CHRONIQUES, ROMAN MEXICAIN

Rolando VILLAZÓN

MEXIQUE / FRANCE / AUTRICHE

Rolando Villazón est né en 1972 à Mexico et a passé son enfance à Ciudad Satélite. Au terme d’une formation aux Etats-Unis, il devient un des ténors les plus recherchés au monde. Sa carrière de chanteur s’interrompt en 2008 pour des raisons de santé. Il vit en France, dont il a pris la nationalité et se consacre à la mise en scène et à l’animation d’émissions de radio autour de la musique classique. Amadeus à bicyclette est son deuxième roman.

Amadeus à bicyclette

2020 / 2022

Vian Mauer, 1m 67, joufflu, gros nez, a grandi à Mexico, orphelin de mère, il a été éduqué, si l’on peut dire, par son père, autoritaire, centré sur lui-même, l’éducation musicale consistant essentiellement en la présence, à partir de l’âge de 12 ans,  un an sur deux, aux festivals Mozart de Salzbourg et Wagner de Bayreuth (bien qu’il se soit consciencieusement endormi pendant chacun des trois actes de Tristan et Isolde, son premier opéra). Malgré tout Vian se sent attiré par, qui sait, une carrière de ténor, ou de baryton, ses professeurs eux-mêmes ne savent pas bien.

C’est ainsi qu’il se trouve, jeune adulte, à Salzbourg et il pourra monter sur scène lors du prestigieux festival… comme figurant, hélas, dans une nouvelle production du Don Giovanni… Il sera un des diablotins tout noirs dont on ne verra qu’à peine le visage. Les répétitions commencent. Les coulisses de ce qui sera une interprétation assez audacieuse du chef d’œuvre de Mozart se  dévoilent devant nous, les colères, pas toujours justifiées, du metteur en scène, les caprices d’une diva, les peurs des « utilités », comme jadis on appelait les seconds, les troisièmes rôles. Vian y apporte sa touche, très mexicaine, retards systématiques – et involontaires −, excès très drôles aussi bien dans ses complexes d’infériorité que dans certaines de ses réactions. Les mots de Rolando Villazón sont à l’avenant. Il compare par exemple un banal parapluie à « une note de musique enveloppée dans une aile de chauve-souris ».

« Celui qui obtient succès et renommée devient l’esclave de sa célébrité pour le reste de sa  vie », c’est ce que dit Julia, une des protagonistes du roman, assistante à la mise en scène, qui troublera Vian, l’accompagnera dans ses doutes et le fera douter. Mais c’est bien Rolando Villazón qui écrit cette phrase qu’il semble s’appliquer à lui-même tout en l’appliquant à un Vian tout en modestie, une modestie qui lui est imposée par le manque de succès de ses entreprises. Cette phrase donne le ton général au roman : on n‘est pas dans le flamboyant qui peut aller jusqu’au clinquant, si souvent associé à l’univers de l’opéra, on reste au niveau de l’homme et de la femme, pas de la vedette.

Subrepticement, subtilement, se tisse peu à peu tout un réseau de liens, comme une toile d’araignée (on en trouve d’ailleurs à tout coin de page, de ces petites bêtes, et celles de Louise Bourgeois ne manquent pas à l’appel !), des personnages qui se ressemblent et se répondent, des pères bien réels ou de substitution, des Commandeurs vindicatifs, des jeunes filles aussi mystérieuses que  celles que rencontre Don Giovanni, des Quetzalcoatls de remplacement, tout est jeu pour Rolando Villazón, un jeu de façade car le fond est plutôt sombre et l’avenir du pauvre garçon très fermé, son père, un des Commandeurs, lui a déjà acheté son billet d’avion : retour à Mexico et débuts dans une entreprise grise.

Pourtant c’est bien l’humour qui domine du début à la fin, les trouvailles de vocabulaire, de situations. L’expérience scénique du grand ténor étant la base de ce qu’il nous montre lui permet de rire de ce qu’il a vécu, de ce dont il a souffert, de prendre du recul par rapport à ses immenses succès et des rares échecs qu’il a connus, et de faire rire de tout.

On s’y attendait un peu : ce roman est (aussi) un superbe hommage à Mozart qui n’est ni le clown un peu bêbête du film de Forman, ni la statue glacée, le génie tellement supérieur qu’il en est intouchable, il est, avec tout l’amour que lui porte Rolando Villazón, un homme supérieur, certes, mais un homme qui aime autant penser à la fin inéluctable de ce qui vit qu’avoir envie de faire une bonne blague pas forcément très fine, un homme qui nous a fait l’inappréciable cadeau de son génie. Pour Rolando Villazón, la Culture, avec un grand C, c’est aussi bien Blade Runner que Boris Vian, Enki Bilal que Kundera, Nicanor Parra qu’Homer Simpson, la Culture est vivante, et bien vivante, et multiple.

Le miracle est là, le lecteur ne peut que partager la vitalité du personnage (et de l’auteur), qu’être littéralement tonifié par ces bouffées d’énergie positive, soulevé par cette volonté naturelle de dépasser ce qui peut entraver son élan, même si les entraves ne manquent pas.

Amadeus à bicyclette, traduit de l’espagnol (Mexique) par Jean-Marie Saint-Lu, éd. Philippe Rey, 432 p., 21 €.

Rolando Villazón en espagnol : Amadeus en bicicleta, ed. Galaxia Gutenberg, Barcelone / Malabares, ed. Espasa Libros, Barcelone.

Rolando Villazón en français : Jongleries, éd. Jacqueline Chambon.

MOTS CLES : MEXIQUE / AUTRICHE / MUSIQUE / HUMOUR / PSYCHOLOGIE / FAMILLE / EDITIONS PHILIPPE REY.

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