CHRONIQUES, ROMAN DES CARAÏBES

Makenzy ORCEL

HAÏTI

Makenzy Orcel est né à Port-au-Prince en 1983. Poète et romancier, il a obtenu plusieurs prix littéraires importants.

Une somme humaine

2022

Le métro parisien. Une femme se jette sur les rails. Elle meurt. Elle est la narratrice de ce vaste roman dans lequel interviennent deux hommes, Orcel et Makenzy, l’un des deux n’a pas été à ses yeux des plus tendres et des plus attentionnés.

Les débuts dans la vie de la narratrice ont été moroses : une enfance dans un village perdu de la province française profonde, très profonde, entre des parents (appelés géniteurs), « égoïstes, méchants, insignifiants », une adolescence pesante, aussi renfermée que la jeune file qui subit sa famille, dont l’oncle prédateur qui a réussi, lui, tout le contraire du père et les camarades de collège qui n’ont rien, dans leur attitude de ce que devrait signifier le mot camarade. Une grand-mère aimante tempère un peu l’ambiance mortifère et malsaine, une grand-mère discrète qui a su conserver de saines bouffées de liberté et refuse toute nostalgie.

Pour la jeune femme, il ne reste qu’une solution, la fuite. Paris. Délivrée du poids insupportable de la famille et des souvenirs cruels, elle doit affronter la précarité et la solitude.

Une somme humaine, le titre est ambitieux. Makenzy Orcel assume cette ambition et réussit dans la description d’une société française, qui n’est pas celle de ses origines et dont il connaît les failles. La femme humiliée, les migrants repoussés, la jeunesse ignorée, le tableau est gris mais réaliste. Il alterne très habilement les points de vue en jouant par exemple avec les techniques cinématographiques : l’acteur qui joue le rôle d’un des personnages n’a pas forcément le même point de vue que le scénariste… ou que le romancier. Il alterne aussi les styles, les ambiances, pure poésie parfois, hyperréalisme à d’autres moments. Le style de Makenzy Orcel est inclassable, si l’on peut parler de style pour ce long texte aux tonalités multiples dans lequel le seul objectif est d’adapter un généreux talent, celui de l’auteur, à ce qu’il souhaite transmettre à son lecteur qui, lui, doit se soumettre à cet éclatement de mots, de phrases, d’images, de sensations.

Admirable, ce panorama d’une société, celle de la province et celle de la capitale, qui part à vau-l’eau dans les deux cas. Admirable, le choix des thèmes qui motivent la narratrice, les violences subies par toute fille, puis toute femme étant celui qui revient le plus souvent, avec la dérive de la plupart des personnages qui manquent d’un objectif et glissent vers des néants jamais comblés par l’alcool, les drogues ou le sexe mal maîtrisé. Admirable, oui, admirable, cette noirceur sans remède qui imprègne l’existence de la narratrice coupable de ne pas avoir su lutter contre ses démons et victime de les avoir subis sans trêve jusqu’au non-retour.

En sortant de son pays d’origine, Haïti, Makenzy Orcel fait un pas en avant dans sa trajectoire déjà brillante d’écrivain. Une somme humaine sera sans aucun doute une étape importante dans une œuvre originale et forte qui fait honneur à la francophonie.

Une somme humaine, éd. Rivages, 624 p., 22 €.

MOTS CLES : FRANCE / HAÏTI / SOCIETE / PSYCHOLOGIE / VIOLENCE / FAMILLE / POESIE / EDITIONS RIVAGES.

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