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Artistes d’Amérique latine à Paris



 
L’Espace des femmes– Antoinette Fouque et Jeanne Labracherie, Commissaire d’exposition
    vous invitent
vendredi 28 mai 2021 de 17 à 19 heures
au finissage de l’exposition collective 
Mujeres
Artistes d’Amérique latine
avec
Liz Barthel, Yanieb Fabre, Nora Herman,
Martha Rodriguez, Fabiana Peña Plault,
Rustha Luna Pozzi-Escot, Carmen Herrera Nolorve,
Carolina Spielmann

 Jusqu’au 29 mai 2021,du mardi au samedi de 14h à 19h
Espace des femmes – Éditions – Librairie –
Galerie33/35, rue Jacob 75006 Paris – 01 42 22 60 74
espace@desfemmes.fr –  
www.espace-des-femmes.fr
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Emiliano MONGE

MEXIQUE

MONGE, Emiliano

Né en 1978 à Mexico, Emiliano Monge est professeur à l’UNAM où il a fait ses études de Sciences politiques. Il est l’auteur de quatre romans.

Omissions

Tout commence avec la mort violente, dramatique, du grand-père, Carlos Monge McKey. Il travaillait sur un chantier. Une explosion. Un cadavre en mille morceaux. Sauf que. Sauf que Carlos réapparait quatre ans plus tard, bien vivant et en bonne santé : il avait organisé sa disparition pour échapper à une existence qui ne lui plaisait plus, tout simplement pour obéir à un désir trop fort de partir. Le cadavre anonyme, l’explosion tout était une mise en scène (réussie).

Le père, Carlos Monge Sánchez, un des narrateurs, sera pris de la même impulsion, il désertera lui aussi le foyer pour entrer, lui, dans la lutte politique, la guérilla.

C’est bien d’une famille qu’il s’agit, tous les éléments sont là, grands parents, cousins, parents et sœurs (avec quand même une énorme présence masculine, aucune des femmes n’a un rôle important). Mais c’est une famille qui, tout en restant semble-t-il solide, s’effrite de tous côtés. Est-ce la faute du grand-père et de sa fausse mort ? Ce n’est pas certain, la fausse mort n’étant qu’une manifestation des lézardes qui deviennent fissures sur l’édifice qui semble résister envers et contre tout. On révèle des secrets enfouis depuis des générations, on en tait d’autres connus de tous, on juge un père, un fils, un proche selon ses propres critères, mais une phrase lâchée dans un moment de colère peut révéler chez l’autre une de ces failles qui mettent en péril une personnalité entière.

Emiliano, l’auteur tout de même, est tour à tour l’un des personnages, le narrateur, le transcripteur des cahiers écrits par son grand-père ou des paroles de son père qui, à contre cœur, dit-il, a accepté de lui donner sa version de  l‘histoire familiale. Le regard porté sur les faits et les personnes est sans complaisance, même quand il s’agit d’Emiliano, mais sans acharnement, c’est un simple constat et il demande à son lecteur, je suppose, la même distance faite d’honnêteté. Or, distance et honnêteté n’excluent pas l’émotion, c’est là la force de ce texte.

Adolescent, Emiliano, peut-être victime de l’hérédité, ressent à son tour la nécessité vitale de s’évader. De s’évader de lui-même, et c’est ainsi qu’il s’évade… vers la fiction, dont la dernière étape (provisoire, espérons-le), est ce No contar todo.

Il est évident que Emiliano Monge a conquis sa liberté d’écrivain, il joue avec, il joue avec les siens, avec lui-même et surtout avec ses lecteurs auxquels il offre autant de libertés : tout croire de ce qu’il raconte ? Juger l’un ou l’autre de ses personnages/personnes ? Juger Emiliano personnage de son roman ? Juger l’auteur ? Ou non ? Voir une simple histoire familiale ? Ou voir le symbole de ce qu’a été le Mexique, de ce qu’il est devenu ? À chacun de nous le formidable luxe de choisir ‒ ou pas.

Omissions, traduit de l’espagnol  (Mexique) par Juliette Barbara, éd. Grasset, 463 p., 24 €.

Emiliano Monge en espagnol : No contar todo de Emiliano Monge, ed. Literatura Random House, Barcelona, 2019.

Emiliano Monge en français : Les terres dévastées, éd. Philippe Rey.

MOTS CLES : MEXIQUE / SOCIETE / LITTERATURE / PSYCHOLOGIE / EDITIONS GRASSET.

Cette chronique a été publiée en octobre 2019 dans la rubrique VO.

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Makenzy ORCEL

Makenzy Orcel est né à Port-au-Prince en 1983. Poète et romancier, il a obtenu plusieurs prix littéraires importants.

Pur sang

2021

Pur sang est un vaste poème d’une quarantaine de pages, d’une liberté de forme sans concessions dans lequel règnent les mots et les corps. Les sensations (c’est de cela qu’il s’agit) que veut faire naître Makenzy Orcel, ce sont des chocs successifs.

Comme dans ses romans, il est un franc partisan de la secousse : celle qui provient des ambiances qui se suivent, s’entrechoquent dans la surprise du lecteur, celle des sentiments contradictoires. C’est une poésie du ressenti.

Quant aux corps, on revient directement au cœur d’Haïti qui souffre, mais ce sont les hommes qui souffrent autant ou plus que ce territoire soumis aux ouragans et aux séismes.

Il faut prendre son temps pour lire ces vers, ne pas vouloir comprendre à tout prix, mais souhaiter ressentir et là, on est comblés.

Pur sang, éd. La Contre-Allée, 63 p., 12 €.

MOTS CLES : HAÏTI / POESIE / LITTERATURE / EDITIONS LA CONTRE ALLEE.

Un nouveau roman de Makenzy Orcel, L’Empereur est publié par les éditions Rivages : voir mon commentaire sur AnnA : https://wordpress.com/post/americanostra.wordpress.com/2953

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180 romans déjà commentés sur AnnA !

Il y a un peu moins de dix-huit mois, j’ouvrais ce blog, América nostra / nos Amériques (AnnA) qui se consacre à la (bonne) littérature d’Amérique latine et de la zone caraïbe.

Je lis ce qui sort en traduction française en oubliant le professeur de littérature que j’ai été. C’est en lecteur ordinaire, le lecteur moyen, qui n’a pas de qualité particulière, qui aime lire, que j’aborde ces chroniques. Ce qui m’intéresse, ce que j’essaie de transmettre, c’est le plaisir de la lecture, ce que le roman en question peut m’apporter. Ce dont je rêve, c’est de donner envie de lire.

Depuis janvier 2019, donc, j’ai commenté près de 200 romans, sorties récentes en France pour la plupart, mais aussi, dans la rubrique N’OUBLIONS PAS, quelques romans plus anciens qu’il ne faudrait pas ignorer malgré le passage des années et, depuis quelques mois, dans la rubrique V.O., des romans non encore traduits en France mais qu’on peut se procurer en Europe.

Pour faire un point, voici la liste de ces romans dont vous pouvez lire ce que j’en pense. Les romans de la V.O. apparaissent en rouge dans la liste.

Bonne lecture à vous ! Et un conseil, si ce n’est déjà fait : abonnez-vous à Americanostra, c’est bien sûr gratuit et vous recevrez dans votre boîte à lettres la notification de tout article nouveau. Tout en bas, à droite de la page que vous lisez, vous cliquez et c’est fait !

 

 

AIRA, César Le congrès de littérature Argentine
AIRA, César Le testament Argentine
ALMADA, Selva Après l’orage Argentine
ALMADA, Selva Les jeunes mortes Argentine
ARGEMÍ, Raúl A tombeau ouvert Argentine
ARIDJIS, Chloe Fugue mexicaine Mexique / Etats Unis
ARISMENDI, Andrea Memoria de una ciudad por donde no pasó la guerra Uruguay
ARMAS, Erick de Elena est restée, et papa aussi Cuba
ARRIAGA, Guillermo Le sauvage Mexique
BARBA, Andrés Une république lumineuse Espagne
BARRAL, Antonio Todo el bien, todo el mal France/ Uruguay
BATALHA, Martha Les mille talents d’Euridice Guzmão Brésil
BATALHA, Martha Un château à Ipanema Brésil
BAZTERRICA, Agustina Cadavre exquis Argentine
BERTI, Eduardo / MONOBLOQUE Inventaire d’inventions (inventées) Argentine / France
BETTO, Frei Hôtel Brasil Brésil
BLANCO CALDERÓN, Rodrigo The Night Venezuela
BONNEFOY, Miguel Le voyage d’Octavio France / Venezuela
BONNEFOY, Miguel Jungle France / Venezuela
BONNEFOY, Miguel Sucre noir France / Venezuela
CAICEDO, Andrés Que viva la musica Colombie
CAICEDO, Andrés Traversé par la rage Colombie
CAPARRÓS, Martín A qui de droit Argentine
CAPARRÓS, Martín La faim Argentine
CAPARRÓS, Martín Tout pour la patrie Argentine
CASTELLANOS MOYA, Horacio La mémoire tyrannique
Guatemala
COMENSAL, Jorge Les mutations Mexique
CONTI, Haroldo Mascaró, le chasseur des Amériques Argentine
COUDERC, Frédéric Aucune pierre ne brise la nuit France / Argentine
CUETO, Alonso Avant l’aube Chili
CUETO, Alonso La passagère du vent Chili
CUETO, Alonso La Perricholi Pérou
DEVILLE, Patrick Amazonia France / Brésil
DO SANTOS, Luis L’enfant du fleuve Uruguay
DONOSO, José L’obscène oiseau de la nuit Chili
EVARISTO, Conceição Poèmes de la mémoire et autres mouvements Brésil
EVARISTO, Conceição Ses yeux d’eau Brésil
FADANELLI, Guillermo El hombre mal vestido Mexique
FEREY, Caryl Paz France / Colombie
FERRARI, Kike De loin on dirait des mouches Argentine
FRANCO, Jorge Le ciel à bout portant Colombie
FRANCO, Jorge Le monde extérieur Colombie
FRANCO, Jorge La fille aux ciseaux Colombie
FRESÁN, Rodrigo La part inventée Argentine / Espagne
FRESÁN, Rodrigo La part rêvée Argentine / Espagne
FUENTES, Vilma Des châteaux en enfer Mexique / France
FUENTES, Vilma Les greffiers du diable Mexique / France
GALERA, Daniel Minuit vingt Brésil
GALLO, Rubén Proust latino Mexique / Etats Unis / France
GAMBOA, Santiago Des hommes en noir Colombie
GAMBOA, Santiago Prières nocturnes Colombie
GAMBOA, Santiago Retourner dans l’obscure vallée Colombie
GARIB, Walter Le voyageur au tapis magique Chili
GORODISCHER, Angélica Trafalgar Argentine
GORODISCHER, Angélica Kalpa Imperial Argentine
GRAMMONT, Guiomar de Les ombres de l’Araguaia Brésil
GUELFENBEIN, Carla Le reste est silence Chili
GUELFENBEIN, Carla Nager nues Chili
GUELFENBEIN, Carla La estación de las mujeres Chili
HALFÓN, Eduardo Deuils Guatemala
HALFÓN, Eduardo Monastère Guatemala
HALFÓN, Eduardo La pirouette Guatemala
HALFÓN, Eduardo Le boxeur polonais Guatemala
HALFÓN, Eduardo Signor Hoffman Guatemala
HALFÓN, Eduardo Halfon, Boy Guatemala
HARWICZ, Ariana Crève, mon amour Argentine
HATOUM, Milton La ville au milieu du fleuve Brésil
HERNÁNDEZ, Vladimir Indomptable Cuba / Espagne
HERRERA, Telmo Le prêtre fou et les trente-sept vierges de Santa Rosa Equateur/ France
JODOROWSKY, Alexandro Psychomagie
LAUB, Michel Journal de la chute Brésil
LAUB, Michel La pomme empoisonnée Brésil
LEMEBEL, Pablo Je tremble, ô matador Chili
LISPECTOR, Clarice Chroniques, Edition complète Brésil
LISPECTOR, Clarice Nouvelles, Editions complète Brésil
LISPECTOR, Clarice Un souffle de vie / Agua viva Brésil
LUISELLI, Valeria Archives des enfants perdus Mexique / Etats Unis
LUISELLI, Valeria L’histoire de mes dents Brésil
LUISELLI, Valeria Des êtres sans gravité Mexique / Etats Unis
MAIRAL, Pedro L’Uruguayenne Argentine
MAKHLOUF, Georgia Le goût d’Haïti Haïti
MANET, Eduardo Les trois frères Castro Cuba / France
MANET, Eduardo Le Fifre Cuba / France
MANGUEL, Alberto Monstres fabuleux Argentine
MARCELO, Carlos Captifs au paradis Brésil
MARCHANT LAZCANO, Jorge Un sang pareil au mien Chili
MARCHANT LAZCANO, Jorge La nuit qui n’a jamais porté le jour Chili
MARTÍNEZ d’AUBUISSON, Juan José Entendre, voir et se taire Salvador
MARTÍNEZ , Óscar / Juan José El Niño de Hollywood Salvador
MARTÍNEZ, Guillermo Moi aussi j’ai eu une petite amie bisexuelle Argentine
MARTÍNEZ, Guillermo Los crímenes de Alicia Argentine
MARTINS, Geovani Le soleil sur ma tête Brésil
MAYAULT, Isabelle Une longue nuit mexicaine France/ Mexique
MELCHOR, Fernanda La saison des ouragans Mexique
MÉNDEZ GUÉDEZ, Juan Carlos Les valises Venezuela / Espagne
MONTERO MANGLANO, Luis La Cité des hommes saints Espagne
MORÁBITO, Fabio Le lecteur à domicile Mexique
MUCHA, Martín Tes yeux dans une ville grise Pérou
MURILLO, Alma Delia El niño que fuimos Mexique
NERUDA, Pablo J’avoue que j’ai vécu. Jeunesse Chili
NETTEL, Guadalupe Après l’hiver Mexique
NETTEL, Guadalupe La vie de couple des poissons rouges Mexique
NETTEL, Guadalupe Le corps où je suis née Mexique
NEUMAN, Andrés Le voyageur du siècle Argentine
NEUMAN, Andrés Parler seul Argentine
NEUMAN, Andrés Bariloche Argentine
OCAMPO, Silvina La promesse Argentine
OJEDA, Iván Monalisa Las biuty queens Chili / Etats Unis
OSORIO, Elsa Tango Cuba
OSORIO, Elsa Double fond Cuba
PACHECO, José Emilio Batailles dans le désert Mexique
PACHECO, José Emilio Tu mourras ailleurs Mexique
PADURA, Leonardo Ce qui désirait arriver Cuba
PADURA, Leonardo L’homme qui aimait les chiens Cuba
PADURA, Leonardo La transparence du temps Cuba
PADURA, Leonardo Hérétiques Cuba
PADURA, Leonardo / CANTET, Laurent Retour à Ithaque Cuba / France
PIÑEIRO, Claudia Elena et le roi détrôné Argentine
PIÑEIRO, Claudia Bétibou Argentine
PIÑEIRO, Claudia À toi Argentine
POLLERI, Felipe Baudelaire Uruguay
POLLERI, Felipe Allemagne! Allemagne Uruguay
POLLERI, Felipe L’ange gardien de Montevideo Uruguay
PORRONI, Paula Bonne élève Argentine
PUENZO, Lucía Invisibles Argentine
QUERCIA, Boris La légende de Santiago Chili
QUERCIA, Boris Les rues de Santiago Chili
QUERCIA, Boris Tant de chiens Chili
RIBEIRO, Djamila Petit manuel antiraciste et féministe Brésil
RODRÍGUEZ, Giovanni Ficción hereje par alectores castos Honduras
RODRÍGUEZ, Gustavo Les matins de Lima Pérou
RODRÍGUEZ, Gustavo La furia de Aquiles Pérou
ROMERO, Ricardo Je suis l’hiver Argentine
ROSERO, Evelio Les armées Colombie
ROSERO, Evelio Le carnaval des innocents Colombie
ROSERO, Evelio Juliana les regarde Colombie
ROUQUIÉ, Alain L’appel des Amériques France
RUTÉS, Sébastien Mictlán France /  Mexique
SACCOMANNO, Guillermo Basse saison Argentine
SACCOMANNO, Guillermo 1977 Argentine
SACCOMANNO, Guillermo L’employé Argentine
SACHERI, Eduardo Petits papiers au gré du vent Argentine
SACHERI, Eduardo Le bonheur c’était ça Argentine
SACHERI, Eduardo La nuit de l’Usine Argentine
SAÍNZ BORGO, Karima La fille de l’Espagnole Venezuela
SALDAÑA PARIS, Daniel Parmi d’étranges victimes Mexique
SANTOS-FEBRES, Mayra Sirena Serena Porto Rico
SANTOS-FEBRES, Mayra La maîtresse de Carlos Gardel Porto Rico
SHUA, Ana María Sois patient Argentine
SHUA, Ana María Contes du  monde Argentine
SILVEIRA, Maria José De mères en filles Brésil
SOLARES, Martín N’envoyez pas de fleurs Mexique
SOLARES, Martín Quatorze crocs Mexique
SOLER, Jordi Ce prince que je fus Mexique / Espagne
STROBEL, Michèle-Baj Les gens de l’or Guyane
TEYSSEYRE, Michèle Patagonie France / Argentine
TOEWS, Miriam Ce qu’elles disent Canada / Bolivie
VALENTE, Luize Sonate pour Haya Brésil
VECCHIO, Diego Microbes Argentine
VILLALOBOS, Juan Pablo Dans le terrier du lapin blanc Mexique
VILLALOBOS, Juan Pablo Si nous vivions dans un endroit normal Mexique
VILLALOBOS, Juan Pablo Personne n’est obligé de me croire Mexique
VILLALOBOS, Juan Pablo Les temps perdus Mexique
VILLAROEL, Gilberto Cochrane vs Cthulhu Chili
VOLPI, Jorge Un roman mexicain Mexique
WROBEL, Rodolfo Les deux vies de Sofia Brésil
XERXENESKY, Antônio Avaler du sable Argentine
XERXENESKY, Antônio F Argentine
XERXENESKY, Antônio Malgré tout la nuit tombe Argentine
ZEPEDA PATTERSON, Jorge Les corrupteurs Mexique
ZEPEDA PATTERSON, Jorge Milena ou le plus beau fémur du monde Mexique
ZEPEDA PATTERSON, Jorge Mort contre la montre Mexique
ZOOEY, J.P. Te quiero Argentine
ZUKERMAN, David San Perdido France / Panama Argentine
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Iván Monalisa OJEDA

CHILI / ÉTATS-UNIS

OJEDA Iván Monalisa

Né à la fin des années 60 à Llanquihue, dans le sud du Chili, et après des études de Droit puis de Théâtre, il s’installe à New York où il est peformer. Il assume ses deux personnalités, Iván et Monalisa. Il a publié des nouvelles et des pièces de théâtre.

 

Las biuty queens

2019

Le Chili avait eu Pedro Lemebel, génial auteur de chroniques et d’un roman traduit en français, à lire absolument, Je tremble, ô matador (Denoël, 2004 et 10/18, 2007), il découvre à présent une autre « reine » des nuits gays, Iván Monalisa Ojeda, qui vit à New York et qui vient de publier son premier roman.

Malgré les apparences, il est peu probant de comparer Lemebel et Ojeda. Autant le premier aimait provoquer et jouer avec un humour toujours un peu cruel, envers les incompréhensions de son propre personnage qu’envers lui-même, autant Ojeda sembla sage malgré son sujet et ses personnages.

Il nous plonge au cœur de la vie des folles newyorkaises, non pour militer pour une reconnaissance de plus en plus difficile au pays de Trump (qui est cité dans le livre), mais pour témoigner de leur façon de vivre. Il ne s’apitoie pas, il ne force pas le trait, il décrit, tout simplement, les misères de ces personnes décalées mais qui assument. Et le tableau est très noir, souvent très drôle, mais très noir.

La galerie de portraits, des amis et amies de Monalisa, est une suite de misères, sociales en particulier, des Sud-Américains qui ont fui leur région peu ouverte aux « déviations », quitté leur famille souvent, pour vivre leur sexualité et qui doivent oublier leur condition, d’où la drogue omniprésente, et aussi pour trouver des ressources, d’où la prostitution, à laquelle ils (elles) ne peuvent échapper, selon Iván Ojeda.

On ne juge pas, on constate la solitude, l’impossibilité de se faire admettre dans une société très corsetée, très repliée sur ses traditions, même si ce n’est le plus souvent qu’une façade dont romans et films montrent la fragilité. C’est justement cette façade que Las biuty queens efface pour montrer aux lecteurs l’intérieur de la « maison ». La solidarité est là, mais aussi la méfiance, la dérision peut être de l’autodérision, mais pas toujours, les « filles » sont souvent cruelles. L’étant généralement envers elles-mêmes, elles le sont encore plus envers les autres, surtout si elles leur ressemblent… Cercle vicieux dont il est impossible de sortir.

Mais si elles ont tendance, elles, à ne pas s’apitoyer sur elles-mêmes ou sur leurs semblables, Iván Monalisa s’arrange très bien pour faire que le lecteur le fasse à leur place : ces portraits, ces tranches de vie, sont en effet très émouvantes, ce sont des victimes qui jouent leur rôle devant nous, elles n’aimeraient peut-être pas qu’on le leur fasse remarquer, elles ont leur dignité, qu’elles se font un plaisir de détruire au détour d’un monologue, d’une diatribe contre une consœur, d’un besoin de se ridiculiser, mais cette dignité est là, ce sont des personnes, et elles résistent par nécessité et par choix.

Le style est un autre attrait, l’auteur(e) utilise ce spanglish, mélange de divers espagnols (ceux des régions d’origine des folles) et d’anglais, fait vivre dans les nombreux dialogues les expressions et aussi les tons, de ceux qui exagèrent le côté féminin de ces hommes dont la barbe pointe sous le maquillage : on entend ces dialogues en les lisant.

Las biuty queens de Iván Monalisa Ojeda, 126 p., ed. Alfaguara, Santiago du Chili et Barcelone.

 

OJEDA, Iván Monalisa Lasq biuty queens

CHRONIQUES, Non classé

Conceição EVARISTO

BRESIL

 

EVARISTO Conceiçao

 

 

Née en 1946 à Belo Horizonte dans une favela, Conceição Evaristo a pu, à force de volonté, obtenir un doctorat en littérature comparée tout en exerçant le métier d’institutrice à Rio de Janeiro. Ses premiers romans ont été publiés au Brésil dans au début du XXIème  siècle et sont très vite traduits en anglais et en français.

 

Poèmes de la mémoire et autres mouvements

2008/2019

 

Depuis des décennies, l’enseignant que j’ai été, le commentateur que je suis, un homme, se pose la question : existe-t-il une littérature purement féminine ? Beaucoup des auteures avec qui j’en ai discuté refusent l’idée. La qualité est là ou pas, c’est tout ce qui compte, et j’ai tendance à aller dans ce sens.

C’est donc l’homme que je suis, plutôt qu’un être neutre et détaché qui va partager ses réactions devant ces soixante et quelques poèmes d’une femme brésilienne. La femme est omniprésente, avec sa part de passé, une femme qui a dû souffrir, peut-être sans toujours le savoir : son sort était celui de toutes ses petites voisines, et devoir travailler pour aider sa famille dès ses huit ans n’était pas rare dans sa favela. Ayant obtenu son doctorat et étant reconnue comme romancière, elle n’a bien sûr pas oublié ce passé de lutte personnelle. Les allusions sont bien présentes, transfigurées par la poésie.

Elle n’est pas militante, encore moins revendicatrice. Le poème Favela ne compte que dix vers, mais tout est dit : décor, violence, espoirs réduits à néant. La misère, souvent évoquée, n’est pas désespérée, elle est même souvent joyeuse : on n’a pas d’or, on a les fruits sauvages ‒ gratuits ! ‒ à partager en riant. Jamais elle n’oublie l’horreur des diverses misères (matérielle, morale, mentale), elle constate, avec des mots superbes, et ce constat est si puissant qu’il n’est pas nécessaire de lui ajouter une morale quelconque.

Un peu de mythologie afro-brésilienne, des allusions à l’histoire du pays, des tranches de vie quotidienne, des évocations de la beauté pure, du temps qui passe pour chacun, les duretés des vies modestes, Conceição Evaristo métamorphose par ses mots le quotidien en profondeur. Ce sont des thèmes qu’on retrouve ailleurs, mais ici, les mots et la forme des vers font que ces sujets banals deviennent émotion et réflexion.

Peut-on parler de « poésie sociale » ? Je me répéterai : « féministe », social », qu’importe ? On est comblé, homme ou femme, par la richesse de cette poésie, c’est tout, et c’est un immense cadeau.

Poèmes de la mémoire et autres mouvements de Conceição Evaristo, édition bilingue, traduit du portugais (Brésil) par  Rose Mary Osorio et Pierre Grouix, avec une préface d’Izabella Borges et une postface de Pierre Grouix, éd. des femmes– Antoinette Fouque, 208 p., 16 €.

Conceição enportugais : Poemas da recordação e outros movimentos,  Ed. Malé, Rio de Janeiro

Conceição Evaristo en français : les éditions Anacaona ont publié en traduction française les romans Banzo, L’histoire de Poncia et Insoumises.

MOTS CLES : ROMAN BRESILIEN / POESIE / SOCIETE / EDITIONS DES FEMMES

EVARISTO cConceiàao Poèmes de lamémoire et autres mouvements

 

 

ACTUALITE, Non classé

Eduardo Halfón Prix du meilleur livre étranger 2018

2018. (25 novembre)

Eduardo Halfón Prix du meilleur livre étranger 2018

 

Deuils (éd. La Table Ronde) a reçu le Prix du meilleur livre étranger 2018. Il lui sera remis le jeudi 29 novembre.

Deuils

On peut lire nos impressions sur Deuils sur AnnA.

Eduardo Halfón succède dans ce palmarès à une longue liste de noms prestigieux:

Miguel Ángel Asturias (Monsieur le Président, 1950)

Alejo Carpentier (Le Partage des eaux, 1956)

Gabriel García Márquez (Cent ans de solitude, 1969)

Gabriel Cabrera Infante (Tres tristes tigres, 1970)

Ernesto Sabato (L’Ange des ténèbres, 1976)

Adolfo Bioy Casares (Plan d’évasion, 1979)

Mario Vargas Llosa (La Tante Julia et le scribouillard, 1980)

Fernando del Paso (Palinure de Mexico, 1986)

Héctor Bianciotti (L’Amour n’est pas aimé, 1983)

Abilio Estévez (Ce royaume t’appartient, 2000).

 

 

CHRONIQUES, Non classé, ROMAN CHILIEN

Alexandro JODOROWSKY

CHILI / FRANCE /MONDE

 

 

JODOROWSKY, Alexandro

Alejandro / Alexandro Jodorowsky est né en 1929 à Tocopilla au nord du Chili. Venu à Paris pour des études de médecine, il ttravaille avec le mime Marceau et écrit son premier scénario de bande dessinée. Ensuite, résidant au Mexique, il crée une troupe de théâtre et tourne trois films, dont La montagne sacrée (1973) qui devient très vite un film culte. De retour à Paris, à partir des années 80, il partage son temps entre la bande dessinée, le cinéma, le roman et différentes traditions spirituelles qu’il associe.

 

Psychomagie.

204/2019

La médecine est-elle une science ou un art ? Quand il arrive qu’un guérisseur guérisse, car cela peut arriver, est-ce un miracle ou un tour de passe-passe ? Ce sont les premières questions que pose Alexandro Jodorowsky, génial touche à tout, littérature, cinéma, ésotérisme, qui aura passé sa vie à chercher et à faire profiter tout un chacun de ses découvertes qui, ne rejetant rien de ce qui existe, unit christianisme, bouddhisme, religions indiennes d’Amérique et magie.

 Après avoir clairement défini en à peine quelques pages ce qu’est la psychomagie, Alexandro Jodorowsky se livre à des réflexions multiples, universelles pourrait-on dire, qui, toutes, tournent autour de l’être humain et de son accomplissement. Une phrase pourrait résumer : « Il faut avoir conscience de ce que nous sommes. »

L’étendue des sujets abordés est immense, ils ont tous pour axe l’existence humaine, d’où, justement leur multiplicité. Son indépendance, qui n’est plus à souligner depuis bien longtemps, est absolue, ce qui n’empêche pas une certaine cohérence : il est, à 90 ans, parvenu à un très haut degré de perception, il en fait profiter. On peut, un peu par commodité, un peu par jeu, partir sur la piste de quelques-uns de ces thèmes, pas tous, on récrirait le livre !

GOUROU : Il avoue avoir un temps voulu l’être. Il l’a été, mais comme personnage, dans son film La Montagne sacrée. Il ne l’a jamais été dans la réalité, et aujourd’hui moins que jamais. Il parle de certaines de ses expériences, il ouvre des pistes vers une meilleure connaissance de soi, mais Psychomagie est l’opposé exact de ces épouvantables manuels pour vaincre sa timidité ou réussir sa relation à autrui.

TAROT : Pour Alexandro Jodorowsky, le Tarot n’est surtout pas une divination de l’avenir, mais l’analyse du présent.  « M’installerai-je à Madrid ou à Barcelone ? », lui demande un consultant. L’essentiel est de trouver par les cartes la cause de l’hésitation.

GRATUITÉ : Ce qui a de la valeur doit être gratuit. Faire payer (un conseil, une consultation, une aide quelconque) revient à détruire l’objet du paiement. Cette notion revient constamment dans le livre et elle est pratiquée, pendant des années Jodorowsky a donné à Paris des consultations hebdomadaires autour du Tarot sans prendre un franc ou un euro.

RELIGIONS : Elles ne sont pas à rejeter, puisqu’elles existent et qu’elles influencent une bonne partie des populations, en réalité elles ne sont qu’une et doivent être considérées comme une parcelle de vérité, la seule religion est l’univers dont chacun de nous est une partie. Les manifestations de la religion, que sont miracles, ou apparitions dans le christianisme, sont des bizarreries intéressantes, à observer, mais ne font en rien avancer notre connaissance (de l’univers et de soi-même).

On pourrait trouver d’autres têtes de chapitres, beaucoup d’autres. Le plus frappant, dans ses propos, c’est la distance, admirable chez un homme « normal » ou « ordinaire », que prend Alexandro Jodorowsky avec tout, la science, l’ésotérisme, la vie et la mort, et même la magie, qui est au centre de tous ces propos. Il est parfois un peu difficile de le suivre sans réagir : le monde futuriste, hyper technologique qu’il voit à peu près idéal, semble en contradiction avec ses aspirations spirituelles, mais du moment qu’en fin de compte c’est l’esprit qui s’imposera, on lui pardonnera bien volontiers ! D’ailleurs, peut-on seulement imaginer un Jodorowsky sans délires ? C’est pour ça aussi qu’on l’aime !

Si on trouve parfois qu’il va un peu loin, quelques lignes plus tard on se remet à accepter ce qui nous est dit, le dialogue avec le maître est constant, riche et nuancé. On en ressort inévitablement enrichi. Il pourrait nous écraser par la force de ses conceptions, et non, sa bienveillance est là, il nous met en confiance.

« Nous n’avons pas besoin de contes de fées », nous sommes adultes, la Bible ou le Coran peuvent même être dangereux. La vérité est en soi. Je suis persuadé qu’elle est aussi dans Psychomagie !

Psychomagie de Alexandro Jodorowsky, traduit de l’espagnol par Nelly Lhermillier, éd. Albin Michel, 267 p., 17 €..

à À noter la prochaine sortie du nouveau film d’Alejandro Jodorowsky Psychomagie. Un art pour guérir.

Alexandro Jodorwsky en espagnol : Psychomagia, ed. Siruela, Madrid.

MOTS CLES : PSYCHOLOGIE / RELIGIONS/ SOCIETES / ROMAN CHILIEN / EDITIONS ALBIN MICHEL.

JODOROWSKY, Alexandro Psychomagie

PUBLICATION ORIGINALE : www.espaces-latinos.org
CHRONIQUES, Non classé, ROMAN ARGENTIN

Rodrigo FRESÁN

 

ARGENTINA

fresan, rodrigo

Né en 1963 à Buenos Aires, Rodrigo Fresán, il est considéré comme un rénovateur du roman argentin. Également musicien (il a été le membre d’un groupe de rock dans les années 90) et traducteur de l’anglais, il publie des œuvres hors normes qu’il révise et augmente à chaque nouvelle édition. Il vit à Barcelone depuis 1999.

 

La part rêvée 

2017/2019

 J’avais intitulé ma chronique sur le premier élément de sa future trilogie La pure littérature. Rodrigo Fresán continue de creuser le même sillon, toujours aussi profond et aussi brillant. Sommeil et rêve (le même mot en espagnol), raison et délire, insomnie et création, tout cela est bien au rendez-vous, surprenant par une culture universelle, chanson, roman, films, après La part inventée et avant La parte recordada, qui pourrait se traduire d’après Isabelle Gugnon par La part remémorée, en presque 600 pages, il navigue dans l’onirisme sans pourtant s’éloigner du réel qu’est l’existence humaine.

Quand on entre dans l’univers de Rodrigo Fresán, on sait immédiatement que c’est du jamais vu, du jamais lu, qui nous attend. Et on n’est pas déçus !

Engendré par le plus grand des hasards quelques minutes avant que la mère, renversée par une voiture, ne tombe dans un coma profond dont elle ne sortira jamais, le narrateur, qui s’autodéfinit comme excrivain a donc passé neuf mois en communication directe avec une semi-morte, a partagé ses rêves et ses sensations les plus secrets. Coma, sommeil, rêves, vie, l’excrivain nous entraîne dans un monde cotonneux et coloré, silencieux et vivant, troublant et passionnant.

On ira mettre le pied sur la lune en compagnie d’une étrange famille dont tous les membres ont des prénoms mixtes et l’histoire (les faits historiques, avérés ou non, tel ce premier voyage sur la lune) se mêle au rêve, au cinéma (Bonjour, Stanley Kubrick !) ou à la littérature. Ainsi Vladimir Nabokov n’achève pas  un projet de scénario pour Hitchcock… Jusqu’où Fresán nous emmènera-t-il dans ce délire pourtant tout à fait réaliste, réel même, le rêve lui-même est bien réel, non ?

Le délire en question tourne aussi beaucoup autour des Hauts de Hurlevent lu, relu, su, récrit par une Pénélope qui vit du et dans le rêve, il tourne autour de Feu pâle, roman de Nabokov publié en 1961. Du rêve, on passe à la création, à la littérature.

On ne sait plus où est le centre, d’ailleurs il y en a plusieurs qui se chevauchent, comme dans les beaux kaleidoscopes, le narrateur omnipotent glisse à l’occasion vers l’actualité pour dénoncer les nouveaux moyens de « communication » qui conduisent à l’isolement de chacun, il rend hommage à Bob Dylan et à Enrique Vila-Matas… Cette impression possible de désordre, le lecteur la ressent, elle fait partie du « contrat » qui fait partager le cours de sa pensée, pas forcément logique, bien qu’elle soit cohérente, à l’intérieur de La part rêvée et aussi d’un livre à l’autre. C’est lui, le maître d’œuvre, à nous de le suivre… et d’attendre la troisième partie.

La part rêvée de Rodrigo Fresán, traduit de l’espagnol (Argentine) par Isabelle Gugnon, éd. Le Seuil, 569 p., 26 €.

Rodrigo Fresán en espagnol : La parte soñada / La parte inventada / El fondo del cielo /Jardines de Kensington / Vidas de santos / La velocidad de las cosas / Historia argentina / Mantra, ed. Literatura Random House / Esperanto, ed. Tusquets.

Rodrigo Fresán en français : Esperanto, éd. Gallimard : Mantra / La vitesse des choses / Vies de saint, éd. Passage du Nord-Ouest / Histoire argentine / Les jardins de Kensington / Le fond du ciel / la part inventée, éd. Le Seuil.

MOTS CLES : ROMAN ARGENTIN / EDITIONS LE SEUIL

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PUBLICATION ORIGINALE : www.espaces-latinos.org