CHRONIQUES

Santiago GAMBOA

COLOMBIE

Né en 1965 à Bogotá, Santiago Gamboa a étudié la littérature en Colombie, puis en Espagne et en France. Journaliste, philologue, il a été diplomate. Il est l’auteur d’une douzaine de romans.

Une maison à Bogotá

2014 / 2022

Le narrateur, un professeur de philologie colombien, peut enfin se permettre, grâce à un prix international richement doté, de s’acheter la maison de ses rêves dans le centre de Bogotá. Il vit depuis son enfance avec sa tante, qui fut conseillère auprès des Nations Unies et qui l’avait recueilli après la mort accidentelle de ses parents. Tous deux ont passé les années en suivant les missions de la dame partout dans le monde sans jamais se fixer nulle part.

Cette maison devient un refuge, presque une forteresse contre la puanteur et la violence des rues de Bogotá, peut-être aussi contre un passé d’errances. Ils l’investissent, chacun jouissant d’un étage. L’un et l’autre, neveu et tante (sans noms), naturellement fusionnels, sentent la nécessité de se protéger, mais de quoi ou de qui ? Leurs vies ont été riches, hormis la disparition brutale, dans un incendie, des parents, ils n’ont pas souffert, n’ont manqué de rien, ils ont même vécu dans le luxe des grands hôtels internationaux ou des lycées d’élite, quelques amants pour elle, quelques maîtresses pour lui, sans jamais sentir l’envie ou le désir de prolonger ces relations, ils ont réussi professionnellement, chacun dans son domaine. Et pourtant cette grande maison est devenue essentielle pour poursuivre sereinement leur double existence.

Curieusement, une fois bien installés au sein de leur belle demeure, il ne reste plus pour eux, pour lui surtout, qu’un besoin, évoquer leur passé commun, autrement dit les hammams d’Istanbul ou les saunas norvégiens, une chambre aux murs bleus à Kiev ou un distributeur d’argent à Madrid, une chanson de Cat Stevens ou de Silvio Rodríguez. Après avoir étudié au Caire puis à Bratislava, enseigné au Mexique, il semble impossible au philologue de se confiner seulement dans la maison, bien qu’il n’en sorte que très peu. Ce qui ne devrait être que la description pièce par pièce de leur nouveau havre devient un voyage dans le temps et l’espace. Dans ce cocon douillet palpite le monde entier avec ses beautés, ses conflits, ses cultures, ses émotions.

Mais le monde, c’est aussi Bogotá. Peut-on dire qu’on connaît sa propre ville si on habite un quartier tranquille et aisé et qu’on n’a jamais mis les pieds dans un de ses bidonvilles ? Les bas fonds de Bogotá ne se trouvent pas que dans les quartiers les plus pauvres, les découvertes que fait le professeur sont étonnantes. On peut se retrouver dans une orgie nazie sans quitter sa chère ville qui semble si protectrice, voir des choses qui devraient rester dans l’ombre. Et, d’ailleurs, le narrateur, moralement irréprochable,  est-il le seul voyeur ?

Le monde, le monde entier tient dans cette maison et même dans chacune des pièces, matériellement dans la bibliothèque, avec ses centaines d’auteurs, avec les meubles achetés ici ou là, au gré des installations temporaires, le monde est là, présent pour l’homme désormais vieillissant, avec les souvenirs toujours vivants de ce curieux couple, tante et neveu, le grand paradoxe étant la solitude du garçon, puis de l’homme.

On peut être brillant sans excès, presque modestement. C’est le cas de ce roman, et aussi de son auteur. On peut être universel sans sortir d’une maison, d’une pièce de cette maison, d’un simple livre d’à peine deux cents pages lui-même pas aussi simple qu’il n’y paraît. Un livre qu’on a envie, en le refermant, de  relire à l’infini.

Une maison à Bogotá, traduit de l’espagnol (Colombie) par François Gaudry, éd. Métailié, 192 p., 20 €.

Santiago Gamboa en espagnol : Una casa en Bogotá, ed. Literatura Random House.

Santiago Gamboa en français : Perdre est une question de méthode / Les captifs du lys blanc / Esteban le héros / Le syndrome d’Ulysse / Le siège de Bogotá / Nécropolis / Prières nocturnes / Retourner dans l’obscure vallée / Des hommes en noir, éd. Métailié.

MOTS CLES : COLOMBIE / PSYCHOLOGIE / SOCIETES / EDITIONS METAILIE.

Autres titres de Santiago Gamboa commentés sur AnnA :

Des hommes en noir :

Prières nocturnes :

Retourner dans l’obscure vallée :

Cet article vous a intéressé ? Vous souhaitez être informé des nouveautés en rapport avec l’Amérique latine et la zone Caraïbe publiées en France ?

ABONNEZ-VOUS !

C’est gratuit, il vous suffit d’indiquer (en bas sur la colonne de droite de cette page) votre adresse mail.

Vous recevrez une notification à chaque publication sur AnnA, Americanostra/nos Amériques.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s