CHRONIQUES, ROMAN PERUVIEN

Renato CISNEROS

PÉROU

Renato Cisneros est né en 1975 à Lima, dans une famille qui se partage entre la littérature et la politique. Son père a été un ministre très proche des dictateurs latino-américains. Après des études de communication et de journalisme, il exerce à la radio, la télévision et dans la presse écrite. Il a publié des recueils de nouvelles, de poésie et quatre romans.

Tu quitteras la terre

2017 / 2022

Un troublant secret familial est révélé dès la première page : Nicolasa, l’arrière grand-mère de Renato, qui a eu sept enfants, a été l’amante pendant près de quarante ans d’un prêtre, Gregorio Cartagena. Naît alors chez Renato le désir d’écrire l’histoire de sa famille, ou plutôt de la poursuivre, La distance qui nous sépare, qui revient sur la trouble trajectoire de son père, le Gaucho, ami et conseiller de Pinochet, de Videla et de quelques autres dictateurs peu recommandables étant le premier tome de  ce dyptique.

Le « couple » formé par Nicolasa et Gregorio fait connaissance à Huánaco, petit village andin en 1820, en pleine effervescence historique. C’est la guerre d’indépendance, la région, qui reçoit la visite de Bolívar, se libère du joug espagnol. Pendant que Gregorio et Nicolasa vivent en secret leur longue histoire d’amour, l’histoire de la région vient interférer avec leur vie personnelle, luttes pour l’indépendance, luttes territoriales entre ces pays en formation, Colombie, Pérou, Chili, Bolivie. Gregorio est bientôt député, il occupera un poste important à Lima et les proches de Nicolasa ont un rôle actif dans les conflits entre les futurs pays. Cela permet à Renato Cisneros de jouer sur les deux niveaux, et il le fait brillamment.

Les liens familiaux, quel beau sujet de roman ! Que faire d’un secret dont on ne pressent l’existence que vaguement quand on est enfant, qu’on devine, qu’on refuse avant de l’accepter pour mieux le refouler ? Cette notion de famille s’applique dans le livre aussi bien verticalement, d’une génération à l’autre, qu’horizontalement, à l’intérieur d’une même fratrie. Cela peut aussi se traduire par un sain esprit d’indépendance qui n’empêche pas l’affection.

Je serais d’une grande cruauté si je vous racontais plus que le premier épisode. Je me contenterai de vous inviter à jouir des multiples rebondissements sentimentaux, politiques dramatiques, drolatiques, et j’en passe. Attendons-nous à faire la rencontre de très nombreux enfants illégitimes et d’amours peu « morales » ! Dans la famille de Renato Cisneros, on peut avoir cinq enfants avec sa femme légitime et sept avec sa « seconde famille ». La constatation d’une réalité vécue, aucun jugement moral qui, du reste, serait vain et inutile.

Roman historique, saga familiale, chroniques sociales sur le Pérou, l’Angleterre, l’Argentine, l’Uruguay, le Brésil et la France de Napoléon III, Tu quitteras la terre est riche de situations humaines souvent émouvantes, l’être humain vu par Renato Cisneros, même triomphant en apparence, est fragile. Les hésitations amoureuses, les lâchetés et les silences, les erreurs non assumées par des hommes qui tiennent avant tout à garder une image « officielle »,  les cruautés souvent inconscientes mais bien réelles pour ceux (celles, le plus souvent) qui les subissent, Renato Cisneros, en refusant tout jugement, dévoile des aspects de sa propre famille qu’il ignorait et qu’il découvre. Les figures qui apparaissent, hommes politiques, écrivains connus et célébrés, sont pour nous des hommes qui, simplement, se battent plus ou moins glorieusement pour exister.

Voilà un roman (est-ce bien le mot ?) qui fait connaître, qui suscite pas mal de réflexions chez l’auteur comme chez le lecteur, qui apprend, qui étonne, qui émeut, qui complète l’autre pan du diptyque, La distance qui  nous sépare, à relire dans  la foulée.

Tu quitteras la terre, traduit de l’espagnol (Pérou) par Serge Mestre, éd. Christian Bourgois, 303 p., 23 €.

Renato Cisneros en espagnol : Dejarás la tierra / La distancia que nos separa, ed. Planeta / Algún día te mostraré el desierto, ed. Alfaguara.

MOTS CLES : HISTOIRE / SOCIETE / FAMILLE / PSYCHOLOGIE / POLITIQUE / EDITIONS CHRISTIAN BOURGOIS.

On peut lire sur AnnA mon commentaire sur La distance qui nous sépare, dans lequel Renato Cisneros revient sur ses relations avec son père, proche de Pinochet, Videla et quelques autres…

1 réflexion au sujet de “Renato CISNEROS”

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