CHRONIQUES

Copi

FRANCE – ARGENTINE

Né en 1939 à Buenos Aires, Raúl Damonte Botana a passé une partie de son enfance à Montevideo, avant de s’installer à Paris en 1963. Auteur de trois romans, il a aussi été un dessinateur et un homme de théâtre (auteur et comédien) et aussi, sans en être un militant, une des figures de proue du mouvement homosexuel des années 1970 en France. Il est mort du sida en 1987.

L’homosexuel ou la difficulté de s’exprimer – Les quatre jumelles

1971 / 1973 / 2022

L’homosexuel ou la difficulté de s’exprimer (1971)

L’intrigue de la pièce est facile à résumer, pour ne pas dire très banale : au fin fond d’une Sibérie envahie par les loups une femme, Madre et sa fille, Irina, aidées de la professeure de piano d’Irina, préparent leur fuite vers la Chine. Oui, mais on est chez Copi ! Irina n’est pas la fille biologique de Madre, qui pourrait bien être un homme, ou l’a été, la prof de piano, si elle étale son amour débordant pour sa (son ?) jeune élève, cache elle aussi son jeu, son mari ne sait pas tout sur elle… et ainsi de suite. Copi est égal à lui-même, le dialogue surréaliste et hyperréaliste est souvent d’une obscénité à faire pleurer (de rire), les situations flottent, comme le dialogue, entre un certain prosaïsme (on a dès la première scène un avortement sur scène) et un absurde proche de celui d’Ionesco (l’homosexuel du titre n’apparaît pas plus que la cantatrice sans cheveux, ou alors il faut mettre le mot au pluriel).  La pièce n’a jamais cessé d’être représentée en France et dans le monde entier, comme toutes celles de Copi.

Les quatre jumelles (1973)

Ah, l’incommunicabilité ! Celle que met en scène Copi n’est pas tout à fait celle d’Antonioni dans les mêmes années ! Mais elle est bien là aussi : on est cette fois en Alaska où se sont réfugiées (je ne suis pas sûr que ce soit le mot juste) Maria et Leïla, deux jumelles bientôt rejointes par Joséphine et Fougère, jumelles itou. Les quatre femmes passent le temps de la représentation à s’entretuer pour ressusciter presque aussitôt afin de tuer les trois autres, non sans, auparavant, avoir questionné une des mortes, en vain, forcément. Les didascalies se résument à deux ou trois : X, morte / Y ressuscite / A et B vivantes.

Sous ce délire, qui ne diminue à aucun moment, pointent des flashes dramatiques qui s’effacent aussitôt pour renaître (eux aussi !) plus loin : la violence, la souffrance, la solitude que la nature (Dieu ?) nous impose, l’amour impossible, la tendresse inexistante, les multiples défaillances du corps. Le rire, du spectateur et du lecteur, n’est que superficiel, le tableau montré, s’il semble jouissif, est d’une noirceur totale. J’imagine que la représentation doit laisser un certain vertige à ses spectateurs !

La postface de Thibaud Croisy, concise, est très éclairante sur la personnalité de Copi et sur le contexte que sont les années 1970 où la critique a pu accepter des œuvres aussi décoiffantes. Elle apporte un complément essentiel aux deux pièces.

L’homosexuel ou la difficulté de s’exprimer. Les quatre jumelles, éd. Christian Bourgois, 157 p., 8 €.

MOTS CLES : FRANCE / ARGENTINE / THEATRE / HUMOUR / VIOLENCE / PSYCHOLOGIE / EDITIONS CHRISTIAN BOURGOIS.

On peu lire sur AnnA une autre chronique sur Le bal des folles de Copi :

Cet article vous a intéressé ? Vous souhaitez être informé des nouveautés en rapport avec l’Amérique latine et la zone Caraïbe publiées en France ?

ABONNEZ-VOUS !

C’est gratuit, il vous suffit d’indiquer (en bas sur la colonne de droite de cette page) votre adresse mail.

Vous recevrez une notification à chaque publication sur AnnA, Americanostra/nos Amériques.

1 réflexion au sujet de “Copi”

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s