CHRONIQUES, ROMAN ARGENTIN

Juan SASTURAIN

ARGENTINE / ÉTATS-UNIS

Juan Sasturain est né en 1945 dans la province de Buenos Aires. Il est actuellement le directeur de la Bibliothèque nationale argentine. Journaliste, auteur de bandes dessinées et homme de télévision, il a publié en plus des bd des nouvelles et es romans.

Le dernier Hammett

2018 / 2022

Aucun rapport avec l’Amérique latine, en dehors de son auteur argentin dans ce foisonnant roman noir, mais un tel plaisir à la lecture qu’on aurait bien tort de passer à côté !

À contre-courant de la mode actuelle, ces romans, souvent nord-américains mais pas seulement, où l’intrigue est commercialement architecturée entre scènes d’action, de violence et de sexe entrecoupées par de longues, très longues pauses qui ne sont pas des respirations mais des passages imposés pour étaler le roman jusqu’à la page 650 ou 700, ce Dernier Hammet, qui s’achève pourtant bien p.761 se joue de toute règle. C’est un grand fleuve tranquille mais rempli de dialogues, d’atmosphères, d’images et d’actions.

On est immergé dans un monde qu’on connaît par la littérature, le roman noir et le cinéma et qu’on redécouvre de l’intérieur, dans l’intimité d’un Dashiell Hammett vieilli mais encore très tonique, à l’opposé de la vie trépidante et mondaine d’autrefois, qui ne souffre pas de la nostalgie de son époque glorieuse (si toutefois elle s’est réellement produite), qui vit simplement entouré de quelques solides amitiés dans la campagne, près de New York, près d’un lac.

Il y a plusieurs miracles dans ce vaste roman : une prose calme et puissante qui donne une fausse impression de ne mettre en lumière que des éléments banals, sa richesse est discrète mais saisissante. Il y a aussi une architecture extrêmement subtile qui tisse des liens presque invisibles entre deux personnages, entre deux épisodes, entre les situations de deux récits différents.

Le lien principal, qui devient le nœud de l’intrigue, est la disparition, d’un homme, d’une femme, d’un animal, d’un dossier, fiction dans une nouvelle reproduite au cœur du roman, réalité dans le roman. La disparition d’une valise remplie de précieux manuscrits qui est là, qui n’y est plus, est au centre du mystère.

Les États-Unis des années 50, le racisme très direct envers les Noirs, la chasse aux sorcières, dont Hammett vient d’être la victime (il sort tout juste de prison, condamné pour ses idées politiques), les bars souvent minables et enfumés, et aussi la campagne avec des voisins soupçonneux et une police toujours sourcilleuse, les immeubles de New-York ornés des escaliers métalliques de secours où l’on peut se tuer, tout cela est le décor cinématographique de l’action. Car roman et cinéma ne font qu’un, et pas seulement les décors, ils sont intimement mêlés dans les dialogues qu’on entend en les lisant (bravo au passage pour le traducteur).

Les codes du roman noir sont repris par Juan Sasturain, ils ne sont pas détournés, ils sont subtilement adaptés, les personnages, solidement dessinés, les rebondissements de l’enquête, les flots d’alcool dans les veines de presque tout le monde, beaucoup d’événements inattendus, mais le narrateur joue discrètement avec ces codes pour faire en sorte que ce que nous connaissons, si on a lu le vrai Dashiell Hammett, soit ici nouveau. Nouvelle aussi, la constante mise en abyme, par exemple cette phrase prononcée par Hammett en personne : « C’est le genre de scène que j’écrivais, mais de là à la vivre… », écrit Juan Sasturain dont le protagoniste est un écrivain qui n’écrit plus mais qui vit un roman qu’il aurait pu écrire. Ou encore quelques apparitions de Marcel Duhamel patron à l’époque de la fameuse collection  Série Noire de Gallimard, l’éditeur du Dernier Hammett. Un miracle ou deux de plus !

Le dernier Hammett est de ces si beaux crépuscules, celui d’un genre, le roman noir dans sa période fondatrice et classique, celui d’un Hollywood qui n’est plus, celui d’un homme, Dashiell Hammett, qui glisse vers l’obscurité en jetant des derniers feux éclatants… sur fond noir.

Le dernier Hammett, traduit de l’espagnol (Argentine) par Sébastien Rutès, éd. Gallimard (Coll. La Noire), 761 p., 25 €.

Juan Sasturain en espagnol : El último Hammett, ed. Penguin Random House, Buenos Aires., comme les autres romans de Juan Sasturain.

Juan Sasturain en français : Manuel des perdants / Du sable dans les godasses / Le sens de l’eau, éd. Gallimard (Coll. Série Noire).

MOTS CLES : ARGENTINE / ETATS-UNIS / ROMAN NOIR / POLAR / POLITIQUE / SOCIETE / HISTOIRE / PSYCHOLOGIE / HUMOUR / EDITIONS GALLIMARD.

CHRONIQUES, ROMAN ARGENTIN

Daniel LINK

ARGENTINE

Daniel Link est né en 1959 à Córdoba. Il enseigne la littérature dans plusieurs universités argentines. Il a publié, outre des poèmes et des pièces de théâtre, une quarantaine d’essais autour el la littérature.

Autobiographie d’un lecteur argentin

2016 / 2022

Oui, Daniel Link, enseignant, poète, essayiste, bref intellectuel argentin, écrit bien son autobiographie. Mais c’est une autobiographie très originale, centrée sur la lecture, le livre, les textes, lus, étudiés  ou écrits. Il a passé son enfance dans un quartier un peu perdu de Córdoba avant de résider à Buenos Aires, un quartier où, paradoxalement si l’on pense à l’avenir du petit garçon, les rues n’ont pas de nom, mais des numéros !

Des digressions philosophiques, autour de Michel Foucault par exemple, coupent l’histoire de l’évolution du jeune Daniel Link en l’enrichissant de considérations plus universelles. Ainsi est analysé le rapport d’hostilité entre l’école et les medias de masse : peut-on à la fois lire Sabato et regarder les feuilletons télé, qui ne s’appelaient pas encore séries ? Daniel le faisait bien, et nous ?

Le cheminement d’un adolescent vers la lecture est curieusement un acte intime que chacun partage pourtant, ce n’est pas une ligne droite, mais une ligne qui devient réseau, qui peut se retourner sur elle-même, dont on ne comprend la logique que bien plus tard, si on la comprend un jour.

En grandissant, en découvrant de nouveaux auteurs (Borges, au centre), le garçon donne à l’adulte l’occasion de revenir sur ces textes fondateurs pour lui et de les analyser. Et l’analyse de Daniel Link est éblouissante. C’est l’époque où l’Université argentine s’ouvre aux grands thèmes venus d’Europe. Ces passages de l’Autobiographie d’un lecteur argentin, qui ne sont pas destinés au « grand public » satisferont amplement les lecteurs, enseignants et étudiants ouverts à cette évolution des études littéraires.

Vient ensuite un moment de la vie de l’auteur, encore étudiant, où la lecture devient dangereuse : la dictature militaire sévit, des proches « disparaissent » et être pris en possession d’un livre « subversif » peut coûter la liberté ou la vie.

Une question revient, préoccupation de beaucoup d’intellectuels latino-américains : se considèrent-ils colonisés par les courants venus d’Europe, puis d’Amérique du Nord, ou est-il possible pour eux, après s’en être libérés, d’avoir une autonomie de pensée, d’analyse ? La réponse (affirmative) se trouve dans l’ouvrage que nous avons sous les yeux.

C’est bien évident, Daniel Link se trouve au centre de ce livre, mais autour de lui, de ses idées sur la littérature, c’est tout l’univers culturel de Buenos Aires entre les années 70 et maintenant qu’il fait revivre pour nous, l’omniprésence de la dictature et de ses répressions, les luttes culturelles avec des rapports de force démesurés entre les différentes influences, les courants culturels qui faisaient tout pour exister et qui souvent y parvenaient tant bien que mal.

Un bilan général, sans fausse modestie, bilan d’une vie de lecteur, de penseur, d’intellectuel.

Autobiographie d’un lecteur argentin, traduit de l’espagnol (Argentine) par Charlotte Lemoine, éd. Gallimard (coll. Arcades), 296 p., 18,50 €.

Daniel Link en espagnol : La lectura : una vida…, ed. Ampersand, Buenos Aires / Madrid.

MOTS CLES : ARGENTINE / LITTERATURE / ESSAI / HISTOIRE / SOCIETE / DICTATURE / EDITIONS GALLIMARD.

ROMAN ARGENTIN, V.O.

Andrés NEUMAN

ARGENTINE – ESPAGNE

Né en 1977 à Buenos Aires dans une famille de musiciens qui s’installe en 1994 à Grenade où il vit toujours. Auteur de poésie, de nouvelles, de romans, il a obtenu de nombreux prix littéraires. Il est aussi traducteur et chroniqueur.

Umbilical

2022

Cent textes de quelques lignes, deux, six, huit chacun. Si ce roman  raconte quelque chose, c’est l’attente pleine de lumières et d’hésitations, puis l’arrivée d’un enfant dans un couple soudé depuis longtemps auquel, ne semble-t-il, il ne manquait que lui, l’enfant.

Le réalisme (inquiétudes du futur père, échographies, achats du nécessaire, choix du prénom) s’efface sous la poésie naturelle à Andrés Neuman : « À présent, elle a deux cœurs : un à elle et rebelle ; celui-là, tout petit et à nous ».

L’attente, des mois durant dont aucun ne ressemble à celui qui l’a précédé, ce sont surtout les questions paternelles, le rapport de l’enfant avec la mère est direct, physique et le père en est réduit à imaginer, à trouver des mots pour dire et pour se dire l’indicible.

Umbilical, pur récit, est un poème à la vie, à la beauté sublime de la création. Andrés Neuman, qui a tant créé, et si joliment, dans ses poèmes, ses récits et ses immenses romans, découvre une autre forme de création, qui n’effacera pas les autres, ne les occultera pas, sera leur équivalent, qui apportera une autre forme de vie.

Mais cette poésie serait vaine, ne serait que de jolis mots sur du papier sans l’émerveillement d’un homme face à cet inconnu, sans la tendresse née dès avant la naissance, qui inonde chaque page et que le futur père sait nous offrir. Une tendresse qui devient amour et qui se partage avec la mère, « artisane de la lumière » et avec la vie.

Umbilical, ed. Alfaguara, Barcelona, 125 p.

MOTS CLES : ARGENTINE / ESPAGNE / POESIE / PSYCHOLOGIE / AMOUR / EDICIONES ALFAGUARA.

Souvenir (avec sa traductrice en français, Alexandra Carrasco), Saint-Etienne, octobre 2021 :

Quelques autres chroniques sur les romans d’Andrés Neuman parues sur AnnA :

CHRONIQUES, ROMAN ARGENTIN

Perla SUEZ

ARGENTINE

Née en 1948 à Córdoba, Perla Suez a terminé des études de Lettres et de Cinéma en France, puis au Canada. Ses vingt premiers romans sont destinés aux enfants avant qu’elle s’adresse à un plus vaste public. Depuis 2000, elle a publié une dizaine de romans. El país del diablo a obtenu le Prix Rómulo Gallegos.

Le pays du diable

2015 / 2022

Par quel miracle Perla Suez arrive-t-elle à faire que nous entrions de façon aussi intime dans ce monde d’affrontement, moment d’histoire pour tout un pays, l’Argentine, moment absurde pour nous, lecteurs extérieurs ?  Entre 1878 et 1885, l’État argentin donna à ses troupes l’ordre d’envahir de vastes territoires indiens (mapuches, parmi d’autres) pour, officiellement, (re)prendre les terres conquises jadis par les Espagnols. C’est le cadre historique qu’utilise Perla Suez, mais ce n’est qu’un cadre, ce qu’elle veut montrer, ce sont aussi des destins humains. D’un côté, des Indiens isolés qui existent par leur culture, en face une troupe de jeunes gens, qui se retrouvent là obligés ou par hasard, et parmi eux un Indien. Ce pourrait être l’image glorieuse, en cinémascope, version Hollywood, c’est la misère humaine. La force, énorme, du récit, c’est le contact direct que l’auteure impose. C’est vrai pour les deux « camps ». Mais, quand on est à côté des Indiens, c’est pour suivre une cérémonie séculaire dont on devine les racines. Le rite a beau être simple, le dépouillement n’empêche pas la grandeur. Peu avant un massacre général, Lum, une adolescente, devient machi, une chamane, désormais elle aura un pouvoir.

Du côté de la troupe, c’est le contact avec la boue, les insectes, la faim. « Aller à la guerre, c’est pire que d’élever des cochons », dit un lieutenant fatigué, et sa fatigue, son découragement se ressentent à chaque page.

Pendant qu’aux États-Unis la conquête de l’Ouest était l’application de la loi de la jungle, le plus fort étant évidemment le Blanc (on a voulu oublier qu’il y avait une certaine proportion de cowboys noirs, esclaves affranchis), en Argentine, c’est l’armée qui faisait la conquête de terres vierges à offrir aux futurs exploitants venus d’Europe. Cette campagne la « Conquête du Désert », dura presque huit ans. Les victimes, aux États-Unis comme en Argentine, furent les mêmes, les Indiens. Ici, c’est Lum.

Cette «  conquête », Perla Suez en montre l’absurdité tragique. Les militaires, qu’on voit rarement actifs, jouent aux cartes, font griller des viandes juteuses, ils ont fini par oublier la cause de leur présence. La nature est cruelle, ils le sont quand ils ont à avancer pour retrouver leur camp de base. Lum, seule face à ces deux réalités, l’armée argentine et la nature, observe, elle souffre, sans bien comprendre pourquoi, de voir un oiseau tué par une arme militaire. Nous devinons, par contre qu’étant indienne, ayant été initiée, elle a le contact naturel avec ce qui l’entoure, elle partage d’ailleurs ce contact avec l’Indien soldat, celui qui est entre les deux mondes.

La volonté de Perla Suez de refuser tout « effet de style », de contenir ses phrases et ses mots, rend la violence qui est partout encore plus choquante : elle nous montre simplement une fille et des hommes tout à fait ordinaires, un paysage qui n’a rien de grandiose et pourtant, grâce à ce parti-pris de la narratrice, elle transfigure ces « petits » personnages, ces « petits » événements en un drame qui s’élève au niveau de l’épopée modeste et universelle à la fois. Elle crée un réalisme si réel qu’il en devient fantastique à plusieurs reprises.

Je parlais de miracle pour commencer, c’en est un, pas religieux, littéraire.

Le pays du diable, traduit de l’espagnol (Argentine) par Jacques Aubergy, éd. L’Atinoir, 155 p., 14 €

El país del diablo, ed. Edhasa, Buenos Aires, 2015, 192 p.

MOTS CLES : ARGENTINE / HISTOIRE / ROMAN HISTORIQUE / SOCIETE / VIOLENCE / EDITIONS L’ATINOIR.

Cette chronique a été publiée sur Anna le 26 novembre 2020 dans la section VO.

Par ailleurs on peut lire mon commentaire d’un autre roman de Perla Suez, Furia de invierno, publié, toujours dans la section VO, le 16 décembre 2020 :

CHRONIQUES, ROMAN ARGENTIN

Ricardo ROMERO

ARGENTINE

ROMERO, Ricardo

Né en 1976 dans la province d’Entre Ríos, après des études de Lettres à Córdoba, il s’est installé à Buenos Aires où il est éditeur. Il a publié une demi-douzaine de romans.

Les chiens de la pluie

2011 / 2022

Il pleut très fort cette nuit à Paraná, au nord-ouest de Buenos Aires. Minute après minute, dans différentes parties de la ville, des gens vivent l’instant : un gardien de cimetière handicapé mental léger dont le chien Duque a disparu, une jeune femme dont la robe rouge attire les regards, deux tueurs à gage,  deux hommes, voisins de couloir dans un hôtel miteux que tout semble opposer (quitter la ville ou y revenir), un adolescent qui s’accroche à sa batterie qu’on entend dans tout le quartier.

Au début on est désorienté, on n’a pas de repères, l’obscurité, la solitude semblent être tout ce qui  pourrait les rapprocher, la pluie battante qui paraît ne jamais devoir s’arrêter. Les actions des personnages sont étranges mais ont pourtant l’air raisonnées. Étranges aussi les phrases, comme une poésie un peu poisseuse qui est celle de la ville dont l’averse fait briller les ombres. Le narrateur nous fait partager certaines images que voient ou croient voir les personnages et nous fait douter de ces visions : un fantôme peut-il avoir avec lui un parapluie ?

Peu à peu chacun nous devient plus familier. La succession de courtes scènes, toutes situées précisément, heure et lieu, qui s’arrêtent d’un coup nous mettent dans ces mêmes sensations, obscurité, humidité, solitude, celle du lecteur cette fois. Il faut se laisser porter par l’inconnu qui peu à peu s’éclaircit.

Les acteurs du récit vivent leur vie nocturne et mouillée malgré l’obscurité humide de cette soirée qui devient petit matin, une certaine logique apparaît, elle semble paradoxale parmi ces actes inexpliqués qui finissent par faire découvrir leur raison d’avoir été. Mais après tout l’explication, la raison, le raisonnable sont-ils nécessaires ? Le plaisir de la lecture est ailleurs, dans cette atmosphère qui colle physiquement aux hommes et aux femmes, jeunes et vieux, pris dans des activités dont ils sont les jouets, dans leur lutte pour nouer des liens avec d’autres, proches ou inconnus, avec des résultats variables.

L’enfer est-il sur cette terre imbibée de cette pluie qui ne s’arrête que quelques minutes pour mieux recommencer, dans cette nuit humide où l’on tue ou on se fait tuer comme si rien d’autre n’était envisageable, ou sous cette terre boueuse, dans les effondrements provoqués par l’averse, dans les galeries creusées jadis qui deviennent des labyrinthes  où s’égarent chiens et hommes ? N’est-il pas en chacun des personnages qui ne savent plus…

Les chiens de la pluie, traduit de l’espagnol (Argentine) par Maïra Muchnik . ed.. Asphalte. 272 p., 22 €.

Ricardo Romero en espagnol : Perros de la lluvia, ed. Norma – La Otra orilla.

Ricardo Romero en français : Je suis l’hiver, éd. Asphalte.

MOTS CLES : ARGENTINE / ROMAN NOIR / VILLE / SOCIETE / PSYCHOLOGIE / VIOLENCE / EDITIONS ASPHALTE.

On peut aussi lire sur AnnA mon commentaire sur Je suis l’hiver de Ricardo Romero :

CHRONIQUES, ROMAN ARGENTIN

Sara ROSENBERG

ARGENTINE

Sara Rosenberg est née à San Miguel de Tucumán, au nord-ouest de l’Argentine. Etudiante, elle est arrêtée pour son militantisme et emprisonnée pendant trois ans. Elle vit à Madrid.

Un fil rouge

1998 / 2012 / 2022

Julia a milité en Argentine dans les années 1970 dans les groupes révolutionnaires. Un documentaire sur elle par un homme qui a connu la jeune femme se prépare sous nos yeux dans un désordre apparent. Peu à peu, c’est toute la vie de Julia qui se reconstitue, son enfance dans une famille plutôt aisée, les distances qu’elle prend par rapport à ses parents, son activité dans les groupes qu’elle commence à fréquenter, ses amours et ses souffrances.

Des interviews enregistrées, des extraits des cahiers de Julia, les pensées de Miguel, l’ami du passé qui voudrait en savoir plus sur le destin de cette Julia, enthousiaste et désabusée, qui a été heureuse et a souffert. La reconstitution par l’homme qui a muri (la dernière interview est faite à la fin des années 80) est complète, on voit bien les contrastes dans la personnalité de l’héroïne, certains la méprisent, d’autres la jalousent, on l’admire aussi, parfois sans bien arriver à comprendre ses actes. Sans aucune présence directe elle est au centre de tout le roman, avec ses failles comme ses grandeurs.

Sara Rosenberg mène d’une main sûre ce récit de mémoire qui dresse un tableau complet de cette époque dramatique de l’Argentine, les violences injustifiées, les trahisons, la droiture de certains, la douleur des proches, tous les aspects du cauchemar argentin apparaissent dans le roman, les enfants volés, les exécutions sans jugement, les souffrances des militants, les menaces contre leurs proches.

Un fil rouge est un roman utile. Utile pour maintenir une mémoire nécessaire. Utile pour montrer le destin tragique d’une jeunesse qui n’a pas voulu se laisser écraser par des autorités illégitimes dont une forme de violence était le moyen de dominer. Utile pour nous inciter à  résister à toute forme d’autoritarisme.

Un fil rouge, traduit de l’espagnol (Argentine) par Belinda Corbacho, éd. La Contre Allée, 257 p., 9,50 €.

Sara Rosenberg en espagnol : Un hilo rojo, ed. Espasa, Madrid.

Sara Rosenberg en français : Contre-jour, éd. La Contre Allée.

MOTS CLES : ARGENTINE / DICTATURE / MILITANTISME / HISTOIRE / SOCIETE / PSYCHOLOGIE / VIOLENCE / EDITIONS LA CONTRE ALLEE.

CHRONIQUES, ROMAN ARGENTIN

Juan Pablo MENESES

ARGENTINE / CHILI

Juan Pablo Meneses est né en 1969 à Santiago du Chili. Il a débuté dans le journalisme dans son pays et a publié des nouvelles avant de s’installer à Barcelone. Ses travaux ont obtenu divers prix de journalisme et son premier roman a été finaliste du Prix Herralde des éditions Anagrama en 2021.

La vie d’une vache

2008 / 2020 / 2022

Juan Pablo Meneses, chilien installé à Barcelone, est un journaliste dans toute l’acception du terme, et même au-delà : intéressé par la question de la place de la viande dans l’alimentation et plus encore par les problèmes soulevés par une consommation excessive par rapport aux équilibres économiques mondiaux et par rapport à l’écologie mondiale, il décide, vivant alors à Buenos Aires, d’acheter une génisse et de l’accompagner dans sa croissance et sa maturité. L’expérience durera des années et le personnage principal s’appellera La Negra, malgré quelques taches blanches sur le ventre.

La plupart des humains urbains et modernes vivent dans une spectaculaire contradiction. Aucun jugement dans tout ça, j’en fais partie : ils s’attendrissent devant la grâce d’un veau nouveau né et il ne refusera pas de s’attabler devant un bon steak. C’est une question posée à la base de cette étude fouillée et passionnante. Une question encore plus prégnante en Argentine où la viande grillée est plus qu’une institution, une véritable religion, où un habitant sur trois vit de la vache, selon les sondages.

Assis à une table devant un beau steak saignant ou à point, on ignore à peu près tout de ces 200 grammes appétissants. En lisant cette Vie d’une vache, on découvre une foule de choses dont on ne s’est jamais douté auparavant, l’élevage, les problèmes de santé de l’animal, le transport, l’abattage, et aussi la psychologie bovine. Tout, vraiment tout, et sur un ton qui n’est jamais celui d’un donneur de leçon : Juan Pablo Meneses informe, rien de plus, mais c’est énorme. Au passage, certains chapitres nous renseignent sur les aléas politiques et financiers du pays, avec les spectaculaires hauts et bas des premières années du XXIème siècle.

Qui aurait pu dire qu’une modeste vache argentine aurait le moindre intérêt pour un lecteur français ? C’est pourtant bien le cas. Cette étude est passionnante, réunissant facteurs économiques et réactions affectives, politique nationale et existences banales au cœur de la Pampa, discussions entre un véganisme à la mode, les contraintes économiques et les attirances gastronomiques.

La Negra permet à Juan Pablo Meneses, et par conséquent à nous, lecteurs, de faire de belles rencontres, la plus marquante est celle de Juan Jorajuria, l’homme qui lui a vendu la vache, un homme droit et passionné qui a vécu des moments très pénibles (l’«industrie » bovine a connu de mauvaises passes) et qui a trouvé l’énergie de se relever, toujours dans la dignité. D’autres rencontres sont moins recommandables, celle de celui qui se nomme lui-même le Roi de la Viande, qui connaît tellement bien la législation qu’il préfère l’ignorer, hôte de toutes les chaînes de télévision avant de l’être par la justice panaméenne à passer quelques années à l’ombre, ou celle de Fernando de la Rúa, ex-président de l’Argentine, celui qui a piteusement fui le palais présidentiel, la Casa Rosada, en hélicoptère. Les uns et les autres sont très représentatifs d’un pays tellement divers qu’il en est écartelé.

On (mais qui est ce on ?) ne dira rien du destin final de la Negra. Après la rédaction de cette Vie d’une vache, Juan Pablo Meneses a poursuivi cette expérience troublante autour du football, puis de ces religions… douteuses. Un mot de conclusion à destination de l’éditeur (bravo, entre parenthèses, pour l’élégance de cette édition) et pour le traducteur : Vite, les deux prochains épisodes !

La vie d’une vache, traduit de l’espagnol (Chili)  par Guillaume Contré, éd. Marchialy, 302 p., 21,10 €.

Juan Pablo Meneses en espagnol : La vida de una vaca, ed. Planeta.

MOTS CLES : ARGENTINE / REPORTAGE / SOCIETE / HISTOIRE / EDITIONS MARCHIALY.

CHRONIQUES, ROMAN ARGENTIN

María GAINZA

María Gainza est née à Buenos Aires en 1975. Journaliste spécialisé en art, elle a publié son premier roman, El nervio óptico / Ma vie en peinture en 2014, suivi de La luz negra / La faussaire de Buenos Aires qui a été lauréat du prestigieux prix Sor Juana Inés de la Cruz.

Ma vie en peinture.

2014 / 2018

Dans ce premier ouvrage, María Gainza a voulu mêler sa vaste culture et des confidences plus personnelles, mettant en évidence son talent de conteuse. Le résultat, ce sont onze nouvelles, chacune à partir d’un tableau qui sert de base à une histoire, un morceau de la vie de l’auteure, le portrait d’un membre de sa famille ou d’un ami proche, qu’elle relie finement avec un véritable cours sur le tableau ou la vie du peintre. Une grande originalité faite de simplicité.

Le Gréco, Hubert Robert (le « peintre des ruines »), le Douanier Rousseau, Toulouse Lautrec et des artistes moins connus de ce côté de l’Atlantique sont au rendez-vous, sur un plan d’égalité, il ne s’agit pas de donner des bons  ou des mauvais points. Leurs œuvres sont la base des onze textes, à partir d’un tableau, dont María Gainza décrit les grandes lignes et des détails soigneusement choisis. Le tableau évoque un événement ou une personne dont elle fait le protagoniste principal de ce qui pourrait être une nouvelle.

L’art et l’intimité familiale se rejoignent quand elle évoque par exemple son oncle Marion, riche excentrique très doué pour apprécier les esthétiques nouvelles ‒ on est au début du XXème siècle ‒. Encore très jeune, il a l’autorisation de faire aménager son salon privé par le peintre catalan Josep Maria Sert qui, sans jamais traverser l’Atlantique, crée les plans de surfaces délirantes couvertes d’ « arlequins, de bouddhas et de travestis ». Près du peintre, sa femme, Misia, amie de Proust et de Bonnard, dont la vie fut, elle aussi, un roman que María Gainza se plaît à raconter.

Elle réussit de jolies correspondances inattendues et profondes, comme par exemple sa phobie de l’avion qui l’empêche d’aller voir à Saint Pétersbourg ou à New York quelques chefs d’œuvre, qu’elle rapproche de la montgolfière que le Douanier Rousseau a vu, émerveillé, survoler les lignes allemandes pour se poser à Paris en 1870 et qui apparaît dans d’autres décors sur quelques tableaux.

Elle va jusqu’à nous offrir des dialogues avec l’au-delà et des visites dans un fantastique directement en prise avec notre monde : est-elle le modèle de onze ans, peint en 1929 par Augusto Schiavoni, un peintre argentin peu connu en Europe mais exposé dans les musées à Buenos Aires ? Elle est persuadée, elle qui est née en 1975, d’être cette fillette qui aurait rencontré, dans une autre vie, le portraitiste à la mode des décennies plus tôt qui finit lui-même communiquant avec les morts et enfermé à l’asile.

Les remarques sur l’art, sobres et solides, apportent une lumière sur les peintures sans jamais être pesantes. La critique d’art fait entendre ses idées, et ses opinions sans concessions, qu’elles portent sur l’art, sur les artistes, sur des amis, des frères ou sur elle-même, sont prenantes : même sans connaître les tableaux (dont une reproduction pour la plupart figure dans le livre) et encore moins les personnes concernées, on est obligé de suivre María Gainza dans son univers, ou plutôt dans ses deux univers, la peinture qui est son métier et les gens dont elle a envie de nous  parler. Ces deux univers sont dans l’ensemble plutôt sombres malgré les couleurs des tableaux cités. Les dernières lignes de Ma vie en peinture révèleront la cause de cette douce noirceur.

                                                                                

Ma vie en peinture, traduit de l’espagnol (Argentine) par Gersende Camenen, éd. Gallimard, 181 p., 18 €.

En espagnol : El nervio óptico, éd. Mansalva, Buenos Aires / ed. Anagrama, Barcelona.

MOTS CLES : ARGENTINE / ARTS / PEINTURE / PSYCHOLOGIE / SOCIETES / EDITIONS GALLIMARD.

PUBLICATION ORIGINALE : http://www.espaces-latinos.org

On peut aussi lire ma chronique sur le deuxième roman de María Gainza, La faussaire de Buenos Aires, sur AnnA.

CHRONIQUES, ROMAN ARGENTIN

María GAINZA

ARGENTINE

María Gainza est née à Buenos Aires en 1975. Journaliste spécialisé en art, elle a publié son premier roman, El nervio óptico / Ma vie en peinture en 2014, suivi de La luz negra / La faussaire de Buenos Aires qui a été lauréat du prestigieux prix Sor Juana Inés de la Cruz.

La faussaire de Buenos Aires

2018 / 2022

M, jeune fille sans expérience, devient un peu par hasard la secrétaire et femme de confiance de la grande experte en art Enriqueta Macedo. Assez vite, M découvre que la spécialiste réputée n’est pas d’une grande rigueur et qu’elle arrondit ses fins de mois en authentifiant des copies parfois très réussies. Elle a été particulièrement proche d’une faussaire argentine, la Negra, peintre frustrée qui a réussi dans l’imitation d’artistes contemporains argentins.

Enriqueta est prise d’une confiance sans limites pour M, au point de lui raconter sa vie, ses « méfaits » dans le secret humide d’un sauna. Le problème, M s’en rend vite compte, c’est qu’elle peut être aussi sincère qu’affabulatrice et que son récit sera un mélange autant de faits avérés que d’inventions. M pourra-t-elle faire le tri ? Probablement pas, tout comme nous, qui devons suivre ce récit de seconde main. Est-ce grave ? Bien sûr que non !

C’est à un très joli, très intéressant voyage à travers l’art en général que nous sommes conviés, peinture avant tout, et aussi tout ce qui peut constituer une collection : correspondance privée, photographie, objets divers. María Gainza garde une distance souvent un peu ironique envers personnages et événements. Avec humour elle fait ressortir la relativité de toute chose, encore plus frappante dans le monde de l’art. Un faux ne serait-il pas, dans certains cas, supérieur à l’original ? Et en fonction de quels critères ?

Cette même question en forme de clin d’œil s’applique aussi au roman, avec ses personnages réels, un peu modifiés, totalement transformés ou inventés. Cette façon de faire, qui peut être horripilante si elle n’existe que pour l’amusement, est ici très bien maîtrisée : elle rend évidente une des réponses possibles à ce dilemme entre l’art et le vrai que chacun se pose. Un tableau pour lequel Michel-Ange ou Vinci n’a peint personnellement que quelques centimètres quand leurs élèves bouchaient les vides est-il vraiment de Michel- Ange ou de Vinci ?

« Les gens sont comme ça, un mélange de choses », dit un personnage secondaire. Ce « mélange de choses » qui se contredisent entre elles et font une personne est au centre de la recherche de M, en croisant des témoignages divers, elle reconstruit le personnage étrange qu’était la faussaire, elle ne se contente pas de s’en tenir à la Negra, du même coup elle reconstruit tout un cercle artistique, si riche à Buenos Aires, et, plus encore, elle glisse ça et là de très intéressantes remarques sur la peinture et les peintres en général.

Une autre mise en abyme est l’histoire racontée elle-même, María Gainza nous fait suivre M tentant, sous un faux nom, d’écrire la biographie de la faussaire et parcourant parallèlement la grande histoire de l’art et une foule d’anecdotes, les coulisses de cette grande histoire qui éclairent d’une lumière différente la vie des créateurs. Un peu d’amertume (le côté dérisoire de toute chose, le temps qui efface trop de bons moments, l’impossibilité de discerner le vrai du faux, pas seulement en art) avec une bonne dose d’humour pas toujours tendre, voilà une recette qui fonctionne à merveille, et en prime, régnant sur chaque page, le doute fondamental, particulièrement excitant.

La faussaire de Buenos Aires, traduit de l’espagnol (Argentine) par Gersende Camenen, éd. Christian Bourgois, 169 p., 19 €.

María Gainza en espagnol : La luz negra / El nervio óptico, ed. Anagrama, Buenos Aires.

MOTS CLES : ARGENTINE / ART / PEINTURE / SOCIETE / PSYCHOLOGIE / EDITIONS CHRISTIAN BOURGOIS.

CHRONIQUES, ROMAN ARGENTIN

Daniel GUEBEL

ARGENTINE

Daniel Guebel est né à Buenos Aires en 1956. Il est l’auteur d’une vingtaine de romans, de recueils de nouvelles, de pièces de théâtre et de scénarios pour la télévision. El absoluto (L’absolu) a reçu en Argentine le Prix de l’Académie argentine et le Prix national de Littérature.

L’absolu

2016 / 2022

Qu’on se le dise ! La mondialisation, ou globalisation, ne règne pas que sur la finance, le commerce, l’industrie et la politique. Elle existe aussi en littérature. Les écrivains – latino-américains en particulier – voyagent à travers le monde, s’installent un temps ici ou là, ils écrivent sur tel ou tel pays européen, sur les États-Unis, parfois même sur leur propre pays ! Daniel Guebel est argentin, dans L’absolu, son pays natal n’aura qu’une place réduite et à la fin de notre lecture on pourra parler non de roman universel mais carrément cosmique, peut-être même immortel.

Si la (ou les) personne(s) qui se dit narrateur est fier de son héritage, Daniel Guebel est le parangon de l’auteur omniscient qui non seulement raconte les faits mais qui les crée, qui invente une réalité bien plus réelle que ce qu’on a pu lire – et croire – jusque là. Il domine tout, l’histoire européenne, la biographie d’un compositeur célèbre et méconnu, la psychologie de personnages historiques, une pincée de science fiction, tout vraiment ! Et il le fait dans un humour permanent qui évoluera vers la gravité et finira par s’effacer, un humour qui nous fait hausser les sourcils (étonnement et plaisir).

Alexandre Scriabine est l’axe de cette vaste saga : cinq générations gravitent autour de lui, Moi, le narrateur final étant le dernier maillon de sa famille inventée, comme sont inventées les aventures délirantes des aïeux de Moi. Daniel Guebel, omniscient, omnipotent, rigoleur, ne se refuse rien, et il a bien raison. Qui d’autre mêlerait dans un même épisode Ignace de Loyola, Lénine et Napoléon Bonaparte ? La pseudo-folie dont il se pare est maîtrisée, elle l’autorise à aller très en profondeur dans l’analyse de questions qui lui tiennent à cœur, la création et ses diverses facettes. Quand on voit, dans le premier épisode, l’arrière-arrière-grand-père de Moi inventer une technique de création musicale née de gémissements variés de femmes avec lesquelles il copule dans l’enthousiasme, c’est de la recherche de tout inventeur qu’il parle. À chaque aïeul son style, leur point commun est leur nécessité d’avancer vers l’inconnu. À chaque chapitre son style, parodie de roman d’aventures ou conte philosophique entre autres.

Résumons en quelques mots (quelle audace !) ce qui fut pour Moi le grand projet d’Alexandre Scriabine : sauver l’univers par sa musique. N’est-ce pas aussi le grand projet de Daniel Guebel ? Le compositeur a cherché pendant des années le groupement absolu, définitif, de notes qui formeraient l’aboutissement génial et rendrait le monde parfait. Cela commence avec l’accord mystique (Do-Fa # – Do / Mi – La – Ré), qui par ailleurs n’a pas provoqué autant d’effet que ce qu’il avait espéré. Question subsidiaire : la perfection absolue étant inatteignable, peut-on, au moyen de sons propagés dans l’espace, réaligner des planètes qui risquent de ne plus jouer leur rôle de planètes bien sages ? Cet exemple est à l’image de ce roman sérieux (thèmes scientifiques, histoire de l’Europe, paternité et filiation, place fondamentale de la musique et bien plus) et complètement fou, ouvrage gigantesque par ses focalisations successives, d’un humour étonnant et changeant.

L’absolu, traduit de l’espagnol (Argentine) par Gersende Camenen, éd. Gallimard, 493 p., 24 €.

Daniel Guebel en espagnol : El absoluto, ed. Literatura Random House / El hijo judío / Las mujeres que amé , ed. De Conatus, Madrid / Un resplandor inicial, ed. Ampersand, Madrid.

Daniel Guebel en français : L’homme traqué, éd. L’Arbre vengeur, Bordeaux.

MOTS CLES : ARGENTINE / PHILOSOPHIE / HISTOIRE / HUMOUR / MUSIQUE / EDITIONS GALLIMARD.