CHRONIQUES, ROMAN DES CARAÏBES

Julia ALVAREZ

ÉTATS-UNIS / RÉPUBLIQUE DOMINICAINE

Julia Alvarez est née à New York en 1950 mais a passé ses premières années en République dominicaine d’où est originaire sa famille. En 1960 sa famille doit s’exiler à nouveau et elle vit depuis aux États-Unis. Elle est l’auteure de recueils de poésie, d’essais, de roman s pour la jeunesse et de cinq romans.

Au-delà

2020 / 2022

Antonia, veuve depuis quelques mois, est aidée par ses trois sœurs dans le douloureux espoir de retrouver une vie plus « normale ». D’origine dominicaine, elle vit depuis l’enfance dans le nord-est des États-Unis. Elle était professeure de littérature, a la tête remplie de citations, elle militait dans diverses associations, elle était la femme, le complément de Sam, qu’est-elle désormais ? Mario, l’employé (sans papiers) et son voisin, un jeune Mexicain, lui offre bien involontairement l’occasion de se sentir à nouveau utile, mais est-ce suffisant ?

Le jour où trois de ses sœurs sont réunies pour fêter l’anniversaire d’Antonio, Izzy, la quatrième, n’arrive pas et ne répond plus au téléphone. Autrefois psychothérapeute, elle est à la retraite et marque depuis déjà pas mal de temps des signes de déséquilibre. Ses sœurs, quoique se sentant toujours proches d’elle, ont opté pour lui laisser son autonomie, sa liberté. Le problème pour Antonia, c’est son impression de perdre sa propre liberté face aux soucis qui s’ajoutent les uns aux autres, l’état mental d’Izzy, le statut de Mario et la petite amie mexicaine de Mario, Estela, enceinte, sans papiers, s’imposent tout d’un coup. Antonia va avoir à gérer tout cela. Elle joindra ses deux sœurs à la recherche de la troisième : laissera-t-elle Estela ou suivra-t-elle l’enquête depuis chez elle ?

La grande question que se pose Antonia et que pose Julia Alvarez est de savoir quelle place occupent chacune, chacun par rapport aux autres, à ses proches comme aux inconnus, quelle place et quel rôle tenir. Pour Antonia c’est le décès récent qui génère l’interrogation : tant qu’elle a été près de Sam, son mari, la question n’avait pas lieu d’être : elle était qui elle devait être, avec des rôles bien définis, la femme de…, la sœur de…, l’enseignante, etc., elle était où elle devait être. Le deuil remet tout en cause et les deux ou trois problèmes entremêlés lui permettent de se redéfinir.

Pour toute sorte de raisons, Antonia s’est très bien adaptée, intégrée à la vie nord-américaine. Mais ses racines latinas s’imposent sans cesse, ses rapports avec ses trois sœurs, des réactions imprévues qui refont surface, cette proximité qu’elle sent naturelle avec ce que les Nord-Américains appellent « les membres de sa communauté », ce qui veut dire les hispanophones, la faiblesse étant que cette « communauté », comme ils disent, n’est pas un bloc, il y a ceux qui sont intégrés et les illégaux.

Julia Alvarez a voulu un roman modeste : pas de grandes envolées, pas de situations exagérées, des personnages, loin d’être neutres ou pâlichons mais qui ne flirtent pas avec les extrêmes, et c’est très bien ainsi.
La réserve de l’intention et du propos est une des grandes qualités de cet Au-delà dont, malgré tout, il restera des traces dans la mémoire.

Au-delà, traduit de l’anglais (États-Unis) par David Fauquemberg, éd. La Croisée, 239 p., 20 €.

Julia Alvarez en anglais : Afterlife, ed. Algonquin, Chapel Hill.

Julia Alvarez en français : Au temps des papillons / Yo / Au nom de Salomé / Sauver le monde, éd. Métailié.

MOTS CLES : ETATS-UNIS / REPUBLIQUE DOMINICAINE / PSYCHOLOGIE / SOCIETES / FAMILLE / EXIL / EDITIONS LA CROISEE.

CHRONIQUES, ROMAN DES CARAÏBES

Nicole DENNIS-BENN

JAMAÏQUE

Née en 1982 à Kingston. Après des études secondaires en Jamaïque, elle s’installe aux Etats-Unis pour y étudier, à l’Université de Cornell. Elle y réside toujours, avec son épouse. Elle se consacre à la littérature depuis 2017.

Si le soleil se dérobe

2019 / 2022

Patsy, jamaïcaine de 28 ans, vit dans un quartier que l’on peut qualifier de moyen, de populaire. Elle est une modeste fonctionnaire, a eu avec Roy, un policier local, une fille âgée à présent de cinq ans, Tru, qu’elle a bien du mal à élever avec sa propre mère, Manman G. Elle rêve de la vie aux États-Unis où est partie il y a un certain temps sa meilleure amie Cicely qui a passé des années avant de donner de ses nouvelles. Adolescentes, elles ont vécu des années d’amitié amoureuse et, si Cicely s’est éloignée, physiquement et sentimentalement, Patsy garde une forte nostalgie de ces amours de jeunesse, au point de tout faire pour quitter son île et tenter sa chance au pays de Cocagne. Retrouver Cicely surtout.

Elle finit par obtenir un visa de tourisme et fait le grand saut après avoir confié leur fille à Roy, marié et père de trois garçons. Nicole Dennis-Benn, elle-même immigrée aux États-Unis, décrit de façon extrêmement minutieuse et sensible le parcours d’une femme sans diplôme et très vite sans papiers dans la métropole nord-américaine, d’abord accueillie par son ex-amie qui a d’une certaine façon réussi, puis livrée à elle-même, en parallèle avec l’évolution de Tru, abandonnée dans une famille inconnue qui doit l’accompagner dans sa croissance.

Aucun aspect de la vie de tous les jours n’échappe à l’auteure, le froid que découvre la femme qui découvre une métropole new-yorkaise qui n’a presque rien à voir avec l’image qu’elle s’en faisait, celle qui lui avait donné les images télévisées qui inondaient son île, qui découvre le froid de l’hiver et les prix inabordables pour les gens comme elle, les propriétaires inflexibles, la quasi impossibilité de se créer des relations avec collègues et voisins, les petits trucs pour se faire embaucher par des gens bien installés, eux. Au fil des mois, des années, elle se crée un espace et finit par s’installer, se sentir chez elle, même si elle sait qu’elle restera toujours une marginale.

Parallèlement au parcours nord-américain de Patsy, Nicole Dennis-Benn montre avec la même sensibilité l’évolution sur une dizaine d’années de Tru, petite fille qui se sent à juste titre rejetée, oubliée par sa mère, qui est prise en charge par ces inconnus, Roy et Malva, sa femme, obligée par son mari d’accepter cette intruse pour laquelle elle ne peut empêcher une certaine tendresse (une fillette seule de six ans !). Les rapports humains à l’intérieur de la nouvelle famille sont complexes, le devoir et le sentiment. Tru grandit en garçon manqué, plus attirée par le football que par les poupées, fuyant son autre attirance qu’elle sent naître en elle envers les filles bien davantage que vers les garçons mais n’osant pas se l’avouer et encore moins en parler aux autres.

Entre Patsy et Tru, le silence de dix ans, Patsy étant piégée par sa situation qu’elle juge peu glorieuse (comment avouer qu’elle gagne à peine de quoi manger ?) et Tru attendant sans se décourager un simple coup de fil de sa mère. Nous, lecteurs, sommes les seuls à avoir tous les éléments et donc à comprendre les divers personnages, chacun d’eux est dans l’ignorance de l’autre, cela donne au récit une profondeur et une sensibilité notables.

Romanesque, parfois à la frontière du mélodrame mais n’y tombant jamais, ce roman est d’une puissance rarement atteinte, il aborde une foule de thèmes sociaux et psychologiques que l’auteure traite avec une maîtrise qu’on avait déjà remarquée dans son ouvrage précédent, Rends-moi fière, confirmant ainsi ses solides qualités.

Si le soleil se dérobe, traduit de l’anglais (Jamaïque) par Benoîte Dauvergne, éd. de l’Aube, 568 p., 24 €.

Nicole Dennis-Benn en anglais : Patsy, ed. Oneworld.

Nicole Dennis-Benn en français : Rends-moi fière, éd. de l’Aube.

MOTS CLES : JAMAÏQUE / CARAÏBES / ETATS-UNIS / SOCIETES / PSYCHOLOGIE / FAMILLE / EXIL / EDITIONS DE L’AUBE.

On peut lire (ou relire) mes commentaires sur le premier roman publié en France de Nicole Dennis-Benn, Rends-moi fière :

CHRONIQUES, ROMAN DES CARAÏBES, ROMAN FRANCAIS

Catherine BARDON

FRANCE / REPUBLIQUE DOMINICAINE

BARDON, Catherine

Auteure de guides touristique, Catherine Bardon vit depuis plusieurs années entre la France et la République dominicaine. Sa saga en quatre tomes Les déracinés autour d’une famille juive en République dominicaine a connu un grand succès public.

La fille de l’Ogre

2022

Flor de Oro naît en 1915 en République dominicaine, fille d’Aminta et de Rafael, télégraphiste et bon danseur qui entre dans l’armée et monte très vite les échelons. En bon macho, Rafael aurait voulu avoir un garçon, il se contente de Flor de Oro et joue au minimum son rôle de père, très occupé par ses maîtresses et préoccupé par son ascension sociale, qui se confirme. Sa fille ne pourra être une simple métisse peu ou mal éduquée. À huit ans elle est envoyée en France où elle vit dans un pensionnat pour jeunes filles jusqu’à 1932.

À son retour à Saint-Domingue, Rafael (Trujillo) est désormais président de la République et elle doit et devra jouer son rôle, celui de la fille du dictateur. Séparée de sa mère (Rafael a divorcé et épousé une femme plus jeune), ne voyant que très rarement son père, elle est plongée dans une solitude dorée, dans un ennui de chaque jour, d’autant plus qu’à la première occasion, une garden-party officielle, elle a commis une faute énorme, elle a discrètement flirté avec un beau lieutenant nommé Porfirio.

Dans un pays où déjà on ne compte plus les disparitions inexpliquées, la situation du jeune homme devient problématique. Mais le caractère de Flor est forgé dans le même métal que celui de son père, même si elle n’excelle pas dans le rôle de fille du Généralissime ni dans celui d’épouse : le mariage a été célébré en grande pompe dans la demeure de Rafael. La mariée a 17 ans, le marié 23. Pendant ce temps la République dominicaine devient en quelques années la propriété privée du papa de Flor.

Malgré sa position, qu’on pourrait penser privilégiée, Flor vit quelques hauts et  bien des bas, c’est ce que conte avec beaucoup de vivacité Catherine Bardon dont on sent bien qu’elle a aimé prendre en main la destinée de cette femme pour en faire un grand roman historique et sentimental sur une malheureuse ballotée entre l’Histoire de son pays. Elle donne une épaisseur à  ce personnage qui pourrait n’être qu’une marionnette le plus souvent manipulée par un père ou des maris et qui pourtant existe bien comme le personnage principal du roman.

Mais tout est ambigu dans les rapports entre épouse et époux, entre fille et père, entre fille et position officielle. Elle est victime de sa situation mais l’accepte et sait aussi en profiter, elle aime ce (premier) mari volage, souffre de l’espionnage incessant de sa vie personnelle voulu par son père mais elle l’admire, ferme les yeux sur un pouvoir de plus en plus aveugle lui aussi.

À mesure que Flor avance en âge le pouvoir de son père se radicalise : il veut être le seul, absolument le seul à régner sur son pays, multipliant les massacres d’opposant, d’étrangers, faisant main basse sur les propriétés et les richesses des gêneurs. Et il suffit d’un mot ou d’un geste pour devenir gêneur. Il veut aussi faire en sorte que toute personne qui l’approche se sente minuscule, inexistante, inutile, sa fille la première.

Catherine Bardon fait avancer avec brio ce récit plein de rebondissements, d’aventures sentimentales dans un décor de paillettes et aussi de violences qui restent dans la coulisse mais qu’on sent très proches. Elle met au centre de cette vie en dents de scie la relation chaotique entre le dictateur et sa fille sans cacher une réelle sympathie pour elle qui peut, parfois, sembler un peu excessive : malheureuse, Flor de Oro l’a été sans aucun doute, mais elle a abondamment profité des avantages que son père le dictateur sanguinaire lui a offerts sans qu’elle se pose de questions sur la nature du régime ou l’origine de l’argent qui coulait généreusement. Il n’en reste pas moins que la destinée de cette femme fragile est unique et qu’elle méritait bien qu’on la raconte, et qu’elle est racontée à la perfection.

Vie privée et histoire politique d’un pays alternent et se complètent mutuellement, ce qui rend passionnante l’histoire de cette femme qui n’a jamais su être à sa place.

La fille de l’Ogre, éd. Les Escales, 407 p., 21 €.

MOTS CLES : REPUBLIQUE DOMINICAINE / CARAÏBES / HISTOIRE / DICTATURE / SOCIETES / PSYCHOLOGIE / FAMILLE / EDITIONS LES ESCALES.

On peut compléter cette lecture par le roman de Mario Vargas Llosa sur les dernières semaines de Rafael Trujillo, La fête du Bouc (éd. Gallimard).

Un autre roman latino-américain autobiographique récent La distance qui nous sépare du Colombien Renato Cisneros évoque de façon magistrale les rapports entre un fils et son père, proche conseiller des pires dictateurs latino-américains du 20ème siècle. On peut lire mon commentaire :

CHRONIQUES, ROMAN DES CARAÏBES

Makenzy ORCEL

HAÏTI

Makenzy Orcel est né à Port-au-Prince en 1983. Poète et romancier, il a obtenu plusieurs prix littéraires importants.

Une somme humaine

2022

Le métro parisien. Une femme se jette sur les rails. Elle meurt. Elle est la narratrice de ce vaste roman dans lequel interviennent deux hommes, Orcel et Makenzy, l’un des deux n’a pas été à ses yeux des plus tendres et des plus attentionnés.

Les débuts dans la vie de la narratrice ont été moroses : une enfance dans un village perdu de la province française profonde, très profonde, entre des parents (appelés géniteurs), « égoïstes, méchants, insignifiants », une adolescence pesante, aussi renfermée que la jeune file qui subit sa famille, dont l’oncle prédateur qui a réussi, lui, tout le contraire du père et les camarades de collège qui n’ont rien, dans leur attitude de ce que devrait signifier le mot camarade. Une grand-mère aimante tempère un peu l’ambiance mortifère et malsaine, une grand-mère discrète qui a su conserver de saines bouffées de liberté et refuse toute nostalgie.

Pour la jeune femme, il ne reste qu’une solution, la fuite. Paris. Délivrée du poids insupportable de la famille et des souvenirs cruels, elle doit affronter la précarité et la solitude.

Une somme humaine, le titre est ambitieux. Makenzy Orcel assume cette ambition et réussit dans la description d’une société française, qui n’est pas celle de ses origines et dont il connaît les failles. La femme humiliée, les migrants repoussés, la jeunesse ignorée, le tableau est gris mais réaliste. Il alterne très habilement les points de vue en jouant par exemple avec les techniques cinématographiques : l’acteur qui joue le rôle d’un des personnages n’a pas forcément le même point de vue que le scénariste… ou que le romancier. Il alterne aussi les styles, les ambiances, pure poésie parfois, hyperréalisme à d’autres moments. Le style de Makenzy Orcel est inclassable, si l’on peut parler de style pour ce long texte aux tonalités multiples dans lequel le seul objectif est d’adapter un généreux talent, celui de l’auteur, à ce qu’il souhaite transmettre à son lecteur qui, lui, doit se soumettre à cet éclatement de mots, de phrases, d’images, de sensations.

Admirable, ce panorama d’une société, celle de la province et celle de la capitale, qui part à vau-l’eau dans les deux cas. Admirable, le choix des thèmes qui motivent la narratrice, les violences subies par toute fille, puis toute femme étant celui qui revient le plus souvent, avec la dérive de la plupart des personnages qui manquent d’un objectif et glissent vers des néants jamais comblés par l’alcool, les drogues ou le sexe mal maîtrisé. Admirable, oui, admirable, cette noirceur sans remède qui imprègne l’existence de la narratrice coupable de ne pas avoir su lutter contre ses démons et victime de les avoir subis sans trêve jusqu’au non-retour.

En sortant de son pays d’origine, Haïti, Makenzy Orcel fait un pas en avant dans sa trajectoire déjà brillante d’écrivain. Une somme humaine sera sans aucun doute une étape importante dans une œuvre originale et forte qui fait honneur à la francophonie.

Une somme humaine, éd. Rivages, 624 p., 22 €.

MOTS CLES : FRANCE / HAÏTI / SOCIETE / PSYCHOLOGIE / VIOLENCE / FAMILLE / POESIE / EDITIONS RIVAGES.

Autres chroniques sur les oeuvres de Makenzy Orcel à lire sur AnnA :

Maître Minuit :

L’empereur :

Pur sang (poésie) :

CHRONIQUES, ROMAN DES CARAÏBES

Ralph LUDWIG (coordinateur)

CARAÏBES

Ralph Ludwig enseigne la linguistique à l’Université de Halle, en Allemagne. Il est l’un des principaux spécialistes des langues créoles.

L’errance et le rire

2022

Au diable le cartésianisme ! Cet ouvrage, publié dans la collection Folio Essais fort heureusement n’entre pas dans la norme.

Après une préface du coordinateur, Ralph Ludwig, il s’ouvre sur la création antillaise avec une étrange incursion… algérienne, au diable le cartésianisme (bis) ! La préface, qui pourrait être infiniment plus longue, au vu de la richesse inépuisable du sujet, n’est pas davantage dans la norme : on navigue, au sens propre et figuré, entre l’Europe et la Caraïbe, entre le Siècle d’Or espagnol et la négritude d’Aimé Césaire, elle se perd parfois dans des errances qui peuvent être matérielles (la traversée de l’Atlantique par les esclaves africains) ou littéraires (les essais poétiques, parfois un peu obscurs). Le raccord avec le rire s’impose à l’auteur (au diable, le cartésianisme (ter)), on n’est pas obligé de suivre sa logique.

Mais ce parcours philosophico-socio-littéraire peu traditionnel éclaire certains aspects de ce qui fait (à mes yeux) l’intérêt premier du livre : les vingt nouvelles, panorama très ouvert et équilibré de ce qui se crée (en français) aux Antilles. Équilibré pour plusieurs raisons : il aligne des noms bien connus (Louis-Philippe Dalembert, Jean d’Amérique, Lyonel Trouillot, Gaël Octavia) sur lesquels on peut relire mes commentaires sur AnnA, des personnalités dont les  œuvres reconnues ont été largement primées (Raphaël Confiant, Miguel Duplan, Néhémy Pierre-Dahomey) ou dont les publications font autorité (Hector Poullet, Mérine Céco) avec de jeunes auteurs prometteurs (Mélissa Béralus, Frankito). Un autre mérite est l’absence de hiérarchie : on aimera beaucoup ou moins telle ou telle nouvelle, c’est la loi de tout recueil et ce n’est qu’une réaction personnelle. Les textes sont livrés au lecteur et la variété de leurs tonalités, des sujets mais surtout de la façon de les conduire rend évidente la variété, malgré, tout de même, beaucoup de points communs. On perd parfois de vue la thématique du titre, et c’est tant mieux, on ne profite que mieux de cette saine liberté dont jouit chacun d’eux.

Nul doute que la lecture d’une dizaine de pages prises au hasard chez ces quatorze auteurs ne donne une farouche envie de ne pas s’en tenir là et d’aller découvrir un, deux, trois romans de l’un ou de l’autre, ou de tous.

La deuxième partie de l’« essai » redonne la parole à six des écrivains précédents qui nous font part de leurs réflexions autour de l’errance et du rire, chacun là aussi à sa manière. Ainsi sont abordés, par exemple, le rapport entre les deux notions citées, ou le machisme autour des mots en rapport avec l’errance (« gueux » et « gueuse », avec leurs sous-entendus très différents), le pourquoi de la naissance du rire sur les îles caraïbes, dans un contexte aussi défavorable, si mal vu par les dominants, si sain pour les opprimés.

La postface algérienne finale est une ouverture sur l’universalité de ce phénomène humain qu’est le rire, le rire partout.

L’errance et le rire. Un nouveau souffle de la littérature antillaise, sous la direction de Ralph Ludwig, éd. Gallimard (collection Folio Essais), 327 p.

MOTS CLES : CARAÏBES / LITTERATURE / HUMOUR / SOCIETES / EDITIONS GALLIMARD / EDITIONS FOLIO.

Sur AnnA, mes commentaires sur trois des auteurs cités dans L’errance et le rire :

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CHRONIQUES, ROMAN DES CARAÏBES

Ingrid PERSAUD

TRINITÉ-ET-TOBAGO

Née à Trinité-et-Tobago, Ingrid Persaud vit au Royaume Uni où elle a été étudiante, puis enseignante et journaliste. Elle a ensuite commencé une carrière d’écrivaine. Love after love est son premier roman traduit en français.

Love after love

2020 / 2022

Trinité-et-Tobago, deux petites îles, un pays situé tout près du Venezuela. Betty est secrétaire dans un collège de Trinidad où Mr. Chetan enseigne les mathématiques. Betty est veuve et élève son fils Solo. Ils font partie de la classe moyenne de ce pays lui-même moyen. Mr. Chetan devant laisser l’appartement qu’il occupe, Betty lui propose une chambre pour le dépanner. La cohabitation est réussie. Mr. Chetan est un homme sérieux, peut-être un peu trop, il remplace de façon très positive le père mort quand Solo n’avait que cinq ans, un père qui pouvait être charmant mais qui pouvait aussi devenir violent. Solo grandit, Betty mène sa vie, libre, sans excès. L’amour serait-il possible entre les deux adultes ?

La vie s’écoule sans secousse majeure. Les secrets que peut avoir chaque être humain qui a un peu vécu ne font pas surface. Les monologues successifs des trois personnages permettent au lecteur de les deviner.

Tout change quand Solo prend la décision de quitter son île pour les États-Unis. Son oncle Hari, le frère du père décédé, l’accueille dans un quartier misérable de New York. Officiellement, Solo a pris un mois de vacances qu’il souhaite passer avec ses cousins. En réalité, il sait qu’il ne repartira pas pour Trinidad. Hari et Sherry, sa nouvelle compagne, semblent très bien adaptés à la vie américaine, nourriture comprise !

On dit souvent que les bons sentiments ne font pas les bons romans. Ce n’est pas forcément vrai. Nos trois narrateurs n’ont rien des méchants de la littérature ou du cinéma. Chacun est honnête avec lui-même, chacun essaie d’être digne, au moins de rester en accord avec lui-même, ce qui n’est pas toujours aussi simple. La nature, la société, mettent souvent des bâtons dans les roues  des gens bien, c’est une des constatations douces-amères de ce roman.

À la recherche, sinon du, au moins d’un bonheur, on lutte avec les moyens qu’on a : trouver l’amour ou un amour, regagner la confiance d’un être proche et aimé, survivre dans un  environnement hostile pour un immigré ou pour un homme ou une femme qui peut sortir des normes, les trois protagonistes le font sans déchoir. Ils cachent aussi pas mal de choses qu’ils prennent pour honteuses ou mesquines et qui ne sont qu’humaines. Petites et grandes  misères, bonheur espéré et parfois atteint, Ingrid Persaud, en multipliant les détails significatifs particulièrement bien choisis, évite le risque de sentimentalisme ou de mièvrerie par un réalisme frappant : violences contre les femmes ou contre soi-même, homophobie sournoise ou affichée, déclassement dû à l’exil, rancœur profonde contre un proche, influence des « religions » douteuses, rien n’est éludé.

La solitude, l’amitié-amour, Ingrid Persaud les rend profondément émouvants, elle nous rend les trois personnages principaux proches par leur modeste humanité, il est impossible de ne pas s’attacher à eux, malgré nos éloignements, la géographie, les coutumes, les manières de vivre, de croire.

Un premier roman, une première réussite. On en souhaite beaucoup d’autres à Ingrid Persaud !

Love after love, traduit de l’anglais (Trinidad-et-Tobago), par Carine Chichereau, éd. Les Escales, 409 p., 22 €.

Ingrid Persaud en anglais : Love after love, ed. Penguin Random House.

MOTS CLES : TRINITE-ET-TOBAGO / SOCIETE / PSYCHOLOGE / AMOUR / EDITIONS LES ESCALES.

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CHRONIQUES, ROMAN DES CARAÏBES

Rodney SAINT- ÉLOI

HAÏTI / ÉTATS-UNIS

Essentiellement poète, Rodney Saint-Éloi est né à Cavaillon (Haïti) en 1963. Après des études de Lettres, il a créé une maison d’édition et plusieurs magazines culturels. Au Québec, où il s’est installé, il est membre de l’Académie des lettres.

Quand il fait triste Bertha chante

2020 / 2022

Cavaillon, on le sait, est une ville du Vaucluse. Cavaillon, on l’ignore sûrement, est aussi une ville en Haïti. C’est là qu’est né le poète Rodney Saint-Eloi, c’est là que lui et sa famille n’ont plus pu vivre. Il s’est exilé à Montréal. Il est membre de l’Académie des lettres du Québec, tandis que la famille s’éparpille et que Bertha, la mère s’installe à New York. Famille, vraiment ? Une mère, quatre enfants avec chacun un père. Famille, peut-être, Bertha et les enfants assurément.

Bertha meurt à 72 ans, laissant un fils désemparé bien qu’adulte. Il se voit comme un Nègre qui passe son temps à pourchasser la malchance », « un Nègre qui repousse la mort […] pour faire accoucher l’histoire ». Un Nègre tourmenté par sa négritude. Haïti pour eux est devenu le « pays-pourri », endroit du souvenir.

Ce moment particulier, la disparition de la mère, ouvre la porte à la mémoire, aux questions, aux remises en cause. Réapparaissent, depuis la neige canadienne, le quartier de Bois-Cochon et son soleil écrasant, des voisins plus ou moins supportables, un père absent (il s’est évaporé avant même la naissance du garçon) qui pourtant offre à son fils des camions de pompiers pour Noël, ce qui par ailleurs provoque une sorte de jalousie chez ses demi-frères mais lui donne un peu de supériorité.

Au fil des souvenirs qui remontent devant le cercueil de Bertha,  les hommes de sa vie refont surface avec la présence diffuse et oppressante du dictateur et des tontons macoutes et, malgré ces menaces, la liberté que vit tout de même cette femme lumineuse. Puis viendra l‘exil, refusé d’abord (« Un être humain doit mourir chez lui », qui finit par s’imposer.

Derrière les événements d’une vie règne toujours l’amour d’un fils pour sa mère, la tendresse partagée . Quelques poèmes parsèment le récit, lui-même tellement poétique que prose et vers se confondent. On a rarement aussi bien dit la déchirure qu’est un exil, de façon aussi subtile. Ce sont des phrases qui semblent voler non dans un azur pseudo romantique, mais par-dessus les terribles réalités du pays-pourri et qui, en survolant des misères bien matérielles, les transfigurent en un souffle lyrique, un hommage à cette femme qui sait « le prix de chaque mot comme le prix de l’eau, du pain, du sucre roux… ». Une femme qui n’avait peur de rien.

Universel et intime, Quand il fait triste Bertha chante n’est pas qu’un très bel hommage à une femme, à une mère, il est le portrait d’un pays qu’on ne peut qu’aimer en le haïssant, le portrait des femmes de ce pays, de la femme, de la mère qui a fait l’homme et l’écrivain dont nous avons l’œuvre entre les mains. Bertha a vraiment tout réussi !

Quand il fait triste Bertha chante, éd. Héloïse d’Ormesson, 265 p., 19 €.

MOTS CLES : HAÏTI / CANADA / PSYCHOLOGIE / HISTOIRE / DICTATURE / SOCIETE / EXIL / EDITIONS HELOÏSE D’ORMESSON.

CHRONIQUES, ROMAN DES CARAÏBES, ROMAN FRANCAIS

Gaël OCTAVIA

FRANCE

Gaël Octavia est née en 1977 à Fort de France. Après des études scientifiques à Paris, elle partage son activité entre le journalisme scientifique, les arts plastiques, le cinéma, le théâtre et la littérature.

La bonne histoire de Madeleine Démétrius

2020

La narratrice, romancière d’origine martiniquaise, qui vit à Paris et élève seule ses deux filles, reçoit, après une vingtaine d’années de silence, un message de Madeleine, une de ses « amies » de lycée : Madeleine Démétrius, médecin, fille de médecin, femme de médecin, à la vie apparemment aisée et très rangée (on le sait grâce à ce qu’elle poste sur les réseaux sociaux), veut lui raconter ce qui lui est jadis arrivé et qui, sans aucun doute, sous la plume de la narratrice, deviendra un immense succès littéraire.

Ce qui lui est arrivé, au temps de l’adolescence, n’est pas, vu de l’extérieur, un drame shakespearien, tout au plus un épisode désagréable, de ceux qui peuvent soit laisser des traces indélébiles, soit s’effacer définitivement. Elle l’aurait enfoui dans un oubli peut-être inconscient avant de le faire réémerger pour le transmettre, en grand secret, vingt ans après, à notre narratrice. Notre narratrice, après avoir hésité, finit par accepter l’idée d’écrire cette histoire et se retrouve face à la question primordiale pour tout romancier : comment aborder, puis affronter cette histoire ?

Au lieu du personnage principal du roman que serait Madeleine Démétrius, c’est tout un réseau de questions, de souvenirs, de pensées, de projets qui monte à la surface : qu’a été vraiment l’amitié de la bande de copines autour d’elle, comment le groupe (un « tout indissociable », comme elles se voyaient) s’est-il dissout et pourquoi, l’égalité entre elles était-elle réelle : est-on vraiment égales quand l’une est noire, l’autre chabine et la troisième métisse ?

Tout en essayant, difficilement, de trouver une architecture à son futur roman, la narratrice dont le quotidien est prenant (deux filles de deux pères différents, leurs hormones, les finances, pas des plus florissantes), mêle de façon à la fois involontaire et très consciente, sa vie de Paris et ce dont elle se souvient de son passé martiniquais, ses propres relations avec Betty, sa mère. Ses pensées, qui lui viennent forcément dans le plus grand désordre, débouchent sur un torrent d’idées qui impressionnent en profondeur le lecteur : quelles sont les racines du racisme, la nostalgie d’une mère qui voit sa petite dernière lui échapper bientôt, les apparences sociales que certains s’imposent pour exister aux yeux des autres, les scrupules infimes d’une femme qui se juge mauvaise mère (à tort, c’est évident pour le lecteur) et qui rêve d’une perfection qu’elle sait (à raison) hors de sa portée. La richesse de chacun des courts chapitres est étonnante, surtout parce qu’elle se fait sans éclat, sans grande démonstration. Les phrases sont aussi simples que la narratrice et heureusement cette simplicité, loin d’en occulter la richesse, la fait davantage ressortir.

À chaque instant de ce récit qui se déplie comme un accordéon, prenant soudain une direction inattendue, le point de vue de la narratrice change parce qu’une nouvelle information vient modifier ce qu’elle connaissait de l’autre ou parce qu’elle a évolué. On a l’impression que Gaël Octavia détricote ce qu’elle venait de façonner pour retricoter plus solidement, plus joliment et frôler ce qui pourrait être une perfection. Et son roman n’est pas éloigné d’une forme de perfection romanesque, sans laisser de côté un petit côté proustien, modeste lui aussi mais bien présent.

La bonne histoire de Madeleine Démétrius, éd. Gallimard (Coll. Continents noirs), 266 p., 19 €.

MOTS CLES : CARAÏBE / PSYCHOLOGIE / SOCIETE / LITTERATURE / HUMOUR / EDITIONS GALLIMARD.

CHRONIQUES, ROMAN DES CARAÏBES

Makenzy ORCEL

Makenzy Orcel est né à Port-au-Prince en 1983. Poète et romancier, il a obtenu plusieurs prix littéraires importants.

Pur sang

2021

Pur sang est un vaste poème d’une quarantaine de pages, d’une liberté de forme sans concessions dans lequel règnent les mots et les corps. Les sensations (c’est de cela qu’il s’agit) que veut faire naître Makenzy Orcel, ce sont des chocs successifs.

Comme dans ses romans, il est un franc partisan de la secousse : celle qui provient des ambiances qui se suivent, s’entrechoquent dans la surprise du lecteur, celle des sentiments contradictoires. C’est une poésie du ressenti.

Quant aux corps, on revient directement au cœur d’Haïti qui souffre, mais ce sont les hommes qui souffrent autant ou plus que ce territoire soumis aux ouragans et aux séismes.

Il faut prendre son temps pour lire ces vers, ne pas vouloir comprendre à tout prix, mais souhaiter ressentir et là, on est comblés.

Pur sang, éd. La Contre-Allée, 63 p., 12 €.

MOTS CLES : HAÏTI / POESIE / LITTERATURE / EDITIONS LA CONTRE ALLEE.

Un nouveau roman de Makenzy Orcel, L’Empereur est publié par les éditions Rivages : voir mon commentaire sur AnnA : https://wordpress.com/post/americanostra.wordpress.com/2953

CHRONIQUES, ROMAN DES CARAÏBES

Makenzy ORCEL

HAÏTI

Makenzy Orcel est né à Port-au-Prince en 1983. Poète et romancier, il a obtenu plusieurs prix littéraires importants.

L’Empereur

2021

L’Empereur, le Berger vénéré du titre est un gourou sorti jadis d’un mystérieux néant. Vénéré par le narrateur abandonné enfant après le passage d’un ouragan, comme des centaines de garçons et de filles que leurs parents ne pouvaient plus nourrir, le Berger–Empereur règne sur son troupeau de moutons qui l’entourent, lui obéissent, lui cèdent. Même le Très Vieux Mouton, un vieil aveugle sage au bord de la mort le craint et préfère parler quand il est sûr que le « Maître » n’est pas à côté. L’ombre de Baron Samedi se devine proche, à certains moments.

L’homme qui raconte l’histoire devine les failles chez l’Empereur, et pourtant il accepte la soumission imposée, jusqu’au moment où il est chassé, devenu parasite.

Vue par un « petit », un « tout petit » de la société, l’oppression générale est ressentie par tous. L’Empereur régnant en tyran sur ses ouailles, donnant des ordres, est-il au fond pire qu’un patron régnant sur ses inférieurs, ses « collaborateurs », comme on dit maintenant ?  La force de l’homme qui raconte est en lui : face à l’Empereur, il a l’Autre intérieur, qui le guide dans ses décisions.

On ne peut qu’être porté par la somptuosité du style de Makenzy Orcel, certains passages touchent par leur réalisme, par leur dureté, L’Empereur est aussi une chronique du quotidien des oubliés, et soudain s’élève une vague de poésie sous la forme d’un hommage à La Femme, celle qui sait où elle va et qui regarde droit devant elle, de ses yeux vairons. La lumière sait s’échapper des laideurs qui ont envahi Haïti, la lumière de l’homme qui raconte, la lumière qu’il va  probablement perdre très bientôt c’est sa liberté, celle qui le fait vivre, celle qui le redresse, au mépris des petits chefs et du pseudo grand Empereur En refusant, en se refusant le malheur, il jouit de son existence ; ce n’est sûrement pas la meilleure, mais c’est la sienne, il ne peut en changer, et c’est pour cela qu’il en jouit.

Dominé, écrasé par son patron, pendant les mois où il gagne pauvrement sa vie, écrasé par l’organisation générale des choses dans un pays comme Haïti (mais qui pourrait être beaucoup d’autres régions du monde), l’homme  qui raconte garde au fond de son être son bien le plus cher : sa liberté intérieure, mais attention : ce beau récit n’est surtout pas une incitation à savoir rester soumis et à s’en accommoder Au contraire, c’est bien une incitation à cultiver, même modestement, même en silence, la flamme que chacun porte en soi Sublime leçon.

Mais on sait dès la première ligne que – peut-être, qui sait ? – la fin ne sera pas  une ouverture sur le paradis. Makenzy Orcel, romancier mais aussi poète, est un virtuose de la phrase, des atmosphères, jouant sur les contrastes, sur les ruptures de ton pour toucher son lecteur au cœur.

L’Empereur, éd. Rivages, 186 p, 17,50 €.

MOTS CLES : HAÏTI / SOCIETES / PSYCHOLOGIE / RELIGIONS / POESIE / EDITIONS RIVAGES.

On pourra compléter la lecture de L’Empereur avec celle de Antoine des Gommiers de Lyonel Trouillot (éd. Actes Sud) et aussi lire ou relire Maître Minuit (éd. Zulma) de Makenzy Orcel. Mes chroniques sur AnnA.