CHRONIQUES, ROMAN ARGENTIN

Mariana ENRÍQUEZ

ARGENTINE

Mariana Enríquez est née à Buenos Aires en 1973, elle a passé une partie de son enfance à La Plata. Après des études de communication et de journalisme, elle s’intéresse à la musique (punk et rock) et publie ses premiers textes. Elle est l’auteure de quatre romans et de trois recueils de nouvelles, parmi lesquels Ce que nous avons perdu dans le feu. Nuestra parte de noche a obtenu le prestigieux Prix Herralde à Barcelone en 2019.

Les dangers de fumer au lit

2017 / 2023

Que ce soit romans ou nouvelles, Mariana Enríquez raconte des histoires à faire frémir. Elle nous met sous les yeux, avec un talent confondant, la délicatesse de l’horrible quand ce n’est pas l’horreur du quotidien. Le courant fantastique argentin, celui d’Adolfo Bioy Casares, Silvina Ocampo, Julio Cortázar ou Vlady Kociancich (malheureusement jamais traduite en français) partait du réel le plus prosaïque pour, souvent sur un détail ou un non-dit, introduire l’inconcevable, l’impossible (pour nous). Chez Mariana Enríquez, ce n’est pas vers l’inconcevable ou l’impossible (quoique, parfois…), mais vers l’insoutenable, sans renier la grande tradition classique, celle de Bram Stocker ou Graham Masterton ou Edgar Poe.

Une sorcière qui ne réussit pas son projet, un clochard malmené par tout un quartier qui aura, peut-être malgré lui une terrible revanche, Barcelone livrée à des fous et des odeurs qui ne sont pas odeurs de sainteté, les décors nous sont connus, ville touristique ou bidonvilles, et l’atmosphère sauvage, inquiétante, est un régal pour un lecteur désireux de se faire peur.

On l’a compris, Mariana Enríquez n’écrit pas pour les amateurs de rose bonbon. Par contre, si on aime les sensations, on plongera à corps perdu dans ses histoires sombres mais pleines de nuances dans lesquelles les fantômes peuvent chercher à être secourables envers des humains plus à plaindre qu’eux. Mais qu’est-ce qu’un fantôme secourable, au fait ? Ou alors c’est le suicide d’une star de la pop qui déclenche des phénomènes excessifs et regrettables chez ses jeunes fans, des filles presque uniquement. Ou bien la mystérieuse réapparition d’adolescents disparus des mois ou des années plus tôt, qui n’ont pas changé du tout et ne mangent jamais.

Chacune de ces 12 histoires est un modèle : la vie coule à Buenos Aires, tout semble normal, puis une légère inquiétude se révèle, et cela peut s’achever dans l’horreur, dans l’hystérie générale.

Depuis son premier roman, Bajar es lo peor / Descendre est pire que tout, 1995, récemment republié en Espagne, voir mon commentaire sur AnnA), Mariana Enríquez s’est imposée comme la maîtresse de cette forme très raffinée de l’horreur littéraire[1] née au XIXème siècle. Il sera bien difficile de la détrôner !


[1] Elle a en Espagne une sœur en littérature, Pilar Pedraza, auteure prolifique de romans d’horreur pleins d‘élégance et de raffinement, dont on ne peut lire en français que deux titres, un roman, Le vitrail écarlate (éd. Le Seuil) et les nouvelles  Le jardin du Faune (éd. L’Harmattan).

EN LIBRAIRIE LE 13 JANVIER.

Mes commentaires sur d’autres livres de Mariana Enríquez. Bajar es lo peor :

Notre part de nuit :

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