CHRONIQUES, ROMAN CUBAIN

Leonardo PADURA

CUBA

Leonardo Padura est né en 1955 à La Havane, il n’a jamais quitté son quartier de Mantilla. Après avoir été journaliste dans divers organes de presse cubains, il commence à écrire des romans policiers sur fond social avec un personnage récurrent, Mario Conde. Il est également scénariste (Retour à Ithaque de Laurent Cantet, par exemple). Il est unanimement respecté pour la qualité de ses écrits et pour son honnêteté intellectuelle.

L’eau de toutes parts

2019 / 2022

Dès les premières lignes de ce recueil d’essais de Leonardo Padura, on est pris par ce qui est une constante chez lui : la profondeur de la pensée qui n’empêche jamais l’absence de toute grandiloquence de l’expression. J’ai eu à plusieurs reprises l’occasion – et à chaque fois le plaisir – d’interviewer Leonardo Padura, en public ou dans l’intimité du bureau d’Anne-Marie Métailié, son éditrice, et à chaque fois j’ai été frappé par sa capacité à aller immédiatement au fond des choses. Il fait partie de ces personnalités qui, pour répondre à une question souvent banale, donnent en quelques secondes une réponse qui va à l’essentiel, ces personnalités qui trouvent le mot qui méritait d’être retenu.

Une autre caractéristique de Leonardo Padura est son humanité qu’on retrouve aussi bien dans son rapport à l’autre en ville (il veut en permanence nous faire croire que l’autre est plus important que lui), que par rapport à ses personnages : on peut chercher dans ses œuvres de fiction un homme et encore moins une femme qui soit haïssable, les moins fréquentables conservent une part d’humanité.

Quand on s’éloigne de la fiction pour entrer dans la chronique, ce qui est le cas avec L’eau de toutes parts, Il garde ces qualités qu’on connaît bien, la justesse des idées, l’honnêteté intellectuelle (si rare quand on parle de Cuba), la fluidité des phrases (jamais de jargon pseudo intellectuel ou politisé) et toujours cette humanité déjà évoquée. La Havane vit devant nous avec ses bruits et ses odeurs, ses effondrements et sa grandeur encore présente malgré tout.

Il faut aussi souligner l’indépendance d’esprit qu’a toujours pratiqué Leonardo Padura. On ne trouvera dans toute son œuvre, et ici en particulier, aucune trace de complaisance envers le régime, une forme d’objectivité que lui ont parfois reproché certains commentateurs de mauvaise foi, aveuglés par leur haine du régime : si on est honnête, on peut parfaitement rester lucide, c’est-à-dire remarquer ce qui est positif comme ce qui est négatif. L’eau de toutes parts en est une preuve de plus et une belle leçon pour les porteurs d’œillères.

Plusieurs des chroniques (écrites à l’origine entre 2001 et 2018) révèlent des secrets connus seulement des Cubains, comme par exemple l’importance du baseball dans l’histoire cubaine, il s’est imposé au XIXème siècle par opposition à l’Espagne encore dominante, des secrets plus personnels aussi, sur l’absence de vocation littéraire de Leonardo, au départ. D’autres textes reviennent sur les processus de la création d’un roman. Tous sont passionnants, surtout si l’on a lu les romans en question. Celui intitulé Le roman qui n’a pas été écrit est en cela magistral, il reprend, toujours avec les deux caractéristiques principales chez Padura, la profondeur dans la simplicité et l’honnêteté, la préparation et la rédaction de ce qui est probablement son chef d’œuvre,  L’homme qui aimait les chiens. Ce faisant, c’est un second roman qu’il nous fait lire, une somme de mystères, pas tous résolus, des coïncidences incroyables qui se sont bien manifestées, de l’obscurité, de la générosité de personnes en marge de la vie et de la mort de l’assassin de Trotski.

Ce n’est pas pour nous étonner, Leonardo Padura se révèle ici comme un excellent essayiste. Comme pour sa vision de  Cuba depuis la Révolution, il est capable d’être à la fois impliqué directement et suffisamment extérieur pour communiquer une vision équilibrée de son île ou, ici, de la littérature cubaine.

L’eau de toutes parts, traduit de l’espagnol (Cuba) par Elena Zayas, éd. Métailié, 400 p., 24 €.

Leonardo Padura en espagnol : Aguas por todas partes, ed. Tusquets, l’éditeur espagnol des autres œuvres.

Leonardo Padura en français est publié chez Anne-Marie Métailié.

MOTS CLES : CUBA / HISTOIRE / POLITIQUE / SOCIETE / LITT2RATURE / CREATION / EDITIONS METAILIE.

Leonardo Padura évoque à plusieurs reprises le nom d’Antón Arrufat, écrivain connu très peu connu en France. Ça tombe bien, les éditions L’Atinoir publient (en version bilingue) une première traduction en français de cet auteur : Fracture et autres histoires / Fracturas y otras historias. Rendez-vous sur AnnA vendredi prochain pour une chronique !

Et, à propos de Leonardo Padura c’est peut-être l’occasion de lire ou de relire un de ses romans, par exemple :

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