CHRONIQUES

Pedro CESARINO

BRÉSIL

Pedro Cesarino est né en 1977. Il est un anthropologue réputé, chercheur et enseignant à São Paulo, il s’est particulièrement intéressé aux peuples indiens vivant au Nord-Ouest du Brésil. Il a participé au scénario du film La fièvre de Maya Da Rin en 2019. L’attrapeur d’oiseaux est son premier roman.

L’attrapeur d’oiseaux

2016 / 2022

Au fin fond de la forêt amazonienne, les frontières entre États existent bien sur le papier. Brésil, Venezuela, Colombie, Pérou ne sont pas très loin (aux proportions américaines). Elles sont invisibles sur le terrain. Les gens qu’on croise, indiens pour la plupart sont de leur village ou de leur peuple avant de se sentir colombiens ou brésiliens. Pedro Cesarino, qui est un anthropologue  reconnu au Brésil, connaît bien la zone d’où il part pour tenter, après plusieurs échecs, de trouver la trace de l’Attrapeur d’oiseaux, de compléter les bribes de la légende connue chez certains peuples mais qu’on garde secrète. Il le sait bien, rien n’est facile. Il faut suffisamment de provisions, de carburant, de diplomatie. La violence entre tous ces humains réunis là par le plus grand des hasards, les peuples indiens errants devant se faire une place, les Blancs aventuriers trafiquants persuadés qu’ils ne peuvent s’imposer que par la violence.

Sur la pirogue d’un Indien ami de longue date et de sa famille, Pedro Cesarino s’intègre peu à peu, malgré les incompréhensions réciproques : « Que fais-tu ici ?, lui demande-t-on » sans que la réponse soit très claire même pour le Blanc. L’anthropologue écoute et note la légende qu’il poursuivait, observe comment va la vie, comment se font les liens d’amitié entre Indiens et parfois, rarement, entre Indiens et Blancs.

Parfois, quand les conditions sont trop dures (et notre écrivain n’est pas un pleurnichard, un timoré), on se demande à quoi bon répéter de telles épreuves, les jours de pluie continue, les fièvres, la fatigue proche de l’épuisement. La réponse est toute simple : il ne peut pas vivre autrement. Il a renoncé à son couple, à l’idée d’avoir un jour des enfants parce que sa vie est là, sur cette pirogue habitée par une famille indienne. Au bout du voyage devrait l’attendre la réalité de cette légende qu’il poursuit depuis des années. Est-elle inatteignable ? Il en existe plusieurs versions et Pedro Cesarino, comme les explorateurs mythiques à la recherche sur les mêmes terres de l’El Dorado, en a fait son but unique. Mais elle le fuit, on lui dit, on lui répète qu’elle est dangereuse, qu’elle n’a jamais été terminée, qu’on ne sait pas, qu’on ne sait plus.

L’ethnologue, qui est déjà familier des lieux et des gens (on le considère comme un fils de plus dans la famille, on lui propose d’être le nouveau chef du village) n’en finit pas de découvrir des nuances jusque là inconnues dans le protocole local (rire ou ne pas rire devant un visiteur, accepter ou non les avances d’une femme mariée au risque de provoquer un conflit dans le village), ou de nouvelles variantes dans la cosmologie des tribus où il réside de temps en temps. Il avoue ne pas tout comprendre, ce qui est rare chez un scientifique de cette trempe.

Un peu à l’inverse de Luis Buñuel qui avait donné la forme d’un documentaire à un film qui avait été mis en scène (Las Hurdes / Terre sans pain), Pedro Cesarino fait un roman d’un sujet parfaitement documenté. Et peu importe la classification, la frontière s’efface souvent. Le roman, c’est l’aventure du narrateur dans la forêt, aux prises avec la nature et les peuples hostiles, le documentaire c’est la vie dans un village indien, les croyances, les légendes et un extraordinaire rite funéraire. Un rite funéraire qui s’accorde avec l’ambiance générale et personnelle d’une fin de séjour où, hors une légende incomplète, la vie semble se dissoudre dans une nature implacable.

L’attrapeur d’oiseaux, traduit du portugais (Brésil) par Hélène Melo, éd. Rivages, 158 p., 16 €.

Pedro Cesarino en portugais : Rio acima, ed. Companhia das Letras.

MOTS CLES : BRÉSIL / ANTHROPOLOGIE / SOCIETES / FORET VIERGE / EDITIONS RIVAGES.

Un autre livre récent sur une expéditions aventureuse : Un arc de grand cercle de Mateusz Janiszewski :

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