ROMAN COLOMBIEN, V.O.

Antonio UNGAR

COLOMBIE

Antonio Ungar est né en 1974 à Bogotá. Il a longuement voyagé et a vécu dans différents pays d’Europe, du Moyen Orient et de l’Amérique. Il est l’auteur de romans, de recueils de nouvelles et de littérature pour la jeunesse et a été lauréat du Prix Herralde en 2010 pour son roman Tres ataúdes blancos / Trois cercueils blancs.

Eva y las fieras

2021

Eva est une jeune femme à la dérive (selon nos critères). Mère célibataire, elle a laissé tomber des études intermittentes dans une des meilleures universités colombiennes. Ces études étaient payées par son père qui, du moment qu’il n’entendait pas parler de sa fille, avait tendance à l’oublier, trop occupé par ses multiples conquêtes féminines. Après des années chaotiques, érotisme effréné, alcool et drogues diverses, elle essaie de se reconstruire sur les rives d’un affluent de l’Orénoque, loin de tout, avec sa fille Abril. Elle y est infirmière dans le seul dispensaire du village.

Le Gros Ochoa est un homme assez frustre, la cinquantaine. Il vit des orpaillages qui sont devenus une véritable industrie. Comme tous ses pareils, il n’est pas obsédé par l’honnêteté, mais garde une certaine dignité qui le pousse à ne jamais aller trop loin : en préparant la paye de ses employés, il n’oublie jamais la police locale. Sa seule faiblesse est cet amour pour Eva qu’il sent naître en  lui.

Et le miracle se produit : elle, fille de la ville, lui,  aventurier qui n’a jamais vécu hors de la forêt, et l’enfant, heureuse entre ces deux adultes, deviennent une famille rayonnante. En plein cœur d’une nature menaçante, parmi des hommes à demi sauvages, avec une guerre civile qui n’a pas encore atteint la région mais qu’on sent se rapprocher, naît une pureté retrouvée.

La Colombie, à la charnière entre nos deux siècles, est agitée, les FARC, les paramilitaires, les trafiquants de drogue, les chercheurs d’or et les hommes politiques corrompus, tous très présents pour les populations. Soudain, dans une courbe de la rivière Inírida, près de là où vivent Eva et les siens, la découverte de gisements d’or que l’on devine importants, provoque de nouveaux remous.

Est-il possible de survivre quand la nature impose toute sa puissance et qu’on n’a rien à voir avec toutes ces différentes menaces, avec ces gens dont les intérêts se contrarient ? En dehors de cette question fondamentale dans le roman, Antonio Ungar en pose une autre, tout aussi essentielle : est-il possible de juger un être humain, une action humaine ?

Il a la grande habileté de nous conduire sur des chemins trompeurs : trompeuses, les apparences changeantes des personnages qu’il ne faudrait pas juger trop vite, trompeur le décor assez pacifique, au bord d’une rivière, au creux de la forêt vierge, trompeuse, peut-être, l’évolution de l’une ou l’autre des figures « secondaires » qui ne font qu’apparaître et qui, pourtant jouent un rôle actif dans le récit. Et l’émotion, elle aussi, est changeante, au long des pages.

Le lecteur n’a plus qu’à se laisser porter par les événements, en sachant que le narrateur-auteur a la pleine maîtrise. Il ne sera pas déçu, Eva y las fieras lui donne tout, émotions, surprises, profondeur avec au fond une page d’histoire de la Colombie. Une grande réussite.

Eva y las fieras, ed. Anagrama, 161 p.

MOTS CLES : COLOMBIE / SOCIETE / VIOLENCE / PSYCHOLOGIE / MORALE / EDICIONES ANAGRAMA.

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