CHRONIQUES, V.O.

Luis BUÑUEL

ESPAGNE / MEXIQUE

Luis Buñuel est né en Aragon en 1900. Il est un des cinéastes majeurs, scénariste et metteur en scène de plus de quarante films. Il a été proche du surréalisme en France. Il s’est exilé au Mexique pour se mettre à l’abri du franquisme et a pris la nationalité mexicaine en 1951. Il est mort à Mexico en 1983.

Le chien andalou

1982 / 1995 / 2022

Trichons un peu pour faire entrer ce petit bijou dans la création latino-américaine, et ne passons pas à côté d’une riche curiosité. Luis Buñuel, Aragonais, a pris la nationalité mexicaine en 1951 et ces textes datent de bien avant. Vers ses vingt ans, il se trouve dans le même établissement d’éducation madrilène que Federico García Lorca puis de Salvador Dalí : trois génies naissants, trois génies multiples (Lorca, avant d’écrire ses chefs d’œuvre a été concertiste et compositeur et a dessiné et Buñuel, on le verra, a écrit de très belles choses) qui se côtoient et vivent, un temps, une profonde amitié.

Dans les années 20, encore en Espagne, avec déjà une solide culture classique (et scientifique, ses premières passions sont pour l’entomologie, aucun de ses films postérieurs ne manquera de la présence d’insectes divers !) s’amuse à écrire des poèmes ou de courts textes qui ressemblent à des nouvelles mais qui sont plutôt des textes surréalistes. Ils sont longtemps restés dans l’ombre, les films ayant évidemment pris toute la lumière, une première édition (Heraldo de Aragón), par Agustín Sánchez Vidal, est publiée à  Saragosse en 1982. C’est la traduction de certains de ces écrits et d’un certain nombre d’autres, tous traduits par Jean-Marie Saint-Lu, publiée en France en 1995, qui fait son retour chez Folio, enrichie d’une préface de Philippe Lançon. Je le répète, un véritable bijou.

Ne jouons pas trop les analystes pédants, il vaut bien mieux se glisser dans un poème, au hasard, et se remplir des émotions qu’il fait naître, il y a bien sûr du dadaïsme, ou du surréalisme, même si le nom « officiel » n’est pas encore défini dans ces éclairs d’absurde, dans une description qui semble classique. On est obligé de penser à Lorca, aucun des deux n’a copié l’autre, mais un même esprit en marge les habite. On pense aussi à Ramón Gómez de la Serna et à sa liberté d’aligner des mots qui prennent un sens inouï jusque là.

Il faut ensuite (ou avant) s’amuser avec les fausses nouvelles en provenance d’Hollywood, qui évoquent des ragots passionnants et indispensables, la vedette bien connue (Clarita Bow) qui fait scandale en démissionnant d’un studio hollywoodien ou le dentifrice de Mary Pickford qui ne lui plaît plus.

On peut imaginer une mise en scène des dialogues d’Hamlet – Tragédie comique) environnés de didascalies absolument farfelues.

Et on ne pourra se passer de la lecture d’une partie du scénario du film Un chien andalou (ne pas confondre, le livre que nous avons entre les mains s’intitule Le chien andalou !) et de quelques autres malheureusement jamais tournés.

Alors, prenons et gardons, conservons cette édition bilingue, puisons de temps en temps un poème, un sketch (sainete en espagnol), lisons un délire surréaliste après avoir revu Viridiana  ou Belle de jour. Le plaisir fou sera bien au rendez-vous, en éditions bilingue, plaisir supplémentaire..

Le chien andalou et autres textes poétiques, traduit de l’espagnol par Jean-Marie Saint-Lu, préface de Philippe Lançon, ed. Folio (coll. Poésie/Gallimard n° 570), 416 p., 10,60 €.

MOTS CLES : SURREALISME / HUMOUR / CREATION / POESIE / EDITIONS FOLIO.

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