête du Bouc (éd. Gallimard).

Un autre roman latino-américain autobiographique récent La distance qui nous sépare du Colombien Renato Cisneros évoque de façon magistrale les rapports entre un fils et son père, proche conseiller des pires dictateurs latino-américains du 20ème siècle. On peut lire mon commentaire :

CHRONIQUES, ROMAN DES CARAÏBES

Ingrid PERSAUD

TRINITÉ-ET-TOBAGO

Née à Trinité-et-Tobago, Ingrid Persaud vit au Royaume Uni où elle a été étudiante, puis enseignante et journaliste. Elle a ensuite commencé une carrière d’écrivaine. Love after love est son premier roman traduit en français.

Love after love

2020 / 2022

Trinité-et-Tobago, deux petites îles, un pays situé tout près du Venezuela. Betty est secrétaire dans un collège de Trinidad où Mr. Chetan enseigne les mathématiques. Betty est veuve et élève son fils Solo. Ils font partie de la classe moyenne de ce pays lui-même moyen. Mr. Chetan devant laisser l’appartement qu’il occupe, Betty lui propose une chambre pour le dépanner. La cohabitation est réussie. Mr. Chetan est un homme sérieux, peut-être un peu trop, il remplace de façon très positive le père mort quand Solo n’avait que cinq ans, un père qui pouvait être charmant mais qui pouvait aussi devenir violent. Solo grandit, Betty mène sa vie, libre, sans excès. L’amour serait-il possible entre les deux adultes ?

La vie s’écoule sans secousse majeure. Les secrets que peut avoir chaque être humain qui a un peu vécu ne font pas surface. Les monologues successifs des trois personnages permettent au lecteur de les deviner.

Tout change quand Solo prend la décision de quitter son île pour les États-Unis. Son oncle Hari, le frère du père décédé, l’accueille dans un quartier misérable de New York. Officiellement, Solo a pris un mois de vacances qu’il souhaite passer avec ses cousins. En réalité, il sait qu’il ne repartira pas pour Trinidad. Hari et Sherry, sa nouvelle compagne, semblent très bien adaptés à la vie américaine, nourriture comprise !

On dit souvent que les bons sentiments ne font pas les bons romans. Ce n’est pas forcément vrai. Nos trois narrateurs n’ont rien des méchants de la littérature ou du cinéma. Chacun est honnête avec lui-même, chacun essaie d’être digne, au moins de rester en accord avec lui-même, ce qui n’est pas toujours aussi simple. La nature, la société, mettent souvent des bâtons dans les roues  des gens bien, c’est une des constatations douces-amères de ce roman.

À la recherche, sinon du, au moins d’un bonheur, on lutte avec les moyens qu’on a : trouver l’amour ou un amour, regagner la confiance d’un être proche et aimé, survivre dans un  environnement hostile pour un immigré ou pour un homme ou une femme qui peut sortir des normes, les trois protagonistes le font sans déchoir. Ils cachent aussi pas mal de choses qu’ils prennent pour honteuses ou mesquines et qui ne sont qu’humaines. Petites et grandes  misères, bonheur espéré et parfois atteint, Ingrid Persaud, en multipliant les détails significatifs particulièrement bien choisis, évite le risque de sentimentalisme ou de mièvrerie par un réalisme frappant : violences contre les femmes ou contre soi-même, homophobie sournoise ou affichée, déclassement dû à l’exil, rancœur profonde contre un proche, influence des « religions » douteuses, rien n’est éludé.

La solitude, l’amitié-amour, Ingrid Persaud les rend profondément émouvants, elle nous rend les trois personnages principaux proches par leur modeste humanité, il est impossible de ne pas s’attacher à eux, malgré nos éloignements, la géographie, les coutumes, les manières de vivre, de croire.

Un premier roman, une première réussite. On en souhaite beaucoup d’autres à Ingrid Persaud !

Love after love, traduit de l’anglais (Trinidad-et-Tobago), par Carine Chichereau, éd. Les Escales, 409 p., 22 €.

Ingrid Persaud en anglais : Love after love, ed. Penguin Random House.

MOTS CLES : TRINITE-ET-TOBAGO / SOCIETE / PSYCHOLOGE / AMOUR / EDITIONS LES ESCALES.

Cet article vous a intéressé ? Vous souhaitez être informé des nouveautés en rapport avec l’Amérique latine et la zone Caraïbe publiées en France ?

ABONNEZ-VOUS !

C’est gratuit, il vous suffit d’indiquer (en bas sur la colonne de droite de cette page) votre adresse mail.

Vous recevrez une notification à chaque publication sur AnnA, Americanostra/nos Amériques.

CHRONIQUES

Ariana NEUMANN

VENEZUELA / ÉTATS-UNIS / EUROPE

Ariana Neumann est née à Caracas à la fin des années 60, dans une famille juive ayant fui l’Europe après la deuxième guerre mondiale. Ombres portées, enquête familiale, est son premier livre.

Ombres portées

2020 / 2021

Ariana Neumann, l’auteure, est née à la fin des années 60 à Caracas, dans une famille très aisée qui s’y est installée en 1949. Elle y a grandi dans un cadre confortable, une mère élégante et aimante, un père qui dirige une entreprise prospère. Quand elle a 8 ans, elle découvre par hasard parmi les papiers familiaux un document étrange, ce qui semble être une fausse carte d’identité qui aurait appartenu à son père. À 8 ans, on oublie vite un détail qui fait partie du monde des adultes. Mais, après le décès du père, le mystère refait surface et, désormais adulte, elle se lance dans une enquête qui durera  10 ans. Quelles sont les origines de sa famille solidement ancrée au Venezuela ?

L’Amérique latine est, on le sait, une terre d’accueil de millions de personnes, venues d’Orient comme des différents pays européens, parfois poussés par la misère de leur région natale, les Basques, les Italiens du Sud, parfois contraints d’abandonner leur pays pour des raisons historiques, un régime politique ou pour échapper à un danger vital (les Juifs) ou une responsabilité (les nazis).

Les Neumann étaient en 1930 bien installés à Prague où leur fabrique de peintures était florissante. Quand la menace venue d’Allemagne se précise peu à peu, pendant la décennie suivante, la famille qui est consciente de ce qui se rapproche, continue de vivre comme s’ils pouvaient rester à l’écart du danger. Les photos montrent les pique-niques, les jeux dans la maison de campagne qui deviendra bientôt un refuge plus sûr que l’appartement pragois. Les visages sont souriants, alors que les lettres avec le frère, l’oncle, déjà installé aux États-Unis, évoquent les difficultés de plus en plus préoccupantes pour maintenir une apparence de vie normale. En 1940, un « camp de travail » pour Juifs est déjà opérationnel tout près de la maison de campagne.

Ariana Neumann décrit très naturellement cette vie, entre la banalité d’un quotidien qu’on veut routinier, l’amour familial et le poids des interdictions faites aux Juifs, les brimades et, en toile de fond, la question : que faire ? Résister, d’une façon ou d’une autre, est-il possible ? Accepter ce qui se passe ? Se fondre dans un anonymat qui sera dénoncé par un quelconque gendarme tchèque ? Une simple baignade, si l’endroit précis du « délit » est interdit aux Juifs peut conduire en prison, puis à Auschwitz. Ensuite tout a fini de dégénérer.

Ombres portées est un récit historique solidement documenté. L’auteure en fait aussi un roman familial et à suspense passionnant dans ses rebondissements qui ne manquent pas en cette terrible période.

La guerre terminée, l’arrivée des communistes en Tchécoslovaquie, en février 1948, accélère la prise de décision du père et de l’oncle d’Ariana de quitter définitivement leur ville et leur pays. Le Venezuela est accueillant, les perspectives d’installation et de développement dans les meilleures conditions sont prometteuses : leur fabrique de peinture, qui gardera le même nom qu’à Prague pourra prospérer. Très vite, Hans, le père, se sent citoyen de son nouveau pays qui deviendra son pays : plusieurs rues à Caracas et en province, portent son nom… Le pays où naîtra et grandira Ariana Neumann.

Ombres portées, traduit de l’anglais (États-Unis) par Nathalis Peronny, éd. Les Escales, 384 p., 22 €.

Ariana Neumann en anglais : When Time Stopped : A Memoir of My Father’s War and What Remains.

MOTS CLES : VENEZUELA / EUROPE / HISTOIRE / FAMILLE / SOCIETES / PSYCHOLOGIE / EDITIONS LES ESCALES.

Plusieurs publications récentes, en France, évoquent les années du nazisme et ses rapports avec l’Amérique latine : Eichmann à Buenos Aires de Benoît Coquil (éd. Flammarion) est le plus récent. (chronique sur AnnA, le 6 septembre.

CHRONIQUES

Catherine BARDON

FRANCE / RÉPUBLIQUE DOMINICAINE

 

BARDON, Catherine

Auteure de guides touristique, Catherine Bardon vit depuis plusieurs années entre la France et la République dominicaine.

 

Et la vie reprit son cours 

2020 

Troisième épisode d’une série commencée avec Les déracinés et L’Américaine, Et la vie reprit son cours raconte la vie d’une famille juive installée dans un village de République dominicaine et parfaitement intégrée, qui ne perd pas pour autant le contact avec ses racines mouvantes. Une idéale lecture de détente où l’on dénichera émotions et où l’on découvrira des pans de l’histoire dominicaine peu connue chez nous.

Ruth Rosenheck, 27 ans, la narratrice, descendante d’une famille juive, vit en 1967 tranquillement à Sosúa. Vers 1940, le gouvernement dominicain a créé une petite communauté juive en offrant des terres à plusieurs milliers de migrants qui fuyaient l’Europe en guerre. Son ami Arturo, fils de fabricants de cigarettes, artiste homosexuel, préfère rester à New York plutôt que revenir mener une vie peu libre dans sa famille et dans un pays corseté.

De la République dominicaine, on ressent les sursauts de l’époque, une fausse démocratie locale, la guerre du Vietnam, la profonde révolution culturelle des États-Unis au moment où la société dominicaine est verrouillée. Ruth est amoureuse de Domingo, le frère d’Arturo, dont la famille est très traditionnelle. C’est aussi l’année d’une autre guerre, la guerre des Six Jours au Moyen Orient, qui touche indirectement l’héroïne et sa famille.

Les enfants grandissent, les adultes essaient de mener leur vie malgré les obstacles, parfois un événement vient briser la routine : à l’occasion du trentième anniversaire de l’installation des juifs à Sosúa, une grande fête comporte même un service religieux à la fois catholique et juif, symbole de cette intégration parfaite.

Tout baigne dans une ambiance heureuse : les personnages traversent des épreuves, se heurtent à des oppositions, sont conscients des tragiques inégalités locales, mais les épreuves trouvent leur résolution, les oppositions ne dégénèrent pas en conflits irréparables et les inégalités, bien qu’on agisse pour les atténuer, restent hors champ.

Caroline Bardon veut distraire sans trop déranger mais sans éluder les réalités sombres. Elle profite des nombreux rebondissements romanesques de sa saga pour aborder plusieurs sujets qui intéressent et inquiètent les Latino-Américains, l’évolution politique, si noire en ces années 1970, le rôle des États-Unis par rapport au Sud, les dictatures (celle qui sévit en République dominicaine n’est pas aussi cruelle que dans d’autres pays, mais elle est bien réelle). Une excursion en famille permet une agréable visite touristique de l’île. L’histoire familiale se déroule, avec ce recul un peu nonchalant et donc très plaisant, qui évoque la façon de vivre caribéenne.

Et la vie reprit son cours de Catherine Bardon, éd. Les Escales, 346 p., 19,90 € (papier), 14,99 € (numérique).

Les déracinés et L’Américaine, les premiers tomes de la saga, ont paru aux éditions Les Escales.

MOTS CLES : ROMAN FRANÇAIS / HISTOIRE / SOCIETE / PSYCHOLOGIE / AMOUR / EDITIONS LES ESCALES

BARDON, Catherine Et la vie reprit son cours

 

CHRONIQUES, ROMAN BRESILIEN

Luize VALENTE

BRÉSIL

 

VALENTE, Luize

 

Née à Rio de Janeiro, après des études de Littérature et de Journalisme, Luize Valente s’est consacrée à l’histoire, en particulier celle du judaïsme. Elle a publié, outre des essais, trois romans et une pièce de théâtre.

Sonate pour Haya.

2017 / 2019

 

L’auteure brésilienne Luize Valente fait plonger son lecteur dans le drame de la Shoah à travers une famille juive berlinoise dont seuls une jeune femme et son bébé survivront. Elle nous interroge aussi sur le poids du passé, le silence et le secret que maintiennent certaines familles pendant des années soit par dégoût (passé nazi) soit pour protéger les survivants et leur descendance (passé juif). Elle met en valeur également l’humanité inattendue de certains et la lâcheté d’autres, bref la complexité de l’âme humaine.

 

C’est un roman en quelque sorte historique qui apprend entre autres à un public brésilien bien loin de l’Europe la tragédie engendrée par le IIIème   Reich. A travers le parcours d’une famille de notables berlinois, les Eisen, elle retrace les humiliations, la lente et cruelle déchéance, la nuit de Cristal en 1938 et les étapes de la mort programmée qui s’enchaînent. Peu de rescapés par famille : des Eisen il ne restera qu’Adele enceinte à son arrivée au camp.

En parallèle apparaît le capitaine SS Friedrich Schmidt, pur produit de l’Allemagne aryenne et nazie, de la propagande du régime et de l’endoctrinement dès l’enfance. C’est un brillant pilote de la Luftwaffe jusqu’à la blessure qui le rend incapable de voler. On lui confie alors un autre genre de mission qui lui fera prendre conscience de la face sombre du nazisme…

Tous les renseignements fournis par l’auteure sont minutieux, relèvent d’une véritable recherche historique, bien documentée.

Mais cette histoire ne nous est pas racontée au premier degré, elle passe par la recherche de la vérité et du  passé familial d’une jeune femme, Amalia. Nous sommes en 1999, au Portugal. Amalia par pur hasard surprend une conversation téléphonique qu’elle n’aurait pas dû entendre : le refus de son père de rencontrer Frida, l’aïeule à Berlin, père qui a toujours refusé de parler du passé allemand de ses propres parents. Elle décide d’aller en cachette à Berlin rencontrer son arrière grand-mère centenaire et proche de la mort. Elle en reviendra bouleversée par les révélations de Frida et partira à Rio sur les traces d’Haya, le bébé juif né au camp et sauvé par Friedrich alors capitaine SS et grand père d’Amalia.

C’est à Rio qu’elle retrouvera facilement Haya, la cinquantaine épanouie, et également sa mère Adele. Haya ne sait pas elle aussi grand-chose du passé de ses parents et par respect pour eux n’a jamais posé de questions.

Assises l’une à côté de l’autre sur un divan, pendant un long après midi, Haya et Amalia vont découvrir l’histoire bouleversante d’Adele et de sa famille. Le long récit plonge Amalia d’abord dans la honte puis dans la confusion quand elle apprendra le rôle de son grand père dans le sauvetage d’Haya. Elle découvrira le pardon et la résilience, tout comme elle acceptera le secret d’Enoch, mari d’Adele, survivant lui aussi des camps.

Voici un roman inspiré d’une histoire vraie qui dévoile son aspect historique parfaitement documenté et précis jusque dans les détails (comme par exemple le règlement point par point du ghetto de Nagyvarad où échouent Adele et sa famille) Et ce n’est pas le récit aride et sec d’un historien car nous vivons cette tragédie à travers le destin de personnages incarnés, humains et complexes.

Grâce à la distance due au temps, plus de cinquante ans après les faits, à l’éloignement (Amalia n’a pas connu cette période, ni les protagonistes de cette histoire. Haya toute petite s’est retrouvée, sans souvenir réel transplantée au Brésil) il n’y a pas de jugement de valeur, ni de rancœur, ni de haine, mais il reste des regrets et de la douleur. Même si le récit frôle parfois l’invraisemblance et le mélodrame, le traitement de la rédemption sonne juste et nous met, lecteurs, face à une question essentielle : qui sommes-nous pour juger du bien fondé de telle ou telle attitude prise dans des circonstances extrêmes ?

Louise Laurent.

Une sonate pour Haya, traduit du portugais (Brésil) par Daniel Matias, éd. Les Escales, 390 p. 21,90 euros.

Luize Valente en portugais : Sonata en Auschwitz, ed. Record, Rio de Janeiro.

MOTS CLES : ROMAN BRESILIEN / ROMAN HISTORIQUE / PSYCHOLOGIE / FEMINISME / SOCIETE / EDITIONS LES ESCALES.

 

VALENTE, Luize Sonate pour Haya

PUBLICATION ORIGINALE : www.espaces-latinos.org