CHRONIQUES

Martin Michael DRIESSEN

FRANCE / PAYS BAS / ARGENTINE / CHILI

Deux romans très différents, aux antipodes l’un de l’autre cette semaine, avec un point commun : le passage du Cap Horn et deux croisières problématiques dans le Sud de l’Amérique latine, Le saint du Néerlandais Martin Michael Driessen et Un arc de grand cercle du Polonais Mateusz Janiszewski.

Né en 1954 aux Pays Bas, Martin Michael Driessen a longtemps vécu en Allemagne. Il y a été comédien et metteur en scène. Il est également traducteur et auteur d’une quinzaine de romans et de nouvelles.

Le saint

2019 / 2022

Disons-le tout de suite, l’Amérique latine n’est pas le sujet principal de ce roman hollandais, elle en constitue un épisode que son narrateur considère comme un interlude (mais quel interlude !), la deuxième partie des « mémoires » de Donatien. Mais sa lecture est un tel plaisir débridé qu’on aurait tort de s’en priver !

Donatien, fils d’un modeste meunier, naît dans le nord-est de la France en 1789. Dès sa jeunesse, il n’a qu’un but, bien vivre sans se mettre de barrière et en laissant de côté tout scrupule moral. Il est aidé par un charme indéniable et séduit tout être vivant, tout sexe confondu, qui mérite d’être séduit. Tour à tour pícaro, Barry Lindon de pacotille, un peu Casanova, un tout petit peu marquis de Sade, il parcourt l’Europe des guerres napoléoniennes, ne se refusant pas à changer de camp s’il y voit son intérêt financier… ou sa survie.

La réussite n’est pas toujours au rendez-vous, la fuite est une solution qui s’impose souvent. Le bougre (c’est bien le mot) a une façon de raconter sa vie bien personnelle (c’est la loi du genre), il ose la comparer à la nôtre et va jusqu’à être agressif à notre endroit.

Il lui arrive aussi de belles expériences, des rencontres profitables. Au début du XIXème siècle, la science est en plein essor, il participe à son progrès, aide Beaufort à dresser son échelle, devient une sorte de créature de Frankenstein auprès d’un savant danois et inspirera Victor Hugo en personne.

Pour la partie américaine de l’aventure, la parodie de récit de voyage et de récit d’aventure fait merveille : l’expédition qui se veut scientifique, respecte parfaitement les normes tout en étant farfelue. Le désert d’Atacama renferme des mystères qu’on ne soupçonnait pas.

Donatien, au centre de tout, est un de ces personnages qu’on a du mal à oublier. Il sait profiter sans limites de son charme, ne s’embarrasse pas de principes qui  auraient tendance à limiter sa liberté, n’est jamais pointilleux pour choisir les objets de ses amours, joue de sa virilité mais ne dédaigne pas de revêtir robes à cerceau et boucles d’oreilles, peut être d’un courage admirable ou d’une lâcheté déplorable. En un mot son cynisme est réjouissant. Il flirte avec une inconvenance de bon aloi même s’il est, et surtout s’il est d’une immoralité confondante. Le tout étant d’un charmant raffinement.

Le saint (on saura à la fin pourquoi ce titre) est une bouffée d’air frais un peu décoiffant quand une bonne partie des nouveautés littéraires plonge dans un pessimisme compréhensible, surtout en Amérique ou dans la région caraïbe. Un souffle d’air frais dont il serait bon de profiter avant l’apocalypse !

Le saint, traduit du néerlandais (Pays Bas) par Guillaume Deneufbourg, éd. Philippe Rey, 240 p., 20 €.

Martin Michael Driessen en néerlandais : De Heilige, ed. Van Oorschot.

MORS CLES : FRANCE / PAYS BAS / ARGENTINE / CHILI / AVENTURES / HUMOUR / HISTOIRE / SOCIETES / PSYCHOLOGIE / EDITIONS PHILIPPE REY.

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