ROMAN URUGUAYEN

Felipe POLLERI

URUGUAY

POLLERI, Felipe

 

Felipe Polleri est né en 1963 à Montevideo. Il collabore régulièrement à la rubrique culturelle du journal El País. Il a publié une dizaine de romans.

 

Allemagne, Allemagne !

2013/2014

 

Depuis son premier roman traduit en français, on apprécie l’Uruguayen Felipe Polleri pour son exploration du monde de la folie, vue de l’intérieur, et des questions que posent l’aliénation et la vie quotidienne. Dans Allemagne, Allemagne !, il reprend son thème favori pour cette fois le confronter à une folie plus générale, plus « historique » aussi, puisqu’une bonne  partie du roman est une allusion au nazisme.

 

Le narrateur, qui change de nom, comme de personnalité, comme de chemise, a-t-on envie de dire, se prend à nouveau pour un écrivain qui n’est plus Baudelaire, comme dans le livre précédent, mais un Anglais, qui peut être Marlowe ou Shakespeare, selon les moments et l’humeur. Il nous fait pénétrer dans les méandres de ses doutes, puis nous entraîne à la fois dans un asile probablement uruguayen et dans une Allemagne des années nazies, dans laquelle on croise des noms connus, des peurs génétiques (à l’origine de la folie du personnage ?), la peur aussi de la Machine, qui déshumanise ce qui nous reste de vivant, et aussi un certain bonheur, notre narrateur n’est pas malheureux dans sa condition, il l’accepte et souvent même il la revendique. Confronté au monde extérieur, aux autres fous de l’asile, aux médecins, à ses fantasmes, il affirme qu’il est un être à part entière, et que peut-être il dispose de davantage de richesses que vous et moi.

Il ne faut bien sûr pas s’attendre à lire un récit, on est, comme dans les romans précédents, plongés dans les méandres de la psychologie chaotique de notre Parsifal Wagner (autre personnalité du héros), on se laisse noyer par ces mots déroutants, surprenants dans le meilleur sens du mot.

Felipe Polleri : Allemagne, Allemagne !, traduit de l’espagnol (Uruguay) par Christophe Lucquin, éd. Christophe Lucquin, 259 p., 18 €.

Felipe Polleri en espagnol : ¡Alemania, Alemania ! / Gran ensayo sobre Baudelaire / Los sillones marchitos /, Hum, Montevideo.

Felipe Polleri en français : L’ange gardien de Montevideo / Baudelaire, éd. Christophe Lucquin.

 

MOTS CLES : ROMAN URUGUAYEN / PSYCHOLOGIE / HISTOIRE / EDITIONS CHRISTOPHE LUCQUIN.

 

POLLERI, Felipe Allemagne, Allemagne!

 

PUBLICATION ORIGINALE : www.espaces-latinos.org
ROMAN URUGUAYEN

Felipe POLLERI

URUGUAY

POLLERI, Felipe

 

Felipe Polleri est né en 1963 à Montevideo. Il collabore régulièrement à la rubrique culturelle du journal El País. Il a publié une dizaine de romans.

 

Baudelaire

2007/2014

Qu’on se le dise : le surréalisme est de retour ! Mais un surréalisme… rationnel. Notre grand poète national est au centre du récit, comme l’annonce le titre, mais est-ce le Baudelaire des manuels scolaires, celui des biographes, le fils d’une mère à la forte personnalité ou le dandy, l’amateur d’opium ou le syphilitique ? L’Uruguayen Felipe Polleri dont L’ange gardien de Montevideo nous avait séduits l’an dernier, se garde bien de faire du Lagarde et Michard. Et c’est tant mieux pour le lecteur.

Il y a bien une histoire dans Baudelaire, elle divague, s’égare, entre poésie de l’impossible et burlesque tragique. Tout tourne autour de deux Baudelaire : celui qui a vécu à Paris (et à Bruxelles), qui aurait arpenté la rue de la Syphilis et la rue Anatole-France, et celui qui vit dans les pages du roman intitulé Baudelaire, écrit par le tragique héros de notre roman. Que lit-on ? le Baudelaire recréé par ce malheureux « Je », ou le Baudelaire de Felipe Polleri ? C’est la vertu principale du texte, un texte fuyant : on croit pouvoir s’accrocher à une situation, à un personnage, et on se retrouve avec une situation complètement différente, un personnage qui surprend, et ce vertige ainsi créé est un vrai plaisir, un plaisir antirationnel bien sûr. Tout est fuyant et fugace, les très courts chapitres donnent cette sensation de voler d’un lieu à l’autre, d’un temps à l’autre, d’un homme (Baudelaire) à l’autre (Baudelaire aussi).

Les esprits (trop) rationnels peuvent toujours aller consulter une biographie plus ou moins inspirée du grand poète, ici Baudelaire est décrit, sondé décrypté, c’est lui et lui seul qui apparaît au fil des pages, et il est sûrement plus « vrai », si ce mot veut dire quelque chose que les statues figées des biographies acceptées par les Autorités Intellectuelles officielles. N’est-on pas en plein surréalisme, le « vrai », lui aussi, sorti de tout académisme, à commencer par celui de Breton ? D’ailleurs Felipe Polleri n’a pas tort de qualifier les dites biographies de « trous de serrure » !

On rencontre dans le roman, au hasard des pages, chevaux, mouches, crocodiles, petits enfants des deux sexes et valises, beaucoup de valises, tour à tour ventre maternel ou coffre à souvenirs, presque toujours fardeau trop lourd qu’il faut pourtant bien traîner avec soi, derrière soi.

Voilà un livre sans cesse surprenant, à déguster à petites gorgées, quitte à se resservir plusieurs fois.

 

Felipe Polleri : Baudelaire, traduit de l’espagnol (Uruguay) par Christophe Lucquin, Éditions Christophe Lucquin, 126 p., 14€.

Felipe Polleri en espagnol :  / Gran ensayo sobre Baudelaire (una novelahistórica)Los sillones marchitosCasa editorial HUM, Montevideo.

Felipe Polleri en français : L’ange gardien de Montevideo, Christophe Lucquin.

MOTS CLES : ROMAN URUGUAYEN / HUMOUR / EDITIONS CHRISTOPHE LUCQUIN.

 

POLLERI, Felipe Baudelaire

 

PUBLICATION ORIGINALE : www.espaces-latinos.org
ROMAN URUGUAYEN

Felipe POLLERI

URUGUAY

 

POLLERI, Felipe

Felipe Polleri est né en 1963 à Montevideo. Il collabore régulièrement à la rubrique culturelle du journal El País. Il a publié une dizaine de romans.

 

 

 L’ange gardien de Montevideo

2012/2013

Premier roman publié en France de l’Uruguayen Felipe Polleri, L’ange gardien de Montevideo est pour le lecteur une troublante descente dans l’esprit vacillant d’un jeune homme dont l’occupation principale et de remplacer le concierge de son immeuble et de subir les humiliations de la plupart des voisins. On est littéralement plongés dans la tête de Néstor, jeune homme, machine ou pantin, c’est selon, et Felipe Polleri parvient très bien à nous faire partager le trouble qui est la définition du narrateur. Ce sont ses délires qui sont ainsi exprimés, mais aussi ses angoisses, plus rarement ses aspirations, presque tout le temps ses incompréhensions par rapport aux mortels qui l’entourent, qui vivent dans un monde qui leur semble, qui nous semble normal, mais qui pour Néstor, est hors de toute réalité, de toute vraisemblance. Ajoutons qu’un deuxième narrateur, peut-être un habitant de l’immeuble, mais peut-être aussi, pourquoi pas Felipe Polleri lui-même, se glisse parfois entre les pages de Néstor et rajoute un peu de piment à ce jeu du vrai et du pipé, un clin d’œil qui pourrait être un peu plus que ça. Je vous intrigue un peu ? Allez y voir vous-mêmes, L’ange gardien de Montevideo mérite bien le temps de lecture qu’il nous demande.

Felipe Polleri : L’ange gardien de Montevideo, traduit de l’espagnol (Uruguay) par Christophe Lucquin, Editions Christophe Lucquin, 106 p., 14 €.

Felipe Polleri en espagnol : Los sillones marchitos, ed. Hum, Mongtevideo.

MOTS CLES : ROMAN URUGUAYEN / SOCIETE / PSYCHOLOGIE / EDITIONS CHRISTOPHE LUCQUIN.

POLLERI, Felipe L'ange gardien de Montevideo

 

PUBLICATION ORIGINALE : www.espaces-latinos.org
ROMAN CHILIEN

Jorge MARCHANT LAZCANO

CHILI

 

Jorge Marchant Lazcano

 

Jorge Marchant Lazcano est né à Santiago en 1950. Après des études de Lettres, il travaille comme journaliste et publie son premier roman qui est censuré par la dictature. Scénariste à succès pour la télévision dans les années 80, auteur de théâtre, militant de la cause homosexuelle, il a publié une quinzaine de romans.

 

La nuit qui n’a jamais porté le jour

1982/2017

Publié en 1982 au Chili, La nuit qui n’a jamais porté le jour,deuxième roman de Jorge Marchant Lazcano, est inspiré d’un fait réel : la disparition pendant la Seconde Guerre mondiale, à Valparaiso, d’un citoyen français dont le cadavre fut retrouvé dans les années 1980. Ce très court roman, qui vient d’être traduit en français, se lit d’une traite. À travers une intrigue habilement conduite, l’auteur explore, avec justesse et sans concessions, les thèmes de la marginalité, la peur, la violence dans un contexte social dépourvu de toute humanité.

Antisocial et porté sur la boisson, Sepúlveda, le héros,ou plutôt l’anti-héros de ce roman vit seul avec sa mère qui a une bien piètre opinion de son fils et n’hésite pas à le lui faire savoir. Incapable de tenir un emploi – ce que d’ailleurs il ne souhaite pas –, il enchaîne les petits boulots et les périodes d’inactivité où il passe le plus clair de son temps à dormir. Incapable de construire une relation amoureuse – ce qu’il ne souhaite pas davantage–, il se contente de dépenser ses maigres économies dans un bordel des bas-fonds de Valparaiso. C’est là qu’il fait la connaissance de Daniel Cahen, un Juif français, réfugié au Chili pour échapper aux persécutions nazies.Entre l’alcoolique et l’exilé, va se nouer une amitié incertaine, une relation difficile et ambiguë qui aboutira à une situation limite, insoutenable.

Les deux événements majeurs qui structurent à la fois le roman et la vie du personnage principal se produisent sur fond de Seconde Guerre mondiale pour le premier, de dictature militaire pour le deuxième et on peut dire que la noirceur du monde transpire dans le récit. L’écriture rigoureuse et suggestive de Jorge Marchant Lazcano, admirablement servie par la traduction de Christian Roinat, immerge le lecteur dans une atmosphère épaisse, sordide, qui ne laisse aucune place à la moindre lueur d’espoir,un univers trouble et obscur où l’on perd pied, où tout finit par s’estomper dans les brumes de la somnolence. Ainsi, rattrapé par un souvenir d’enfance qui tourne à l’obsession, Sepúlveda en vient à douter de la réalité de sa propre existence, à se demander si ce qu’il suppose vivre depuis des mois, des années, n’est pas une suite de rêves survenus dans un très long sommeil dont il se réveillera peut-être un jour. Et même si Daniel Cahen lui ouvre quelque peu les yeux sur les douleurs du monde, il reste prisonnier de sa nuit. Nuit de pauvreté, de misère affective, culturelle, et sociale. À moins que toute son existence ne soit tendue vers l’espérance d’une nuit absolue, parfaitement vide, à la fois délivrance et libération, une « nuit qui n’a jamais porté le jour ».

 

Mireille BOSTBARGE

 

La nuit qui n’a jamais porté le jourtraduit de l’espagnol (Chili)par Christian Roinat, Christophe Lucquin Éditeur, 92 p., 18 €.

MARCHANT L; La nuit...

MOTS CLES : ROMAN CHILIEN / PSYCHOLOGIE / SOCIETE.

Souvenir :

409 avec Jorge & Rodolfo

(À Santiago, en compagnie de Rodolfo Guzmán Mukong)

PUBLICATION ORIGINALE : http://www.espaces-latinos.org