CHRONIQUES

Eduardo BERTI

ARGENTINE / FRANCE

Né en 1964 à Buenos Aires, Eduardo Berti  a très jeune été journaliste, dans la presse écrite et pour la radio. Il est romancier et traducteur. Membre de l’Oulipo depuis 2014. Il réside en France. On peut voir Un fils étranger comme une suite à Un père étranger (chronique sur AnnA le 14 mai 2021).

Un fils étranger

2021

Alors qu’il venait de publier Un père étranger, Eduardo Berti devait, comme c’est très souvent le cas pour un auteur, se sentir soulagé, libéré. J’ajouterai (mais ça, c’est le lecteur extérieur, impartial qui l’écrit) qu’il aurait bien eu raison d’être satisfait, il arrivait au bout d’un travail de plusieurs années qui l’avait obligé à plonger dans un passé familial dont il avait découvert les mystères. Et vlan ! Après avoir exploré les  zones inconnues dans la vie de son père, il pensait les avoir globalement éclaircies, les avait fleuries de quelques inventions (il fallait bien combler quelques vides). Mais voilà qu’il reçoit un dossier envoyé par un ami depuis l’Argentine (pays d’adoption du père, pays de naissance d’Eduardo), un dossier qui contient des précisions sur les origines du père, en Roumanie. Le señor Berti (qui ne s’appelait pas Berti à l’époque) était né à Galati, petite ville au nord-est de Bucarest, au n° 24 de la rue Holban. Le voyage à Galati s’impose.

Et le détective amateur que pensait être Eduardo Berti découvre, sa première enquête (Le père étranger) bouclée, que tout n’a pas été éclairci.

Un fils étranger est un peu  le journal des jours passés dans cette ville inconnue, dans cet univers inconnu. Un peu seulement, on est chez Eduardo Berti ! Le père avait quitté la Roumanie pour échapper aux menaces des années noires de la montée du nazisme, il s’était retrouvé en Europe de l’ouest, puis en Argentine un peu par hasard. Le fils avait quitté l’Argentine en sens inverse, un peu par hasard lui aussi, s’était arrêté en France, en Espagne, en France à nouveau et repartait plus à l’est pout terminer en quelque sorte le retour vers les origines premières.

Un numéro de rue, ce 24, rue Holban, est le seul point de repère, la consultation des archives municipales pourra l’aider. La ville a été bombardée pendant la guerre et, pour comble quand il se rend dans la rue en question on lui apprend que les maisons ont changé de numéro…

Si l’on connaît un peu Eduardo Berti, on sait bien que le récit linéaire, jour après jour n’est qu’un prétexte. Un prétexte pour lui permettre de se demander ce qu’est la mémoire. Le peu qu’il sait de la ville natale de son père, qui n’a jamais été très bavard (et encore moins fiable) sur son propre passé, n’oublions pas qu’il n’avait jamais dit qu’il avait changé son nom, que la date qu’il avait toujours donnée de son entrée en Argentine n’était pas exacte, Eduardo a dû le prendre pour une réalité, il a imaginé tout cela et, une fois au cœur de Galati, il découvre cette ville, il la réinvente. Il marche dans les rues, retrouve des bribes infimes de ce passé paternel et il reconstitue ce qui pourrait avoir été. Et ce qui pourrait avoir été devient sa réalité d’un passé mort à jamais, notre réalité, puisque c’est celle que nous lisons. Alors qu’en est-il du passé réel ? Qui est étranger ?

On pourrait mettre en parallèle un Marcel Proust qui reconstitue un passé qui est le sien grâce à la mémoire et qui réussit à le faire, et un Eduardo Berti qui est contraint d’inventer, et qui réussit autre chose en faisant naître un monde disparu quand Proust le faisait renaître.

Notre écrivain, bien vivant, lui, a parsemé son récit de QR codes, photos qui vont avec les quartiers ou les lieux visités, qu’on peut ou qu’on peut ne pas dévoiler, et qui au fond sont assez traîtres ! Ils nous montrent de façon indéniable une réalité (puisqu’on la voit !) quand le texte est noyé dans le doute. Encore un jeu du joueur impénitent qu’est Eduardo Berti !

Un fils étranger, traduit de l’espagnol (Argentine) par Jean-Marie Saint-Lu, éd. La Contre Allée (coll. Fictions d’Europe), 128 p., 10 €.

MOTS CLES : ARGENTINE / MEMOIRES / SOUVENIRS / LITTERATURE / EDITIONS LA CONTRE ALLEE.

Ma chronique sur Un père étranger :

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