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Fabio Morábito Prix Roger Caillois 2019

Fabio Morábito, l’auteur du roman Le lecteur à domicile, qui avait déjà reçu le Prix Villaurutia au Mexique vient d’obtenir le Prix Roger Caillois qui récompense chaque année un auteur latino-américain et un auteur français (cette année il s’agit de Jacques Réda).

Le lecteur à domicile a été publié aux éditions José Corti et traduit par Marianne Millon.

Mon commentaire sur le roman a été publié en juillet dernier sur AnnA.

 

MORABITO, Fabio

 

MORABITO, Fabio Le lecteur à domicile

CHRONIQUES

Fabio MORÁBITO

MEXIQUE

 

MORABITO, Fabio

Né en 1955 à Alexandrie, il s’est installé à Mexico avec ses parents en 1970 et a pris la nationalité mexicaine. Il écrit, en espagnol, des poèmes, des essais, des nouvelles et des romans.

 

Le lecteur à domicile 

2018 / 2019

Fabio Morábito est avant tout un poète (Ventanas encendidas, Visor, Madrid,  est une anthologie qui donne une bonne idée de ses vers), un essayiste et il a publié plusieurs recueils de nouvelles et trois romans dont le dernier apporte un souffle d’humour et de subtilité bien venu en ces périodes où domine la noirceur. Né à Alexandrie et italianophone, il vit à Mexico depuis une cinquantaine d’années et écrit exclusivement en espagnol.

On rencontre es gens bizarres dans la Ville de l’Éternel Printemps, ces deux frères largement entrés dans le troisième âge dont l’un est muet et idiot, aux dire du narrateur, mais qui donne ses ordres par la voix de fausset de l’autre qui, lui, est ventriloque. Ou encore cette famille assez nombreuse dont certains sont sourds et muets sans qu’on puisse vraiment savoir qui feint de l’être.

Eduardo nous raconte en détail sa nouvelle vie dans cette petite ville de province : de malheureuses circonstances ont fait qu’il a été condamné à des activités d’intérêt général qui, grâce à un ami prêtre, n’ont pas consisté à nettoyer des latrines à droite et à gauche, mais à faire la lecture à des gens défavorisés ou handicapés. C’est ainsi qu’il rencontre ces familles ou ces individus pour le moins originaux.

L’humour, savoureux, vient d’un très léger décalage de la réalité d’une vie quotidienne grise, banale, comme par exemple la mère du narrateur, commerçant en mobilier, qui tombe littéralement amoureuse d’un buffet vitré et qui oublie sa passion passagère au moment où elle découvre un deuxième exemplaire, rigoureusement identique.

Les problèmes financiers se succèdent les uns aux autres, il y a quelques vols, du narcotrafic, un cancer bien avancé, mais tout cela se vit dans un climat détendu quoique respectueux. Fabio Morábito fait brusquement jaillir de la crasse une étincelle inattendue de drôlerie. Ah, cette comparaison (absolument acceptable au demeurant) entre un livre de recettes de cuisine et un recueil de poésie !

Eduardo n’est pas Superman, ses amours ne sont pas inouïes, ses conversations volent en général au ras du sol, mais, au détour d’un dialogue avec une serveuse de bar, il découvre que sa mère avait tout d’une princesse de conte de fée, qu’elle aurait pu être le modèle d’un recueil de poèmes dont il possède un exemplaire dédicacé à un libraire taciturne.

L’ombre de cette mystérieuse femme poète plane sur le récit, sur la ville, son génie semble immense et personne ne la connait en dehors des trois au quatre protagonistes, tous habitants de la Ville de l’Éternel Printemps. Pourtant tout est loin d’être merveilleux à Cuernavaca, ville jamais nommée directement mais dont tout Mexicain connait le surnom : on se fait racketter, on peut se faire détrousser en achetant un paquet de cigarettes, la mesquinerie est bien présente, même parmi les poètes locaux qui, tout en douceur, pousseront vers la porte et vers l’anonymat le poète concurrent. On est bien dans un Mexique « normal ».

Il reste de la  lecture du Lecteur à domicile des effluves très agréables, on a beaucoup souri, on a, en lisant compris les bienfaits de la lecture, de la poésie qui, si à elle seule ne règle pas tout, au moins permet de réunir des gens très dissemblables et de s’élever personnellement et prouve au lecteur du roman qu’il n’a pas  eu tort de s’y plonger.

Le lecteur à domicile de Fabio Morábito, traduit de l’espagnol (Mexique) par Marianne Million, éd. Corti, 224 p., 20 €.

Fabio Morábito en espagnol : El lector a domicilio, ed. Sexto Piso / Emilio, los chistes y la muerte , ed. Anagrama / Cuando las panteras no eran negras , ed. Siruela / La vida ordenada (cuentos),  ed. Tusquets / Caja de herramientas, ed. Pre-Textos / El idioma materno, ed. Sexto Piso / Ventanas encendidas (antología e poesía), ed. Visor.

Fabio Morábito en français : Les mots croisés / Emilio, les blagues et la mort, éd. Corti.

MOTS CLES : ROMAN MEXICAIN / SOCIETE / PSYCHOLOGIE / HUMOUR / POESIE / EDITIONS JOSE CORTI.

MORABITO, Fabio Le lecteur à domicile

 

 

ACTUALITE

Décès de Leopoldo Brizuela

BRIZUELA, Leopoldo

Leopoldo Brizuela est décédé le 14 mai dernier à l’âge de 55 ans. Il était né à La  Plata en 1963. Après des études de Droit, il s’était consacré à la  littérature. Pianiste et chanteur, il s’était produit en public. Traducteur de l’anglais, il était aussi journaliste. Il avait publié son premier roman, Tejiendo agua en 1986 et obtenu le Prix Alfaguara en 2012 pour Una misma noche, roman publié en français sous le titre de La Nuit recommencée.

On peut se procurer en France :

La Nuit recommencée, éd. Le Seuil.

Le Plaisir de la captive et Angleterre une fable, éd. Corti.