V.O.

Alonso CUETO

PÉROU

Né à Lima en 1954, Alonso Cueto est universitaire, journaliste et romancier. Son œuvre a été primée à plusieurs reprises, tant au Pérou qu’en Europe et même en Chine. Plusieurs de ses romans ont été adaptés au cinéma.

Otras caricias

2021

Que peut faire un homme banal contre l’insatisfaction par rapport à ce qu’il est, à ce qu’il sait de lui-même, à ce qu’il souhaiterait, en un mot, par rapport à la vie ? C’est la question qui se pose à Albino Reyes et, indirectement, aux autres personnages de ce roman.

Albino vit à Lima, il a soixante ans, il est veuf et ne s’est pas complètement remis de la mort de Gladys, deux ou trois ans plus tôt. Il enseigne la littérature dans un collège et tous les vendredis soirs, il chante des valses populaires dans un modeste cabaret.

Un vendredi soir, une jeune femme assise à une table au centre d’un groupe de jeunes apparemment peu intéressés par ces chansons d’un autre temps, attire son regard et fait naître en lui un espoir insensé, attisé par quelques mots qu’elle lui adresse. Et s’il était à un carrefour de sa vie ?

Otras caricias, roman modeste sur tous les plans (126 pages, sans effets spectaculaires, des personnages ordinaires, des vies tranquilles) est un très bel hommage à ceux qui ne se font généralement pas remarquer : la seule scène au cours de laquelle Albino se trouve au centre d’une scène d’action, comme on dit, ne tourne pas à son avantage, et pourtant sous la plume d’Alonso Cueto, il devient un de ces personnages littéraires dont on se souviendra, non par un effet de ressemblance (on ne s’identifiera pas forcément à ce sexagénaire un peu terne), mais par une espèce d’affection qui se crée avec cet homme plein encore d’espoirs, d’illusions, penseront peut-être certains lecteurs. Mais lui ne renonce pas à vivre, malgré l’absence de la femme disparue, l’érosion de ses attentes, les limites de ses convictions.

Alonso Cueto en profite pour rendre un hommage poignant et très fort à la littérature et à la musique. Albino enseigne, la littérature, on l’a dit et, malgré parfois le désintérêt de certains élèves, reste persuadé de l’utilité de sa tâche, il sait que la littérature l’a aidé à plusieurs moments de sa vie, surtout pendant les périodes noires, il voudrait en convaincre les plus jeunes, ses élèves et son neveu, porté davantage sur l’aspect financier de la vie. Quant à la musique, il sait que ce qu’il chante est dépassé par des modes qui elles aussi changeront, mais il est tout aussi persuadé que ses valses créoles sont toujours aussi émouvantes dans leur naïveté.

On ne peut qu’être pris par cette histoire qui n’a pas l’air d’une tragédie classique mais qui  le devient grâce, paradoxalement, à la simplicité de la forme, à la délicatesse du style : Alonso Cueto fait de Lima un second plan gris et calme mais habitable, de la vie d’Alonso un sujet d’interrogations fondamentales et d’Albino Reyes un vrai protagoniste qu’il a réussi à grandir jusqu’à en faire un héros (pudique) de roman.

Otras caricias, ed. Literatura Random House, Lima, 126 p.

MOTS CLES : PEROU / PSYCHOLOGIE / MUSIQUE / SOCIETES / EDITIONS LITERATURA RANDOM HOUSE.

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