CHRONIQUES

Carol BENSIMON

BRÉSIL

Née à Porto Alegre en 1982, Carol Bensimon, après des études de Communication, a collaboré à diverses revue brésiliennes avant de se consacrer à l’écriture de nouvelles et de romans.

On adorait les cow-boys

2013 : 2022

Julia et Cora (la narratrice) sont deux jeunes Brésiliennes qui ont été jadis amies très proches, puis se sont éloignées, Cora à Paris, Julia au Canada, pour leurs études, laissant péricliter leur amitié amoureuse. Un jour, Julia décide un peu brusquement d’inviter Cora à un voyage improvisé dans sa vieille voiture vers une région paumée au sud du Brésil, près de la frontière avec l’Uruguay. Leurs caractères sont aussi différents que leur éducation, petite bourgeoisie très catholique pour Julia, plutôt libre, avec l’envie de choquer et de s’affirmer, pour Cora.

Cora assume avec ambigüité son attirance pour les filles, elle préfère évoquer sa bisexualité sans être vraiment certaine de ressentir quelque chose pour les garçons. Pendant leurs années à l’université, là où elles se sont connues, une liaison entre Julia et Cora avait duré un certain temps. Amour et amitié, la frontière (qui n’est pas forcément une séparation entre les deux choses) est poreuse pour ces deux jeunes femmes : et d’ailleurs est-elle nécessaire, cette « frontière » ? La narratrice parle elle-même d’« identités sexuelles à moitié instables ».

Au cours de leur périple improvisé, elles vont d’un village déserté à une mine qui a cessé de fonctionner, elles ne rencontrent que des marginaux sympathiques dont on se demande comment vivre dans ces conditions, et qui ne semblent pas en souffrir.

Entre les deux filles, la relation est floue, la séparation de quatre ans qui avait été brutale (Julia avait annoncé au dernier moment à son amie la plus proche qu’elle partait étudier au Canada) a laissé des traces. Leur est-il possible de raccommoder ce long vide (elles n’ont rien échangé, l’une en France, l’autre au Canada). Le souhaitent-elles ?

Malgré ce qu’elles ont pu vivre, chacune de son côté ou ensemble, avec leurs copains de fac ou dans leurs familles, elles se sentent mal armées face à leur vie et surtout à leur relation. Cela donne des ambiances brumeuses qui peuvent soudain s’ensoleiller. Leur regard sur cette région désertique qu’est le Rio Grande do Sul (serait-ce le Far West ?) et sur les rares personnes qu’elles y croisent (les gaúchos seraient-ils des cow-boys ?) est attentif et détaché, intéressé et indifférent, à l’image de ce qu’elles ressentent l’une pour l’autre, ni la franche amitié, et encore moins le grand amour, ni la froideur défiante. L’origine du malaise ne peut se trouver qu’au plus profond de chacune des deux. La désillusion est complète.

Ce qui ressort surtout de ce voyage sans but, c’est le regard de Cora sur des paysages, sur des gens, sur celle qui aurait pu être son alter ego, un regard pointu, détaillé, sans qu’elle accorde de l’intérêt à ce qu’elle voit, c’est au lecteur de le faire, Cora et Julia auraient trop de distance par rapport au reste du monde, par rapport à elles-mêmes, pour pouvoir le faire.

On se croyait parti pour un road-movie, paysages, ciels, aventures sur un fond de couchers de soleil. Ce qu’offre Carol Bensimon est bien plus troublant, elle nous fait complices de ses doutes, de ses colères, de ses terribles hésitations.

On adorait les cow-boys, traduit du portugais (Brésil) par Dominique Nédellec, éd. Belfond, 192 p., 21 €., version numérique : 12,99 €.

Carol Bensimon en portugais : Todos nós adorávamos cobóis, ed. Companhia das Letras.

MOTS CLES : BRESIL / VOYAGE / PSYCHOLOGIE / GEOGRAPHIE / AMOUR / SOCIETE / EDITIONS BELFOND.

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