CHRONIQUES, ROMAN EQUATORIEN

Mónica OJEDA

EQUATEUR

Mónica Ojeda est née en 1988 à Guyaquil. Après des études littéraires à l’Université catholique de Guayaquil puis à Barcelone, elle publie son premier roman en 2014. Elle est auyssi l’auteure de deux recueils de poésie et de nouvelles. Elel vit à Madrid depuis plusieurs années.

Mâchoires

2018 / 2022

Qu’arrive-t-il à Fernanda Montero, jeune adolescente qui vit à Guayaquil, la « Perle du Pacifique », qui étudie dans le meilleur établissement à des kilomètres à la ronde, le Collège-Lycée Delta, High-School-for-girls, qui est au centre d’un groupe de jeunes filles issues de la meilleure société locale, ses camarades de classe ? Elle se retrouve séquestrée dans une cabane, une ferme désaffectée en pleine forêt équatoriale. Et qui la retient ainsi sans lui offrir le moindre soin ? Une de ses professeures, Clara López Valverde, surnommée Miss Bovary latina par ses élèves et Génisse par sa mère. Comment se retrouvent-elles dans une telle situation ?

Mónica Ojeda raconte ce que sont l’une et l’autre, une toute jeune adolescente passionnée de mangas et de films d’horreur, pas de livres, c’est barbant, bien que la Bible, avec ses propres horreurs soit bien au programme du lycée catholique, une jeune fille qui joue avec ses copines à mettre en scène ses lectures, souvent à  la limite du danger, et une vieille fille qui ne se remet pas de la mort de sa mère qui pourtant la méprisait ostensiblement.

D’une génération à l’autre, on domine ou on est dominée, parfois écrasée, cela ne se fait pas toujours dans le sens auquel on pourrait s’attendre. Le redoutable Opus Dei, sorte de secte semi secrète qui agit au sein de l’Église catholique, gère le collège-lycée d’élite réservé aux classes dites elles-mêmes dominantes, mais il arrive malgré tout que ce soit les délicieuses élèves qui prennent le dessus sur des professeures dépassées. Il arrive encore plus  souvent, quotidiennement, que dans le groupe d’élèves, les victimes souffrent sans oser le montrer… Et les profs aussi.

Dans ce monde, tout est d’une certaine manière retourné, ainsi le noir n’est plus la couleur du mal, du danger, de l’horreur, c’est le blanc qui l’a remplacé, la lumière révèle les horreurs alors que l’obscurité les dissimule, le blanc devient la couleur de référence des adeptes de la terreur, une terreur qui s’exhibe au quotidien, dans le collège, dans la demeure abandonnée que les filles ont pris pour cadre de leurs expériences douteuses : la chambre des horreurs qu’elles ont aménagée est peinte en blanc.

Le corps a une place centrale dans cette histoire de filles qui se cherchent, dans cet univers sans le moindre mâle (on a, très fugacement, l’apparition de deux ou trois garçons qui ne font que passer, le seul professeur masculin, surnommé Cul-Cosmique par ces demoiselles, n’est en rien un modèle de virilité). Corps qui font souffrir d’autres corps, corps qui souffrent de par leur nature et aussi par ce que leur imposent leurs copines, leurs professeures, leurs parents.

Le lecteur reçoit des chocs successifs, il a la chance d’être extérieur à ces violences répétées, il lui faut la lucidité de l’auteure mais il est subjugué (c’est le mot) par la puissance de la narration, l’originalité du style dont les images inattendues sont saisissantes, dont la poésie est sauvage et prenante, qui nous fait littéralement plonger dans l’inconscient des personnages. Bravo à la traductrice d’avoir su la rendre ainsi en français.

L’ultra violence qu’on pourrait qualifier d’intime envahit ces pages, elle est devenue pour ces très jeunes filles la façon privilégiée de s’exprimer. Amour, douleur et plaisir ne font plus qu’un, on a peur de ce que l’on désire le plus.

Et nous, lecteurs, sommes pris dans cette spirale de plus en plus étroite, étouffante, fascinante. Un roman qui laissera des traces.

Mâchoires, traduit de l’espagnol (Équateur) par Alba-Marina Escalón, éd. Gallimard, 319 p., 21 €.

Mónica Ojeda en espagnol : Mandíbula, ed. Candaya, Barcelona.

MOTS CLES : EQUATEUR / PSYCHOLOGIE / HORREUR / VIOLENCE / SOCIETE / ROMAN NOIR / EDIITONS GALLIMARD.

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