CHRONIQUES, ROMAN ARGENTIN

María GAINZA

ARGENTINE

María Gainza est née à Buenos Aires en 1975. Journaliste spécialisé en art, elle a publié son premier roman, El nervio óptico / Ma vie en peinture en 2014, suivi de La luz negra / La faussaire de Buenos Aires qui a été lauréat du prestigieux prix Sor Juana Inés de la Cruz.

La faussaire de Buenos Aires

2018 / 2022

M, jeune fille sans expérience, devient un peu par hasard la secrétaire et femme de confiance de la grande experte en art Enriqueta Macedo. Assez vite, M découvre que la spécialiste réputée n’est pas d’une grande rigueur et qu’elle arrondit ses fins de mois en authentifiant des copies parfois très réussies. Elle a été particulièrement proche d’une faussaire argentine, la Negra, peintre frustrée qui a réussi dans l’imitation d’artistes contemporains argentins.

Enriqueta est prise d’une confiance sans limites pour M, au point de lui raconter sa vie, ses « méfaits » dans le secret humide d’un sauna. Le problème, M s’en rend vite compte, c’est qu’elle peut être aussi sincère qu’affabulatrice et que son récit sera un mélange autant de faits avérés que d’inventions. M pourra-t-elle faire le tri ? Probablement pas, tout comme nous, qui devons suivre ce récit de seconde main. Est-ce grave ? Bien sûr que non !

C’est à un très joli, très intéressant voyage à travers l’art en général que nous sommes conviés, peinture avant tout, et aussi tout ce qui peut constituer une collection : correspondance privée, photographie, objets divers. María Gainza garde une distance souvent un peu ironique envers personnages et événements. Avec humour elle fait ressortir la relativité de toute chose, encore plus frappante dans le monde de l’art. Un faux ne serait-il pas, dans certains cas, supérieur à l’original ? Et en fonction de quels critères ?

Cette même question en forme de clin d’œil s’applique aussi au roman, avec ses personnages réels, un peu modifiés, totalement transformés ou inventés. Cette façon de faire, qui peut être horripilante si elle n’existe que pour l’amusement, est ici très bien maîtrisée : elle rend évidente une des réponses possibles à ce dilemme entre l’art et le vrai que chacun se pose. Un tableau pour lequel Michel-Ange ou Vinci n’a peint personnellement que quelques centimètres quand leurs élèves bouchaient les vides est-il vraiment de Michel- Ange ou de Vinci ?

« Les gens sont comme ça, un mélange de choses », dit un personnage secondaire. Ce « mélange de choses » qui se contredisent entre elles et font une personne est au centre de la recherche de M, en croisant des témoignages divers, elle reconstruit le personnage étrange qu’était la faussaire, elle ne se contente pas de s’en tenir à la Negra, du même coup elle reconstruit tout un cercle artistique, si riche à Buenos Aires, et, plus encore, elle glisse ça et là de très intéressantes remarques sur la peinture et les peintres en général.

Une autre mise en abyme est l’histoire racontée elle-même, María Gainza nous fait suivre M tentant, sous un faux nom, d’écrire la biographie de la faussaire et parcourant parallèlement la grande histoire de l’art et une foule d’anecdotes, les coulisses de cette grande histoire qui éclairent d’une lumière différente la vie des créateurs. Un peu d’amertume (le côté dérisoire de toute chose, le temps qui efface trop de bons moments, l’impossibilité de discerner le vrai du faux, pas seulement en art) avec une bonne dose d’humour pas toujours tendre, voilà une recette qui fonctionne à merveille, et en prime, régnant sur chaque page, le doute fondamental, particulièrement excitant.

La faussaire de Buenos Aires, traduit de l’espagnol (Argentine) par Gersende Camenen, éd. Christian Bourgois, 169 p., 19 €.

María Gainza en espagnol : La luz negra / El nervio óptico, ed. Anagrama, Buenos Aires.

MOTS CLES : ARGENTINE / ART / PEINTURE / SOCIETE / PSYCHOLOGIE / EDITIONS CHRISTIAN BOURGOIS.

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