CHRONIQUES

César AIRA

ARGENTINE

César Aira est né dans la province de Buenos Aires, à Coronel Pringles, en 1949. Il a publié plus de cent romans et pièces de théâtre et des essais (sur Copi, entre autres). Il est également traducteur. Il vit dans le quartier de Flores à Buenos Aires.

Le Président

2019 / 2022

C’est le jour où il découvre que « se retrouver dans le monde était l’expérience la plus terrible qui fût » que l’enfant qui est au centre de ce roman sait qu’il ne pourra qu’être Président.

Celui qui raconte, maître absolu, erre à travers l’enfance du futur Président de la République (serait-ce elle qui expliquerait les attitudes du souverain ?), à travers les années qui ont précédé son arrivée au commandement suprême, et à travers les années au pouvoir.

Notre Président est d’une hauteur de vue impressionnante, d’une honnêteté sans défaut, il se sent, malgré sa bonne volonté, tellement éloigné des réalités que, tel un Sultan oriental, il sort chaque nuit incognito et parcourt les rues désertes de Buenos Aires en chantonnant une mélodie étrange venue de son enfance. « Tout ce qu’il voulait, c’est aimer ». Oui, mais « aimer comme une bête sauvage. Diable ! Mais non, la cruauté n’est pas dans ses gênes.

Il y a beaucoup d’absurde dans ce roman. On sait depuis Ionesco qu’absurde et réalisme (hyperréalisme même) ne sont pas ennemis. Ici c’est un grand hôpital dans lequel tout est fait pour qu’on n’y entre pas, le Président lui-même, en pleine possession de son pouvoir présidentiel ne peut y accéder. Et il y a de la poésie dans l’absurde (« Il y avait de la pénombre dans les ténèbres »).

Il ne se passe rien de captivant dans ce pays, rien du tout, la vie du Président est d’une monotonie à pleurer, elle n’est pimentée que par des souvenirs de deux femmes qui l’ont marqué pour des raisons différentes, et surtout par ses sorties nocturnes pendant lesquelles rien de marquant n’intervient, puisque tout dort en ville. Il n’empêche, on ne peut que l’admirer, cet homme modeste et sincère (on aimerait que le nôtre lui ressemble !). En poussant l’absurde au-delà de ses limites, César Aira nous emmène dans une logique qui n’est qu’à lui (qui a toujours été la sienne, Dieu fasse qu’il la conserve longtemps !) et qui, finalement est imparable, indiscutable. Exemple : « À la symétrie se superposait (symétriquement) une asymétrie ».

En dehors de leur brièveté commune, aucun roman de César Aira ne ressemble à un autre roman, de César Aira ou de quiconque. La richesse apparemment intarissable de son imagination, l’humour toujours, discret et féroce, ce qui n’est pas incompatible, la présence de l’homme au centre de toute son œuvre sont des constantes. Le Président ici, bien que jupitérien (le narrateur compare plusieurs fois la conception argentine et française de l’autorité politique), attire, lui, l’empathie, la compassion : il n’est qu’un homme qui rêve du bonheur universel… mais qui ne fait rien pour y aider.

La dernière phrase, à découvrir après les 120 pages qui la précèdent bien sûr, dit tout : il faut aller la lire et méditer sa portée universelle. Une mention particulière pour la couverture particulièrement réussie, ce qui n’est pas rare chez Christian Bourgois.

Le Président , traduit de l’espagnol (Argentine) par Christilla Vasserot, éd. Christian Bourgois, 144 p., 17 €.

César Aira en espagnol : El Presidente, ed. Mansalva. César Aira publiant chaque année entre deux et quatre romans, je renonce à en donner une liste complète.

César Aira en français est essentiellement publié aux éditions Christian Bourgois.

MOTS CLES : ARGENTINE / HUMOUR / SOCIETE / POLITIQUE / PHILOSOPHIE / PSYCHOLOGIE / EDITIONS CHRISTIAN BOURGOIS.

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