CHRONIQUES, ROMAN BOLIVIEN

Ander IZAGIRRE

BOLIVIE / ESPAGNE

Ander Izagirre est né à Saint-Sébastien-Donostia en 1976. Il est journaliste (radio et presse écrite). Il a obtenu en 2015 un prix important poru un reportage sur la guérilla colombienne.

Potosí

2017 / 2022

Ander Izagirre est un journaliste espagnol indépendant. Il a effectué plusieurs voyages en Amérique latine et s’est intéressé en particulier à la région de Potosí, en Bolivie, riche en minéraux divers (cuivre, étain, argent) qui est pourtant une des plus pauvres de toute l’Amérique. Exploitée par les colonisateurs espagnols, puis par des compagnies internationales, avec une constante, l’exploitation de ceux qu’on a de tout temps envoyés au fond dans des conditions hors de toute humanité.

En alternant les tableaux généraux, avec l’organisation financière, la très relative évolution de cette organisation au long des siècles, les conditions de travail et de survie des mineurs qui n’ont jamais été rétribués suffisamment pour pouvoir vivre correctement et les rencontres personnelles avec des hommes et des femmes (des femmes surtout, les hommes sont souvent déjà morts, trop occupés pour pouvoir parler ou naturellement silencieux, pure pudeur), Ander Izagirre réussit un reportage très complet et surtout à hauteur d’être humain, sans le ton universitaire de celui qui sait tout, qui comprend tout.

Tout est paradoxe dans l’histoire de cette région bolivienne, à commencer par l’abondance inouïe des richesses dans une des zones les plus misérables d’Amérique. À Llallagua, près de Potosí, Simón Patiño, lui-même mineur propriétaire d’un petit champ, découvrit par le plus grand des hasards (un modeste tir de dynamite dans son champ) un gigantesque gisement d’étain. On est en 1900. Après avoir acheté les terrains voisins, il deviendra en quelques décennies le Roi de l’Étain, aidé par les circonstances historiques (la guerre de 1914, un pactole !), une des plus grosses fortunes d’Amérique. Près de l’équivalent de mille millions de dollars gisaient sous ses pieds. Il fut même le 5ème homme le plus riche du monde, devant Rothschild, ayant des possessions dans le monde entier. Ses « employés » boliviens touchaient  au début du XXème  siècle 2 pesos par mois, sur lesquels ils devaient en prélever à peu près la moitié pour s’acheter leur matériel de travail, la dynamite par exemple… On est bien au XXème siècle. Plusieurs mouvements sociaux s’achevèrent dans le sang des mineurs, Indiens pour la plupart.

La Bolivie, « un pays sans infrastructures, sans investissement, sans industrie » qui aurait pu être riche de ses gisements s’ils n’avaient appartenus et s’ils n’avaient été gérés par des multinationales étrangères, est scrutée par Ander Izagirre sous tous ses aspects, l’histoire, la société, les gens modestes et les milliardaires, les politiques, en général corrompus. Elle est le reflet de plusieurs de ses voisins, et le rôle du FMI dans les moments de crise, souvent causés par sa propre politique de libéralisme débridé, pose beaucoup de questions.

Pour les Français, quand on parle de toutes les misères, physiques, sociales et morales qui accompagnent l’image de la mine, des mineurs et de leur famille, on a coutume de dire : « C’est du Zola ». En lisant Potosí on se rend compte que presque un siècle et demi après Germinal la situation en Bolivie (et sûrement ailleurs) est bien pire encore.

Dans le domaine du document, Ander Izagirre a parfaitement réussi, sa présentation est complète, intéressante à lire et surtout reste du début à la fin au niveau de l’humain.

Potosí, traduit de l’espagnol par Alfredo Mallet, éd Baromètre, 240 p., 15 €.

Ander Izagirre en espagnol : Potosí, Libros del KO, Madrid.

MOTS CLES : BOLIVIE / REPORTAGE / SOCIETE / POLITIQUE / EDITIONS BAROMETRE.

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