CHRONIQUES

Mateusz JANISZEWSKI

Deux romans très différents, aux antipodes l’un de l’autre cette semaine, avec un point commun : le passage du Cap Horn et deux croisières problématiques dans le Sud de l’Amérique latine, Le saint du Néerlandais Martin Michael Driessen et Un arc de grand cercle du Polonais Mateusz Janiszewski.

ARGENTINE / POLOGNE

Mateusz Janiszewski est né en 1975. Il est chirurgien, traducteur et écrivain. En tant que médecin, il a participé à plusieurs missions humanitaires en Asie. Un grand arc de cercle est le récit d’une expédition dans l’Antarctique partie en 2015 d’Argentine.

Un arc de grand cercle

Patagonie – océan Glacial – Antarctique

2022

Après un séjour peu apprécié dans une Buenos Aires écrasée par la canicule et en proie à une crise économique elle aussi écrasante, Mateusz Janiszewski, un chirurgien polonais, entame la répétition par un équipage polonais d’un voyage fait en 1914 dans les mers antarctiques, celui d’Ernest Shackleton dont on a retrouvé l’épave qui vient très récemment d’être filmée.

C’est à une bien curieuse poésie que nous convie l’auteur – aventurier : le scientifique ne cesse de pointer son nez, les allusions à la géométrie, à la mécanique, ne manquent pas, et pourtant son regard ne s’arrête pas là : il est souvent acéré (c’est peu dire que ce qu’il a vu de Buenos Aires ne lui a pas plu, la pampa découverte à travers les vitres d’un bus pas davantage), mais une couleur, un accident de terrain inattendu provoquent un éclair de beauté soudaine qui fait naître une pensée sur la place de l’être vivant dans un tel décor ou sur un texte lu jadis. La « symphonie de la vie », ce que recherche Mateusz Janiszewski est-elle à sa portée ? À la nôtre ?

Mateusz Janiszewski est un de ces « aventuriers » modernes dont les « aventures » se transforment en livres, dont l’aventure », soigneusement préparée et encadrée (il faut lire les deux pages qui énumèrent les couches de vêtements avec leurs fermetures velcro !) n’a plus que de très lointains rapports avec ce qu’a dû connaître Ernest Shackleton. On est surpris par son pessimisme général (Buenos Aires est invivable, l’Argentine d’une tristesse infinie, le climat en Patagonie intolérable) et il semble surpris qu’en passant le Cap Horn la mer soit démontée. Le froid dont il souffre est un de ses soucis essentiels. Autre surprise pour le lecteur habitué à ce genre de récits : ici, c’est le « je », la première personne, qui prime. En quoi consistait l’équipage, on ne le saura pas, tout juste le prénom du capitaine, Artur, et de brefs adieux de retour à Buenos Aires. Tout se concentre sur le narrateur.

Et, paradoxalement, ce qui peut apparaître comme un défaut fait l’originalité de ce récit qui va à contre-courant des « normes ». Quand généralement les auteurs se donnent le beau rôle, font ressortir leur volonté de vaincre les éléments naturels et partagent la joie de triompher, Mateusz Janiszewski, lui, décrit ses souffrances, le côté dérisoire de l’expédition entreprise. Il y a de belles pages, la description minutieuse d’un iceberg et de ses couleurs, une poésie accompagnée de citations ou d’allusions à des écrivains qui ont partagé ces émotions, avec en tête Herman Melville dont le Moby Dick a fasciné notre guide, certains connus, d’autres dont nous découvrons les noms et qui sont souvent publiés en français.

Comme en négatif ressort l’aventure vécue presque dans la passivité par Mateusz Janiszewski. Il offre un récit à contre-courant, ce qui fait son originalité.

Un arc de grand cercle. Patagonie – océan Glacial – Antarctique, traduit du polonais par Laurence Dyèvre, éd. Noir sur Blanc, 180 p., 18,50 €.

Mateusz Janiszevski en polonais : Ortodroma, ed. Znac.

MOTS CLES : ARGENTINE / POLOGNE / AVENTURES / POESIE / EDITIONS NOIR SUR BLANC.

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Une autre aventure vécue par un jeune écrivain auw prises avec la nature sud-américaine : le récit de Miguel Bonnefoy, Jungle. Mon commentaire sur AnnA le 25 septembre 2018 :

1 réflexion au sujet de “Mateusz JANISZEWSKI”

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